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HOMELIE

11 février
année 2023-2024

Année B - 6e dimanche Temps Ordinaire - 11 février 2024
— Lv 13, 1...46 ; 1 Co 10,31-11 ,1 ; Mc 1, 40-45
Homélie du F. Charles Andreu

En ce temps là, un lépreux vint auprès de Jésus.
Alors que dimanche dernier nous avons vu Jésus guérir toutes sortes de maladies, aujourd’hui c’est un mal bien particulier qu’il guérit, la lèpre : un mal qui suscite la peur, et dont la charge symbolique est très forte. Car la lèpre est bien plus qu’une maladie de la chair : elle est un mal social, un symbole terrible de l’exclusion.
Considérons un instant le tableau dressé par la première lecture. Non seulement le lépreux est condamné à habiter à part, hors du camp, mais il est affecté en sa dignité humaine. Ses vêtements déchirés, ses cheveux en désordre expriment une désocialisation, mais encore une sorte de régression à l’état sauvage, une déshumanisation. Le voile qui le couvre en fait un être sans visage, et donc privé de lui-même, puisque le visage est l’espace où chacun se dit et se donne, par le regard, le sourire, la parole ; l’espace encore où s’accueille le visage de l’autre qui, plus que la nourriture, donne la vie : que serions-nous sans le visage de l’ami qui offre ensemble l’estime et l’appel à se dépasser ? Privé de la bénédiction du visage, privé de toute bénédiction, le lépreux qu’on a maudit en vient à se maudire lui-même, n’existant plus qu’à reprendre la condamnation qu’on lui a imposée comme une identité : « Impur ! Impur ! »
Ce rapt de la fraternité, de la dignité humaine, du visage, du nom, se reproduit en toute forme d’exclusion. Combien de lépreux faisons-nous ainsi chaque jour ! Lépreux, ce migrant qui ne trouve nul espace d’accueil ; lépreux, ce pauvre, ce vieillard, ce malade qui nul regard ne considère ; lépreux, celui dont la différence – religieuse, ethnique, sexuelle – rencontre la peur et le rejet. Toute société qui n’est pas encore pleinement travaillée par l’Évangile – et ce peut être nos églises –, tout cœur qui choisit de maudire plutôt que de bénir, répand la lèpre dans le monde, la lèpre terrible de l’exclusion.
Or voici qu’un lépreux vint auprès de Jésus. Il sait qu’il trouvera auprès de lui l’accueil, la considération, l’amour ; il sait qu’il rencontrera le visage qui lui rendra un visage. Sommes-nous, comme Jésus, accessibles aux lépreux que créent la dureté des cœurs ? Si nous osons les rencontrer, alors dans cette rencontre même, comme Jésus, nous les libérerons de leur lèpre, de leur seule véritable lèpre, celle qui leur a été infligée : la lèpre de l’exclusion. Et ce sera pour les gens un témoignage, témoignage d’un Évangile vivant, vécu, qui donne la vie.
Mais n’y a-t-il pas une autre forme de lèpre ? Le livre des Nombres rapporte l’histoire surprenante de Myriam, la sœur Moïse et d’Aaron, devenue soudain lépreuse ; et pas d’une petite tache sur la peau, mais d’une lèpre terrible, qui la rendit toute blanche, comme la neige (Nb 12). Or à la différence de la lèpre de la première lecture, à la différence des lèpres de l’exclusion qui frappent en général une condition et non pas une faute, l’écriture fait clairement de cette lèpre la conséquence d’un péché, le péché de médisance : Myriam est devenue lépreuse pour avoir mal parlé de Moïse, pour l’avoir méprisé.
Cette histoire nous apprend que si nos malédictions peuvent faire de l’autre un lépreux, elles le font d’abord de nous-même, d’une lèpre plus terrible encore. Car celui qui rejette un frère ou une sœur s’ampute d’un membre qui aurait pu le rendre plus humain. À savoir les entendre, les anathèmes que nous proférons contre les autres, sont autant de cris qui nous accusent : « Impur ! Impur ! ». Plus largement, une église qui penserait se construire sur la pureté supposée de ses membres, une pureté qui juge et exclue, est en fait une église gravement impure ; blanche de lèpre, et non pas de la robe baptismale ; le visage et le corps rongés par un enfermement qui la prive d’une part d’elle-même.
Double lèpre de l’exclusion : lèpre de celui qui est rejeté ; lèpre de celui qui rejette. Sans doute chacun d’entre nous est-il affecté, peu ou prou, par ces deux lèpres. Alors soyons ce lépreux qui vient auprès de Jésus, celui que Jésus accueille, celui à qui il apprend à accueillir. Alors l’Évangile nous aura purifié. Alors il pourra purifier le monde de toute lèpre.

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