Homélies
Liste des Homélies
Année B- Dimanche après la Pentecôte
Dt 4 32-34 ; Rm 8 14-17 ; Mt 28 16-20
Homélie du F.Sébastien
Fêter la Sainte Trinité !...
Si c’était possible, ce serait passionnant, de partager entre nous sur la place que la sainte Trinité tient concrètement dans chacune de nos vies.
Ce qui est sûr, c’est que la Sainte Trinité en son mystère est le cœur de notre foi chrétienne. Ce devrait être, la source de toute joie, pour les humains que nous sommes, plus encore pour les Trois personnes divines que nous fêtons aujourd’hui. Les fêter, c’est s’occuper personnellement de chacune d’entre elles, avec des attentions propres, elles sont si différentes, et toutes ensemble, elles sont inséparables, elles ne font qu’un.
Dès ce matin l’Esprit Saint s’est glissé dans nos cœurs pour nous habiller en fils et filles semblables au Fils unique. Jésus et son Esprit nous conduisent ensemble au Père qui attend impatiemment ses enfants pour la fête de famille. Inouï !
Effectivement, et la première lecture nous l’a dit magnifiquement, aucun peuple n’a jamais eu un Dieu pareil !
Notre Dieu est vraiment unique : un bon coup de balai qui élimine tous les faux dieux ; bon débarras ! Unique et unifiant, c’est le miracle de l’amour ! et il n’est qu’amour. En lui nous avons toutes nos sécurités, notre origine d’avant les siècles, comme aussi notre avenir éternel. Il est notre Dieu avec nous, à chaque instant, dès maintenant, et pour toujours.
Un Dieu si proche, si attentif envers ses enfants, qu’il est évidemment curieux de ce que nous avons bien pu imaginer pour sa fête... Il est parfaitement conscient que le mystère de ses relations personnelles, au sein de sa Trinité divine, dépasse infiniment nos intelligences humaines !
Ce qui ne l’empêche pas de nous demander de témoigner de ce que nous vivons en famille avec lui, avec chacune des trois personnes divines. De témoigner par la parole, bien sûr, mais aussi par la musique et le chant, par les créations de l’art et le reste... Dans la célèbre Trinité de Roublev, chacune des trois personnes est toute dans sa relation à chacune des deux autres et nous entraîne dans leur cercle.
Il y a aussi les Trinités naïves de notre art occidental.
Je pense ici à une modeste reproduction presque effacée : c’est une croix de la Trinité. Le schéma est classique. Derrière la croix, les bras étendus du Père s’allongent jusqu’à se confondre avec ceux de son Fils sur la croix. Ce Fils est vivant ; son beau corps au repos culmine dans le mouvement de la tête qui se lève, à la renverse, vers la tête de son Père penché sur lui. Les deux visages sont proches. On devine déjà leur baiser d’amour fou au moment où, ensemble, ils sont en train de sauver le monde. Leur baiser est illustré par la Colombe que l’on aperçoit, tout en haut du tableau, piquant du ciel vers la terre : c’est la figure de l’Esprit Saint qui est leur d’amour, leur amour livré pour être répandu en nos cœurs, comme saint Paul vient de nous le redire, en une des phrases les plus grisantes de toute la Bible : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ».
C’est aujourd’hui ! En ce jour de sa fête, toute la sainte Trinité vient vivre en nous pour que nous vivions en elle.
Les yeux se ferment sur la croix glorieuse, pour mieux se laisser saisir, purifier, diviniser.
Du haut de la croix cachée, l’eau coule doucement sur chacun de nous.
Dès lors nous pouvons recevoir, avec des oreilles de baptisés, les paroles de Jésus : « Allez, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ».
Tous les Trois nous sommes avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.(2012-06-03)
L'eucharistie
Homélie du F.Sébastien
L'eucharistie est un merveilleux condensé du mystère de Dieu, de l’amour et de ce que peut faire l’amour
Paradoxalement, c’est un long chemin d’abaissement devant l’autre, pour l’autre, la kénose dont parle saint Paul.(Philippiens 2,1-11)
L’institution de l’eucharistie en est l’accomplissement,
le lavement des pieds la merveilleuse parabole en acte.
Cela vient de très loin, du temps où les trois personnes divines, conscientes de leur bonheur, rêvaient de partager leur amour mutuel avec d’autres, de se donner des vis-à-vis, d’élargir leur propre communion à d’autres partenaires, et pour cela d’en créer.
Et voilà le Dieu de l'Ancien Testament qui se fait de la glaise, et avec cette glaise, un homme et une femme.
Impatient de tout partager avec eux, après des siècles de préparation, le temps venu, il se fait lui-même, homme, l'homme du Nouveau-Testament,en Jésus : le Verbe fait chair, en la glaise.
Le Verbe divin se retrouve blotti, tout entier, dans le ventre d'une jeune fille de Palestine. Il y tient à l'aise, il y est bien. Dieu tout entier, car le bébé est Dieu.
Devenu adulte, il se fait Berger, et il le dit clairement.
Dans la société et la culture de son temps, le berger c'est l'homme qui sent mauvais, a-social, sans loi, rustre, méprisé : mais il prend soin de son troupeau. Et cela suffit à Jésus, c'est tellement lui.
Berger, c'est encore trop.
Alors il se fait petit agneau, le dernier du troupeau.
Celui qu'on immole pour la Pâque, qu'on mange à la hâte.
On lui prend son sang, pour oindre les montants de la porte.
Agneau, c'est encore trop. C'est encore être quelque chose. Alors l'Amour incarné se fait porte de la bergerie. « Je suis la porte des brebis».
Simple trou dans l'espace, passage pascal, comme le trou de l’aiguille ou la porte du tombeau... Mais c'est encore trop.
L'Amour rêve de n'être que pour l'autre, plus rien pour soi.
C'est alors qu'il imagine de s’offrir dans un peu de pain : croûte et mie, à disposition sur la table, pour qui veut,
moins encore, de se faire miettes sous la table, pour les petits chiens...
Dieu se fait nourriture, un peu de vin. l’Amour incarné a trouvé le moyen de donner à ceux qu’il aime sa propre vie divine. C’est ainsi que Jésus nous prend en son corps, en son sang, nous donne part à la vie même des trois personnes de la sainte Trinité : il s’est effacé pour que nous devenions tout cela. Après le repas d’Emmaüs ; il s’est même effacé jusqu’à se rendre invisible, invisible devant les yeux parce qu’il est passé à l’intérieur, en nous : invisible, pour un autre mode de présence, plus présent que jamais.
C’est pour les petits chiens qu’il s’était levé de table, avait déposé ses vêtements, mis de l’eau dans un bassin, avant de s’agenouiller devant chacun de ses amis, pour leur laver les pieds, comme un esclave. Dans ses gestes amoureux se lisait sa mort prochaine, son don ultime. Il touchait au but. C’était le point bas de son abaissement. Avant la remontée.
Il s’était relevé, lentement : « Maintenant le Fils de l'homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui ! » « Petits enfants, c’est un exemple que je vous ai donné, afin que, vous aussi vous fassiez de même ! Heureux êtes-vous, si vous le faites ! »
Quand je communie, je pense souvent à la pécheresse chez Simon le Pharisien. Elle arrive avec son corps encore imprégné de tout ce qu’elle a fait avec... Jésus pourrait avoir un mouvement de recul, la repousser... Au contraire, il la laisse faire ce qui est une manière de s’offrir à elle, exactement comme nous lorsque nous venons communier et que le prêtre nous tend l’hostie : « Prenez, ceci est mon corps, mon corps pour vous... » La femme s’empare littéralement de Jésus, elle le dévore de baisers, mais cette fois-ci ses baisers sont purifiés par un amour très pur, un parfum. Le plus heureux des deux, ce n’est pas elle, c’est Jésus qui l’attendait, elle qui nous représente tous. C’est l’heure de son bonheur de sauveur.
Année B - Carême 5° Dimanche - 25/03/2012
Jér 31,31-34 ; Hébr 5,7-9 ; Jean 12,20-33
Homélie du F.Guillaume
Frères et sœurs
Le IV° évangile, à la différence des 3 premiers, ne comporte pas de récits de la Transfiguration de Jésus sur une montagne. Mais le passage que nous venons d’entendre présente bien des rapprochements avec cet épisode important de la vie du Christ. Ici et là il est question de « voir Jésus », soit à Jérusalem sur le Mont Sion, soit en Galilée sur le Mont Thabor, et il est aussi question de manifestation de sa Gloire. Une Gloire indissociablement liée à sa Passion. Dans les différents cas, il est fait mention d’une voix venue du Ciel, la voix du Père qui se fait entendre à des témoins effrayés qui ne comprennent pas le sens des paroles : « la foule disait que c’était un coup de tonnerre, d’autres que c’était un ange qui parlait ». Jésus, lui, affirme que sa mort est prochaine et que son heure est venue, où son Père sera glorifié avec lui. Heure du salut, salut universel : « Père, Glorifie ton Nom ; quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ».
Revenons sur ces différents aspects de notre évangile
« Voir Jésus ». C’est le désir de ces païens, grecs, qui montent à Jérusalem pour adorer Dieu, à l’occasion de la fête de Pâques. Ils s’adressent à Philippe, un des disciples qui parle le grec, lequel va le dire à André, l’un des 3 apôtres témoins de la Transfiguration. Voir Jésus : mais pour l’évangéliste Saint Jean, voir implique davantage que simplement apercevoir. En réalité, ces païens désirent rencontrer Jésus, s’entretenir avec lui. Le voir sous-entend et indique déjà la réalité d’une certaine foi en lui. Le type parfait du croyant pour le IV° évangile, c’est le disciple préféré qui entre au matin de Pâques dans le tombeau vide à la suite de Pierre. Il vit et il crut. De même, dans les derniers entretiens de Jésus avec ses disciples avant la Passion, le même Philippe interroge son maître : « Montre nous le Père et cela nous suffit » et Jésus de répondre « comment me poses-tu encore cette question, Philippe, depuis le temps que je suis avec toi. N’as-tu pas compris : qui m’a vu, a vu le Père ? » Nous pourrions rapprocher ces païens grecs, pèlerins de Jérusalem, de la Reine de Saba venant écouter la Sagesse de Salomon, dans le livre des Rois, ou de cet eunuque d’Ethiopie dans les Actes des Apôtres qui se laisse évangéliser et baptiser par Philippe, après Pâques. Ou encore de ces mages d’Orient venant à Bethléem adorer le Roi des juifs. Tous, ils symbolisent l’ouverture du salut universel. Dieu ne réserve pas son Amour et sa Grâce au seul peuple d’Israël, ou aux seuls disciples du Christ. Jésus lui-même le dit bien à la fin de notre passage : « quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ».
Cette page d’évangile précède immédiatement les récits de la Passion et de la Résurrection. Elle présente les conditions d’entrée dans le salut universel. Pour cela, Jésus emprunte une parabole simple : celle du grain jeté en terre, qui doit mourir, afin de porter un fruit abondant. Image saisissante du chemin tout paradoxal que doit suivre le disciple, à l’exemple de son Maître. L’accès à la Gloire de Dieu, à la Vie Eternelle, au Ciel, doit passer par l’humiliation de la Croix, par l’endurance de la souffrance et de la mort, sur terre.
Saint Irénée a eu cette formule célèbre, reprise par toute la Tradition chrétienne : « la Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vraie vie de l’homme, c’est la contemplation de Dieu ». En méditant cet évangile on pourrait dire aussi : « la Gloire de Dieu, c’est le Fils de l’Homme mourant par amour pour nous sur la Croix. Et la vraie vie du Christ, c’est d’attirer tout homme à la contemplation du Père, à la Vie Eternelle ».
La Gloire et la Croix sont donc intimement liées dans l’annonce du salut, dans l’amour du Christ pour tout homme. Elles doivent l’être aussi pour chacun de nous, dans nos existences personnelles. C’est l’amour reçu, et c’est l’amour donné qui en sont les clés. « Il n’y a pas de plus grand amour que l’amour de celui qui donne sa vie pour ceux qu’il aime ».
Dimanche prochain, nous entrerons avec la fête des Rameaux dans la Grande Semaine Sainte. Aujourd’hui, en ce 5ème dimanche de Carême, dimanche de la Passion, Jésus annonce que son Heure est arrivée : l’Heure de passer de ce monde à son Père. L’heure est venue pour le Fils de l’Homme d’être glorifié et de glorifier : Père, glorifie ton Nom !
La parabole du grain de blé jeté en terre, qui doit mourir pour reprendre vie et porter du fruit devient alors un étonnant symbole de la vie pascale de tout chrétien qui doit choisir entre une vie stérile, ou une vie féconde. Et ce n’est jamais sans douleurs. Que de petites morts à soi-même pour aimer vraiment l’Autre, les autres ! « Celui qui aime sa vie la perd : celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle ».
Mais quelle joie intérieure dont témoignent tous les saints et les vrais amis de Dieu, car ils font l’expérience d’une secrète complicité avec le Christ. C’est lorsque l’on se donne vraiment avec amour que l’on ressemble le plus à Lui.
A la suite de cet évangile, entrons alors maintenant dans la grande prière eucharistique de Jésus à son Père, que l’Eglise fait sienne d’âge en âge, dans sa liturgie et qui proclame Sa Gloire : « Père Très Saint, vraiment il est bon de te rendre grâce, il est juste et bon de te glorifier. Car tu es le seul Dieu, le Dieu vivant et vrai : tu étais avant tous les siècles, tu demeures éternellement lumière au-delà de toute lumière »
AMEN (2012-03-25)
Année B – Carême 4° Dimanche - 18 mars 2012 –
2 Ch 36 14-23 ; Ep 2 4-10 ; Jn 3 14-21
Homélie du F.Servan
Faut-il rappeler que ce 4e dim du carême (à la mi-temps) s'appelait ( et s'appelle encore) le Dimanche LAETARE .. .Laetare Jerusalem ... Réjouis-toi Jérusalem. Et réjouissez-vous tous qui montez vers Jérusalem, en vous hâtant avec amour vers les fêtes pascales qui approchent, et, à travers elles, vers la Jérusalem à venir, cité de paix « où tout ensemble fait corps » : élan, allégresse de notre foi et espérance chrétiennes.
« Tous ceux d'entre vous qui font partie de son peuple, que le Seigneur leur Dieu soit avec eux, et qu'ils montent à Jérusalem ». (C'était notre première lecture) et en finale du Psaume 136 (de l'exil) : nos chants nous les réservons pour Jérusalem : « Jérusalem à l'intime de mon cœur – Jérusalem au sommet de ma joie »! Et en écho, nous avons ces beaux Ps des montées (des pèlerins de Jérusalem) que les frères moines aiment chanter à leur prière de midi: « Quelle joie quand on m'a dit: Allons à la maison du Seigneur » ! (Ps 121). « Jérusalem ... c'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur ».
« Tous ceux qui font partie de son peuple ». Nous le savons, notre vie chrétienne, ce n'est pas du chacun pour soi, mais, « grand angle » « avec tout un peuple » d'hier, d'aujourd’hui et de demain qui monte vers Jérusalem. Notre petite vie est partie prenante de cette grande histoire sainte (de
libération et d'alliance) qui se déploie à l'intérieur même de l'histoire terrestre et politique, avec ses événements marquants, comme ici avec l'avènement-événement favorable de Cyrus, le fondateur de l'empire Perse.
Vous aurez peut-être remarqué que cette année les premières lectures de nos dimanches de Carême sont comme autant de jalons de cette Histoire sainte (de libération et d’alliance).
Ont été ainsi évoqués: Noé (sauvé des eaux mortifères et recevant une Alliance cosmique) - Abraham et Isaac (libérés d'une situation de mort et renouvelant l'Alliance) - Moïse (recevant la Loi de l'Alliance, le décalogue après avoir été libéré de l'esclavage en Egypte) ... c'était dimanche dernier.
Aujourd'hui, libération de l'exil et montée à Jérusalem. Dimanche prochain, annonce d'une
Alliance nouvelle, (les lectures de la Vigile pascale reprendront de semblables jalons de cette histoire sainte qui culmine (mais ne s'achève pas, ça continue!) dans la Pâque du Christ et s'étend alors à toute l'humanité: dans l'évangile de ce dimanche l'expression « tout homme » revient trois fois : « tout homme qui croit en lui ne périra pas » car en lui « Dieu a tant aimé le monde ».
Histoire sainte qui monte vers la joie de Jérusalem : Oui, mais ce n’est pas un long fleuve tranquille. Puisque ponctuée par les refus (possibles mais aussi bien réels) de la liberté
humaine: « les chefs des prêtres et le peuple tournaient en dérision les envoyés de Dieu,
méprisaient ses paroles et se moquaient de ses prophètes » - « tout homme qui fait le mal
déteste la lumière et ne vient pas à elle »- « nous qui étions des morts par suite de nos
fautes (deuxième lecture) ». Sans oublier les murmures et révoltes du peuple lors de l'Exode dans le désert, qui amenèrent sur lui une invasion de serpents à la morsure brûlante. D'où cette histoire du serpent de bronze élevé sur un poteau comme un contrepoison (Le caducée des médecins), à regarder pour avoir la vie sauve (Nb 21,4-9).
L'évangéliste a vu là une figure et une annonce du Fils de l'Homme, du Fils unique élevé sur la croix (mais aussi élevé dans la gloire-ressuscité) et qu'il faut regarder pour avoir la vie. L'évangile de Jean reviendra plusieurs fois sur cette image : « Lorsque vous aurez élevé le Fils de l'h, vous connaîtrez que Je suis (8.28) » - « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes (12.32) » - « Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé » (19,37) ...
Frères et sœurs, en ce temps du Carême préparatoire à la Pâques, avec beaucoup de par le monde, nous regardons la Croix du Christ, où par-delà une image de violence envers un corps d'homme, notre foi reconnaît une source de salut et de vie et plus encore la révélation du dessein d'amour de Dieu «riche en miséricorde » « qui a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique ". (La lettre aux Ephésiens dont nous avons entendu un passage est une célébration très fervente de cela !).
Fortifiés par ce regard sur la Croix nous continuons avec élan et vraie joie chrétienne notre montée vers Jérusalem « avec tout un peuple » en évacuant la culpabilité, cette paralysie du cœur (Lytta Basset) et ce repli dépité sur soi à distinguer de la contrition d'un cœur qui se sait aimé et désire aimer en retour. Laetare Jerusalem !
(2012-03018)
Année B - 3e dimanche de carême 11 mars 2012
Ex 20,1-17 ; 1 Co 1,22-25 ; Jn 2,13-25.
Homélie du F.Sébastien
Frères et sœurs. Nous avons beaucoup de chance,
oui, une chance qui pourrait illuminer cette belle journée,
la chance inouïe d’avoir un Dieu qui nous parle.
D’abord en la parole qui ouvre les lectures de ce dimanche :
« JE SUIS le Seigneur, ton Dieu.» JE SUIS...
une plénitude d’existence, celle qui te permet d’exister vraiment.
Ton Dieu, pour toi, avec toi, qui t’aime envers et contre tout.
Je suis et toi tu es, nous sommes l’un pour l’autre. Et tout est changé !
Une parole pleine de force, mais tout autant de faiblesse.
La parole de quelqu’un qui, dans notre monde d’aujourd’hui, a un besoin vital de redire qu’il existe vraiment,
solidaire de tant d’hommes et de femmes méprisés, froidement rayés des listes, et qui protestent: « Mais j’existe, je suis quelqu’un, je ne suis pas rien ! »
Durant ce carême, pouvons-nous ignorer toutes les formes de négation de l’autre, fût-il Dieu en personne ?
Tel cet ami qui me dit avec sa gentillesse tranquille: « Dieu, mais pourquoi faire ? »
Il y a plus, mais n’ayons pas peur, au contraire, nous voulons la vérité qui rend libre.
« Tu n’auras pas d’autres dieux que moi. Tu ne te feras aucune idole ». Notre Dieu si fort est-il donc si faible qu’il ait besoin de se défendre de ses concurrents ?
« Je suis un Dieu jaloux ». C’est là le cri d’un amoureux, menacé du pire qui puisse arriver à un amoureux ! La jalousie est faiblesse, car passion d’amour rend vulnérable. Notre Dieu est trop passionné pour y échapper, d’ailleurs il ne le voudrait pas. Ce qu’il veut, c’est être comme nous, avec nous, surtout avec les plus menacés.
Les lectures de ce dimanche nous conduisent à ce Dieu-là, le seul vrai, à la fois fort et faible, et du même coup au refus des idoles que saint Paul démasque, sous deux formes :
d’une part le pseudo miraculeux, et, d’autre part, selon la belle expression de François Mauriac, « la fausse sagesse du monde », celle qui, pour croire, exige des preuves, surtout scientifiques.
Je pense à cette universitaire, brillante, qui répète avec satisfaction: « Aujourd’hui, pour croire en Dieu, il faut être débile, ou de mauvaise foi ». Et je la crois de bonne foi, sincère au milieu de ses évidences.
Et je me demande : notre Dieu, qu’en pense-t-il ?
Eh bien ! Ce qui est sûr, c’est qu’il pense à elle, avec une certaine prédilection, et à tant d’autres semblables, parfois de ceux qui nous sont les plus chers.
Tous nous sommes les enfants bien aimés de notre Dieu, tous enveloppés de sa tendre jalousie relayée par l’Église,
une Église qui nous invite à vider nos petits temples de leurs idoles pour faire de la place...
Je termine avec une anecdote. New York, la nuit. Un étudiant erre dans les rues et finit par échouer chez son curé. « Mon Père, je ne crois plus à aucun des articles du credo, à l’exception du premier. Je crois encore en Dieu ».
Le prêtre : « Mon ami, je sais ce que c’est,
mais souviens-toi toujours que l’Église croit pour toi. »
L’Église croit pour moi. Pour tous.
Oui, L’Église est une mère. La foi est une mystérieuse solidarité qui ne se vit qu’en grappe, tous nourris de la même sève divine. Ce qu’on vit ici est aussi pour toi là-bas, l’inconnu, notre frère, on partage.
Alors, bon dimanche à tous,
en grappe, sous le regard chaleureux de notre Dieu et Père. (2012-03-11)
Dimanche 4 mars 2012 / 2ème Dimanche de carême (B)
Gn 22, 1-2.9a.10-13.15-18 ; Rm 8, 31b-34 ; Mc 9,2-10.
Homélie de frère Matthieu
« Tu l’offriras en sacrifice sur la montagne … »
« Jésus les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne… »
Tout se tient, tout se répond dans les Ecritures, mais aujourd’hui, nous pouvons légitimement nous demander comment le sacrifice d’Isaac, notre première lecture, peut bien entrer en résonance avec la Transfiguration de Jésus telle que nous l’a fait entendre l’évangile de Marc…
Je l’ai souligné par les citations faites en commençant : les deux évènements se passent sur « la » montagne et ce n’est peut-être déjà pas un hasard si elle est nommée au livre de la Genèse et pas dans l’évangile de Marc. Dieu désigne à Abraham comme lieu du sacrifice à venir, le mont Morriyah, que la tradition biblique identifiera au mont du Temple à Jérusalem (2 Ch 3,1), lieu des sacrifices offerts jour après jour au Seigneur. Et n’oublions pas que Jésus sera crucifié sur « la montagne » du Golgotha et qu’il attendra ses disciples après sa résurrection sur « une montagne » de Galilée.
Enfin la présence de Moïse et d’Elie au côté de Jésus sur cette montagne de la transfiguration fait immédiatement penser au mont Sinaï, lieu du don de la Loi, qui est aussi le mont Horeb, lieu de la révélation du nom de miséricorde du Seigneur à son prophète, nous dit le second livre des Rois.
Ainsi tout nous parle ici du Don de Dieu, de la Révélation de son amour, du sacrifice de Jésus sur la Croix et de sa Résurrection d’entre les morts comme accomplissement de la Révélation de l’amour du Père…
Mais revenons à notre comparaison de nos deux textes…
On peut donc noter encore, qu’il est question dans les deux cas « du » fils unique, du « fils bien aimé » et Isaac reçoit ces qualificatifs de la bouche même du Seigneur, comme Jésus lors de la théophanie dans la nuée.
Et il faut évidemment noter encore cette présence du Seigneur dans les deux récits, présence transcendante manifestée, par des paroles impératives et qui doivent être écoutées !
Dans le récit de la Genèse, Abraham se révèle comme le parfait « écoutant » et Isaac par son silence même se montre le parfait disciple. Dans l’évangile de Marc, ce sont les disciples qui sont invités à l’écoute et à l’obéissance.
Ainsi peut-on voir dans ces deux récits les deux faces d’un même mystère, celui de la mort et de la résurrection de Jésus ; mort préfigurée dans le sacrifice d’Isaac, résurrection anticipée par la transfiguration, où la présence de Moïse et d’Elie nous place déjà dans le monde à venir.
Deux faces d’un même mystère dont l’essentiel est le plan de Dieu, qui mène le jeu ici et là, en révélant toujours son amour et sa miséricorde inlassables au service du salut du monde et de tous les hommes.
Car pour que le monde échappe au mal, pour que nous échappions au mal qui nous domine et nous tient encore, il faut que le « Fils unique » ouvre à nouveau le chemin de l’obéissance parfaite, le chemin de cet acte de foi absolu en l’amour inconditionnel du Seigneur, quelque soient les apparences.
Le Diable trompeur avait suggéré à Eve et à Adam que Dieu n’agissait pas par amour mais par intérêt propre… et la relation en avait été radicalement blessée : le mal était entré dans l’homme, la crainte et la défiance avant la suffisance et le désir de s’en sortir tout seul… Tout ce qui fait notre malheur !
Il fallait rouvrir le chemin de la Foi, inconditionnelle, absolue. Jésus, le Fils bien-aimé, devenu homme avec notre chair de péché, a pu, lui seul, accomplir en plénitude ce qu’Abraham et Isaac et tous les grands obéissants de la Loi du Seigneur avaient seulement esquissé.
Sa mort n’est que le signe accompli de cette foi retrouvée, totale reconnaissance que Dieu n’offre que son amour, même dans la Croix, et qu’il n’y a qu’à l’accueillir pour devenir des « vivants », créatures animées de l’Esprit vivifiant que seul Dieu peut donner par son Fils à ceux qui essaie de croire en son amour et en sa miséricorde qui sont de toujours.
FRERE MATTHIEU COLLIN
Mercredi des Cendres 22 février 2012
Jl 2, 12-18 ; 2 Co 5, 20-6,2 ; Mt 6, 1-6, 16-18
Père Abbé Luc
Au début de l’année, durant notre retraite communautaire, le prédicateur nous a invités à nous laisser conduire par la pensée et la vie de Newman, ce cardinal anglais du 19°s, béatifié l’an passé par Benoit XVI. En ce mercredi des Cendres, me revient une parole forte de Newman qui peut éclairer notre entrée en Carême. « Qu’est-ce qui manque, à nous autres qui faisons profession de religion ? C’est ceci : une volonté d’être changé, une volonté de permettre à Dieu tout-puissant de nous changer. Nous n’aimons pas lâcher prise sur nous-mêmes, et partiellement ou totalement, bien que tout nous soit offert gratuitement, nous nous accrochons à notre vieux « moi »…Nous n’aimons pas à être recréés, nous en avons peur…. »
Je crois que tous, si nous sommes un peu lucides, nous pourrions faire ce constat : il nous en coûte d’être changé, nous avons peur d’être recréés, même si cela nous est offert gratuitement par Dieu. Ce constat nous touche tout particulièrement, nous les moines, qui faisons vœu de conversion, c’est-à-dire vœu de changer notre manière de vivre et de penser pour être davantage accordé à la volonté de notre Dieu. Newman ne met-il pas effectivement le doigt sur la difficulté qui est la nôtre : cette résistance profonde et tenace à nous laisser rejoindre vraiment par notre Dieu et par sa grâce pour marcher en amitié avec Lui et avec nos frères…
Allons-nous rester pour autant paralysés par ce constat ? Voire découragés par notre impuissance à avancer ? C’est la grâce de la liturgie de nous permettre d’oser commencer à nouveau. Tel un patient pédagogue, la liturgie nous propose année après année la grâce de la conversion, et tout particulièrement en ce jour des Cendres.
La liturgie nous entraine tout d’abord à demander la grâce dont nous avons besoin. Elle met sur les lèvres la prière qui nous tourne vers Notre Père par Jésus son Fils. Nous avons ainsi demandé de « savoir commencer saintement par une journée de jeune, notre entrainement au combat spirituel ». Nous prierons encore que le Seigneur nous inspire « des actes de pénitence et de charité qui nous détourne de nous-mêmes ». Laissons-nous guider tout au long de ce Carême par les oraisons que la liturgie nous offre. Elles nous disposent à nous tourner vers notre Dieu pour demander et recevoir sa grâce sans laquelle nous nous impuissants à avancer.
Puis, la liturgie nous offre la nourriture de la Parole. Nous avons ainsi entendu les paroles aux accents incroyables de tendresse du prophète Joël qui nous redit de la part de Dieu : « Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment ». Entendons aussi la parole vigoureuse de Paul : « Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez vous réconcilier avec Dieu ». Oui, écoutons ces invitations pressantes. Notre Dieu, tendre et miséricordieux est affecté de nous voir nous égarer ou nous tenir dans une vie qui reste à notre petite mesure, alors qu’elle est appelée à prendre la mesure de Dieu et de son Amour…Il veut des cendres que nous sommes faire resplendir sa vie et sa gloire. En venant dans quelques instants recevoir les cendres, nous accomplirons un acte de foi et de confiance en la puissance de la résurrection offerte par le Christ. Et nous recevrons cette parole : « Convertis-toi et crois à l’évangile ». Oui, tourne-toi vers Dieu et accueille la Bonne Nouvelle de sa grâce qui est puissance de résurrection pour toi, dès maintenant.
Que cette quarantaine nous donne d’accueillir la grâce de renouveau que le Seigneur veut nous offrir, dans la mort et la résurrection de son Fils. (2012-02-22)
Année B - 6e dimanche ordinaire - La purification du lépreux
Lv 13 1-2, 45-46 ; 1 Co 10 31-11 1 ; Mc 1 40-45
Homélie du F.Sébastien
« Jésus, si tu veux, tu peux me purifier ! – moi, le lépreux –
Jésus étendit la main et le toucha… »
Ce texte, si beau, ne peut manquer de nous poser question. Aujourd’hui, qui est le lépreux ? Qui est le Christ, et où est-il ? Plus profondément : qu’est-ce qui se passe entre eux ?
La lèpre, dans notre société, c’est le mal sournois et dangereux, contagieux, multiforme, dont on se défend lâchement en excluant celui qui en est atteint : la mort sociale, la plus douloureuse, précède la mort tout court.
De quoi le Christ est-il venu guérir l’humanité? Serait-ce d’abord de la lèpre ? Certainement pas ! Jésus a laissé derrière lui beaucoup de lépreux. De quoi alors ? Mais d’abord de ce réflexe qui fait de l’autre, homme ou femme, enfant ou vieillard, malade ou non, un être à fuir, à abandonner à son triste sort : tant pis pour lui, d’ailleurs n’est-ce pas toujours plus ou moins de sa faute ! Quant à nous, sauvons-nous ! D’ailleurs, nous n’y pouvons rien.
La seule question, libératrice : Comment le Christ, lui, vient-il se glisser concrètement dans nos histoires de lèpre ?
Un fait vécu. J’étais au monastère bénédictin de Dzogbégan, au Togo. Un certain Frère Eugène, venu de France, partait tous les quinze jours en vespa pour aller passer l’après-midi à la léproserie d’Ataka. Un homme au grand cœur, mort récemment. Il consignait ce qu’il vivait dans des poèmes pleins d’humanité.
Pour terminer je vous en lis un :
« Seigneur, pour le lépreux tu m’as fait tendre.
Ce geste, qui pourra jamais le comprendre ?
Aujourd’hui, mes lèvres, sur le visage du lépreux,
De ton amour sont le plus tendre aveu.
[…]
Lépreuse, abandonnée, comme une bête immonde,
Sans pieds, sans mains, vers moi ses yeux se sont levés,
Des yeux tristes où se lit toute la souffrance du monde.
En silence, je l’ai regardée et je l’ai embrassée.
Je ne sais ce qui s’est passé dans son cœur,
Il y a si longtemps qu’elle n’avait pas eu ce bonheur,
Il y a si longtemps que cette joie lui était refusée,
D’un ami qui se penche pour l’embrasser. »
Puisse l’Esprit Saint toucher notre cœur comme il en a touché tant d’autres !
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Année B - 3e dimanche du Temps Ordinaire – 29 janvier 2012
Jon 3 1-5,10 ; 1 Co 7 29-31 ; Marc 1,14-20
Homélie du F.Servan
"Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche!"
Nous sommes encore au début de l'évangile de Marc. Après de rapides mentions du
Baptême, de la tentation, puis de l'arrestation de Jean, Jésus prend le relai du baptiste et inaugure sa prédication de la Bonne Nouvelle du règne de Dieu qui maintenant s'est fait proche. Et il appelle des hommes (les premiers mais pas les derniers) à l'accompagner: « Venez derrière moi, je vous ferai pêcheurs d'hommes ». Faut-il rappeler que l'évangile de Mc va nous accompagner durant un bon nombre de dimanches de cette année et que plusieurs diocèses (dont le nôtre) invitent à bien faire route avec cet évangile (le plus bref mais pas le moins énergique). Par exemple, petit exercice (valable aussi pour les frères moines): en faire (en une ou deux fois) une lecture complète et suivie, comme on lit une histoire, un récit (sans tomber en méditation à chaque page) pour le recevoir autrement qu'en petits morceaux, dimanche après dimanche!
Un mot rapide (à la manière de Marc) sur l'Unité des chrétiens: dans le Concile Vatican II (dont on va faire en octobre le 50e anniversaire (de son ouverture en 1962), il y a une belle
expression: à propos de l'Eglise on y parle de « l'ensemble de ceux qui regardent avec la foi
vers Jésus » accueillent sa parole et essaient dans leur vie de marcher à sa suite.
L'ENSEMBLE ... donc pas seulement les chrétiens catho/catholiques.
Ce dimanche, dans l'ensemble des trois paroles de Dieu entendues, plusieurs mots ont retenu mon attention: le mot TEMPS - AUSSITOT - et ces COMME SI un peu agaçants et dérangeants.
« Les temps sont accomplis », le temps de Dieu, le projet de Dieu sur l'humanité et ses promesses sont arrivés à maturité. Le temps est venu de la moisson ou (pour des marins) de la pêche au filet. Mais, le temps humain, lui « est limité » (littéralement: le temps est venu de carguer les voiles, pour le bateau qui se prépare à entrer dans le port - autre image maritime) et « ce monde tel que nous le voyons est en train de passer ». Il y a le calendrier des postes (utile) mais il y a le calendrier de l'année liturgique ( cf celui de Fr Yves) et les deux sont mêlés ensemble !
Alors on pourrait s'expliquer ces « comme si » un peu provoquants! Il ne s'agit pas pour le chrétien de faire semblant d'être du monde tout en étant ailleurs, d'être assis entre deux chaises (situation inconfortable et risquée et qui peut faire rire ou sourire les autres) « du monde et pas du monde ». Mais si on reste dans le sens du temps chrono ou solaire, alors Qohelet peut constater « sous le soleil-tout est vanité ». « ce monde tel que nous le voyons est en train de passer ».
Aux rieurs de ce monde, le chrétien peut répondre : Vous pouvez rire, mais si vous restez dans le seul temps chrono ou solaire (avec le rythme des saisons), alors, comme le note un commentaire juif de Qohelet : « si vous restez » sous le soleil », dans le seul horizon terrestre. Alors, tout est vanité ». Ce monde tel que nous le voyons est en train de passer ».
Par contre si je fais entrer la parole de Jésus: « les temps sont accomplis » et ses autres paroles (les Béatitudes) dans mon temps limité (dans ma vie humaine avec ses situations heureuses ou malheureuses (pleurs-deuil-joies), activités, commerce etc, alors, dans ma petite maison, trop fermée sur elle-même, j'ouvre des fenêtres grandes ou petites, des velux, des vasistas, bref, ce qu'en langage technique on appelle des « comme si » ou si vous préférez des « aussitôt » !
« Aussitôt les gens de Ninive crurent en Dieu », « Aussitôt laissant là leurs filets ils le suivirent », et la lumière du Christ pénètre avec tout à la fois son appel à la sainteté de vie, à la conversion, et, la puissance de sa miséricorde. (cf le cas des Ninivites qui étaient quand même des drôles de jojo plutôt violents) ! L'Esprit du Christ vient sans cesse éclairer, purifier, rectifier, fortifier, consoler notre vie humaine en ses diverses situations. « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ».
Par exemple, quand nous venons à l'Eucharistie du dimanche et que nous communions à la vie du Christ, c'est toute notre semaine, avec ses activités et ce que nous pourrons vivre qui est sauvée de « l'à quoi bon » et du périssable.
« Dans cette existence de chaque jour, Seigneur,
la vie éternelle est déjà commencée.
Nous avons reçu les premiers dons de l'Esprit
Par qui tu as ressuscité Jésus d'entre les morts
Et nous vivons dans l'espérance
Que s'accomplisse en nous le mystère de Pâques."
(2012-01-29)
EPIPHANIE 08.01.2012
Is 60, 1-6 ; Ep 3,2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12
Père Abbé Luc
Où est le Roi des juifs qui vient de naitre ? Voilà la question, frères et soeurs, que des mages se posent. Ces hommes de science veulent être guidés. Ils ne demandent pas : Y a-t-il un Roi des juifs qui vient de naitre ? ou le Roi des juifs est-il né ? Non, ils souhaitent simplement qu’on leur donne le dernier renseignement nécessaire à leur recherche : Où est-ce qu’il se trouve ? …Spontanément, ils viennent le chercher dans la capitale à Jérusalem, auprès du palais royal. Mais il n’est pas là. Et plus étonnant, même là sa naissance est ignorée.
Ces hommes qui ont mené une recherche attentive, avec les moyens à leur disposition, surprennent ceux qui les premiers devraient savoir cela. Mieux ils les réveillent. Ils les bousculent et les mettent en route d’une certaine manière. Hérode comprend que ce Roi ne peut être que le Messie, quand il s’informe sur le lieu où il devait naitre. Le roi, c’est lui. Il ne peut donc s’agir que du Messie que l’on attend. Les mages bousculent aussi les chefs des prêtres et les scribes en les obligeant à aller chercher dans leurs Ecritures. Et là ils trouvent le lieu où effectivement le Messie doit naître : c’est Bethléem de Judée, selon la prophétie du prophète Michée.
Ce récit de la venue des Mages n’est-il pas une belle parabole de la manière avec laquelle l’Esprit du Seigneur est à l’œuvre dans notre monde ? Il agit à travers tous les hommes, sans que les uns plus que les autres puissent être assurés de posséder toute la vérité. Personne ne peut se suffire à soi-même dans la découverte du mystère du Christ. Les mages ont reconnu avec certitude la venue du Roi des Juifs, mais ils ne savent pas où il se trouve. Hérode reconnait qu’il s’agit du Messie, mais il ne sait pas où il se trouve, ni quand il doit venir. Et les prêtres et les scribes, surpris, doivent aller rechercher dans leur propre tradition scripturaire, où le Messie doit naître. Ainsi les mages ont-ils besoin d’Hérode, des prêtres et des scribes, et ces derniers ont-ils besoin de la question et de la connaissance des mages pour reconnaitre l’évènement qui est en train de se vivre.
La manifestation du mystère du Christ est pour tous et en même temps elle échappe à tous. Elle invite chacun là où il est à se mettre en route avec les indices qu’il a à sa portée. Mais chacun va avoir besoin des autres pour avancer dans sa découverte du mystère du Christ : les païens ont besoin des juifs, et les juifs des païens. Les païens cherchent avec toute l’acuité de leurs moyens humains. Ils posent les bonnes questions au bon moment. Les juifs ont les Ecritures comme un trésor qui contient les clefs du mystère. Mais encore faut-il connaitre ce trésor. Et surtout, encore faut-il reconnaitre le moment opportun de la réalisation des promesses de Dieu.
N’en est-il pas encore ainsi pour nous aujourd’hui dans notre approche du mystère du Christ ? Nous autres chrétiens, comme dit Paul, nous connaissons qu’en Christ se trouve la plénitude de la Révélation. En Eglise, nous le croyons. Mais est-ce que cela signifie que nous pouvons nous reposer, dans une certaine suffisance de penser que nous n’avons plus à chercher ? Notre foi elle-même, ainsi que la réalité nous disent le contraire. Notre foi nous engage à poursuivre le chemin à la rencontre du Christ qui va venir pour récapituler toute l’histoire. Nous ne possédons pas le Christ, nous l’attendons. Nous cherchons aussi à le reconnaitre déjà à travers la rencontre de chaque être humain, les plus petits, surtout…Ensuite, la réalité complexe de notre monde actuel nous engage dans une recherche toujours plus profonde du mystère du Christ. La découverte et la rencontre des autres religions, mais aussi la quête des hommes de bonne volonté qui se disent non-croyants, peuvent nous stimuler. Elles nous stimulent à élargir notre vision et notre conception du salut réalisé dans le Christ.
L’Eglise et les théologiens en son sein, s’interrogent aujourd’hui pour savoir comment le Christ et sa Lumière peuvent rejoindre ces milliards d’hommes vivant d’autres traditions et d’autres expériences religieuses. La question est délicate et la réponse balbutiante. Là encore ces autres traditions religieuses nous stimulent pour une meilleure et plus profonde compréhension du mystère du Christ. Parfois, des personnes de ces traditions ou des personnes non croyantes viennent nous interroger sur le Christ et sur notre foi. Sommes-nous prêts à partager simplement notre foi ? Sommes-nous disposés à nous laisser stimuler par leur questions pour aller nous-mêmes plus loin dans notre propre recherche du Christ ? Heureux sommes-nous quand nous sommes ainsi réveillés et stimulés dans notre foi.
Ce matin, dans cette eucharistie, nous allons célébrons le mystère du Christ, son Amour pour nous et la Vie qu’il nous offre. Nous le célébrons, sans le saisir, mais plutôt pour mieux nous laisser saisir par lui. Comme nous le demanderons après la communion : Que ta clarté d’en haut, Seigneur nous dirige en tous temps et tous lieux, et puisque tu nous as fait communier à ce mystère, puissions-nous désormais le pénétrer d’un regard pur et l’accueillir d’un cœur plus aimant .
(2012-01-08)