Attention : La circulation aux abords du monastère sera perturbée entre le 28 septembre et le 6 novembre 2026. Informations ici.

Homélies

Liste des Homélies

Homélie du 27 septembre 2026 — 26e dim. ordinaire — Frère Basile
Cycle : Année A
Info :

26e Dimanche du Temps ordinaire, année A

27 septembre 2026

Ezékiel 18, 25-28 / ps 24
Philippiens 2, 1-11
Matthieu 21, 28-32

Texte :

Frères & Sœurs, ce court passage d’évangile n’est pas neutre : ce n’est pas une simple petite histoire que Jésus nous raconte, il s’adresse aux grands prêtres et aux anciens du peuple, à ceux qui savent ou qui croient savoir la Loi de Dieu : ils savent, mais ne font pas, et en contraste avec leur attitude, cette petite histoire nous laisse entrevoir l’infinie miséricorde de Dieu. Quand Jésus déclare que les publicains et les prostituées nous précèdent dans le Royaume, il y va un peu fort, il met par terre toutes nos échelles de valeur, de mérite, de bonne conduite, et il nous invite à une relation à Dieu qui soit vraie.

« Un homme avait 2 fils » Cela vous rappelle peut-être une autre histoire, la parabole du fils prodigue dans l’évangile de Luc. Histoires différentes, mais on peut les rapprocher. « Un homme avait 2 fils » L’un refuse de vivre à la maison, il part, puis quand il n’a plus d’argent, il se repent et revient vers son père ; l’autre est resté, apparemment il a dit oui, mais c’est par devoir, et quand son frère revient, il n’admet pas qu’on lui donne la préférence.
Dans l’histoire rapportée par Matthieu, il se passe moins de choses, mais cela tourne autour d’un Oui et d’un Non avec la question : quel est celui des 2 qui a fait vraiment la volonté du Père ? Au départ, c’est bien un père qui dit « Mon enfant » ; ce n’est pas un patron qui donne des ordres, c’est un père qui invite : une fois de plus le Dieu de la Bible respecte infiniment la liberté de l’homme, il la sollicite ; et puis il prend patience.
 L’Evangile continue  : « ensuite, s’étant repenti » ; entre le refus et la repentance, il peut se passer quelques heures ou quelques années pour que le Non se change en un vrai Oui.
« Va travailler aujourd’hui à la vigne » demande le Père. C’est une image symbolique, que nous trouvons souvent dans l’Evangile ; cette vigne, c’est la maison de Dieu, c’est l’Eglise aujourd’hui ; travailler à la vigne, c’est faire la volonté du Père à la suite du Christ ; mais c’est encore croire à la Parole.
Avez-vous remarqué que cette expression revient 3 fois ici ? Croire à la Parole. Qu’est-ce qui est reproché aux pharisiens, qui sont des pratiquants hors-pair de la Loi, c’est de n’avoir pas cru à la parole, à celle de Jean Baptiste aux bords du Jourdain, alors que les publicains et les prostitués y ont cru. Cela nous dit que l’Evangile n’est pas un code de conduite, il n’est pas une morale, pour savoir ce qu’il faut faire ou ne pas faire, ce qui est bien, ce qui est mal. L’Evangile, c’est une parole de vie, adressée à chacun. Se convertir à l’Evangile, c’est avant tout croire à la parole de Jésus, à la parole d’un Dieu qui veut faire alliance avec chacun de nous.
Ne pourrait-on pas dire que dans le mariage, c’est aussi ce qui se passe ? S’engager librement dans une alliance, c’est croire à la parole de l’autre. Et croire, ce n’est jamais évident. Il y a des jours où l’on ne sait plus très bien, mais la fidélité de l’amour passe par là. On apprend à dire Oui à l’autre.

Jésus nous questionne ainsi sur notre manière de dire Oui, un Oui qui vienne du cœur, où notre liberté s’engage, et non pas un Oui forcé, parce que si je dis Non, je vais me faire disputer. Et croire, ce n’est pas seulement dire, mais faire, le traduire dans les actes.
Ce que Jésus reproche aux anciens et plus spécialement aux pharisiens, c’est de dire et de ne pas faire, un Oui de façade, un Oui hypocrite. Quand Jean-Baptiste a invité les foules à la conversion, ils ne l’ont pas cru ; alors que tous ceux qu’ils méprisent, les publicains, les pécheurs, les prostituées y ont cru. Malgré leur vie de péché, malgré leur passé très lourd, ils ont su entendre l’appel de Dieu, ils ont su lui dire Oui avec leur cœur. Et nous, de quel côté sommes-nous ?
Je crois que nous pouvons nous reconnaître dans les 2 fils. Parfois nous disons Oui, parfois nous disons Non. Parfois un Oui de surface, un Oui poli qui cache un refus ; parfois un Non qui veut dire Oui, parce que le Oui profond n’arrive pas à sortir et qu’il faut du temps pour briser les résistances. C’est là que l’obéissance du Christ est pour nous un modèle ; c’est librement que Jésus a pris notre condition humaine et qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort. C’est lui dont Pau dira qu’il n’a été que Oui. En suivant le Christ, nous avons à devenir des apprentis du Oui sur un chemin de conversion. 
Dieu ne cesse de nous faire des appels, mais il veut une réponse libre. Entendrons-nous les appels de Dieu dans la parole du pape Léon. Appel à construire la paix de toutes les façons possibles. Appel à agir pour que le monde ait la vie. Appel à l’accueil des migrants, des réfugiés, des personnes blessées ou malades quelles qu’elles soient.
Oui, qu’allons-nous faire ?  Demandons l’Esprit Saint pour répondre à Dieu avec nos petits moyens, pour lui dire un Oui qui soit Oui.

Frère Basile

Homélie du 20 septembre 2026 — 25e dim. ordinaire — Frère Jean-Louis
Cycle : Année A
Info :

25e Dimanche du Temps ordinaire, année A

20 septembre 2026

Is 55, 6-9 – Ps 144 – Ph 1, 20c-24.27a – Mt 20, 1-16

Texte :

Frères et sœurs,

Les lectures de ce dimanche nous rappellent une vérité qui peut paraître évidente mais qui n’est pas si facile à vivre dans notre relation personnelle ou communautaire avec Dieu.
Pour reprendre les paroles de Dieu proclamées par le prophète Isaïe : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. »
La première lecture nous révèle que, déjà bien avant le Christ, le peuple juif a été confronté à cette vérité. Il a été déporté à Babylone après la prise de Jérusalem en 587 avant le Christ… et Dieu a laissé faire. Et voici que, désormais, Dieu annonce la libération prochaine du peuple qui pourra rejoindre sa terre, élément essentiel de sa relation et de son alliance avec lui. Alors, pourquoi cet exil ? Vraie question.
L’exil fut un temps d’épreuve et de purification pour le peuple : sans terre, sans temple, sans roi, la religion d’Israël pourra-t’elle survivre, alors qu’elle a perdu ses piliers et que la coutume du temps était d’adopter le culte aux dieux (au pluriel) des vainqueurs ? C’est le temps de tous les périls.

Pourtant, la religion d’Israël va survivre en se recentrant sur la Parole de Dieu. Non seulement le peuple juif se raffermira dans sa foi au Dieu unique, mais il ira jusqu’à affirmer que ce Dieu est le seul Dieu qui soit, les dieux païens n’étant que des idoles de bois, d’argent ou d’or… extrême audace quand on est entouré de païens !
En même temps, et le texte de ce jour le rappelle, ce Dieu Un est riche en pardon et miséricordieux, et il est tout autre que nous. Nous ne pouvons pas projeter sur lui nos sentiments et nos réactions humaines car nous en faisons alors un simple reflet de notre pensée, un dieu à notre mesure, mais qui n’est pas le vrai Dieu, ce n’est qu’une idole, une construction non pas matérielle, mais idéologique, ce qui ne vaut pas mieux. Ne nous trompons pas d’interlocuteur.
L’évangile, quant à lui, n’a bien sûr pas pour but de nous enseigner ce qu’un patron doit faire ou ne pas faire pour être juste avec ses employés.
Le texte est très rigoureux : pour les salariés du matin, il y a eu accord sur un denier qui, de fait, était le salaire courant d’une journée de travail à l’époque. Ensuite, pour ceux de 9 heures, le maître leur dit qu’il leur donnera « ce qui est juste », sans préciser davantage, et les gens partent au travail. Et pour les derniers, il n’y a pas de précision explicite au sujet du salaire.
Nous connaissons la suite et les récriminations des ouvriers du matin ainsi que la réponse du maître du domaine. Il a respecté le seul accord chiffré explicitement avec les premiers ouvriers et ne les a donc pas lésés. Pour les autres, il n’a fait qu’exercer son jugement qui n’est pas celui des ouvriers, il est vrai. On peut penser cependant que les ouvriers de la dernière heure étaient heureux de toucher autant que ceux de la première heure. Mais que veut nous dire le texte ?

Il me semble que ce texte nous dit que la logique du Royaume des Cieux qui est le point de départ de la parabole, n’est pas une logique comptable. Car y-a-t’il une récompense plus grande que le Royaume lui-même ? Peut-il être question de salaire plus ou moins élevé dans le Royaume, si ce salaire est Dieu lui-même comme le chant d’entrée l’a proclamé ?

L’évangile selon saint Matthieu est mis par écrit à une époque où de nombreux païens et pécheurs entrent dans l’Eglise, ce qui pouvait déplaire aux chrétiens de longue date. L’évangile nous révèle ainsi qu’il n’y a pas à se préoccuper de l’importance de la récompense. En effet, le Royaume lui-même est la plus grande récompense qui soit et il est inutile d’en vouloir plus, c’est peine perdue. D’autre part, la miséricorde et la générosité de Dieu sont destinées à tous, ainsi que le dit le psaume qui a été chanté :
« Le Seigneur est tendresse et pitié, la bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse pour toutes ses œuvres. »
Mais cet évangile nous révèle aussi qu’il peut y avoir encore en nous un arrière-fond un peu païen qui nous fait penser que, plus nous en faisons, plus la récompense sera grande. Nous donnons de nous-mêmes (ou de nos biens) et Dieu est censé répondre à la mesure de ce que nous avons offert. Mais où est la gratuité de l’amour dans ce genre de relation ?
Déjà l’Ancien Testament nous parlait d’un Dieu dont la générosité est sans limite, et, 2000 ans après le Christ, nous risquons encore d’en être parfois à espérer occuper une meilleure place que notre voisin dans le Royaume des Cieux, à l’image de Jacques et Jean qui souhaitaient être à la droite ou à la gauche du Christ, places les plus élevées dans le Royaume. Réponse du Christ : « il ne m’appartient pas de l’accorder. » Funeste calcul qui fait de nous des perdants ou des frustrés d’avance.

Frères et sœurs, sortons de nos catégories pour entrer dans celles de Dieu. Réjouissons-nous de la bonté de notre Dieu pour tous, au lieu de nous enfermer dans l’espace étriqué de nos petits calculs.
La grâce de Dieu est gratuite, par définition, pour les autres et pour nous. Dieu n’attend pas que nous soyons saints pour nous aimer. Il offre le Royaume au chrétien de longue date comme au converti récent. Accueillons-le volontiers dans la joie et réjouissons-nous en outre de ce qu’a proclamé le Concile Vatican II : l’appel universel à la sainteté, à être uni au Mystère pascal du Christ se réalise, pour les chrétiens, par la foi au Christ, par la vie en Eglise selon l’évangile et, pour les autres, « par des moyens que Dieu seul connaît ».
Tous, nous sommes sauvés par le Mystère pascal de la mort et de la résurrection du Christ. A nous d’accueillir ce projet de Dieu qui dépasse tellement tout ce que nous pouvons imaginer. Oui, les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées.
AMEN

Frère Jean-Louis

Homélie du 23 août 2026 — 21e dim. ordinaire — Frère Basile
Cycle : Année A
Info :

21e Dimanche du Temps ordinaire, année A

23 août 2026

Esaïe 22, 19-23 / ps 137
Romains 11, 33-36
Matthieu 16, 13-20

Texte :

« Qui dites-vous que je suis ? Pour vous, qui suis-je ? » Frères et Sœurs, comme je vous le disais au début de cette célébration, voilà la question que Jésus nous pose aujourd’hui. Il la pose à ses disciples, à son Eglise : elle est au cœur de l’Evangile. et c’est bon de savoir que nous avons dans ce texte tel que st Matthieu nous le présente, la réponse d’une des premières communautés chrétiennes : là où s’écrit l’Evangile – qui n’est jamais un texte à lire au passé, mais toujours au présent.

Pour vous, pour toi, qui suis-je ? Quelle sera ma réponse aujourd’hui ? Il existe un livre collectif ayant pour titre cette question du Christ, mais ne cherchons pas la réponse dans un livre, ce n’est pas celle que Jésus attend de nous. Il ne veut pas d’une leçon apprise au catéchisme, il attend une réponse personnelle, mais dans la foi de l’Eglise.
C’est çà qui est merveilleux, ce tissage, cet entrecroisement du Je et du Nous, de ma réponse personnelle et de ma réponse ecclésiale : Je crois – Nous croyons. Dans la nuit pascale, quand nous renouvelons les promesses de notre baptême, on hésite entre les 2 réponses : Oui,je crois ou bien Nous croyons, car il y a un va-et-vient normal : on n’est jamais chrétien tout seul. Tout à l’heure, nous allons dire ensemble : Je crois.
Avancer dans la foi, c’est avancer en eau profonde, ne pas en rester à la surface des textes, avec des formules toutes faites, comme si la foi nous avait été enseignée une fois pour toutes, dans des termes immuables. St Paul en est un bon exemple : converti sur le chemin de Damas par cette rencontre qu’il fait de Jésus Ressuscité, il lui faudra encore se convertir par rapport à son peuple qui refuse le Christ ; après avoir eu des paroles très dures, il comprend que Dieu ne rejette pas son peuple Israël et qu’un jour viendra où ils seront réintégrés. Et devant ce mystère, il s’écrie : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu ! Ses chemins sont impénétrables ! » En écoutant ces mots, c‘est à nous de comprendre combien les relations avec nos frères Juifs sont importantes aujourd’hui, alors que pendant si longtemps nous les avons persécutés.

La foi, on ne le dira jamais assez, c’est une relation vivante avec le Christ, et Simon-Pierre en est un autre exemple admirable avec de sacrées surprises (on le verra dimanche prochain). La foi, c’est comme l’amour : il se renouvelle chaque matin ou bien il meurt. « Pour toi, qui suis-je ? » Je ne peux pas calquer ma réponse sur celle de Pierre, ou m’abriter derrière la réponse de l’Eglise en disant : Voilà ce que croit l’Eglise. Jésus me demande une réponse personnelle trouvée dans ma vie, exprimée dans ma pratique de l’Evangile. Vivre sa foi.
Madeleine Delbrêl, cette femme peu ordinaire, mais qui a vécu si proche des pauvres, des petits, des gens loin de l’Eglise, écrivait ceci : « Celui qui laisse pénétrer en lui une seule parole du Seigneur et qui la laisse s’accomplir dans sa vie, connait mieux l’Evangile que celui dont tout l’effort restera méditation abstraite. » F & S, l’important n’est pas d’arriver à une expression parfaite de la foi, mais d’engager sa vie dans une relation vivante au Christ et à l’Evangile.

« Pour toi, qui suis-je ? » Dans ma réponse au Christ, - je ne l’invente pas, elle m’est donnée par le Père,– non seulement le Christ va se révéler à moi, mais je vais me révéler à moi-même. Jésus est celui qui va me faire grandir en humanité, en fraternité, en vie donnée aux autres. La foi m’oblige à être moi-même : elle fait de nous des « humains selon Dieu » et non plus des enfants. Je prends le risque d’une relation vécue avec le Christ, je lui fais confiance, j’en deviens responsable, au sens où responsabilité veut dire être capable de réponse.

Regardons, dans l’Evangile, tous ceux et celles qui s’approchent du Christ avec foi, et à qui il répond « Ta foi t’a sauvé ». Nous voyons bien qu’il s’est passé quelque chose, qu’un risque a été couru et qu’une vie a été changée.

On pourrait dire cela de toute relation humaine, dès lors qu’elle est vécue personnellement dans la découverte de l’autre : ainsi dans l’amour et le mariage : c’est un homme, une femme qui vont découvrir qui est l’autre, mais aussi se révéler à eux-mêmes. A fortiori dans la foi au Christ.

Et puis n’oubliez pas que la foi est un chemin, un long chemin qui n’est pas parcouru d’un seul coup. Il faut se laisser déplacer par l’Esprit Saint. Dans notre chemin de foi, il peut y avoir des pannes, des retours en arrière : ce qui arrive à Pierre après sa confession de foi, nous montre bien que tout n’est pas fait du 1° coup. Souvenez-vous de l’autre question que Jésus posera à Pierre avant de lui confier l’Eglise. « Pierre, m’aimes-tu ? » C’est dire combien la foi et l’amour sont liés.

Frères et sœurs, avec le pape Léon, successeur de Pierre, qui vient dans un mois nous visiter, il nous faut continuer le chemin dans l’Eglise d’aujourd’hui. Jésus attend notre réponse. Déjà, chacun de nous va la donner dans cette eucharistie : puisse-t-elle faire de nous des hommes, des femmes, des croyants responsables de l’avenir de l’Eglise, et capables d’aller jusqu’au bout de l’amour.

Frère Basile,

Homélie du 16 août 2026 — 20e dim. ordinaire — Frère Jean-Louis
Cycle : Année A
Info :

20e Dimanche du Temps ordinaire, année A

16 août 2026

Is 56, 1.6-7 – Ps 66 – Rm 11, 13-15.29-32 – Mt 15, 21-28

Texte :

Frères et sœurs,

En ce dimanche, les lectures qui nous sont présentées par la liturgie de l’Eglise manifestent une forte cohérence. Cohérence qui peut ébranler certaines de nos certitudes ou de nos façons de nous situer, mais c’est le rôle de la Parole de Dieu de ne pas nous laisser nous enfermer dans ce que nous croyons être définitif.
La première lecture date du retour à Jérusalem des Juifs qui avaient été exilés à Babylone au 6e siècle avant le Christ. Le rayonnement de la religion juive est assez important et de nombreux païens sont attirés par la religion du Dieu d’Israël. Pour résister à l’épreuve de l’exil et à celle du retour à Jérusalem, le peuple élu s’est en effet forgé une identité très forte. Ainsi, la religion juive ne s’est pas diluée dans celles des nations païennes mais s’est, au contraire, restructurée autour de la Parole de Dieu notamment. Et parmi les livres saints, il y a les livres prophétiques dont celui d’Isaïe, notre première lecture.
Le passage que nous avons lu aujourd’hui marque un tournant important dans la théologie juive. Alors qu’il y avait une conscience très forte d’une élection exclusive du peuple juif par Dieu, voici que le prophète proclame que les étrangers qui se sont attachés au Seigneur et tiennent ferme à son Alliance seront assurés de pouvoir entrer dans le Temple, destiné à devenir une Maison de prière pour tous les peuples. Nous est annoncé là l’universalisme de la religion d’Israël qui n’est pas réservée au seul peuple juif. À une époque où ce peuple est assez jaloux de ce statut de peuple élu, cette proclamation a pu faire grincer des dents.
Saint Paul se situe dans une ligne assez semblable. Dans ses voyages missionnaires, il s’est toujours, adressé en premier lieu aux communautés juives. Mais devant leur refus de la Bonne nouvelle, il s’est tourné vers les païens, espérant que la conversion de ces derniers entraînerait celle du peuple élu. Il espère une conversion globale de tout le peuple juif qui le ferait accéder à la vie avec le Christ, car il est sûr de l’amour miséricordieux du Seigneur pour tous. Mais le jour et le mode de réintégration d’Israël demeure cependant pour Paul le mystère de Dieu et nous en sommes encore là aujourd’hui.

Quant à l’évangile, il nous rappelle que le Christ, dans son ministère en Palestine, s’est d’abord adressé aux « brebis perdues de la maison d’Israël », donc aux Juifs. Mais après sa résurrection et son retour auprès du Père, une question va surgir dans les communautés chrétiennes d’origine juive dont celle de Matthieu. Faut-il accepter les païens dans l’Église ? Matthieu, avec le récit de ce jour, tente de répondre à cette question sans doute brûlante à l’époque. Si le Christ s’est laissé toucher par la foi d’une païenne qui ne s’est pas découragée devant un premier refus, les portes de l’Église ne doivent-elles pas s’ouvrir devant la foi des païens ?
Frères et sœurs, vous le savez, aujourd’hui, dans les pays sécularisés d’Occident, un nombre non négligeable de personnes frappent à la porte de l’Église, des Églises. Ils ont souvent fait une expérience de foi bouleversante et cherchent où vivre cette relation au Christ qui a fait irruption dans leur vie.

Les communautés anciennes, nous pour la plupart, pouvons être parfois déroutées. Nous faisons l’expérience de la grâce de Dieu qui touche des gens qui ne correspondent pas du tout aux critères habituels du croyant. Nous nous trouvons donc devant des défis qui ont un air de déjà vu dans la Bible. Quelle sera notre attitude ?
Nous pouvons être tentés par le refus, et le Christ l’a été lui-même, mais devant l’expérience de foi vécue par les catéchumènes, néophytes et recommençants d’aujourd’hui, n’y a-t’il pas à méditer, à s’inspirer de l’attitude de ces grands piliers de notre foi que sont Isaïe, Paul et le Christ ?
La foi chrétienne a connu ce tournant d’accomplir une ouverture à l’universel déjà contenue dans les écrits de l’Ancien Testament mais finalement peu entendue. Il faudra la rencontre assez massive avec les chrétiens venus du paganisme pour faire bouger les lignes. Aujourd’hui, il semble se passer quelque chose qui peut nous déstabiliser. Quelle sera notre réaction devant les questions, parfois très complexes, qui se posent ?
Il me semble nécessaire de nous investir dans l’accueil et l’accompagnement de ces nouveaux-venus, mais aussi de nous laisser enseigner, par eux, par leur expérience de foi qui peut être différente de la nôtre, tout en discernant également l’action authentique de l’Esprit Saint.
Demandons à ce même Esprit Saint de nous éclairer, et mettons-nous en route pour accueillir ces nouvelles demandes. Même dans les monastères, elles se présentent désormais et il est de notre responsabilité de croyants de chercher, dans l’Esprit, à y répondre selon la volonté de Dieu. Qu’il nous vienne en aide dans cette aventure pas banale qui s’ouvre devant nous.

AMEN

Frère Jean-Louis

Homélie du 15 août 2026 — Assomption de la Vierge Marie — Père Abbé Luc
Cycle : Année A
Info :

ASSOMPTION

15 août 2026

Ap 11,19a, 12, 1-6a.10ab ; 1 Co 15, 20-27a ; Lc 1, 39-56

Texte :

Frères et soeurs,
Lorsque nous reprenons aujourd’hui le cri d’Élisabeth : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » nous lui donnons une plénitude de sens à laquelle la vieille cousine n’avait pas songé. Élisabeth s’émerveillait d’accueillir la Mère de son Seigneur, la Mère du Messie. Nous nous émerveillons en chantant Marie, aujourd’hui présente dans la gloire de son Fils. Elisabeth s’émerveillait de ce que Marie ait fait confiance à la parole qui lui a été dite pour laisser se déployer le mystère d’une vie à naitre. Nous nous émerveillons de ce qu’en Marie la parole entendue à l’annonciation porte aujourd’hui tout son fruit : non seulement son corps a accueilli le Verbe, mais il est aujourd’hui pris dans la gloire de son Fils, le Christ Ressuscité. Oui, en Marie, la Parole s’accomplit pleinement : en elle l’humanité a accueilli le Fils de Dieu venu nous sauver, en elle aujourd’hui l’humanité est accueillie et glorifiée par le Fils de Dieu.

Derrière moi, la décoration réalisée par notre f. Ambroise, avec un peu de peine me disait-il, car la fleuriste était en vacances, nous offre une belle image de ce grand mouvement de l’accomplissement de la Parole en Marie. Entre Marie et la croix de Jésus, il y a ces grandes branches de hêtres. Elles forment comme un grand dais qui enveloppe Marie et la Croix. Le vert du feuillage fait signe d’un foisonnement de vie. On peut y reconnaître dans la foi, comme la vie divine, ce grand mouvement de vie qui a circulé entre la Mère et le Fils, et entre le Fils et la Mère. Depuis l’Annonciation, Marie fut couverte par l’ombre de l’Esprit. Conduite par Lui, elle met au monde Jésus son Fils. Elle l’élèvera, puis le suivra sans toujours comprendre ce prophète insaisissable qu’il est devenu. Et elle sera au pied de la Croix sur laquelle son Fils disperse les superbes et élève les humbles, par le pardon offert. Là, elle se verra investie d’une nouvelle maternité auprès des disciples : Femme, voici ton fils. Avec la résurrection de Jésus, le mouvement de vie reflue depuis la Croix signe de victoire vers Marie, et à travers elle vers l’humanité. Avec toute l’Église naissante, au milieu des disciples en prière, d’une nouvelle manière, Marie est prise sous l’ombre de l’Esprit. Elle partage alors avec les amis de son Fils Ressuscité, le déploiement joyeux de la Vie nouvelle dont ils sont les porteurs et les annonciateurs. Et au terme de sa vie terrestre, le foisonnement de vie qui reflue vers elle va la prendre délicatement, toute entière dans la gloire de Dieu, avec son âme et son corps.
Et nous frères et sœurs qui contemplons ce mystère, que retenir pour notre vie d’aujourd’hui ? Tout d’abord, en Eglise, nous pouvons nous réjouir, prendre vraiment au sérieux la joie que porte ce mystère qui désormais nous concerne. Oui, nous sommes heureux nous aussi de croire en l’accomplissement des paroles qui furent dites à Marie et qui nous sont adressées. Nous voici pris sous ce grand dais de vie avec Marie. Comme nous le chanterons dans la préface : Marie est le commencement et l’image de ce que deviendra ton Église en sa plénitude ». C’est là notre foi et notre espérance pour demain. Mais ce demain est déjà à l’oeuvre aujourd’hui. La Parole entendue ensemble et par chacun dans l’intime de son coeur veut ouvrir dès maintenant des chemins de vie. Dans notre quotidien le plus simple et habituel, le Christ ressuscité veut nous offrir sa Vie en abondance. Il nous revient sous la conduite de l’Esprit de le laisser faire, avec Marie de nous mettre en chemin avec joie pour accomplir ce qu’il nous revient de faire aujourd’hui. Et lorsque l’épreuve est là, la tentation peut-être, la souffrance, laissons la Parole méditée nous éclairer et l’Eucharistie nous fortifier. Tournons-nous vers Marie qui est proche, elle qui prie pour nous pauvre pécheur. Elle nous montre le chemin de son Fils qui continue de relever son peuple.

Frère Luc

Homélie du 09 août 2026 — 19e dim. ordinaire — Père Ettien Fossou
Cycle : Année A
Info :

19e dimanche du Temps Ordinaire, année A

9 août 2026

1 R 19, 9a.11-13a ; Rm 9, 1-5 ; Mt 14, 22-33

Texte :

Le prophète Elie est connu pour être une figure éminente de la théophanie, c’est-à-dire de la manifestation extraordinaire de Dieu. Il est même davantage connu sous cet angle. Il sait de par son expérience personnelle et l’expérience du peuple d’Israël, surtout à travers Moïse, que le Seigneur peut se manifester de manière extraordinaire. La montagne de l’Horeb dont il est question dans la première lecture est la même que le mont Sinaï, mais désignée différemment selon les traditions qui ont écrit la Bible. Sur cette montagne du Sinaï, qui est donc aussi le mont Horeb, Dieu s’est manifesté exactement à travers les mêmes signes extraordinaires dans lesquels il n’est pas dans l’expérience d’Elie d’aujourd’hui. Lui-même, a fait descendre trois fois le feu, a fermé le ciel à la pluie pendant trois ans environ, et il a fait revenir la pluie, etc. Mais il me semble que l’une des plus fondamentales intuitions que Elie a eues et qui est manifeste dans la première lecture, c’est de n’avoir pas cédé à ce que j’appellerais « l’euphorie circonstancielle ». C’est-à-dire qu’il ne s’est pas laissé déterminer par les premières circonstances, mais plus généralement par les circonstances en elles-mêmes. Contrairement à d’autres fois, son expérience d’aujourd’hui lui a fait percevoir la présence de Dieu à travers le murmure d’une brise légère. Toutefois, mon propos fondamental d’AUJOURD’HUI ne sera pas d’affirmer à, priori la supériorité d’expérience de la brise légère sur les théophanies. Il ne s’agit pas d’opposer la puissance en Dieu et le silence en Dieu, l’extraordinaire de Dieu et l’ordinaire de Dieu, en s’enfermant soit dans l’un soit dans l’autre. Car selon Job 33, 14 « Dieu parle (ou agit) tantôt d’une manière, tantôt d’une autre ».

Dans l’expérience d’Elie, ce qui est fondamental, est exprimé par le première verset du psaume responsorial : « j’écoute : (préciser la ponctuation des « : » ……Que dira le Seigneur Dieu ». Ma lecture préparatoire de ce psaume a été fortement marqué par cette ponctuation. Ces (:) marquent qu’il y a une suite, une suite intimement liée à ce qu’on écoute, et on s’y attend. Mais avant cette suite, ces « : » indiquent aussi une pause, une vraie pause, mais une pause mystique. Une pause qui est tension vers. C’est une pause qui est attente. Attente de quoi ? « Que dira le Seigneur Dieu ? » De fait, au-delà de toutes nos circonstances, qu’elles soient apparemment positives ou apparemment négatives, il est hautement nécessaire que nous nous disposions de vrais espaces d’écoute, non pas des circonstances seulement, mais surtout du Dieu des circonstances. Celui qui est au-delà des circonstances. C’est cette écoute, qui nous permettra de discerner la voix et la présence de Dieu, au-delà de ce qui se présente immédiatement à nous. Ce fut l’expérience d’Elie.
Mais si Elie a pu écouter réellement Dieu et s’attendre à lui, ce ne fut pas la première expérience de l’apôtre Pierre qui avait commencé à se laisser déterminer par les évènements. La force du vent l’a immédiatement informé qu’il allait se noyer et il y a cru et nous savons la suite. Il cesse d’écouter Jésus, La Parole, pour n’écouter que la force du vent. Frères et Sœurs, combien sommes-nous à être déterminés essentiellement par ce que nous entendons, nous voyons, nous vivons, par ce que nous sentons immédiatement. Combien sommes-nous à vivre des situations qui nous informent que notre mariage va couler, que notre emploi va couler, que la communion entre nos enfants va couler, que notre ministère va couler, que notre réputation va couler, que notre Eglise va couler, etc. Alors peut-être que nous avons à laisser résonner en nous, ce psaume 84(85), « j’écoute : que dira le Seigneur Dieu », le Seigneur des situations. En écho à tout cela, je peux réentendre le Jésus de saint Marc dire en Mc.4, 24 « Prenez garde à ce que vous entendez… » et Saint Paul en Rom.10, 17 « la foi vient de ce qu’on entend ». Alors, je nous pose la question à vous et à moi : à quoi prêtons-nous l’oreille ? nos problèmes, nos désespoirs, nos déceptions, ou bien plus à Celui qui peut marcher sur la mer ? la mer, symbole de nos situations périlleuses. Et la Parole de Dieu nous rassure, Celui-là, qui marche sur la mer, n’est pas un fantôme. Il n’est pas un fantôme de sauveur, et d’espérance c’est-à-dire une sorte de consolation imaginaire ou une projection psychologique, ni une idée sans puissance réelle, comme certains le croient. Celui, qui a sauvé Pierre était quelqu’un de réel, de concret, et le salut dont celui-ci a bénéficié était concret, parce qu’il s’est souvenu du Maître des circonstances.

Nous aussi, souvenons-nous du Maître de nos vies, en nous créant des espaces d’écoute. Elie s’est créé un tel espace en allant sur une montagne. Jésus s’est créé cet espace en allant aussi sur une montagne à l’écart. Le verset 23, nous dit « le soir venu, il était là, seul. » Et je pourrai ajouter, « enfin ». À travers ce verset 23, Je peux aussi entendre, monsieur l’abbé Jésus, souffler après une journée pastorale bien pleine. Je peux entendre Mr. et Mme Jésus, souffler après une journée de travail et familiale bien pleine. Je peux entendre chacun de nous, se réjouir d’un tel moment de solitude ; non pas une solitude en tant que lassitude ou fuite du monde. C’est plutôt une solitude en tant que moyen de rencontre et d’écoute de Celui qui peut donner du sens à tous les sens que peut prendre notre vie. Cette solitude d’écoute doit faire partie intégrante de notre existence. Je peux donc comprendre pourquoi St Matthieu dit que Jésus obligea ses disciples à le précéder sur l’autre rive. De fait, cette obligation était d’abord envers lui-même, il s’oblige à trouver du temps de solitude, en disciplinant ces occupations. Venir de temps en temps, dans le contexte monastique de la Pierre-Qui-Vire, est un excellent projet. Mais nous efforcer à créer des espaces de silence dans notre quotidien, est encore mieux. AMEN.

Père Ettien Fossou

Homélie du 26 juillet 2026 — 17e dim. ordinaire — Frère Guillaume
Cycle : Année A
Info :

17ème dimanche Temps Ordinaire, année A

26 juillet 2026

1 Rois 3,7-12 ; Rom. 8,28-30 ; Matth. 13,44-52

Texte :

Frères et sœurs,
Dans le passage d’Evangile que nous venons d’entendre, un mot revient par 2 fois au début et à la fin : celui de « trésor », associé au Royaume des Cieux.
« le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ». « Tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien ».
En quoi consiste ce trésor ? Cette image de parabole retenue par Jésus pour son enseignement sur le Royaume nous rejoint-elle encore ? où serait ce trésor alors ? et le cherchons-nous d’une manière ou d’une autre ?
A son 1er niveau de sens un trésor renvoie à une réalité matérielle : argent, objets précieux, terres rares, placements financiers déposés dans des banques, On pourrait aussi évoquer les trésors des cathédrales ou des Templiers, les départements du Trésor dans les ministères d’économie de certains pays comme aux USA ou en France. Les exemples ne manquent pas. Ces réalités matérielles ne sont pas mauvaises en elles-mêmes. C’est le rapport que l’on entretient avec elles qui peut le devenir, quand il y a un désir immodéré et exclusif de les posséder et de les accumuler égoïstement au détriment d’un équitable partage, et de la distribution de ce qui pourrait représenter un bien commun.

Jésus ne parait pas désapprouver l’attitude de cet homme chanceux qui fait preuve d’habileté en se séparant de ses actuelles richesses pour en acquérir une plus précieuse et mieux valorisée. De même le scribe devenu disciple est habile en tirant de son trésor du neuf et de l’ancien. Jésus nous surprend toujours dans son enseignement. Il loue un gérant malhonnête qui se fait de l’argent sur le dos de son maître. Mais il a tout aussi bien des paroles fortes contre ceux qui ne pensent qu’à accumuler : « ne vous amassez pas de trésors sur la terre, là où les mites et les vers font tout disparaître, mais amassez-vous des trésors dans le ciel. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ».
On passe alors à un nouveau niveau de sens du mot « trésor ». Il se situerait sur le registre des relations humaines, affectives, bref sur le plan du cœur. Il n’est pas rare que des amoureux se désignent comme « mon chéri », « mon trésor » ou que des parents appellent leurs enfants ou leurs bébés « mon trésor » Il nous est bon de repérer ces relations qui nous enrichissent sur un plan humain. Elles sont de véritables trésors à rechercher et à conserver. Mais attention là encore Jésus prévient ses disciples si ces attachements sont exclusifs et trop possessifs et s’ils empêchent l’appel à le suivre, et par suite l’accès au Royaume : « si quelqu’un préfère son père, sa mère, son frère, sa sœur, il n’est pas digne de moi ».

Un dernier niveau de sens peut être enfin donné au mot trésor, sur un plan spirituel. Ce serait de l’associer à la Sagesse, plus désirable que l’or, l’argent, ou les plus belles perles de la mer. « la Sagesse où la trouver, l’intelligence où trouver sa demeure ? Et la Bible nous répond : « la connaissance du Seigneur, voilà la Sagesse, s’écarter du mal, voilà l’intelligence »
C’est ce trésor que recherchait le jeune roi Salomon, dans la prière entendue en 1ère lecture. Il ne demandait pas les biens matériels, la réussite dans les relations avec ses semblables pour les dominer et recevoir d’eux le pouvoir, l’honneur et la Gloire. Il se tourne vers Dieu en lui demandant les dons de discernement et de conseil afin de gouverner et servir au mieux son peuple, en rendant des jugements conformes à la volonté divine. Certains de ces jugements resteront célèbres, mais hélas en ses vieux jours le roi Salomon sera entraîné par la séduction de femmes étrangères et il perdra cette sagesse, reçu en sa jeunesse.
Saint Paul lui aussi avait recherché la sagesse comme un trésor, dans l’observance scrupuleuse de la Loi de Moïse. Il pensait ainsi acquérir son salut, jusqu’au jour où il fit la rencontre bouleversante de Jésus, sur le chemin de Damas, qui allait transformer sa vie. Découverte d’un trésor caché dans le vase d’argile sacré de son cœur. « A cause de Jésus, j’ai tout perdu et je considère tous mes biens acquis comme des ordures, afin de le gagner, lui, le Christ, et d’être trouvé en lui avec une justice qui vient de la foi ». Désormais, son trésor, ce sera la connaissance du Christ, la participation à ses souffrances, et l’espérance d’avoir part à la Résurrection avec Lui. Pour Paul, le Royaume des Cieux n’est pas tant affaire de parabole que la réalité même du mystère pascal, accompli dans la passion la mort et la résurrection de Christ. Là aussi, il y a bien perte et gain, tri entre une nouveauté radicale et une ancienne pratique. Il s’agit d’une course au trésor en avant dans laquelle il faut s’élancer.
Alors, frères et sœurs, qu’en est-il pour nous devant cette image parabolique proposé par Jésus aujourd’hui pour nos existences ? Cherchons-nous un trésor ? que trouvons-nous ? A chacun et chacune de répondre à la question.

Pour les moines qui suivent la Règle de Saint Benoît, on pourrait dire que c’est le trésor de la prière, de la liturgie de la communion de la vie fraternelle. Plus fondamentalement : « n’avoir rien de plus cher que le Christ » « ne pas avoir d’autre bonheur que Dieu qui est notre refuge et qui nous garde inébranlable, à sa droite », comme le chante si bien un verset du psaume 15.
Pour terminer, j’aimerais vous partager l’illustration royale des textes de ce dimanche, proposée dans le commentaire de la revue Magnificat : «  l’année 2026 est celle du 800ème anniversaire de l’accession au trône de Saint Louis, alors qu’il était comme Salomon un jeune adolescent : il avait 12 ans. Saint Louis signait les actes et décrets de sa gouvernance par la mention : Louis de Poissy, en souvenir du lieu où il avait été baptisé. Il exprimait ainsi que le trésor caché et la perle de grand prix de sa vie ne résidait pas tant dans sa couronne prestigieuse de Roi de France, ni dans la réputation de sagesse, de bon jugement et de sainteté qui lui étaient attribués durant son Règne, mais dans la seule grâce de son baptême. 
Puissions-nous, nous aussi, frères et sœurs chrétiens et chrétiennes, reconnaître à notre place que notre trésor caché, la perle de grand prix de notre vie c’est bien la grâce de notre baptême.
AMEN

Frère Guillaume

Homélie du 19 juillet 2026 — 16e dim. ordinaire — Frère Basile
Cycle : Année A
Info :

16e Dimanche du Temps ordinaire, année A

19 juillet 2026

Sagesse 12, 13 + 16-19 / ps 85
Romains 8, 26-27
Matthieu 13, 24-43

Texte :

« Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » (v 43) Qu’il comprenne l’actualité de cette parabole, rapportée seulement par st Matthieu, et toujours aussi parlante aujourd’hui qu’au temps de Jésus, il y a 2000 ans ! Ce qui est remarquable ici, c’est qu’il y a aussi une interprétation de la parabole de l’ivraie. Mais pourquoi Jésus la donne-t-il à ses disciples en particulier, une fois rentré à la maison, et non pas à la foule ? Certains disent que cette explication vient de Matthieu lui-même pour répondre aux questions de sa communauté, ces premières communautés chrétiennes qui avaient du mal à se situer par rapport au monde juif et par rapport au monde païen.
Pour moi, c’est important qu’il n’y ait pas une interprétation unique, une seule manière de comprendre la parabole ; il faut que chacun fasse l’effort, ait le courage d’appliquer la parabole à sa propre vie, à ce qu’il voit autour de lui. Et c’est plein de questions !

Car derrière cette petite histoire, il y a la grande question, la question de toujours depuis que l’homme cherche à comprendre le sens de sa vie, l’évolution du monde : pourquoi le Mal et tout son cortège : l’injustice, le péché, la maladie, la mort ? Pourquoi le terrorisme et tant de victimes innocentes ? Et pourquoi le Mal est-il si inextricablement mêlé au Bien, au point que lorsqu’on veut détruire le Mal, on risque d’anéantir le Bien ?
A la lumière de cette parabole, essayons de débrouiller le nœud de ces questions, et de voir aussi quelles sont nos réactions, de quel côté nous sommes. Le monde serait-il coupé en 2 ? D’un côté les bons, de l’autre les méchants ? Et où passe la frontière ? Dans les serviteurs du maître, nous reconnaissons les purs, ceux qui disent : « On va faire le tri tout de suite », la sélection, le tri entre les malades et les gens sains, entre les utiles et les inutiles. Pourquoi pas entre les races, et on en arrive alors à la purification ethnique. Mais n’y a-t-il pas en nous parfois des réactions semblables ? Même dans l’évangile, nous voyons les apôtres Jacques et Jean appeler le feu du ciel sur un village samaritain qui a refusé de les accueillir (Luc 9, 51-56) Ils disent à Jésus : « Veux-tu que nous fassions tomber sur eux le feu du ciel ? » et Jésus les reprend vivement. Sa réponse est donnée par certains manuscrits : « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes, car le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les vies, mais pour les sauver. »

Vous me direz alors : on ne va quand même pas laisser le Mal s’étendre et gagner du terrain ; c’est là que nous sommes tentés de bien des façons : soit de nous impatienter, soit de juger trop vite et de manière intolérante, en nous mettant bien sûr du bon côté ou en disant : « Tout est pourri ! »
Il faut alors nous laisser bousculer par la Parole de Dieu donnée dans ces 3 paraboles, car elles s’éclairent
mutuellement : c’est un récit de salut et non pas un constat d’échec : quels que soient les obstacles, la force de la Parole semée est à l’oeuvre et le Royaume grandit. L’étonnant, c’est qu’à travers ces paraboles, Jésus ne nous donne pas une leçon de morale, il nous révèle le visage de Dieu.
C’est lui, le maître de la moisson dont la patience est infinie ; c’est lui le créateur qu a tant de respect pour notre liberté ; c’est lui qui prend tellement de risques en laissant pousser ensemble l’ivraie et le bon grain. C’est lui notre Père qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et la 1° lecture, ce texte admirable du livre de la Sagesse, nous donne les raisons profondes de cette patience de Dieu : « parce qu’Il peut tout » Mais justement, ce n’est pas la toute-puissance qu’on imagine, celle qui écrase et ne respecte rien, celle qui fait disparaître tous les opposants, une toute-puissance tyrannique. Dieu n’est pas ainsi : il prend soin de tous, il est patient envers tous. Sa toute-puissance est celle de l’amour qui attend, comme le Père de la parabole attendait le retour de son fils.
F & S, nous sommes invités à cette patience, à cette tolérance : c’est vrai qu’il faut de la lucidité, du discernement, mais ne jugeons pas trop vite les gestes ou les intentions : que savons-nous du coeur de l’autre ? Comme il nous faudrait relire l’évangile, voir l’attitude de Jésus envers les pécheurs, les exclus, les ‘hors-la-loi’, qui a troublé même Jean-Baptiste, lui qui annonçait un tout autre Messie. Nous sommes invités à la conversion, la nôtre, pas celle des autres ; n’oublions jamais que la frontière entre le bien et le mal passe dans notre propre coeur.

Surtout il faut garder l’espérance que le bien l’emportera. « Gardez courage, nous dit Jésus, j’ai vaincu le monde » Oui, les forces du Mal sont à l’oeuvre dans le monde, et nous voudrions savoir pourquoi et comment les combattre. Dans une interview récente sœur Anne Lécu disait : « Je préfère parler du « mystère du mal » plutôt que des « forces du mal. » Ce mystère doit rester un mystère : vouloir l’expliquer, c’est vouloir se mettre à la place de Dieu. » Mais elle ajoutait qu’il faut vivre l’espérance chrétienne au coeur de cette énigme du Mal.
« A tes fils tu as donné une belle espérance » nous a dit le livre de la Sagesse. Alors demandons à l’Esprit Saint de venir au secours de notre faiblesse et de mettre en nos coeurs l’espérance du Royaume.

Frère Basile

Homélie du 11 juillet 2026 — Saint Benoît — Père Abbé Luc
Cycle : Année A
Info :

SAINT BENOÎT

11 juillet 2026

Pr 2, 1-9 ; Ps 33 ; Col 3, 12-17 ; Mt 5, 1-12a

Texte :

Frères et sœurs,

Entre la lecture du livre des Proverbes et l’évangile des Béatitudes en passant par la lettre de Paul aux Colossiens, nous les moines, nous reconnaissons en filigrane le chemin proposé par St Benoît dans sa règle. Un chemin vécu dans l’écoute laborieuse, « l’oreille attentive et le coeur incliné vers la raison », un chemin éclairé par la promesse faite aux pauvres de coeur, aux miséricordieux et aux artisans de paix de se réjouir dans le Royaume des Cieux, en passant par le patient labeur de la prière et le lent travail d’ajustement fraternel fait de support mutuel et de pardons sans cesse redonnés. Quel chemin ! Un chemin bien humain mais qui se révèle impossible sans la grâce de Dieu, sans le don de l’Esprit répandu dans nos coeurs. La force de la Règle et son défi aussi est de nous proposer d’avancer ensemble sur ce chemin. Lorsqu’on arrive au monastère, chacun de nous est habité par une quête personnelle de chercher Dieu. On a entraperçu dans l’appel entendu que Dieu nous cherchait, qu’il nous aimait et nous choisissait pour nous donner sa grâce dans cette manière de vivre là. Et cette quête, comme une brûlure qui ne s’éteint, va se poursuivre tout au long de nos jours. Heureux sommes-nous si nous savons alimenter ce feu dans l’écoute fidèle de la Parole entendue dans la liturgie et ruminée dans la lectio divina. Car ce feu, s’il consume en nous l’ivraie, est un feu communicatif qui nous entraîne à aimer davantage. Oui, car notre quête intérieure, toujours très personnelle, St Benoît nous offre de la vivre avec des frères, pour marcher ensemble vers le Royaume. Il nous fait la promesse que plus on avance dans la vie religieuse et dans la foi, le coeur se dilate. Et nos frères vont y contribuer pour beaucoup ! Et pas seulement parce que tout irait bien et qu’un commun accord ferait que nous pouvons spontanément nous reconnaître comme des frères. Non au contact du frère qui surprend toujours, le coeur se dilate quand il apprend à se libérer des entraves qui le gardent replié sur lui-même ou enfermé dans ces vues. Il se dilate parce qu’il apprend à pardonner, à être patient face à des réactions ou des attitudes qu’il ne comprend pas. Il se dilate quand peu à peu le jugement laisse place à la bienveillance et à la miséricorde.

Étonnant chemin sur lequel nous sommes toujours des commençants. Comme nous le disait f. Yves dans un bel aphorisme qui peut éclairer tous les aspects de notre vie : « Chaque matin, le moine retourne à son jardin, chaque matin le moine retourne son jardin, et c’est de l’or à la fin ». Mystérieux travail où s’allient grâce et effort humain, où peu à peu chacun de nous revêt avec joie, et non plus comme une contrainte, un autre habit fait de « bonté, d’humilité, de douceur et de patience », cet habit dont le Christ désire nous revêtir pour les noces éternelles. Mystérieux travail où la présence fraternelle est tour à tour soutien et obstacle, soutien par la présence et l’entraide au quotidien, obstacle quand survient l’imprévisible ou l’étrange qui oblige toujours à un dépassement et qui appelle au pardon et à la réconciliation, lorsqu’il y a choc et collision. Parfois, nous aimerions que le Royaume soit déjà arrivé et qu’il n’y ait pas de conflit ou de difficulté entre frères. Nous aimerions goûter quelque chose du bonheur du Royaume par une tranquillité et une quiétude. Mais serait-ce vraiment le Royaume des Cieux ? Jésus nous laisse entendre au contraire que nous goûtons quelque chose du Royaume à venir, lorsque nous tenons ferme dans l’adversité, dans les persécutions, et non pas en leur absence. Et au cœur des tribulations et des soucis, n’est-ce pas un avant-goût du Royaume que le Seigneur nous donne, quand, par sa grâce, nous sommes un peu plus enracinés, dans la douceur, la miséricorde, la pauvreté de cœur, le désir d’être artisan de paix… ? Ce matin, nous rendons grâce au Seigneur de nous entraîner sur ce chemin de vie et de libération, sous la conduite de St Benoit, au cœur de notre Eglise, elle-même fraternité toujours en construction.

Frère Luc

Homélie du 05 juillet 2026 — 14e dim. ordinaire — Frère Hubert
Cycle : Année A
Info :

14e dimanche du Temps Ordinaire, année A

5 juillet 2026

Za 9, 9-10 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30

Texte :

« Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem !
Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne.
Il fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ;
il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. »
La paix en Israël, entre le royaume du Nord et celui du Sud, la paix entre les nations.
Comme nous voudrions que cet oracle se réalise,
alors que notre monde est tellement soumis à la loi de la force, de la violence et du mépris !
Y croire, est-ce se faire illusion ?
Non, car Jésus l’a déjà accompli.
En lui, « tout est réconcilié.
Il a fait la paix par le sang de sa croix, la paix pour tous les êtres, sur la terre et dans le ciel. »
Nous célébrons cela dans chaque eucharistie, dans chaque célébration de la Liturgie des Heures.
Il est notre paix ; en lui, tout est déjà accompli.
Mais il nous demande d’être, avec sa grâce, chacun à notre place,
des artisans de paix.
Dans son Esprit, nous pouvons être des êtres de paix, semeurs de paix, dans la justice.
Comment y parvenir alors que nous nous sentons si impuissants dans la marche du monde ?
En désarmant d’abord notre cœur et nos paroles.
Écoutons ce que nous dit notre pape Léon dans son encyclique Magnifica humanitas,
que je vous invite à lire et travailler. Il y écrit :
La première contribution que nous pouvons apporter à une civilisation plus humaine
est de prêter attention à nos paroles. « Désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la Terre ».
Le pouvoir des mots est immense et nous en faisons l\'expérience dans notre communication quotidienne. « La paix commence par chacun de nous : par la manière dont nous regardons les autres,
dont nous les écoutons, dont nous parlons d\'eux ;
et, en ce sens, la manière dont nous communiquons est d\'une importance fondamentale :
nous devons dire \"non\" à la guerre des mots et des images,
nous devons rejeter le paradigme de la guerre ».
Nous devons tous faire un examen de conscience sur les mots que nous utilisons,
sur les préjugés dont ils sont chargés et sur l\'agressivité, ouverte ou latente, qui les habite.
Frères et sœurs, désarmons nos paroles et nous contribuerons à désarmer la Terre !

Le pape dit encore :
« Si la paix n’est pas une réalité vécue, à préserver et à cultiver,
l’agressivité se répand dans la vie domestique comme dans la vie publique.
Saint Augustin recommandait ainsi de ne pas détruire les ponts
et de ne pas s’appesantir dans le registre des reproches,
préférant la voie de l’écoute et, dans la mesure du possible, de la rencontre avec les motivations des autres. Il y a soixante ans, le Concile Vatican II se concluait sur la prise de conscience
d’un dialogue urgent entre l’Église et le monde contemporain. »
Nous pouvons ajouter : besoin d’un dialogue urgent dans nos communautés, dans nos familles, partout.

J’aimerais aussi réécouter avec vous ces versets du psaume 71 :

Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice.
Qu\'il gouverne ton peuple avec justice, qu\'il fasse droit aux malheureux !
Montagnes, portez au peuple la paix, collines, portez-lui la justice !
Qu\'il fasse droit aux malheureux de son peuple,
qu\'il sauve les pauvres gens, qu\'il écrase l\'oppresseur !
En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu\'à la fin des lunes !
Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie.
Que la terre jusqu\'au sommet des montagnes soit un champ de blé.

Frères et sœurs, chacun de nous peut briser l’arc de guerre et être artisan de paix
en pratiquant la justice.
« Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux point qu\'on te fasse ;
ne dis pas à autrui ce que tu ne veux pas que l\'on te dise. [...]
Veux-tu arriver à la paix ? Fais les œuvres de la justice ! » dit st Augustin cité par le pape Léon.

St Paul dit autrement : Ne vivez pas selon la chair ; vivez selon l’Esprit.

Pardon pour cette homélie faite de beaucoup de citations,
mais que ces paroles descendent dans nos cœurs et nous convertissent !

Seigneur Jésus, doux et humble de cœur, rends notre cœur semblable au tien.
Mets en nos cœurs la paix qui vient de toi, la paix désarmée et désarmante.
Tu es venu partager nos fardeaux : fais venir ton règne.
Sauve notre monde et donne-lui le repos de la justice.

Frère Hubert