Lundi 25 mai : lundi de Pentecôte, messe à 10 heures.

Homélies

Liste des Homélies

Homélie du 16 février 2014 — 6e dim. ordinaire — Frère Ghislain
Cycle : Année A
Info :

Année A - 6e dimanche du Temps Ordinaire, 16 février 2014

Sir. 15, 15-20; I Cor. 2, 6-10; Mt. 5, 17-37

Homélie du F.Ghislain

Texte :

Nous venons d’écouter un très long passage d’évangile, dans lequel Jésus nous donne et nous explique ses commandements. Que nous dit-il ?

D’abord que ces commandements ne sont pas nouveaux : ce sont les commandements que Dieu a depuis le début donnés à son peuple, la Loi d’Israël, résumée dans le Décalogue et qui forme la base de son Alliance, une loi qui fait vivre comme dit l’Ecriture.

Ensuite, que ces commandements ne doivent pas donner lieu à une casuistique pointilleuse, à une jurisprudence compliquée, qui en feraient l’apanage d’un groupe spécialisé, qui confisquerait l’interprétation de la Loi et lui ferait perdre toute sa sève, ces personnes que Jésus appelle les pharisiens, les légistes, les docteurs, les scribes.

Enfin, Jésus indique le principe juste de l’observance vraie de la loi, que je résumerais en deux mots : intériorité, infini. La loi est n’est pas seulement un précepte formulé, ou plutôt, ce précepte s’adresse au cœur et on comprend peu à peu qu’il n’a pas de limites. Prenons le premier commandement que les plus âgés parmi vous ont appris par cœur au catéchisme :

Un seul Dieu tu adoreras

Et aimeras parfaitement.

Est-ce que cela ne s’adresse pas au cœur de l’homme : à son intelligence, à sa sensibilité, à son désir ? Qu’est-ce qui pourrait nous faire comprendre ces mots : Dieu, adorer, aimer, sinon notre cœur, si nous l’écoutons ? Et, si nous descendons dans notre cœur, ne comprenons-nous pas alors que ces mots sont infinis, qu’on peut toujours pressentir mieux qui est Dieu, entrer davantage dans l’adoration, commencer enfin à aimer vraiment ?

Il en va de même pour les hommes. « Tu ne tueras pas ». La Règle de saint Benoît reprend ce commandement pour dire aux moines de le respecter. Mais est-ce qu’un moine, dédié à la rencontre de Dieu et à une vie fraternelle dans la charité, a vraiment besoin qu’on, lui rappelle cela ? Si on s’en tient au niveau légal et extérieur, certainement pas. Mais si on entend ce précepte dans son cœur, alors oui : il y a tant de manières de blesser, voire de tuer un homme, tout en respectant sa vie physique. Jésus mentionne l’injure et il en connait diverses sortes, la colère et ses nombreuses manifestations, Le célèbre psychanalyste Sigmund Freud a écrit un livre sur les mots d’esprit, et il y voit un succédané de l’homicide : on ne tue pas, mais, comme on dit : « on fait de l’esprit sur le dos de quelqu’un », et cela peut, comme on dit encore, « le démolir ». Tuer, démolir, où est la différence au fond ?…Nous voyons alors que, si ce précepte nous va au cœur, il est infini, on n’aura jamais fini de le mettre en œuvre : « ne pas tuer » veut dire « laisser en vie » mais on voit bien qu’il faut aller plus loin : « faire vivre ».

Ainsi l’Evangile n’ajoute rien à la Loi de Moïse et n’en supprime rien. Il se contente de la mettre, cette loi, dans le cœur, et il la porte à l’infini. En un sens, cela pourrait nous faire peur : pouvons-nous vraiment faire vis-à-vis de Dieu et vis à vis des hommes cette démarche à la fois intérieure et infinie ? – Je pensais à cette question et sont alors venus spontanément à ma mémoire trois mots prononcés il y a quelques années et devenus célèbres : Yes, we can ! La tâche politique est devenue trop lourde et cependant, avec un peu de cœur et d’enthousiasme : Yes, we can. Un jour, Jésus lui-même, à un moment proche de la Passion, a posé la question à deux de ses apôtres : « Pouvez-vous ? », et la réponse a été celle-ci : « Nous le pouvons, Yes, we can ».

Et c’est vrai : si nous rentrons un peu en nous-mêmes, si nous cherchons où nous pousse notre désir le plus profond, nous voyons bien que c’est dans la direction d’un respect infini et actif de Dieu et des autres. Nous comprenons que le don, le pardon, la patience, le silence, le sourire sont les attitudes vraies. Nous avons envie de les prendre, et cette envie se manifeste au moins par un sentiment diffus de culpabilité quand nous ne les prenons pas, mais surtout par un désir de faire plus et mieux quand nous les avons prises… Au fond, dans cet évangile, Jésus nous invite à être vraiment nous-mêmes, de plus en plus, et l’Esprit qu’il nous a donné à la Pentecôte ne fait que nous pousser vers l’infini de notre désir. Laissons-nous mener par ce désir…Yes, we can. (2014-02-16)

Homélie du 09 février 2014 — 5e dim. ordinaire — Frère Guillaume
Cycle : Année A
Info :

Année A - 5ème dimanche Temps Ordinaire

Isaïe 58,7-10 ; 1 Cor 2,1-5 : Matthieu 5,13-16

Homélie du F.Guillaume

Texte :

Frères et sœurs

La page d’Evangile que nous venons d’entendre met en avant deux images simples, empruntées à la vie domestique ordinaire : le sel, d’une part, une lampe qui éclaire une pièce de la maison, d’autre part. Jésus prend ces images, au commencement de son exhortation apostolique du Sermon sur la Montagne, dans l’Evangile selon St Matthieu, aussitôt après la proclamation du message des Béatitudes qui en était l’ouverture. Arrêtons nous un peu sur ces deux images et voyons si elles peuvent nous enseigner encore aujourd’hui, comme il y a 2000 ans, au temps de Jésus.

Le sel, le sel de la terre, tout d’abord. Entre ses diverses propriétés naturelles, le sel renvoie surtout à l’expérience du goût. Le sel donne de la saveur aux aliments. Nous l’expérimentons en cuisine. Un plat qui manque de sel n’est guère appétissant, au contraire, s’il est sur-salé il devient immangeable et cela peut même provoquer des accidents de santé, de l’hypertension aux graves conséquences. Ni trop, ni trop peu donc : une simple pincée et cela fait toute la différence pour un bon plat. Quand Jésus dit à ses disciples : vous êtes le sel de la terre, on peut l’entendre alors, tout comme pour le levain dans la pâte : vous êtes le petit groupe de mes amis, une poignée, une pincée de disciples. Mais n’ayez pas peur de donner le goût de l’évangile à ceux vers lesquels je vous envoie. L’évangélisation n’est pas affaire de chiffre, de quantité et de statistiques. Ne vous lamentez pas devant la pénurie des vocations. L’évangélisation est dans la qualité de votre témoignage. Vous avez vu, vous avez goûté combien le Seigneur est bon. Allez, soyez du sel pour les autres. Communiquez cette saveur, cette joie de l’évangile. Et pour reprendre le style de notre pape François dans son Exhortation Apostolique, je dirai bien volontiers : « ne vous laissez pas voler votre sel, le sel de l’Evangile », ne vous laissez pas voler votre joie d’annoncer la Bonne Nouvelle au cœur du monde d’aujourd’hui. Comme nous le chantons dans une hymne, lors de la fête d’un Docteur de l’Eglise : « le sel nous est donné pour exprimer la saveur de la grâce, le goût de Dieu, la joie promise, qui verse en nous l’audace d’aimer la Vérité, d’un cœur qui ne s’effraie, que rien ne lasse ».

Ensuite, la lampe, la lampe que l’on met sur le lampadaire et qui brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Jésus renvoie ici à l’expérience de la lumière, cette réalité naturelle, physique d’abord, très étudiée par les scientifiques et qui a donné lieu à des débats contradictoires sur sa nature et ses effets, mais réalité symbolique aussi, inséparable de tout ce qui touche au monde de la vie : vie matérielle, comme vie morale, spirituelle.

Pour nous croyants, la lumière est encore davantage : elle est associée à la Parole, la Parole divine, comme nous le chantons dans un verset du Ps 118 : « Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route »

La Lumière a été établie par Dieu au commencement de la création, au 1er jour. Alors que les ténèbres étaient à la surface de l’abîme, que la terre était déserte et vide, Dieu dit : « Que la Lumière soit ! (fiat lux) et la Lumière fut. Dieu vit que la Lumière était bonne. » Et la Lumière se retrouve au terme des Ecritures, dans la finale du livre de l’Apocalypse, à l’avènement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. « Il n’y aura plus de nuit. Nul n’aura plus besoin de la lumière d’une lampe, ni de la lumière du soleil. Car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa Lumière et les justes règneront aux siècles des siècles ».

Dieu est Lumière. L’evangile et la 1ère épitre de Jean l’affirment explicitement et solennellement : « Moi, dit Jésus, Je Suis la Lumière du monde. Celui qui vient à ma suite, ne marchera pas dans les ténèbres : il aura la Lumière qui conduit à la Vie ». Alors, quand Jésus dit à ses disciples et à nous-mêmes aujourd’hui : « Que votre lumière brille devant les hommes. Soyez lumière pour vos frères », Il veut nous faire prendre conscience que nous participons par notre vie et par notre témoignage à la nature lumineuse de l’Etre de Dieu.

Nous avons tous fait l’expérience de rencontres de personnes dont le visage était lumineux, rayonnant, soit par leur regard, soit par leur sourire, soit par leur attitude et toute leur vie. La lumière qui se dégageait d’elles a pu alors nous renvoyer à une expérience directe, concrète de la présence de Dieu en elles.

Alors, tout comme pour le sel, tout comme pour le levain, soyons comme le demande Jésus Lumière pour le monde. Et pour reprendre le style du pape François, je dirais volontiers : « ne nous laissons pas voler notre lampe , la lampe de l’Evangile ». Gardons-la bien allumée, prête à servir, à la rencontre de l’époux dans la nuit, comme les vierges sages et prévoyantes qui avaient emporté avec elle de l’huile. Car la lampe est aussi un instrument précieux et nécessaire dans notre propos de vigilance et de prière. Nous le chantons dans une hymne pour la fête des vierges : « pourquoi garder toute la nuit vos lampes allumées ? Pourquoi donner à votre vie le sens d’une attente infinie ? Quelle espérance vous tient éveillées vierges sages, et quelle promesse de joie ! Heureux les invités aux noces de l’Agneau ! »

Frères et sœurs, 2000 ans après que Jésus ait exhorté ses disciples sur la Montagne avec ces images du sel et de la lampe, laissons-nous toucher à notre tour par cette Parole de Dieu qui nous est adressée en ce jour. Puissions-nous, chrétiens annoncer à nos frères : « Goûtez et voyez combien bon est le Seigneur ! »

AMEN (2014-02-09)

Homélie du 26 janvier 2014 — 3e dim. ordinaire — Frère Hubert
Cycle : Année A
Info :

Année A - 3° Dimanche du Temps Ordinaire

Is 8, 23b-9, 3 ; 1 Co 1, 10-13+17 ; Mt 4, 12-23

Homélie du F.Hubert

Texte :

Début du ministère de Jésus dans l’Evangile selon st Matthieu,

que nous allons suivre au long des dimanches de cette année.

Ce ministère commence après l’arrestation de Jean-Baptiste.

Lorsqu’il apprend l’arrestation de Jean-Baptiste, Jésus se retire en Galilée.

Cette simple notation souligne que Jésus, « l’Emmanuel, Dieu-avec-nous »,

va être comme Jean, confronté au refus, à l’injustice, à la violence des hommes.

Déjà, tout petit, ses parents ont dû l’emmener en Egypte pour fuir la violence du roi Hérode.

La Passion est déjà dessinée en filigrane par l’évangéliste.

Quand l’heure sera venue, Judas donnera son signe :

« Celui que j’embrasserai, c’est lui, arrêtez-le. »

Alors ils s’approchèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent. »

La mission de Jésus ne s’accomplira pas sans qu’il donne sa vie. Pour ceux-là même qui veulent la lui ôter.

Revenant donc en Galilée, après son baptême et ses 40 jours au désert,

Jésus quitte sa ville de Nazareth et s’installe à Capharnaüm.

Il « sort » de chez lui pour proclamer l’Evangile du Royaume. Il va à la rencontre des hommes.

Vous savez combien le pape François désire une Eglise qui « sorte » de chez elle

pour aller aux périphéries humaines, une Eglise aux portes ouvertes.

Jésus ne reste même pas en place : il parcourt toute la Galilée,

cette Galilée des nations, carrefour de peuples, symbole de toute l’humanité.

Porte ouverte sur le monde, c’est à partir d’elle que le salut de Dieu sera annoncé à toutes les nations :

au matin de Pâques, l’ange dira aux femmes :

« Il est ressuscité d’entre les morts et voici qu’il vous précède en Galilée. »

et c’est en Galilée que les Onze recevront ces paroles de Jésus :

« Allez, de toutes les nations faites des disciples. »

Le choix de Capharnaüm par Jésus est éclairé par une prophétie d’Isaïe

que nous avons entendue pour une part à la messe de minuit.

Cette prophétie était proclamée en Israël dans le rituel du sacre de chaque nouveau roi

dont l’avènement était comparé à un lever de soleil.

Isaïe prophétisait une naissance royale,

gage de libération pour les pays de Zabulon et de Nephtali vaincus par les assyriens au VIIIe s. avant JC :

exécutions, tortures, pillages, déportations.

L’expression : « le peuple qui marchait dans les ténèbres » peut même faire allusion aux colonnes de déportés, les yeux souvent crevés par le vainqueur.

Isaïe annonçait un renversement radical de situation, s’appuyant lui-même sur la célèbre victoire de Gédéon sur les Madianites, avec seulement une poignée d’hommes.

Annonce donc d’une naissance royale.

Dans son évangile, Matthieu nous a rapporté la naissance royale de Jésus avec l’histoire des mages,

ces étrangers venus se prosterner devant l’enfant « le roi des juifs qui vient de naître »,

dont ils avaient vu l’étoile se lever.

Mais maintenant, c’est à Jésus adulte qu’il applique la prophétie d’Isaïe.

C’est Jésus adulte, inaugurant son ministère, qu’il nous présente

comme la lumière qui s’est levée sur le peuple qui habitait les ténèbres et l’ombre de la mort.

L’évangéliste ne signifie pas ainsi que Jésus va ouvrir une ère nouvelle par des exploits guerriers,

mais une victoire contre les forces du mal.

C’est pourquoi Jésus appelle à la conversion des cœurs et effectue des guérisons comme signe de salut.

Notons aussi que Matthieu introduit sa citation d’Isaïe par ces mots :

« C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète. »

Le début de son évangile est truffé de citations bibliques :

en Jésus s’accomplissent les prophéties, les Ecritures ; c’est lui l’accomplissement, lui qui les porte à leur terme.

Alors permettez-moi de reprendre encore ce texte d’Isaïe, tel que nous l’avons eu dans la première lecture.

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ;

et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi.

Lumière.

Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi,

comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin.

Joie.

Lumière et joie.

Il me plaît de rappeler que la première encyclique du pape François s’intitule « La lumière de la foi »

et son exhortation apostolique de novembre, « La joie de l’Evangile ».

Lumière et joie.

Si nous pouvions garder en nous ces deux mots, nous laisser attirer par eux, nous laisser enchanter, vivifier… et les laisser fructifier en les partageant, en en témoignant !

Lumière et joie.

La joie de l’évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus, dit le pape.

En Jésus, le nouveau roi, le véritable roi, Le Royaume des cieux est tout proche, il est là.

Un temps nouveau commence, qui est le temps du salut, où s’accomplira toute justice.

« Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »

Jésus appela Simon et André, Jacques et Jean, et aussitôt ils le suivirent.

Quand il les a appelés, rien en eux n’a résisté.

Ils ont été aimantés par la lumière de cet homme, avec qui sûrement ils étaient déjà en relation.

L’appel de Jésus, qui ne va pas sans le don de son Esprit,

sont source d’une communion extraordinaire entre les hommes, entre nous.

La joie de l’évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus.

La lumière de la foi : Par cette expression, l’Eglise a désigné le grand don apporté par Jésus :

« Moi qui suis la lumière, je suis venu dans le monde

pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. »

Frères et sœurs, sortons de chez nous pour partager cette lumière et cette joie, celles du Royaume.

(2014-01-26)

Homélie du 19 janvier 2014 — 2e dim. ordinaire — Frère Servan
Cycle : Année A
Info :

Année A - 2° dimanche du Temps Ordinaire -

Jean 1 29-34

Homélie du F.Servan

Texte :

Avec cet Evangile, nous sommes encore dans la lumière du baptême de Jésus dont nous avons fait mémoire dimanche dernier.

Après avoir dit : « le Messie, ce n'est pas moi »l Jean baptiste témoigne maintenant (son témoignage étant bien sûr relu et mis en forme par l'évangile rédigé par après) : « le Messie, c'est LUI! - l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » - « j'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur LUI »

La COLOMBE et l'AGNEAU. deux images, deux symboles pris au registre animalier. Sans être une auberge espagnole .. .le Symbole c'est comme un prisme riche de plusieurs facettes ... comme un bouquet que l'on peut regarder de côté et d'autre ... ou comme un accord musical profond qui unit harmonieusement plusieurs mélodies.

L'Agneau : au plan naturel déjà, c'est douceur, innocence, non-violence (« le voici l'agneau si doux ... ») au risque de la violence des loups ou des hommes.

Et, dans la Bible, nous avons entre autres la référence à l'agneau pascal dont le sacrifice et le sang protecteur prélude à la libération d'Egypte, la maison d'esclavage ( qui enlève le péché du monde, qui libère ... ); mais aussi au serviteur souffrant du livre d'Isaïe (évoqué dans notre première lecture, mais aussi dans le psaume 39 que nous avons chanté: « Tu ne voulais ni offrande, ni sacrifice, ni victime, alors j'ai dit « voici je viens », ... « Comme un agneau conduit à la boucherie » ( Es 53) et il serait possible que l'agneau désigné par Jean Baptiste ressemble un peu à un bélier .... Comme dans certains écrits juifs d'une tradition apocalyptique: agneau suscité par Dieu à la fin des temps pour détruire définitivement le mal dans notre monde, plus d'une fois évoqué dans le livre de l'Apocalypse « il y avait un agneau comme immolé mais il se tenait debout ". Vers lui, monte la triple invocation de notre liturgie dans le chant de l'Agnus Dei, plus une fois déjà dans le chant du Gloire à Dieu ...

(Et la colombe! image de douceur mais aussi de vie ... évoquant la Genèse, la Création, mais aussi l'Alliance, la paix(la colombe de l'Arche de Noé ) figure qui trouve sa plénitude en Jésus : « l'homme sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer », mais une plénitude qui veut se communiquer à beaucoup ... et en ce dimanche et semaine de prière pour l'unité des chrétiens, c'est bien le moment pour eux de rendre grâce pour leur commun baptême: « c'est celui-là qui baptise dans l'Esprit Saint » -« l'Esprit qui habite et demeure en eux et les anime ..

« Vous qui avez été sanctifiés ... vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint, avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ ... que la grâce et la paix soient avec vous "

Agneau- colombe, nous le sommes aussi et nous avons toujours plus à l'être dans le monde de ce temps. C’est un don et un programme « être baptisé, ce n’est donc pas l’affaire d’un moment ; c’est un chemin de vie. A ses premiers disciples envoyés en mission, Jésus n'a-t-il pas dit « Allez! je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ( en apprivoisant déjà le petit loup qui se réveille en chacun de nous) Portez la Paix (Schalom) que vous avez reçu ... soyez simples comme la colombe et prudents comme le serpent »

« Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, donne-nous la Paix et fais de nous des artisans de paix » (2014-01-19)

Homélie du 12 janvier 2014 — Baptême du Seigneur — Frère Damase
Cycle : Année A
Info :

Année A - Baptême du Christ 12 Janvier 2014 -

Is 42 1-7; Ac 10 34-38; Mt 3 13-17:

Homélie du F.Damase

Texte :

A Noël, nous avons regardé l’enfant qui venait de naître et nous avons découvert que cet enfant était fils de Marie et fils de David par Joseph, l’époux de Marie. Il était aussi le Verbe de Dieu, c’est à dire qu’il « était au commencement auprès de Dieu et que par lui tout s’est fait. En lui, était la vie ».

Aujourd’hui au lors du baptême de Jésus, nous apprenons à nouveau quelque chose sur son identité : Il est l’homme d’un peuple, il est un membre du peuple juif et il participe aux droits et obligations de ce peuple; il est également le Fils très aimée de Dieu, / son Père et l’Esprit Saint comptent sur lui !

Jésus a 30 ans. De la Galilée, le pays où il a grandi, il entend parler de Jean qui baptise, qui appelle « les hommes à la conversion ». Alors comme tout juif, il se dirige vers Jean. Lui aussi désire « se convertir avec son peuple et confesser les péchés qui arrêtent et bloquent le peuple dans sa marche vers Dieu » ! Jésus descend donc de sa Galilée vers le Jourdain ! Jésus descend (à noter que le mot « Jourdain » signifie en hébreu « le descendeur ») pour trouver Jean !

Jean est troublé par la venue de Jésus, et voudrait l’arrêter : « C’est moi qui ait besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi » ! Jean reconnaît son indignité : je ne suis qu’un pauvre homme qui appelle le peuple à changer de vie, à se tourner vers Dieu, l’Unique !

Jésus lui répond : « Laisse-moi faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement, ce qui est juste » !

« Ce qui est juste » pour Jésus, c’est d’une part qu’il agisse comme son peuple, solidaire de son peuple et d’autre part que lui aussi vive cette démarche de conversion, cette marche vers son Père.

Jésus le jour de son baptême se reconnait comme Hébreu, comme membre de ce peuple qui a quitté l’Égypte pour vivre en Canaan. Et encore, Jésus reconnaît qu’il est comme tout hébreu : choisi par Dieu pour faire entrer tous les peuples dans l’intimité de Dieu, pour amener toute l’humanité à reconnaitre Dieu comme son Dieu ! Et ainsi faire la volonté de Dieu !

Voilà « ce qui est juste » pour Jésus au jour de son baptême. Jésus assume Israël, comme son Peuple et se reconnaît redevable de toutes les obligations de ce peuple. Jésus reconnaît qu’en son peuple, il a manqué Dieu ! Aussi désire-il convertir son peuple en lui redonnant sa mission de SAUVEUR de l’humanité, en lui redonnant le goût de chercher Dieu vraiment et d’en témoigner !

En cela Jésus se reconnaît pleinement homme et agit comme un homme d’Israël !

Et dès que Jésus est « sorti de l’eau », les cieux s’ouvrent, et une voix dit : « Celui-ci est mon Fils bien aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour » ! La tradition juive considérait que les cieux s’étaient fermés depuis que les derniers prophètes s’étaient tus.

Alors Dieu « déchire les cieux » et Il fait entendre sa voix pour proclamer à la face des hommes que cet homme est son Fils ! Qu’il a en lui une confiance totale !

Qu’il est son Bien Aimé !

C’est à dire que Jésus est l’homme aimé par le Père de façon totale et absolue ; et qu’en retour Jésus peut avoir une confiance totale et absolue en l’amour de son Père ! C’est un Amour parfait (une entente, une Alliance parfaite) qui règne entre le Père et le Fils !

Et ce lien entre le Père et le Fils est ratifié par l’Esprit qui surgit « comme une colombe » pleine de douceur quand elle se pose et qui « vient sur lui ».

Nous avons donc là, la présence du Père, du Fils et de l’Esprit (en un mot de la Trinité) qui vient ratifier le geste de Jésus se faisant baptiser par Jean !

De façon symbolique mais réelle, Dieu proclame devant les hommes « cet homme est plus qu’un prophète, il est celui qu’annonçaient les prophètes !

Les deux autres lectures tirées d’Isaïe et des Actes des apôtres viennent nous parler du chemin que Jésus a pris sur notre terre, pour vivre au milieu de nous et avec nous, comme le Serviteur !

Par sa douceur, tout fut changé : il a regardé le monde et l’histoire des hommes dans leur avenir. En regardant en avant, il a espéré l’humanité : « j’ai fait de toi mon Alliance avec le Peuple et la lumière des nations ; car Dieu était avec lui ».

Frères et Sœurs en ce dimanche du baptême de Jésus, ne serait-ce pas le moment de nous souvenir de notre propre baptême, lorsque le Père de tendresse a posé sur chacun de nous son regard d’espérance et nous a dit « Tu es mon fils bien Aimé, en toi j’ai mis tout mon amour » ?

Au-delà des échecs et des amertumes, remplis de reconnaissance, pour un tel amour, reprenons avec plus de joie la route de la vie ! (2014-01-12)

Homélie du 01 janvier 2014 — Sainte Marie, Mère de Dieu — Père Abbé Luc
Cycle : Année A
Info :

SAINTE MARIE MERE DE DIEU 01.01.2014

Nb 6, 22-27 ; Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 16-21

Homélie du Père Abbé Luc

Texte :

Frères et soeurs,

En honorant en ce premier jour de l’année, Marie Mère de Dieu, l’Eglise nous invite à nous mettre à son école, à lui emboîter le pas pour avancer avec assurance dans l’inconnu de cette année nouvelle. Les textes que nous venons d’entendre nous donnent pour cela quelques repères.

Comment avancer jour après jour en demeurant toujours à l’écoute du Seigneur ? Comment chacun là où nous sommes, au monastère, dans la vie de famille, au travail, dans nos relations diverses, comment marcher en cherchant à faire la volonté de Dieu ? Il nous faut apprendre comme Marie, à retenir tout ce que nous vivons, pour le méditer et y reconnaitre ce que le Seigneur veut nous dire à travers cela. Marie a vécu des choses bien surprenantes depuis l’annonce de l’ange. Elle s’est mise à l’écoute, dans une écoute intérieure de son propre cœur, mais aussi de son corps habité par la vie de l’enfant. Elle est restée ouverte aux évènements inattendus. De même nous aussi, nous pourrons marcher avec confiance dans l’inconnu des jours et des évènements si nous cultivons cette attitude faite d’écoute, de réflexion, de relecture de tout ce que nous entendons, vivons, rencontrons…La vie est riche et elle mérite cette attention de notre part pour ne pas gaspiller ni laisser filer tout ce qu’elle nous offre. Pour demeurer dans cette attitude d’écoute, nous pouvons recueillir dans les lectures entendues, deux convictions qui seront comme des lumières pour notre route.

La première, c’est que Dieu est à nos côtés comme celui qui bénit. Comme il l’a dit à Moïse, lorsque son Nom est prononcé sur son peuple, c’est pour signifier sa bénédiction. Dieu se révèle comme celui qui veut se faire proche, comme celui qui veut pencher son visage sur nous quand nous l’appelons. Il sera important de se souvenir de cela, même dans les moments plus difficiles qui peuvent arriver dans une année. L’épreuve ou la difficulté ne signifie pas que Dieu n’est plus avec nous, mais elle peut être un chemin pour découvrir que Dieu est là encore plus proche avec nous dans l’épreuve. Marie a dû comprendre cela lorsque de nuit, elle a dû partir avec l’enfant pour l’Egypte, pourchassé par les soldats d’Hérode. Par son ange, Dieu a accompagné le rude chemin de l’exil de cette petite famille. Dieu ne bénit pas seulement en nous épargnant les épreuves, il nous bénit aussi au cœur des épreuves, en nous apprenant à les traverser avec lui.

La seconde lumière reçue des lectures entendues, c’est qu’avec la venue de Jésus dans notre chair, nous sommes les enfants bien-aimés de Dieu. Notre vie humaine, nous ne la vivons pas comme des êtres solitaires, abandonnés au destin, voués à la merci de tous les imprévus. Nous la vivons comme des enfants de Dieu, sous le regard d’un Père qui nous aime, qui est là et qui accompagne nos pas. St Paul affirme qu’en nous « quelqu’un » témoigne de cela, c’est l’Esprit Saint qui nous aide à oser dire « Père ». En nous, il murmure le nom du Père : « Abba ». Quand on y réfléchit, c’est formidable de pouvoir nous adresser à Celui est la Vie, l’Amour, l’Auteur de tout ce qui existe, en lui disant « Père ». Lorsque nous dirons durant cette année, la prière du Notre Père sachons être attentifs au poids de ces mots : « notre Père ». Il nous rappelle l’extraordinaire dignité qui est la nôtre et la bonté immense de celui qui nous permet de nous adresser à lui en toute simplicité et familiarité.

Oui en cette année, comme Marie, avançons sans rien perdre de ce que nous vivons. Avançons dans cette belle assurance que Dieu est avec nous, ses enfants et qu’il aime que nous nous tournions vers lui en l’appelant « Père ». (2014-0-01)

Homélie du 29 décembre 2013 — Sainte Famille — Frère Denis
Cycle : Année A
Info :

Année A - Sainte Famille, 29 décembre 2013

Homélie du P.Denis

Texte :

Nous aurons vécu Noël dans la joie. Mais étonnés, peut-être, de voir évoqués dès le lendemain, la mort de saint Etienne ; la mort des enfants décidée par une roi jaloux, Hérode; l'intimité de saint Jean avec Jésus qui se traduit en foi quand Jésus n'est plus dans sa tombe, mais vivant. A Noël, avec la naissance de Jésus: un monde nouveau est apparu, troublé, dur à vivre pour tous, mais, cas unique, un monde qui se dit celui d'une Sainte Famille. Cas unique, oui, car nos familles, nos communautés, notre terre ne sont pas encore des saintes familles, des parfaites communautés, un monde vraiment fraternel, sans guerre. Mais ils le deviendront, essayons de comprendre ce que nous dit Dieu à cet égard. Je vous propose trois étapes pour cette brève homélie.

1. Les mots. Famille et Nazareth.

Famille. Ce mot français vient d'un mot latin, famulus qui signifie le serviteur. Les famuli, les serviteurs habitaient ensemble, leur maison s'appelait la famille des serviteurs. La famille changera de sens peu à peu, il désignera non plus les seuls serviteurs, mais père et mère, enfants, cousins, ce qu'on appellera ici ou là un clan, une tribu. Gardons la signification première, la famille est faite de serviteurs. Servir, dans toute la noblesse de ce mot, dans la perfection unique de la famille de Jésus. Redisons le : seule elle porte le nom de Sainte Famille,

Nazareth. Village jamais nommé dans les livres du Premier Testament, l'Ancien Testament. Elle s'y cache? Elle y vit, elle y attend l'Heure où l'Evangile commence à se répandre. Sans attendre, Nazareth est déjà, sur terre, la capitale de l'amour parfait.

2. Amour parfait de trois serviteurs.

Joseph. Il est chargé du temporel. Charpentier, menuisier, il gagne l'argent nécessaire, il veille sur l'avenir de la famille. Plus précisément il est chargé de l'extraordinaire, les voyages permettant aux Prophéties de s'accomplir, la naissance de Jésus à Bethléem, l'Exode en Egypte, puis le retour de Jésus dans son pays. Etrange fardeau que porte Joseph, qui porte Joseph.

Marie qui, invitée par l'Ange Gabriel, n'a qu'un mot, Je suis la servante du Seigneur, suscipe me, répètera le moine, prends-moi selon ta Parole.

Jésus, celui qui accomplit le serviteur souffrant annoncé par Isaïe.

Mais avec Jésus s'ouvre le Mystère: soumis à ses parents, il vit aussi une autre soumission, un autre cœur à cœur, unique avec son Père, Dieu.

Car Jésus, que ses parents venus avec lui à Jérusalem maintenant qu'il a treize ans et que, retournant à Nazareth, ses parents cherchaient dans la compagnie de la grande famille des cousins. Et il n'est pas là, mais dans le Temple. Et ce fils leur donne cette réponse qui n'est pas une excuse, mais l'affirmation d'une vérité qui ne cessera de marquer la Saint famille: Je devais être aux affaires de mon Père. La famille ne sera plus seulement celle de la chaleur humaine mais de la Volonté divine. Marie n'a pas compris immédiatement et devra, à Cana, à Capharnaum, au Calvaire, savoir de plus en plus qu'elle, sa mère toujours aimée, doit devenir disciple de son Fils, gardant ses paroles afin de vivre pleinement non seulement en servante mais en fille de Dieu.

3. le miracle de l'amour chrétien.

Non seulement vivre en paix avec son voisin dans la suite des jours familiaux, mais, pour l'humanité, celle de tous les lieux et de tous les temps, d'être enfin, elle aussi, la Sainte Famille de Dieu.

Tu parviendras, promet saint Benoît au moine fidèle, vous parviendrez tous ensemble si vous êtres fidèles à ce tous ensemble, dit-il encore, et nous pouvons en être certains car Dieu en a fait la raison de sa création et de son alliance avec les hommes. Alliance? Se lier avec un autre. Dieu s'est lié, et de plus en plus par la nouvelle alliance, dans le don de sa vie humaine en signe du don de sa vie divine. Il s'est lié avec l'ensemble des humains qui ne formeront plus un tas mais un tout, non un tas de rivaux, mais un tout fraternel, non plus une organisation où se cherche l'équilibre tolérant des contraires, mais un organisme vivant fait de l'harmonie des dons particuliers.

Comment y parvenir? Nous qui ne sommes pas Dieu, mais, créés à son image, faisons comme lui. Puisque nous voici au temps de Noël, gardons les habitudes' de Noël qui' est de faire des cadeaux. Cela rend heureux et notre joie sera d'autant plus grande que grand sera le cadeau.

Mais je n'ai rien à offrir, direz-vous ? Donnez-vous vous-mêmes. Loin de s'anéantir, l'homme donné vit de plus en plus, il a sauvé sa vie, vraie renaissance et déjà résurrection.

Joie de Noël pour la famille humaine rassemblée dans le Christ. (2013-12-29)

Homélie du 24 décembre 2013 — Noël - Messe de minuit — Père Abbé Luc
Cycle : Année A
Info :

NOEL 2013 - Messe de la nuit

Is 9, 1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14

Homélie du Père Abbé Luc

Texte :

« Voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur… » Telle est le message, frères et sœurs, que les bergers ont entendu de la part de l’ange…Un message dont nous pouvons peser tous les mots car ils ont du poids : « bonne nouvelle », « grande joie » « aujourd’hui », « un sauveur », « né pour vous ».

Comment en ce soir, recueillir ce message dans toute sa beauté première, dans sa force aussi ? Car, si nous sommes bien à 2000 ans de distance, c’est à nous qu’il s’adresse. « Aujourd’hui » disait l’ange…Plusieurs fois dans cette célébration reviendra ce mot : « aujourd’hui » ou des mots semblables « en ce jour », « en cette nuit ». Ils nous redisent que nous sommes toujours dans l’aujourd’hui de Dieu. Dieu qui est, nous est toujours proche et présent. Il continue et renouvelle, aujourd’hui, ce qu’il a commencé hier pour sauver son peuple. Quand nous entendons ce mot « aujourd’hui », sachons tendre l’oreille car Dieu vient habiter en nous, pour nous parler, pour nous sauver. Il est toujours le Dieu de « l’aujourd’hui ».

Un « sauveur né pour vous » disait l’ange. De quel sauveur avons-nous besoin aujourd’hui ? Qu’est-ce qui nous entrave ou nous opprime ? Qu’est-ce qui nous pèse ? « Dieu sauve », telle est la signification du nom de « Jésus » car, commente l’évangéliste Matthieu, « c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1). Jésus n’est pas un sauveur politique, mais le sauveur de l’intime des cœurs. Les cœurs brisés par la douleur ou par la honte, les cœurs découragés par l’épreuve, les cœurs enfermés dans l’égoïsme ou dans l’indifférence, les cœurs qui ont perdu le sens de leur propre dignité…Jésus vient à la rencontre de ces cœurs-là. Il vient remettre chacun de nous debout, à hauteur de son cœur, un cœur fait pour aimer, se donner, se déployer…. Jésus, « Dieu sauve », sachons garder, répéter avec confiance le nom de Jésus, il est notre « sauveur ».

Y-a-t-il plus grande « bonne nouvelle », et plus « grande joie » comme l’annonçait l’ange aux bergers ? Certes c’est une bonne nouvelle qui ne va pas défrayer les journaux. A l’image de la nativité à Bethléem, elle s’adresse à la part du petit qui est en nous, à la part simple qui, comme pour les bergers, ne demande qu’à se mettre en chemin. Le chemin de la foi, un chemin toujours à reprendre face aux multiples tentations du découragement ou du scepticisme. Oui, c’est bonne nouvelle car elle n’a rien à nous vendre ni rien à nous faire miroiter. Elle est gratuite, offerte totalement gratuitement. En Jésus, Dieu vient rendre l’homme à lui-même. Sans violence, ni contrainte, il vient nous aider à laisser tomber nos façades ou toutes nos illusions d’être quelqu’un par nous-mêmes. Il nous aime comme nous sommes dans notre pauvreté pour nous remettre debout, riche de sa grâce.

Là est la source de la joie, d’une « grande joie »…Et quel signe nous donne l’ange que cette joie est là disponible, à notre portée ? Il nous donne le signe du « nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Ce signe peut grandement nourrir notre joie car il nous parle et de Dieu et de l’homme. De Dieu, pour nous faire contempler le Tout-Puissant qui se fait enfant. De l’homme, pour nous faire réaliser combien est grande sa dignité d’être ainsi uni, en Jésus, à la divinité. En regardant la crèche, sachons accueillir cette joie qui nous est donnée. Elle est grande et ne demande qu’à grandir, à mesure que nous reconnaissons en Jésus, et le Dieu avec nous, et l’homme très aimé dans sa petitesse.

En poursuivant cette célébration, réjouissons-nous de recevoir aujourd’hui l’enfant couché dans la mangeoire, devenu pain par sa vie offerte. En communiant au Corps et au Sang du Christ, nous recevons le Dieu avec nous, et nous sommes unis à Lui, à sa vie divine.

(2013-12-25)

Homélie du 22 décembre 2013 — 4e dim. de l’Avent — Frère Cyprien
Cycle : Année A
Info :

Année A 4e Avent 22 décembre 2013

Is 7/10-16, Rom 1/1-7 , Mt 1/18-24

Homélie du F.Cyprien

Texte :

Noël est la fête de Dieu-avec-nous, « Emmanuel », Dieu qui est vu par les hommes, dit saint Irénée.

Chers fr. et srs, cela nous le savons, mais n’oublions pas que cela ne se fait pas sans nous, sans notre collaboration … pas seulement la collaboration de Marie et de Joseph. Et cette collaboration n’est pas si évidente et facile, pour eux, pour nous…

L’Evangile de ce jour c’est l’Annonciation, mais « côté Joseph »… et pour parler de Joseph, le mari de Marie, j’aimerais d’abord vous parler de deux autres personnes de la Bible.

Élie d’abord… le grand Élie, le prophète de l’absolu de Dieu, celui qui a combattu l’idolâtrie de son temps, les infidélités notoires d’Israël. Dans la piété juive il est associé à Moïse, le Législateur, celui qui a eu la révélation du Dieu vivant. Au temps de Jésus, Élie apparait aux disciples, sur la montagne, avec Moïse pour montrer que les Ecritures s’accomplissent dans ce Jésus transfiguré et bientôt ressuscité.

Élie a essayé de combattre les cultes qui foisonnaient et qui étouffaient la foi d’Israël : il s’y est cassé les dents. Il a été obligé de fuir les princes ; la reine Jézabel voulait le tuer ; il s’est retrouvé en plein désert, anéanti, écrasé par le doute, le découragement et l’envie d’en finir.

Quel rapport avec Joseph, penserez-vous peut-être ? Eh bien, pour Elie ce passage à vide, ce moment de déprime… fut l’étape nécessaire pour que Dieu qu’il cherchait à honorer le reprenne, lui fasse entrevoir plus intimement son mystère, le confirme dans sa mission.

Élie dans la tradition juive n’est pas mort, il a été enlevé auprès de Dieu, dans l’attente de l’œuvre définitive du salut. Il était « réservé pour la fin des temps » : les scribes disaient qu’il reviendrait pour remettre tout en place. Les scribes lisaient ainsi le prophète Malachie : « Voici que j’envoie mon Messager pour qu’il prépare le chemin devant moi ».

Voici donc Jean, le « précurseur », celui qui court devant, qui précède Jésus : « Il marchera devant le Seigneur avec l’esprit et la puissance d’Elie », a-t-il été prédit à son père Zacharie.

Jean, un champion pour l’ascèse, pour l’exemple de détachement, « prophète et plus qu’un prophète », demandant la conversion des cœurs, préparation à la venue de Dieu…

Eh bien, Jean a fini en prison…ce qu’il pouvait prévoir par sa façon de faire la morale et de contester les puissants. …Quand il est en prison il entend parler de Jésus et … Jésus ne correspond pas à l’idée qu’il s’est fait du Messie. A-t-il douté ? En tout cas sa solitude de prisonnier et ses questions ont été l’épreuve de sa vie, avant de finalement prophétiser par sa propre mort la mort de Jésus. Jésus l’a nommé « le plus grand des enfants des hommes », à cause de ce destin singulier, …destin rude vraiment d’annoncer le Messie,…en ignorant le mystère d’un Messie souffrant.

Et voici Joseph, saint Joseph, le père adoptif, celui qui était promis à Marie : « Avant d’avoir habité ensemble, Marie fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint ».

Joseph, l’homme juste, … Il a eu lui aussi son moment de solitude : le Seigneur Dieu l’a éprouvé de façon radicale. Le Dieu d’Israël lui demande tout… Issu de la race de David il donnait, c’est sûr, une place à l’enfant que Marie portait : cet enfant devenait fils de David par lui, Joseph ; Dieu avait besoin de lui, Dieu avait besoin de son consentement. Qui obéirait facilement à ce dessein si particulier… ?

Solitude et épreuve de Joseph… Aimant Marie il a donné à celle-ci le meilleur de lui-même, parce Dieu était venu bousculer radicalement sa vie …

Ne nous faut-il pas apprendre à ce que Dieu nous surprenne, nous bouscule et nous laisse parfois seuls avec nous-mêmes ? Ne permet-il pas ainsi de se manifester un peu mieux à nous… nous demandant ainsi d’être de meilleurs disciples ? Ces moments de solitude et de doute sont peut-être les moments où Dieu va se faire plus proche.

La peur, le doute qui se complairait en lui-même sont de mauvais conseillers … N’avons-nous pas le sentiment que des anges se glissent parfois dans nos vies pour nous aider à franchir ces seuils, ces épreuves que nous voudrions éviter.

A trois jours de Noël, je veux encore souligner ceci : beaucoup de chrétiens aiment fêter, avec les enfants en particulier, la fête de Noël … C’est la fête de la naissance de Jésus : qui serait indifférent à une naissance ? Mais nous pouvons oublier que cet enfant vient nous sauver du mal, de la haine… et qu’il en mourra. Pour cette naissance, la nuit de Noël, nous célébrerons la passion, la mort et la résurrection de cet enfant Jésus.

N’ayons pas peur d’avoir, dans notre vie et dans notre prière, des moments de solitude face à Dieu qui vient nous surprendre,… ce sera toujours pour nous pour une plus grande foi, une plus grande confiance. Dieu s’est attaché à nous par des liens de tendresse et d’amour, et il en a payé le prix fort.

Que Marie, celle qui a été comblée par Dieu, que Joseph, avec elle et si proche d’elle, soient nos guides dans le chemin : le Seigneur peut nous dérouter, nous bousculer mais Il veut finalement nous combler nous aussi. (2013-12-22)

***

Homélie du 15 décembre 2013 — 3e dim. de l’Avent — Frère Matthieu
Cycle : Année A
Info :

15 Décembre 2013

3ème Dimanche de l’Avent (année A)

Is 35, 1-6a.10 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11

Homélie du F.Matthieu

Texte :

Jean, dans sa prison, est déconcerté, il se prend à douter de l’identité de Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

En effet tout semble mal tourner : lui-même est en prison, surtout la prédication de Jésus et son comportement le déconcertent car rien de tout cela ne coïncide vraiment avec la vision somptueuse de la venue de Dieu, celle d’Isaïe par exemple ; où voit-on le triomphe de la justice, la fin de tous les antagonismes, la « revanche de notre Dieu » ? Jean, à la lumière des thèmes apocalyptiques si répandus dans le monde juif du temps, attendait une intervention de Dieu, une manifestation de puissance, une remise en ordre obtenue par la force : « Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu ; c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver » disait Isaïe. Jean a proclamé l’imminence de l’intervention divine, révélatrice de la souveraineté de Dieu et, au-delà, manifestation de ce qu’est Dieu en lui-même. Sans jalousie, il a vu Jésus prendre le relais. Mais il est emprisonné, au mépris de cette puissance de Dieu qu’il a proclamée. Et Jésus, au lieu de mobiliser les foules pour prendre le pouvoir, ne s’occupe que des aveugles, des lépreux, des petits.

Si la liturgie nous fait relire cet épisode, n’est-ce pas parce que nous serions nous-mêmes dans une situation analogue à celle de Jean.

On nous invite à célébrer bientôt la venue de Dieu en notre monde, mais rien, en apparence, n’a changé. Le loup n’habite pas avec l’agneau, la paix n’est pas pour demain, les boiteux continuent à boiter et les aveugles à ne pas voir…

Les vieux rêves, les belles illusions ne sont pas loin lorsque, d’un côté, nous comptons sur « nos chevaux et sur nos chars », … nos hélicoptères et nos drones, pour établir un Royaume de justice… sinon de paix. Et, d’un autre côté, ne rêvons-nous pas du triomphe de notre église, de sa réussite universelle, pour nous, la première étape naturelle de la venue du Règne de Dieu ?

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

Alors ferons-nous partie de ces « bienheureux », dont parle Jésus, que le visage de Dieu révélé en lui, Jésus, ne fera pas tomber ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : avec Jésus nous sommes invités à changer radicalement notre manière de voir Dieu. Celui que nous appelons « Dieu, le Père tout-puissant » se révèle comme un exclu, crucifié nu parmi les malfaiteurs.

Nous sommes bien devant le choix fondamental : qui est-il ton Dieu ?

Le Dieu de tes rêves, de l’accomplissement de tes ambitions fussent-elles celles du bonheur pour tous, ou le Dieu de Jésus-Christ dont la toute-puissance se révèle dans la faiblesse de la Croix et dans la Révélation aux tout-petits.

Jésus a refusé le messianisme de gloire et de puissance que lui proposait le tentateur. « Si tu es le fils de Dieu », dit celui-ci. Traduisons : si tu es l’image parfaite de celui qui est « Le Très haut ». Mais justement parce qu’il est l’image du vrai Dieu, qu’il connaît, Jésus choisit l’humilité, le renoncement à la toute-puissance, l’amour qui va lui faire donner sa vie pour nous donner la vie.

Serons-nous « bienheureux » pour accepter et reconnaître le Dieu de Jésus ?

Mais, attention, cela va loin… Car nous avons à être image de ce Dieu-là.

Cela implique des manières d’être en contradiction totale avec nos tentations de dominer, de paraître, de posséder. Une autre Sagesse, une autre manière de concevoir et d’aborder la vie. Voilà qui exige de nous un retournement, une « conversion ». Nous sommes toujours en quête de ce chemin-là.

Que la vérité de Dieu, donc de l’homme, soit le dépassement du « moi » pour aller exister dans l’autre et le faire exister. C’est la « revanche » de ce Dieu-là, la revanche de l’amour. Non pas d’un amour abstrait, mais de Quelqu’un qui ne se définit que par l’amour. C’est pourquoi les grands bénéficiaires de la venue de Dieu sont ceux qui manquent de tout, les pauvres… Mais alors, les autres ? et nous-mêmes ?

Nous devrons, nous aussi, nous faire une « âme de pauvre ; nous faire petits, prendre conscience, dans la lucidité, de notre manque, manque de remise de nous-même à Dieu, manque essentiel d’humilité et d’amour.

Mais cette lucidité n’est pas décourageante, car elle se conjugue avec l’espérance que Dieu, lui, ne nous manque jamais. Il est en effet « celui qui vient » à nous, inlassablement. Cette pauvreté nous l’atteindrons parce qu’elle nous est donnée … gratuitement !

(2013-12-15)