Mardi 18 août : exceptionnellement, pas d’office de Vêpres à l’église.

Homélies

Liste des Homélies

Homélie du 15 mars 2026 — 4e dim. du Carême — Frère Basile
Cycle : Année A
Info :

4e Dimanche de carême, année A

15 mars 2026

1 Samuel 16 / ps 22 / Ephésiens 5 / Jean 9, 1-41

Texte :

Etonnant, le parcours de cet homme que Jésus guérit : il était né aveugle, maintenant il voit. Il voudrait aussi que les autres voient ce qui lui est arrivé, et il se rend compte que ce sont eux qui ne veulent pas voir ; il voudrait les convaincre, mais c’est impossible : ils sont bloqués dans leurs certitudes. Et la parole de Jésus est terrible à leur endroit : « Du moment que vous dites ‘Nous voyons’, votre péché demeure, c’est vous qui êtes aveugles. »
Jésus dit encore : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement », une remise en question. Oui, il met le monde à l’envers : les aveugles voient la lumière, mais ceux qui voient, les bien-voyants, les bien-pensants, ou ceux qui se croient tels, ceux-là ne voient plus, ils deviennent aveugles. Frères & soeurs, c’est un risque pour nous aussi, quand nous nous installons dans nos certitudes.
Au contraire, il nous faut faire le chemin de l’aveugle, lui il voit et il comprend peu à peu ce qui lui est arrivé. «Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois. » Le chrétien, comme l’aveugle guéri, c’est celui qui voit, qui voit plus profond, au-delà des apparences.

Voyez ce qui arrive au prophète Samuel dans cette belle histoire où Dieu choisit David. Au début, Samuel croyait voir ; en apercevant Eliab, le premier des fils de Jessé, il a cru reconnaître celui que Dieu avait choisi « Sûrement, c’est lui ! » mais Dieu lui dit : « Ne considère pas sa belle apparence : Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Qu’est-ce qu’être chrétien ? c’est ne plus regarder l’apparence, mais le fond du cœur ; c’est laisser le Christ ouvrir nos yeux et nous faire passer des ténèbres à la lumière. Le chrétien, c’est celui qui voit, qui voit autrement : alors tout est changé et la vie prend du sens. Il faudrait interroger les catéchumènes, ceux qui demandent le baptême, et il y en a de plus en plus : car ils ont quelque chose à nous dire. Que leur est-il arrivé ? pour passer ainsi d’une vie sans lumière, sans couleur, sans Dieu à une vie où tout prend un sens : st Paul dira : bonté, justice, vérité, car cela va se traduire en des gestes concrets : le service des autres, la compassion devant toute souffrance, le courage pour affronter la mort, pour risquer sa vie face à l’injustice ou à la torture. Oui, ça change tout, mais j’ose ajouter et peut-être vous ne serez pas d’accord : en même temps çà ne change rien.
Je veux dire par là que le chrétien est un homme comme les autres, il n’est pas meilleur, il peut se tromper, il peut faiblir, il demeure un pécheur. J’ai été frappé dans la vie du pape François,
alors qu’il venait d’être élu au siège de Pierre « Qui êtes-vous ? » demandait le journaliste. « Je suis un pécheur » répondait-il en toute simplicité. Et il a su dire ensuite combien le témoignage chrétien doit se faire très humble, et pas du tout triomphant, en se gardant bien de faire la leçon aux autres. Si le chrétien est fils de lumière, il faut qu’il sache en témoigner humblement, sans éblouir ou éclabousser les autres, sans installer des spots ou des haut-parleurs. Toute prétention, toute suffisance au lieu d’attirer, ne peut que repousser.

A travers cet évangile de l’aveugle-né, c’est notre vie chrétienne de baptisé qui est concernée. Est-ce que nos yeux se sont ouverts à la lumière du Christ ? Pouvons-nous dire en vérité comme l’aveugle-né : « A présent, je vois » et vivre en conséquence.
Dire : Je vois, et non pas : Je sais, comme si le chrétien avait réponse à tout. Mais dire : Je vois, parce que la lumière du Christ a changé quelque chose dans ma vie, dans ma relation à Dieu et aux autres. Remarquez comment dans l’évangile, cette illumination n’est pas soudaine, c’est tout un chemin : chemin d’humanité, l’aveugle retrouve ses yeux ; chemin de bon sens et de vérité, il regarde ce qui lui est arrivé et il voit plus clair que les pharisiens, et il ose témoigner, prendre parti « C’est un prophète » leur dit-il ; chemin de foi et d’humilité, avec cette rencontre du Christ, éminemment personnelle : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » lui demande Jésus. « Et qui est-il, Seigneur ? - Tu le vois, c’est lui qui te parle. – Je crois, Seigneur. » Cela n’a rien d’une réponse facile et enthousiaste sous le coup du miracle ; c’est un chemin de foi et nous pouvons nous redemander nous-mêmes : « Qui est Jésus pour moi ? » La réponse ne sera jamais définitive : il nous faudra toujours aller plus loin.
Laissons le Christ peu à peu transformer notre vie, nous donner une force, une espérance invincible devant la mort, avec des passages obscurs, des remises en question, c’est vrai. Mais sur ce chemin de lumière et de nuit, le Christ nous accompagne : « Si je traverse les ravins de la mort, disait le psalmiste, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. »

Je pense à François d’Assise : nous fêtons cette année le 8° centenaire de sa naissance au ciel, François qui devient aveugle à 44 ans ; c’est à ce moment-là, un an avant sa mort, que ne pouvant plus voir la lumière de ses yeux de chair, il compose son merveilleux cantique du Soleil « Laudato si ». La lumière était en lui, et c’est de Dieu qu’il la recevait. Il communiait à la passion du Christ, mais déjà à sa Résurrection, pouvant dire avec le psalmiste ce que nous chanterons bientôt dans la nuit pascale : « La ténèbre pour toi n’est pas ténèbre et la nuit comme le jour est lumière. »

Frère Basile

Homélie du 08 mars 2026 — 3e dim. du Carême — Frère Hubert
Cycle : Année A
Info :

3e Dimanche de carême, année A

8 mars 2026

Ex 17, 3-7 ; Rm 5, 1-8 ; Jn 4, 5-42

Texte :

Jésus quitte la Judée, le haut-lieu du religieux et du savoir et regagne la Galilée inculte.
Il lui faut traverser la Samarie, pire que la Galilée : terre impie, schismatique, pays des mauvais croyants.
C’est comme une descente vers le plus bas, image de l’Incarnation.
Jésus veut traverser nos vies, les visiter, et même y demeurer.
Chacun de nous est pour lui une terre qu’il veut traverser par sa grâce, par sa présence vivifiante.

Le voici assis au bord du puits de Jacob.
Dans la Bible, les puits sont des lieux de rencontres, de fiançailles, d’alliance : Rébecca, Rachel, Moïse…

Jésus, fatigué, a physiquement soif et faim.
Plus profondément, il a soif de nous donner sa vie,
faim d’accomplir sa mission qui est de nous faire connaître son Père.
Or voilà précisément qu’arrive une femme de la ville, seule,
venant puiser de l’eau de façon étonnante à l’heure la plus chaude du jour,
sans doute pour être à l’abri des regards, des réflexions désobligeantes,
car à ses yeux et aux yeux des autres, sa vie est un échec et un mauvais exemple.

Jésus prend la parole : « Donne-moi à boire. »
Il a soif. Soif dans son corps, soif dans son cœur.
Il a soif de notre vie, de notre vérité, de notre désir, pour les combler au-delà de toute attente.
Ce sera son dernier cri sur la croix : « J’ai soif ! »
Pour nous, lui donner à boire, c’est lui donner notre soif,
aussi, vient-il éveiller en nous notre vraie soif.
Ainsi va-t-il conduire la Samaritaine au plus profond d’elle-même.

Restant d’abord à la surface, elle se cache derrière l’opposition ancestrale entre Juifs et Samaritains,
selon laquelle aucune rencontre n’est possible entre eux.
Mais Jésus, totalement unifié, buvant à sa propre source qui est le Père, franchit l’impossible.
Il s’approche de cette femme pour l’approcher de lui, et lui faire connaître le don de Dieu.

« Si tu savais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : ‘Donne-moi à boire’,
c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. »
Jésus la conduit de la source de Jacob à une autre source,
de sa soif familière à une soif méconnue, plus intérieure,
de l’eau des vieux savoirs à l’eau du jaillissement.
« Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. »

« Si tu savais, c’est toi qui aurais demandé »
Jésus réclame l’eau de notre puits, la réalité de notre quotidien, l’aveu de notre manque,
pour nous ouvrir à la gratuité de l’eau bondissante
qui est l’image même de la vie en ce qu’elle a de plus généreux.

« Quiconque boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif » :
De la Samaritaine, Jésus passe à la multitude, à chacun de nous, qu’il veut rencontrer et combler.

« Va, appelle ton mari et reviens ici »
« Va, appelle, reviens. »
Trois impératifs auxquels la femme va obéir exactement, déjà transformée par le dialogue engagé.
Abandonnant sa cruche devenue insignifiante et inutile,
elle retourne en ville, va à la rencontre de tous ceux et celles qu’elle fuyait,
et annonce, débordante, ce dont elle est déjà remplie, puis revient vers Jésus avec les gens de la ville.
Elle préfigure Marie-Madeleine, l’apôtre des apôtres,
annonçant la Résurrection du Seigneur et la victoire de la vie sur toutes nos morts.

Que Jésus dise à la femme : « Appelle ton mari » n’est pas hors de propos :
les puits sont des lieux de rencontres et d’alliances.
Quelles sont donc les alliances que cette femme a nouées et dont elle vit ?
« Je n’ai pas de mari. » répond-elle. Là, elle dit vrai, dit Jésus.
Mais il voit plus profond encore : « Tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari. »
Six alliances passagères, infructueuses. Vanité et souffrances de sa vie.
La 7e – chiffre de l’accomplissement – serait-elle la relation toute neuve,
que Jésus vient de nouer avec elle, en ayant éveillé en elle la source de vie inépuisable ?
Il la fait passer de la fragmentation à l’unification,
de l’incomplétude du changement perpétuel à l’éternelle nouveauté.

Jésus n’accuse pas cette femme. Il ne la justifie pas non plus. Il ne dit rien.
Il lui offre simplement une eau jaillissante qu’elle ne connaissait pas.

La question qu’elle lui pose sur le culte lui permet de la faire cheminer plus loin encore vers son intériorité.
« L’heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. »
« Dieu est esprit »
Il ne s’agit plus de savoir où adorer Dieu, mais qui et comment adorer.
L’Incarnation met fin aux limites des espaces sacrés,
car le royaume de Dieu est au-dedans de nous.
Le Dieu vivant veut habiter nos cœurs vivants.
L’eau vive de la grâce est en nous, toujours efficiente là où nous allons.

Alors que les disciples reviennent de la ville, avec leurs pas lourds et leurs victuailles,
la femme, en sens inverse, court à la ville porter l’eau vive.
Elle porte en elle la source éternellement jaillissante,
et devient elle-même une source qui va en éveiller d’autres.
Légère, elle ne s’encombre plus ni de sa cruche ni de rien ;
venue isolée, elle repart communiquer à tous ce dont elle déborde.
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ».
Loin de s’être sentie accusée, elle est libérée.
À son témoignage, les gens de la ville sortent de chez eux pour aller vers Jésus
puis l’accueillent chez eux : chez eux il demeure !
Quant à Jésus, qui avait soif et faim, il a été comblé d’avoir donné la vie :
sa nourriture, c’est d’avoir accompli l’œuvre de celui qui l’a envoyé.
La femme n’a pas puisé d’eau pour le faire boire,
et les provisions apportées par les disciples ne l’intéressent plus.
Sa soif et sa faim ont été comblées autrement.

Frères et sœurs, Jésus est là avec nous, il nous parle, nous révèle à nous-mêmes,
il nous donne son corps en nourriture,
il nous invite à descendre en nous-mêmes et à adorer le Père en esprit et en vérité :
Saurons-nous accueillir le don qu’il nous fait ?
« Seigneur, Sauveur du monde, donne-nous de cette eau, que nous n’ayons plus soif. »

Frère Hubert

Homélie du 01 mars 2026 — 2e dim. du Carême — Frère Guillaume
Cycle : Année A
Info :

2ème dimanche Carême, année A

1er mars 2026

Gen. 12,1-4 ; 2 Tim. 1,8-10 ; Matt. 17,1-9

Texte :

Frères et sœurs,

Les textes de la liturgie de ce 2ème dimanche de Carême offrent à nos regards et à notre écoute de grandes figures de l’Ancien et du Nouveau Testament.
Abraham tout d’abord en 1ère lecture avec le récit de sa vocation et de la promesse de bénédiction universelle que Dieu lui fait. Il sera le père de tous les croyants : juifs, chrétiens, musulmans.
Moïse et Elie, ensuite, mentionnés dans l’Evangile, entourant Jésus, qui sont considérés comme les 2 colonnes de l’ancienne Alliance, l’un pour avoir reçu le don de la Loi, la Thorah avec les 10 commandements, l’autre pour son enseignement prophétique et son combat contre l’idolâtrie.

Pour le Nouveau Testament, ce sont Pierre, Jacques et Jean, les plus proches apôtres de Jésus, les 3 colonnes de l’église primitive, après la Pentecôte. Et puis nous avons entendu Paul rappelant à son disciple Timothée, sa vocation singulière, sainte non pas à cause de ses propres actes, mais à cause du projet de Dieu sur lui et de sa grâce.
Enfin comme figure centrale de cette liturgie de dimanche, Jésus, le témoin fidèle de Dieu, révélé comme Fils bien-aimé de son Père qui trouve en lui toute sa joie.
On pourrait s’arrêter sur chacune de ces figures pour nourrir notre méditation et notre prière. Le Carême n’est-il pas l’occasion favorable pour contempler l’action du Seigneur dans chacun de ses enfants, dans l’expérience de rencontre personnelle qu’ils font avec lui en des circonstances et des lieux si divers. Et nous sommes alors renvoyés à notre propre expérience de rencontre personnelle avec Lui, et à notre vocation dans le cadre d’une Alliance.

Mais revenons à l’épisode de la Transfiguration. Jésus prend avec lui, Pierre, Jacques et Jean son frère et il les emmène à l’écart sur une haute montagne.
« Sur une haute montagne » : C’est au Sinaï que Moïse avait eu la révélation du Dieu de l’Alliance. Il avait reçu les tables de la Loi, la Thorah qui devait éduquer progressivement le peuple à marcher dans l’amour de Dieu et du prochain
« Sur une haute montagne » : C’est à l’Horeb que Elie avait eu la révélation du Dieu de tendresse, dans la brise légère d’un fin silence…
Et c’est ainsi sur la montagne du Thabor que les 3 disciples de Jésus reçoivent la révélation de l’identité de leur maître, par une voix venue du Ciel : « celui-ci est mon Fils bien aimé, celui qu’il m’a plu de choisir, écoutez-le ». Une révélation au cœur de l’évangile, à garder secrète, qui précède les évènements de la Passion du Christ. Nous retrouverons Pierre Jacques et Jean à Jérusalem, non plus sur une haute montagne, mais au mont des oliviers, au jardin de Gethsémani, terrassés non par la Gloire éclatante de Jésus, mais par le sommeil et la tristesse. Et ils seront incapables de gravir le mont Golgotha, où Jésus mourant en croix sera entouré non plus par Moïse et Elie, mais par 2 larrons, l’un bon et l’autre méchant. Alors ce sera un centurion romain, un païen qui d’une voix forte venant de la terre déclarera : « vraiment cet homme était le Fils de Dieu ».
On pourrait multiplier les allusions à d’autres montagnes dans l’Evangile. Dimanche dernier, c’est depuis une très haute montagne que le diable avait entraîné Jésus dans une 3ème tentation, lui faisant miroiter l’idolâtrie de la domination sur les royaumes terrestres, à la condition qu’il se prosterne devant lui, Satan. Montagne de la tentation donc, précédant celle de l’enseignement et du 1er grand sermon de Jésus, inaugurant sa mission avec la proclamation des Béatitudes.

Et à la fin de l’évangile de Matthieu, après la Résurrection, montagne de Galilée où les 11 disciples se retrouvent convoqués par Jésus qui leur avait demandé de se rendre. Avec la conclusion : « allez maintenant, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Et moi, je suis avec vous jusqu’à la fin des temps ».
Au début du Carême, le mercredi des cendres, notre Père Abbé, reprenant une invitation de Jean-Paul II à faire de ce temps, celui de l’intériorité, proposait que nos cœurs plus ou moins déchirés, deviennent des chambres d’intériorité. Dimanche dernier, la liturgie nous poussait au désert intérieur. Aujourd’hui, sur quelle montagne intérieure sommes-nous invités à monter avec Jésus ? celle de la tentation, celle de l’enseignement, celle de l’épreuve et de la souffrance ou de la mort au pied de la Croix, celle de Galilée et de l’envoi en mission ?
La réponse est personnelle. C’est sur une de ces montagnes que pourra se révéler à nous la véritable connaissance du Christ et que nous pourrons entendre nous aussi la voix du Père : « tu es mon fils, bien aimé, en qui je trouve toute ma joie ». Et c’est là que nous le contemplerons, transfiguré, ressuscité, et que nous serons à notre tour associés avec lui dans la Gloire divine.

Frère Guillaume

Homélie du 18 février 2026 — Mercredi des Cendres — Père Abbé Luc
Cycle : Année A
Info :

CENDRES

18 février 2026

Jl 2, 12-18 ; 2 Co 5, 20-6, 2 ; Mt 6,1-6, 16-18

Texte :

Frères et Sœurs,

Dans la première lecture nous entendions le prophète Joël nous exhorter : « Déchirez vos cœurs, et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu car il est tendre et miséricordieux... » « Déchirez vos cœurs » : l’expression est forte. Qu’est-ce que cela veut dire ? Si nous touchons à notre coeur physique, nous savons que c’est la mort. Que veut-dire le prophète ? Veut-il parler d’une enveloppe qui entourerait le coeur et qui l’empêcherait de vivre ? On connaît le phénomène physique du coeur malade, peut-être en raison d’une nourriture trop riche, qui peu à peu s’entoure de graisse, pour le rendre plus fragile encore. Peut-être est-ce dans cette direction qu’il nous faut chercher… Notre coeur, cet organe physique, le moteur de notre corps peut dysfonctionner et devenir malade en s’épaississant, s’alourdissant, en s’obstruant aussi… Et nous le savons, ce même coeur est le siège de beaucoup d’émotions, de sentiments et de passions qui lorsqu’elles sont fortes, provoquent des battements forts, ceux de la peur comme ceux de l’amour par exemple… Aussi il n’est pas trop difficile de faire une analogie entre ce qui se passe pour notre coeur physique et pour ce qui se passe pour notre coeur siège de tout ce que nous pouvons éprouver. Notre coeur siège de nos émotions, de nos sentiments et de nos passions, peut lui aussi s’épaissir ou s’alourdir sous le poids des soucis, des contrariétés. Alors il devient moins souple, moins ouvert. Il peut aussi se durcir sous le poids des épreuves, des offenses ou des humiliations. Alors il se ferme sur lui-même et peut risquer une forme d’asphyxie. Il peut aussi se barricader sous l’effet des peurs et former autour de lui comme un rempart qui le rend inaccessible aux autres, voire insensible. N’est-ce pas dans ces directions qu’il nous faut chercher ce que veut dire déchirer nos coeurs, dans ce mouvement qui va libérer notre coeur de toutes ses protections spontanées qu’il se créé par peur, par défense ou par repli sur sa richesse ? Déchirer nos coeurs pourra alors vouloir dire : créer toutes les opportunités possibles pour sortir de nous mêmes.

Nous déchirons nos coeurs, lorsque nous acceptons d’écouter une parole même lorsqu’elle nous dérange. Nous déchirons nos coeurs, lorsque nous consentons à donner une parole de bienveillance et d’empathie à des personnes vers lesquelles nous n’irions pas spontanément, un frère ancien, une personne handicapée…Nous déchirons notre coeur lorsque nous demandons pardon à un frère, ou bien lorsque nous pardonnons à celui qui nous a offensé. Nous déchirons nos coeurs lorsque nous nous présentons simplement comme nous sommes sous le regard de notre Père des Cieux, dans la grande confiance qu’Il nous accueille comme nous sommes, car il aime les pécheurs qui reviennent vers Lui. Nous déchirons nos coeurs lorsque nous choisissons de prendre distance par rapport à nos appétits d’amasser ou de consommer, lorsque nous disons « stop », ou bien « je n’en ai pas besoin ». Notre coeur acquéra de la légèreté pour la route…
Frères et sœurs, vous saurez trouver toutes les occasions de déchirer votre coeur. Oui, retrouver votre chambre intérieure durant ce carême, c’est retrouver le chemin de notre coeur, en le libérant de toutes ses enveloppes qu’il peut se créer et qui l’asphyxie peu à peu, ou bien l’endorme, le rendant insensible aux autres et à Dieu. Le Seigneur, le Maitre de notre coeur désire y faire sa demeure. En ce jour, moment favorable s’il en est, Il nous offre sa grâce pour vivre ce chemin de libération. Confions-nous à sa miséricorde et rendons lui grâce dans la lumière du mystère pascal qui nous renouvellera dans 40 jours.

Frère Luc

Homélie du 15 février 2026 — 6e dim. ordinaire — Frère Jean-Louis
Cycle : Année A
Info :

6e Dimanche du Temps Ordinaire, année A

15 février 2026

Si 15, 15-20 – Ps 118 – 1Co 2, 6-10 – Mt 5, 17-37

Texte :

Frères et sœurs,

Il y a 15 jours, l’évangile de la messe du dimanche nous parlait des Béatitudes, dans la version de Matthieu. On peut dire que ce texte est comme une constitution, le cœur de l’évangile, la règle essentielle et indépassable.
Ce dimanche, il sera encore question de loi, de la Loi de Moïse et d’observances.
C’est que nous sommes au début du temps dit ordinaire, où nous suivons le Christ durant sa vie publique, cette année, dans l’évangile selon saint Matthieu.
La première lecture de ce jour insiste sur un thème pas si simple qu’il n’y paraît : celui de la liberté. L’homme a le choix de choisir le bien ou le mal. Il a le choix de choisir la vie ou la mort. Il dépend de lui d’observer les commandements, de rester fidèle à Dieu. Car la liberté, dans la Bible, ce n’est pas faire n’importe quoi, ce n’est pas suivre son caprice, mais c’est faire la volonté de Dieu qui espère une obéissance qui nous fera grandir en humanité. Redoutable dilemme pour l’homme et cependant, l’homme n’est pas abandonné par Dieu à son sort. Si l’homme craint Dieu, une crainte faite tout à la foi de respect et d’amour, il n’est pas abandonné à lui-même car Dieu n’a donné à personne la permission de pêcher. Il espère toujours le meilleur de nous-mêmes.
Quant à l’évangile, il nous présente Jésus qui affirme haut et fort sa fidélité à la Loi. Alors que peut-être pointent déjà les reproches qui lui sont faits de ne pas respecter la Loi, de guérir le jour du sabbat, etc… le Christ rappelle clairement qu’il n’est pas venu abolir la Loi mais bien l’accomplir.

Ensuite, le Christ parle d’une façon qui n’a pas dû laisser ses auditeurs indifférents.
En effet, en reprenant les grands commandements sur le meurtre, l’adultère, la répudiation et le serment, commandements centraux dans la Loi juive, Jésus les réexprime mais en disant « eh bien, moi, je vous dis. » Il s’institue ainsi législateur comme Moïse mais en surpassant ce dernier. Il est le nouveau Moïse qui accomplit la Loi, l’esprit de la Loi.
Si l’on regarde de près les paroles du Christ, on constate qu’il va dans le sens d’une radicalisation des exigences des commandements.
Ainsi, dans le premier commandement Tu ne commettras pas de meurtre sous peine de jugement, le Christ affirme que la colère contre son frère ; l’insulte proférée contre son frère, sont passible également du jugement voire de la géhenne de feu. Et il invite fermement à se réconcilier avec son frère avant de présenter son offrande au Temple.
De même pour l’adultère, le seul regard de convoitise est déjà, pour le Christ un adultère, ajoutant que tout membre intervenant dans le péché doit être éliminé
Ainsi encore pour le renvoi de son épouse. Nous le savons, le Christ refuse cette pratique pourtant légale à l’époque.
Quant au serment envers le Seigneur, ils sont tout simplement interdits car il n’y a pas besoin de faire un serment pour justifier la vérité de sa parole : que votre « oui » soit « oui » et votre « non », « non ».
Comment comprendre cette attitude ? Il me semble qu’elle vise à éviter un légalisme trop commode qui évite de se remettre en question.
En effet, on peut espérer que le juif honorable de l’époque, même dans une société violente, n’avait pas à commettre de meurtre et pouvait donc se trouver quitte de ce commandement. Le Christ montre que non. La colère, l’insulte sont assimilables pour lui au meurtre, en tout cas, passibles du même traitement juridique. Voilà qui peut faire réfléchir.
De même pour l’adultère, même si on n’a commis aucun acte extérieur répréhensible, ce qui peut mettre la conscience en paix à bon compte, le simple regard animé de désir est déjà pour le Christ adultère, de même que la répudiation d’une femme suivie d’un remariage.

Quant au serment au nom de Dieu, il est banni au profit d’une parole toujours franche et vraie.
Ainsi, le Christ met la barre très haut et, en redéfinissant les préceptes de la Loi en son nom « eh bien moi, je vous dis », il se met au-dessus de la Loi et se fait l’égal de Dieu. On imagine la stupéfaction de son auditoire.
Il y a un appel au dépassement d’une morale qui se satisfait peut-être un peu trop vite d’elle-même et nous savons tous bien que cette attitude peut nous habiter. Nous ne commettons ni meurtre, ni adultères, donc, tout va bien.
Alors le Christ, rigoriste radical ?
Nous savons bien que le découragement peut toujours nous menacer aujourd’hui et que nous risquons de rejeter une morale, une conduite qui nous paraît impossible à suivre ou trop exigeante. Effectivement une morale impossible à suivre si nous ne comptons que sur nos propres forces.
Et c’est là qu’il faut peut-être voir dans les paroles du Christ une pédagogie.
Ce que dit le Christ vise peut-être à ne pas nous laisser tranquilles, à ne pas croire que nous sommes arrivés. Non, nous ne sommes jamais quitte de l’évangile, même si, heureusement, nous nous approchons parfois d’une vie vraiment évangélique.
Bonhoeffer, théologien luthérien allemand exécuté en 1945 par les Nazis un mois avant la fin de la guerre, a écrit que pour créer une communauté chrétienne, on doit arriver auparavant à ce moment où on ne voit plus que l’impuissance des moyens humains. On doit alors se mettre à genoux en disant, selon le message de saint Antoine le Grand, père des moines : « seigneur, voilà ! Nous ne pouvons pas. Nous ne sommes pas capables de le faire nous-mêmes. » C’est seulement à ce moment-là que se manifeste le Christ Sauveur, et la nécessité du salut qui vient du Père.
Ainsi, chaque jour de notre vie, il faut pouvoir se dire comme saint Antoine : « Seigneur, je ne suis pas capable de le faire, de me changer, de me convertir, j’ai besoin de toi, j’ai besoin du Christ pour être vraiment au Christ ! »
Ainsi, le Christ nous montre-t’il par pédagogie, l’exigence réelle de la vraie vie évangélique qui ne se contente pas de satisfaction de soi à bon compte. Non, l’évangile exige l’aide du Christ, son amour divin qui peut nous entraîner, nous soutenir nous pardonner sur ce chemin où il nous appelle. Sachons demander sans cesse cette aide.
AMEN

Frère Jean-Louis

Homélie du 08 février 2026 — 5e dim. ordinaire — Frère Basile
Cycle : Année A
Info :

5e dimanche du Temps Ordinaire, année A

8 février 2026

Esaïe 58, 7-10 ; psaume 111 ; 1 Corinthiens 2, 1-5 ; Matthieu 5, 13-16

Texte :

Frères et Sœurs,

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » : cette parole de l’évangile d’aujourd’hui sonne vraiment clair, une parole que Jésus nous envoie en direct, - j’allais dire : en pleine figure, mais aussi dans la suite des Béatitudes, que nous avons entendues dimanche dernier, et donc faites pour notre bonheur.
Rappelez-vous la parole du pape Jean-Paul 2 aux JMJ de l’an 2000 ; il disait aux jeunes : « Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettriez le feu au monde entier. »

Nous chrétiens, nous avons reçu tout ce qu’il faut pour rayonner l’Evangile et nous le faisons si peu ou si mal. Nous oublions qu’à notre baptême, nous avons reçu la lumière du Christ, et Jésus nous dit : « Portez-la dans vos mains, mettez-la dans vos cœurs. Ne la mettez pas sous le boisseau, mais sur le lampadaire, pour qu’elle éclaire et embrase le monde. »
Entendez bien ce que dit Jésus : il ne dit pas avec précaution : « Tâchez d’être lumière, efforcez-vous de l’être toujours plus. » Non, il dit carrément : « Vous êtes la lumière du monde. »
On peut rester longtemps sur cette petite phrase et la laisser faire son chemin dans notre cœur, dans notre vie : « Qu’est-ce qui est lumière en moi, et qu’est-ce qui ne l’est pas ? » N’oublions pas ce que disait Paul : « Autrefois, vous étiez ténèbres, maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière. »

Nous avons écouté tout à l’heure ce texte admirable du prophète Esaïe où Dieu s’adresse à son peuple revenu d’exil, mais ce peuple a l’impression d’être dans une impasse, rien ne va plus et il appelle le Seigneur dans la nuit. Qu’est-ce qui lui manque pour qu’il retrouve la lumière ? Et la réponse est lumineuse, mais elle est toujours d’actualité comme le pape Léon nous l’a redit dans sa dernière encyclique : « Partage avec les pauvres » ; elle est aussi très concrète : partage ton pain, ta maison, tes vêtements, combats toute injustice. Alors, si tu fais cela, tu retrouveras la lumière, ta nuit sera lumière de midi. Or ce partage est l’affaire de tous et pas seulement des ONG, du Secours Catholique ou de la Cimade : chacun de nous est concerné.

Frères & Sœurs, pour porter la lumière de l’Evangile, il n’y a pas besoin de lettre de mission : notre baptême suffit et nous pouvons le faire là où nous sommes. Il ne s’agit pas d’éblouir les autres, mais de rayonner une lumière douce, paisible et qui redonne le goût de vivre. Car nous sommes aussi le sel de la terre.
Si le sel n’est plus sel, s’il est fade, sans saveur, même l’Evangile risque d’être ennuyeux, de n’être plus qu’une morale pour des gens bien-pensants.
Alors c’est quoi, la saveur de l’Evangile : qu’est-ce qui lui donne du goût ?
Nous les moines, nous aimerions que notre vie monastique redonne du goût à l’Evangile ; je me rappelle la parole de sœur Myriam, diaconesse de Reuilly, sur la saveur monastique. « C’est sans doute, la saveur de la vie ensemble, de la prière, de la gratuité. C’est parfois cette saveur brûlante et douloureuse du pardon, cette saveur de la conversion. »
Oui, c’est la vérité de l’Evangile qui nous appelle à une conversion et justement le moine fait vœu de conversion dans la ligne même de son baptême. Il faut alors secouer la routine, les habitudes dans une conversion permanente à Jésus Christ, pour être, comme lui, sel de la terre et lumière du monde.
Il ne s’agit pas d’être un beau parleur ou un sage reconnu, Paul nous l’a rappelé, il s’agit d’être humblement serviteur de Jésus Christ, messie crucifié, qui est allé par le don de lui-même et pour la gloire du Père, jusqu’au bout de l’amour, jusqu’au bout du feu qu’il est venu allumer sur la terre.
Nous savons bien que le sel disparait dans les aliments et que le cierge se consume ; ce qui compte, c’est le goût, c’est la flamme : c’est cela sortir de soi-même et vivre pour les autres.
Je voudrais finir par une petite histoire qui nous vient des premiers moines d’Egypte au 4° siècle, ce qu’on appelle un apophtegme.
Voilà ce que disait Abba Joseph : « Si tu veux être parfait, vraiment disciple du Christ, alors deviens feu, deviens tout feu. » Et se levant, Joseph tendit ses mains vers le ciel. Et voici ses doigts : c’était 10 cierges allumés. C’est bien parce qu’il y avait une flamme dans son cœur que ses mains avaient pu s’allumer.
Oui, comme Abba Joseph, soyons dans le monde, avec le Christ, sel et lumière. Amen.

Frère Basile

Homélie du 02 février 2026 — Présentation du Seigneur — Père Abbé Luc
Cycle : Année A
Info :

Présentation du Seigneur

2 février 2026

Ml 3, 1-4 ; Ps 23 ; Lc 2, 22-40

Texte :

Frères et sœurs,

Jésus, encore bébé, vient au temple conduit par ses parents qui accomplissent ainsi les préceptes de la Loi. Siméon reconnaît en ce premier-né le Messie attendu, Lumière des nations et gloire de son peuple Israël. Et les deux lectures qui ont précédé l’évangile, celle du prophète Malachie et celle du psaume, nous font entrer dans un regard immédiatement plus profond et plus théologique. Cet enfant premier-né est le Seigneur lui-même qui vient dans son temple, le Seigneur attendu pour le jour de la purification des fils de Levi. Il est le Roi de gloire, le Seigneur Dieu de l’univers, le vaillant des combats. Les images suggérées par le prophète Malachie pour exprimer cette venue du Seigneur dans son temple sont fortes : « Qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Car il est pareil au feu du fondeur...il s’installera pour fondre et purifier...les fils de Levi. Il les affinera comme l’or et l’argent, ainsi pourront-ils présenter une offrande en toute justice... »

Quand on regarde Jésus bébé qui vient dans le temple, parle-t-on de la même personne ? Où est le feu ? Où est le creuset pour fondre et purifier ? Et pourtant l’Église qui choisit de rapprocher ces textes nous invitent à reconnaître qu’il s’agit bien du même Seigneur. Oui, le Seigneur de l’Univers a choisi de venir en cet enfant pour purifier son peuple afin qu’il puisse lui présenter une offrande en toute justice. Et comment le fait-il ? Si aujourd’hui deux tourterelles rachètent l’enfant premier-né comme le veut la loi, en mémoire de la sortie d’Egypte, demain l’enfant devenu adulte s’offrira lui-même sur la croix pour racheter son peuple de ses péchés. Si aujourd’hui le feu du fondeur semble éteint dans cette scène familière, demain sur la croix, il sera à l’œuvre lorsque Jésus reprendra les paroles du psalmiste : « Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné » (Ps 21, 1) et que son cœur fondra comme cire au milieu de ses entrailles, pour poursuivre avec le même psaume. Oui, le Seigneur de l’Univers a choisi de purifier son peuple en laissant son fils passer par le feu du creuset, pour être fondu lui-même, lui qui n’avait rien à purifier. Par cette offrande consentie jusqu’au feu le plus extrême de la souffrance, Jésus purifiait toute l’humanité. En mettant notre foi en lui, en nous unissant à son offrande, comme nous le faisons en chaque eucharistie, nous devenons capable de présenter l’offrande pure en toute justice…

« Fais que nous puissions aussi, avec une âme purifiée, nous présenter devant toi » avons-nous demandé au début de cette célébration. En regardant Jésus s’offrant, enfant à travers ses parents, et mourant, fondant sur la croix, nous pouvons apprendre à recevoir et ajuster le désir de purification que nous portons tous. La pureté recherchée, le lent travail de purification que notamment la vie religieuse nous invite à vivre, n’est pas à vivre à la manière humaine comme un idéal d’impeccabilité. Non, la pureté recherchée, le lent travail de purification, le Christ nous invite à le chercher dans un double mouvement que nous suggère cette fête : tout d’abord dans la confiance d’un enfant qui se laisse conduire par les évènements, par les lois de la vie, et puis dans la remise de soi avec Jésus à Dieu notre Père, remise de nos faiblesses, de nos contradictions, de nos souffrances, voire de toutes les injustices qui nous font pas passer par l’eau et par le feu. Entrons dans ce mouvement d’offrande en cette eucharistie.

Frère Luc

Homélie du 01 février 2026 — 4e dim. ordinaire — Pasteur Pierre-Yves Brandt
Cycle : Année A
Info :

4e dimanche du Temps Ordinaire, année A

1er février 2026

So 2, 3. 3,12-13 ; Ps 145 (146) ; 1 Co 1, 26-31 ; Mt 5, 1-12a

Texte :

« Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » (Mt 5,8)

Un cœur pur, c’est un cœur sans replis, sans compartiments, sans divisions, débarrassé des inquiétudes vaines. Il est unifié dans un seul élan vers Dieu, il aime Dieu. Ceux qui ont le cœur pur, unifié, voient Dieu.

En fait, Jésus parle au futur : « Ils verront Dieu », dit-il, car nous ne pouvons voir Dieu face à face en ce monde. Mais ceux qui ont le cœur pur, unifié, voient déjà d’une certaine manière Dieu. Ils le voient avec les yeux du cœur. Le cœur pur, unifié, voit l’invisible. Il voit les traces du passage de Dieu dans nos vies, les effets de l’action de Dieu dans ce monde.

« Voyez », dit Paul aux Corinthiens à qui il écrit sa lettre. « Voyez, considérez qui vous êtes, vous que Dieu a appelé ». Voyons, considérons qui nous sommes aujourd’hui dans cette église et, plus largement dans les communautés chrétiennes. Nous ne sommes pas beaucoup de savants, pas beaucoup de puissants de ce monde – dirigeants de ce monde, que ce soient des chefs politiques, des directeurs d’entreprises ou des représentants des grandes fortunes – ou de membres de grandes familles. La plupart des puissants de ce monde ont des choses plus importantes à faire que de se rendre dans une église pour prier. Alors voyez ceux qui s’arrêtent pour prendre le temps d’écouter la parole et la garder dans leur cœur. Considérez-vous vous-mêmes. Peu d’entre vous font « la une » des journaux ou ont des millions de suiveurs sur leur compte instagram ou leur chaîne youtube. Vous ne négociez pas le cours du blé et vous n’êtes pas ceux que prenez les décisions diplomatiques ou militaires qui déterminent les relations entre nations. Il en est ainsi parce que Dieu n’agit pas par la force des armes ou le déploiement de richesses. Au contraire, dit Paul, Dieu a choisi ce qui est faible dans ce monde pour manifester sa puissance. Nous sommes des gens insignifiants. Nous 69 n’avons aucuns mérites personnels à faire valoir devant Dieu pour justifier que nous soyons ici, aujourd’hui.

Ce choix, pour ceux qui ont le cœur pur, manifeste qui est Dieu. Ceux qui voient avec les yeux du cœur voient Dieu dans ce choix. Sa puissance, sa vie, son action sans relâche dans ce monde se réalisent au travers de ce qui paraît faible, sans apparence. Tel est le message de la croix, telle est la bonne nouvelle du Christ mort et ressuscité que nous célébrons chaque dimanche. Ainsi, les pauvres en esprit sont ceux qui ne se croient pas sages par eux-mêmes. Ils ne sont pas plein d’eux-mêmes. Leur cœur est un espace ouvert pour accueillir l’Esprit de Dieu, la sagesse du Christ, et Jésus les dit heureux. Les doux sont ceux qui savent mettre des limites à leurs ambitions. Ils n’envahissent pas le territoire d’autrui, mais se réjouissent que leurs voisins, leurs frères et leurs sœurs puissent disposer d’un espace à eux pour s’épanouir. Jésus les dit heureux. Ceux qui pleurent sont ceux qui ne s’accrochent pas à ce qui doit mourir, qui font le deuil de ce qu’ils doivent quitter, de ce à quoi ils doivent renoncer, dans la confiance de la vie nouvelle que Dieu ressuscitera. Et Jésus les dit heureux. Ceux qui ont faim et soif de justice sont ceux qui sont prêts à s’engager de tout leur être pour que leurs prochains soient traités avec respect et puissent vivre dans la dignité. Et Jésus les dit heureux. Ceux qui sont miséricordieux sont ceux qui sont émus aux entrailles devant la souffrance de leurs semblables ; ils ne jugent pas, ne condamnent pas, mais cherchent à apporter soutien et réconfort. Et Jésus les dit heureux. Tous ceux-là font œuvre de paix. Ils collaborent inlassablement à la construction d’une maison commune pour tous les peuples. Ils cherchent à ce que notre planète soit un lieu où chaque espèce reçoive l’attention qu’elle mérite, dans un juste partage des ressources. Et Jésus les dit heureux. Tous ceux-là aussi, sont prêts à payer de leur personne pour que les plus petits qui peuplent la terre soient protégés. Ils sont prêts à affronter les insultes, les persécutions, à ce qu’on parle faussement d’eux pour que la justice ne soit pas bafouée. Et Jésus les dit heureux. Si Jésus appelle les dit tous heureux, ce n’est pas qu’il considère que le bonheur consiste à être pauvre, dans la tristesse et persécuté. En effet, ceux qui pleurent et manquent sont plutôt dans le malheur tant qu’ils ne savent pas que la consolation les attend. Le bonheur dont parle Jésus est le bonheur de goûter la vie du royaume des cieux, d’avoir la terre en partage, d’être consolé, d’être rassasié, de recevoir miséricorde, d’être appelés fils et filles de Dieu. Or ce bonheur n’est pas seulement un bonheur à venir, mais il est déjà un bonheur que nous pouvons vivre aujourd’hui, dès lors que nous savons que les souffrances du temps présents préparent la venue de Celui qui essuiera toutes larmes et établira la paix véritable.

C’est pourquoi, dans les épreuves d’aujourd’hui, nous pouvons déjà nous réjouir et même être dans l’allégresse, car nous savons que c’est seulement dans la faiblesse assumée et habitée de l’amour de Dieu et du prochain que la vie nouvelle du Ressuscité peut nous être donnée personnellement et communautairement. Telle est la véritable 70 sagesse que nous a révélée le Christ sur la croix. Et mêmes si nous paraissons fous aux yeux du monde, nous sommes sages aux yeux de Dieu quand cette sagesse habite nos cœurs. Dès lors, si nos cœurs sont capables de garder précieusement cette sagesse, c’est qu’ils sont devenus purs. Alors nous voyons déjà ce qui reste invisible pour le monde, pour les yeux de la chair. Alors nous voyons Dieu, nous voyons Dieu à travers la puissance de son action, qui opère discrètement au cœur du monde. Alors nous voyons s’accomplir ce que chante le psalmiste (Ps 145[146]). Nous voyons autour de nous des hommes et des femmes qui font l’expérience de la miséricorde divine. Des personnes sont libérées d’addictions, d’emprises diverses ou même de prisons où elles étaient détenues injustement, d’autres sont soulagées du fardeau d’observances trop lourdes qu’on leur imposait ou osent dire non au harcèlement ou aux abus, d’autres qui étaient aveugles aux comportements tordus qui étaient les leurs ont enfin les yeux qui s’ouvrent, d’autres qui étaient immigrées ou abandonnées trouvent accueil et refuge. Alors nous pouvons nous associer au chant du psalmiste et dire : « Alleluia ! Loue le Seigneur ô mon âme. Je veux louer le Seigneur tant que je vis, je veux jouer pour mon Dieu tant que je dure. Ne comptez pas sur les puissants, sur des êtres humains incapables de sauver. (…) Heureux qui a pour appui le Dieu de Jacob et pour espoir le Seigneur son Dieu. » Tel est le Dieu que nous contemplons dans notre célébration de ce jour.

Pasteur Pierre-Yves Brandt

Homélie du 25 janvier 2026 — 3e dim. ordinaire — Pasteur Pierre-Yves Brandt
Cycle : Année A
Info :

3e dimanche du Temps Ordinaire, année A

25 janvier 2026

Es 8, 23 b- 9, 3 ; Ps 26 (27) ; 1 Co 1, 10-13.17 ; Mt 4, 12-23

Texte :

Chères sœurs, chers frères,

Les évangélistes nous rapportent que, juste après son baptême, Jésus est envoyé par l’Esprit-Saint dans le désert pour y être tenté par le diable. Lors de son baptême, il a entendu la voix venant du ciel ouvert, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir » (Mt 3,17). La tentation est grande pour Jésus de s’emparer de cette déclaration pour se lancer dans une démonstration de ses pouvoirs divins : se nourrir à partir de rien, braver les lois de la nature en sautant dans le vide, devenir rapidement le propriétaire de la terre entière, même s’il faut pour cela s’incliner devant le diable. N’est-ce pas grisant de savoir qu’on est Dieu ? Jésus résiste à en tirer bénéfice pour lui-même. Il sait que son Père du ciel n’a pas pour ambition de transformer l’humanité entière en escadrons de laquais à son service. Tout à l’inverse, il veut élever ses créatures à son rang, il rêve que toutes les femmes et tous les hommes deviennent à son image, des êtres prêts à se perdre pour que ceux qui les entourent soient des êtres libres et debout. Jésus appelle cela, la conversion. C’est pourquoi, habité par cet Esprit de don de soi et non d’emprise et de captation, Jésus se met à parcourir la Galilée en proclamant : « Convertissez-vous : le Règne des cieux s’est approché » (Mt 4,17).
C’est cet appel que l’apôtre Paul a entendu sur le chemin de Damas. Aujourd’hui, 25 janvier,
nous fêtons la conversion de Paul. L’apôtre Paul a été saisi par la parole du Seigneur Jésus dont il
venait persécuter les disciples à Damas : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Il est
tombé à terre. Et son arrogance se transforme en un zèle pour annoncer partout que Jésus est le Sauveur, qui nous libère de la centration sur nous-mêmes. C’est pourquoi, plus tard, alors qu’il y a des tensions et des luttes de pouvoir dans l’Eglise naissante, il va s’offusquer de ces rivalités.
« Je m’explique, dit-il.
Chacun de vous prend parti en disant :
‘Moi, j’appartiens à Paul’,
ou bien :
‘Moi, j’appartiens à Apollos’,
ou bien :
‘Moi, j’appartiens à Pierre’,
ou bien :
‘Moi, j’appartiens au Christ’.
Le Christ est-il donc divisé ?
Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ?
Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » (1 Co 1,12-13)
Si Paul peut renoncer à entrer en rivalité avec d’autres autorités de l’Eglise, c’est qu’il a été touché par la lumière divine. Dans le livre des Actes, l’évangéliste Luc rapporte un discours que Paul adresse au roi Agrippa. Dans ce discours, il parle d’une lumière plus éclatante que le soleil et qui l’entoure (Ac 26,13 ; cf aussi Ac 9,3), accompagnée de la voix de Jésus qui lui dit qu’il l’institue témoin de cette vision, pour la transmettre aux nations païennes, « afin de leur ouvrir les yeux, de les détourner des ténèbres vers la lumière, de l’empire de Satan vers Dieu,

afin qu’ils reçoivent le pardon des péchés et une part d’héritage (...) par la foi » en Jésus (Ac 26,16-18).

Par la foi :
Croire en Jésus délivre de la course au pouvoir, du désir de l’emporter sur les autres. Quand nous sommes dans de telles dynamiques d’accaparement, nous sommes comme des trous noirs qui suçons l’énergie des autres qui nous entourent. Les astronomes qui observent le ciel décrivent ainsi des lieux de l’espace qui absorbent la lumière. Dans l’espace des relations interpersonnelles, il peut arriver que nous rencontrions des personnes qui focalisent sur elles tout ce que les personnes qui les entourent déploient comme énergie. Si nous nous comportons comme des trous noirs, nous absorbons tout ce que ceux qui nous entourent font rayonner. Ce faisant, nous dévitalisons l’entourage dans lequel nous nous trouvons et nous péchons, parce que nous nous mettons au centre, à la place de Dieu. « Moi, moi, admirez-moi », disent les trous noirs de l’espace relationnel. A l’inverse, quand nous mettons notre foi en Jésus, nous disons : écoutez-le, suivez-le. Et, ce faisant, nous réfléchissons la lumière par laquelle il nous éclaire.
C’est ainsi que se comporte Jésus là où il se présente : comme rayonnant de lumière. Il ne retient rien pour lui-même, mais il diffuse la clarté. Au moment où il se met à proclamer la venue du Règne de Dieu, l’évangéliste Matthieu dit que « Le peuple qui se trouvait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; pour ceux qui se trouvaient dans le sombre pays de la mort une lumière s’est levée » (Mt 4,16), citant le prophète Esaie (9,1).
Un être lumineux, c’est un être dépossédé de soi. Celui ou celle qui est centré sur soi est comme un trou noir : il absorbe la lumière. Celui ou celle qui s’est dépossédé de soi et s’est donné à Dieu rayonne.
Et la chose merveilleuse que rapporte l’évangéliste Matthieu, c’est que là où Jésus passe, il propulse dans un élan de vie ceux qu’il appelle et il soulage ceux qui ployaient sous des fardeaux. Simon Pierre, André, Jacques, Jean sont invités à partager sa mission : je ferai de vous des pêcheurs d’êtres humains. Le contact avec la lumière a quelque chose de
contagieux. Jésus ne s’approprie pas des suiveurs serviles : au contraire, il leur promet qu’ils partageront sa mission. Plus tard il leur dira même qu’ils feront des choses plus grandes que lui (Jn 14,12). Nous devenons tous des lumières pour les autres quand nous croyons en Jésus, c’est-à-dire quand nous croyons que le don de soi, le choix de donner sa vie pour libérer les autres, nous transforme en lumières pour le monde. Et là où Jésus, lumière de Dieu pour le monde passe, ceux qu’il rencontre sont vraiment libérés de leurs infirmités, soulagés des fardeaux qui pesaient sur eux.
En ce dimanche où nous célébrons la résurrection de Jésus, la victoire de la vie divine sur la mort, la victoire de la lumière véritable sur les ténèbres, devenons toujours plus des
flambeaux. Dépréoccupés de nous-mêmes, laissons la vie de Dieu nous embraser tout entiers, non seulement individuellement, mais communautairement, pour que nous ne soyons plus qu’un seul corps et qu’une seule âme, au-delà des rivalités vaines qui divisent le corps du Christ. Telle est notre prière pour l’unité des Eglises dans le monde, telle est notre
prière pour la communauté de la Pierre-qui-Vire qui vient d’entrer en retraite pour une
semaine, telle est notre prière pour le corps de l’Eglise invisible que constituent tous les
croyants qui peuplent la terre et auquel chacun de vous, ici présent, appartient. Que le Christ nous
enveloppe de sa lumière et nous guide sur le chemin d’éternité.

Pasteur Pierre-Yves Brandt

Homélie du 23 janvier 2026 — Saint Luc – Fête du père abbé — Père Abbé Luc
Cycle : Année A
Info :

Fête du Père-abbé Luc, 24e anniversaire de son élection abbatiale

23 janvier 2026

1 Sa 24, 3-21 ; Mc 3, 13-19

Texte :

Jésus appelle, il choisit, il institue, il envoie…les 12 apôtres dont on nous rapporte soigneusement les noms, avec pour l’un ou l’autre des caractéristiques propres…. Nous avons là en germe l’Église qui va grandir à partir de la prédication apostolique.

Une communauté monastique est comme une petite cellule de cette grande Église… Et elle est rassemblée, elle aussi, par l’appel de Jésus fait à chacun d’entre nous. Il nous a choisis, il nous institue en nous constituant en corps grâce à la Règle de St Benoît et à nos Constitutions… et il nous envoie, non pas au loin, mais par la conversion de nos mœurs en ce lieu pour que toute notre vie témoigne de l’Évangile. Quand Jésus appelle, comme pour les apôtres, il n’appelle pas des clones, mais des personnalités très différentes. Chacun de nous arrive avec son tempérament, son histoire, ses dons, ses points faibles aussi. Nous pouvons rendre grâce au Seigneur qui sait ce qu’il fait quand il met ensemble des visages humains qui d’eux-mêmes ne se seraient pas rassemblés. Il sait mieux que nous comment dans la mystérieuse alchimie de la vie communautaire, nous allons peu à peu nous épauler, nous édifier mutuellement au gré des frictions, des conflits peut-être, mais aussi au gré des projets menés ensemble, des moments de joie et de partage. Devant ce mystère de la vie commune qui se déploie, qui grandit, parfois stagne peut-être ou souffre, nous sommes petits. Car c’est le mystère de notre propre croissance personnelle qui se joue, profondément tissée avec celle des autres frères. Pour cela, ensemble nous nous confions à l’œuvre de l’Esprit Saint qui est le secret artisan de toute communion vraie…. Et à chacun de nous, il revient cette part obscure du labeur quotidien de conversion, pour peu à peu se détourner de la préoccupation envahissante de soi, pour nous tourner un peu plus vers le Seigneur et vers les autres… Mystérieux labeur quotidien qui voudrait nous unifier un peu plus en nous même d’abord et entre nous... Les uns avec les autres, les uns par les autres, nous sommes façonnés pour devenir peu à peu nous-même. Cette nuit, nous entendions St J. H. Newmann nous dire ce labeur : « Tant que les chrétiens ne rechercheront pas l’unité et la paix intérieures en leur propre cœur, jamais l’Église elle-même ne sera dans la paix et l’unité au sein de ce monde qui les entoure »… Nous pouvons entendre combien notre labeur de conversion personnelle, et communautaire est profondément missionnaire, dans la mesure où il impacte toute l’Église…

En ce jour de fête qui nous donne de nous réjouir ensemble du bonheur d’être appelé à servir le Seigneur en ce lieu, ensemble, sous une Règle et un Abbé, nous pouvons rendre grâce pour tous les dons que les Seigneur nous fait à chacun et qu’il nous donne de mettre en commun pour le bien de tous. Nous pouvons aussi nous confier à l’œuvre de son Esprit pour qu’il nous trouve un peu plus dociles encore à son appel qui nous invite toujours à une sortie de nous-même.

Frère Luc