Homélies
Liste des Homélies
Année C - Epiphanie 6 Janvier 2019
Isaïe 60, 1-6 Eph. 3, 2-3a, 5-6 Matt. 2, 1-12
Homélie du F.Ghislain
Pourquoi donc l’étoile qui avait mis en marche les mages d’Orient a-t-elle disparu quand ceux-ci sont parvenus à Jérusalem, et pourquoi est-elle réapparue ensuite ? Une réponse qu’on peut donner est celle-ci : l’étoile a disparu pour que les gens de Jérusalem puissent prendre le relais. Eux qui, comme dit saint Paul aux Romains, avaient « l’adoption, la gloire, les alliances, le culte, les promesses » (Rom. 9, 4), eux qui connaissaient les Ecritures selon lesquelles le Messie devait naître à Bethlehem, auraient pu non seulement renseigner le roi Hérode, mais l’entraîner avec eux pour conduire les païens jusqu’à la maison où se trouvait l’enfant. Et alors aurait commencé à se réaliser ce dont parle saint Paul dans la seconde lecture : les nations, ici représentées par les mages, se seraient retrouvées autour de Jésus, pour être associées à l’héritage, au corps, à la promesse d’Israël. Alors, comme Israël a fait défaut à ce moment crucial, l’étoile est réapparue pour conduire les païens à Bethlehem et qu’ils puissent être les premiers parmi les nations à reconnaître le Messie.
Cette adoration pourtant est restée sans suite. L’indifférence des grands prêtres et des scribes couplée à la malignité du roi Hérode ont fait que la rencontre entre juifs et païens n’a pas eu lieu. La fin de l’histoire est en effet tragique : les mages retournent chez eux, l’enfant fuit en catastrophe, des petits israélites sont sacrifiés à l’ambition du roi. Au fond, il n’y a eu qu’un regrettable fait divers, et la vie reprend à Jérusalem. Les scribes retournent à étudier la Loi, les prêtres à assurer le culte, Hérode à poursuivre sa politique mais ils ne savent pas que tout cela tourne maintenant à vide. La vraie vie est ailleurs, dans un village inconnu d’Egypte où la sainte Famille a fini par se fixer. Quand elle reviendra en Terre sainte, après quelques années l’histoire recommencera. Il y aura de nouveaux Hérodes, de nouveaux prêtres et scribes et, au lieu de la fuite en Egypte, il y aura la Croix sur le Golgotha.
Qu’est-ce que nous pouvons tirer de cela aujourd’hui pour nous ? D’abord que la figure de l’épiphanie manquée et celle de la croix du calvaire demeureront sans doute jusqu’à la fin : il y aura, il y a aujourd’hui des princes et des chefs passionnés de pouvoir et d’argent ; il y a, il y aura, dans toutes les religions, y compris la nôtre, des prêtres et des savants dont le ministère tourne à vide parce qu’ils répètent le connu et ne savent pas voir ce que Jean XXIII appelait les « signes des temps ». Ils ne sont pas nécessairement fautifs, mais il faut absolument s’en écarter, parce que la vérité de l’Evangile n’est pas là.
La seconde chose est qu’il nous faut est regarder l’étoile. Il ne faut pas se hâter de condamner les princes et les prêtres : saint Paul a eu besoin de la vision de Damas pour comprendre ce qu’il appelle le « mystère » ; saint Pierre a eu besoin de la vision de Joppé pour entrer en relations avec le centurion Corneille. Nous aussi, nous avons besoin des lumières intérieures de l’étoile pour discerner la vraie voie du salut aujourd’hui, pour nous et pour les autres et l’emprunter sans faillir. Cette étoile, c’est sans doute l’Esprit qui peut donner le discernement, et il ne le donne qu’à ceux qui sont doux et humbles de cœur.
Enfin une troisième attitude est de cultiver l’Espérance. Nous pouvons penser aux Mages, une fois de retour en Orient : c’est bien l’étoile qui les avait conduits, ils ne peuvent en douter. N’empêche que maintenant, ils se retrouvent à la case départ ; leur rencontre avec le Roi est restée sans suite, ils n’en ont plus entendu parler, ils ne savent ce qu’il est devenu. Alors comment comprendre cela ? Ils se disent sans doute que, si c’est une étoile jusque là inconnue qui les avait mis en route, c’est un songe surnaturel qui les a ramenés où ils étaient. Donc il doit y avoir un sens, mais lequel ? Que peuvent-ils faire, sinon raconter autour d’eux ce qu’ils ont vécu en attendant avec constance que le Mystère leur soit révélé et que leur vie et celle de tous en soit transformée.
Vigilance, discernement spirituel, témoignage fidèle et espérance indéfectible. Peut-être est-ce cela qu’il faut vivre en ces temps difficiles où le monde a cessé d’être chrétien, s’il l’a jamais été. Concluons avec l’épître à Tite, que nous avons entendue au temps de Noël : « Elle s’est manifestée, la grâce de Dieu…Elle nous apprend à prendre nos distances par rapport à l’impiété et aux désirs de ce monde, et à vivre le temps présent avec mesure, justice et piété, en attendant la bienheureuse espérance et la manifestation de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ » - 6 janvier 2019
Année C - SAINTE MARIE MERE DE DIEU -01.01.2019
Nb 6, 22-27 ; Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 16-21
Homélie du Père Abbé Luc
Frères et soeurs,
Au seuil de cette année nouvelle, que retenir des lectures que nous venons d’entendre ? Volontiers, je retiendrai la méthode de Marie.
La méthode de Marie. Marie a vécu des évènements bouleversants, très bouleversants pour une jeune femme qui entre dans la vie adulte. Cette naissance impensable et cet enfant dont on lui dit aujourd’hui des choses étonnantes… Dans son bonheur de jeune mère, elle retient, elle garde ces évènements, ces paroles et elle les médite, les retourne dans son cœur, afin d’en comprendre toute la profondeur. Tout l’évangile nous montre qu’il a fallu du temps à Marie pour entrer dans l’intelligence de la vie et de la mission de ce fils né de sa chair. Après le travail de l’enfantement, Marie vit un autre travail, celui de l’écoute et du discernement afin d’être pleinement mère et éducatrice de cet enfant dont elle découvre jour après jour, qu’elle ne lui est que confié. Et nous aussi aujourd’hui, Marie nous entraine à sa suite dans sa méthode : retenir et méditer, afin de laisser un discernement s’opérer dans tout ce que nous vivons. Comme Marie, nous avons cette chance, cette grâce de pouvoir faire ce discernement à la lumière des Ecritures. Oui, recueillons les évènements de nos vies ainsi que nos questions. Ne les fuyons pas comme s’ils étaient de peu d’importance, ou comme si nous avions peur de les regarder en face. Et présentons-les à Dieu, demandons-lui dans la prière de les éclairer. Et lorsque nous lisons les Ecritures, laissons la lumière que donne la Parole de Dieu éclairer nos existences. Peu à peu ainsi Dieu nous instruit. Il nous éduque au gré de tout ce que nous vivons…
Aujourd’hui nous pourrions commencer notre travail de méditation, en retenant et en retournant dans notre cœur, la conviction que Paul nous laisse dans la seconde lecture : Dieu a envoyé son Fils…pour que nous soyons adoptés comme fils…Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, héritier… Merveilleux mystère de notre filiation adoptive depuis que Jésus le Fils de Dieu est venu en notre chair. Il nous est bon de réentendre cette conviction que nous connaissons déjà, mais qui doit vraiment prendre chair dans notre existence la plus quotidienne. Laissons grandir cette joie d’être des fils et fille de Dieu, très aimés par lui, adoptés en Jésus pour recevoir sa vie en plénitude. Peu à peu, notre visage deviendra vraiment celui d’un fils, d’une fille de Dieu. Telle est la bénédiction que Dieu nous offre pour chaque jour, et déjà en cette eucharistie qui en est la source. - 1 janvier 2019
Année C - Fête de la Sainte Famille - Dimanche 30 décembre 2018 -
1ere lecture : 1S 1,20-22. 24-28
2eme lecture : 1 Jn 3,1-2. 21-24
Evangile selon saint Luc 2, 41-52;
Homélie du F.Matthieu
Aujourd’hui, dimanche après Noël, la liturgie invite à célébrer le mystère de l’incarnation dans sa réalité concrète et quasi quotidienne : Le Verbe se fait chair, il naît et vit dans une famille qui ressemble à toutes les autres.
Rendons-nous attentifs d’abord au fait que celui que nous tenons pour le Fils de Dieu a vécu, grandi, appris sa vie d’homme dans une famille humaine. "Né de la femme, né sous la Loi", dit Paul (Galates 4,4). Comme tout le monde, et non parachuté du ciel. La finale de notre évangile nous le rappelle d’ailleurs : après l’expérience singulière du Temple, à Nazareth, « Jésus progressait en sagesse et en taille et en faveur auprès de Dieu et auprès des hommes »
Mais reprenons le cours de l’évangile entendu.
Luc est le seul évangéliste à nous rapporter cet épisode de l’enfance de Jésus, lorsqu’il eut douze ans. Le récit est limpide comme son contexte ; la vie du jeune Jésus s’inscrit dans la pratique juive la plus normale : chaque année, pour la fête de Pâque, tout bon israélite devait monter à Jérusalem pour célébrer la fête. Jésus a douze ans, il se situe donc à l’âge où un enfant juif entre dans l’âge adulte religieux – celui qu’aujourd’hui célèbre la ‘bar-mitzvah’ : il devient désormais personnellement ‘fils soumis aux commandements de l’Alliance’.
C’est donc naturellement que Jésus se retrouve ‘assis au milieu des maîtres à les écouter et les interroger’ ; il n’y a là rien d’autre que l’assiduité d’un jeune juif, parvenu à sa majorité religieuse, à l’étude de la Torah, docile à l’enseignement des maîtres de la Tradition. L’apprentissage passe par l’écoute mais plus encore par le questionnement : le ‘disciple des sages’ est celui qui sait poser les bonnes questions.
Ce qu’il faut peut-être remarquer cependant, c’est la formule ‘assis au milieu des maîtres’ : l’élève est normalement assis ‘aux pieds de son maître’, Luc suggère-t-il par sa formule que Jésus est déjà en situation de ‘Maître’ ? On s’extasie également sur ‘ses réponses’ et pas seulement sur ‘ses questions’, et ceci va peut-être dans le même sens. Mais ce qui est le cœur du passage, c’est évidemment la première parole publique de Jésus en réponse à l’interrogation de sa mère : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? »
La première insistance est sur le ‘ne fallait-il pas’ : ‘il faut’ est une expression typique de la théologie de Luc ; employée ici pour la première fois dans l’évangile – elle veut insister sur l’idée que c’est le plan de Dieu qui se réalise en la circonstance. Cette nécessité-là est une claire manifestation de l’accomplissement de la volonté de salut de Dieu.
La seconde insistance est dans une omission : La traduction dit ‘chez mon Père’, naturel en français, mais la tournure est plus singulière en grec puisqu’il n’y a pas de substantif dans l’expression ‘en tois tou patros mou’. Peut-être doit-on comprendre :« aux affaires de mon Père », qui sont mystère pour l’homme… La subtilité et la profondeur de cette affirmation de Jésus, chez Luc, se marque en tout cas par l’incompréhension première de ses parents… Joseph se tait et Marie confie cela à ‘la méditation de son cœur’. Ceci ne pourra prendre tout son sens que dans la suite de la vie de Jésus.
Jésus dit cela comme s’il n’était pas lui-même ou tout à fait lui-même en se limitant à la relation familiale qui l’unit à ses parents. Il semble dire : J’appartiens à votre famille, je suis votre fils, mais aux yeux de Dieu, je suis plus que votre fils et ce n’est pas avec vous seulement que je dois vivre. C’est auprès de mon Père que je suis pleinement Fils. Ma vraie maison est celle de mon Père, dont le Temple est un signe, mais dont tout l’univers et toute l’humanité sont les vraies demeures. Le psaume 83 de ce dimanche évoque ces deux demeures de Dieu : « Heureux les habitants de ta ‘maison’ … Dieu de ‘l’univers’ » ! Je suis frère de tous les hommes, et j’habite le monde et pas seulement à Nazareth. Des millions d’êtres humains habitent ce monde, et je me dois de leur faire connaître ‘mon’ Père, qui est leur Père, car ma vocation est d’être leur frère, car je dois leur révéler qu’avec moi et en moi, ils sont enfants du Seul Père.
Notons que le texte de Luc est plein d'allusions pascales : Jésus est venu à Jérusalem pour la fête de Pâque ; de plus il est introuvable pendant trois jours, chiffre symbolique de son séjour au tombeau ; enfin il se doit à l’œuvre du Père, cette œuvre pour laquelle, il est venu en ce monde, et qui n'est autre que sa mort et sa résurrection pour le salut de tous.
La « sainte famille » est ce lieu où Jésus a appris sa vocation, où il fera sienne la mission confiée par son Père, ‘sortira’ pour la réaliser ; Marie et Joseph au-delà de toute incompréhension ont éduqué Jésus pour qu’il soit ce qu’il était le Fils de Dieu, pour qu’il soit en plénitude le Fils de Dieu fait chair.
Puisse toute famille humaine être à l’image de cette ‘sainte famille’ lieu d’éducation et d’ouverture au devenir et à la liberté de tout enfant de Dieu ! - 30 décembre 2018
Année C - Noël 2007, Messe du Jour - 25 décembre 2018
Is 52 7-10; Héb 1 1-6; Jn 1-1-18
Homélie du F.Ghislain
Nous avons entendu cette nuit le récit de la naissance de Jésus, nous dirions aujourd’hui « en catastrophe » : dans un bourg surpeuplé par une affluence inhabituelle, et où on ne trouve, pour recevoir la mère et coucher l’enfant, qu’une étable contigüe à l’auberge déjà comble. Et voici que, ce matin, avec le début de l’épître aux Hébreux et le Prologue de saint Jean, nous sommes comme transportés au Ciel et nous entendons des paroles mystérieuses, majestueuses, on dirait presque somptueuses sur Dieu, sur la Parole qu’il profère et le Fils qu’il envoie, sur la session de celui-ci éternellement à la droite du Père après l’œuvre de purification des péchés. Qu’y a-t-il donc de commun entre cette très haute théologie et le fait divers de Bethléem? Et nous, qui avons entendu l’un et l’autre de ces textes, que pouvons nous donc en faire ?
La naissance de Jésus a sûrement été un événement très joyeux. Je pense à ce que disait le livre de l’Exode sur les femmes juives, qui sont tellement vigoureuses qu’elles n’ont pas besoin de sages-femmes pour accoucher. On voit d’ici Marie, rassurant Joseph préoccupé de ne pas trouver un endroit convenable : « Ne t’inquiète donc pas, c’est moi que cela regarde et je t’assure que cela se passera très bien ». Et, de fait, l’enfant naît, elle le voit pour la première fois, elle le caresse, elle l’embrasse, elle le lange ; quelque chose s’échange entre elle et lui, au travers des yeux peut-être encore fermés du tout petit. Une naissance bien réussie, une relation déjà forte et qui ne cessera pas. La puissance, la beauté, la douceur de la vie. Mais cette expérience belle s’inscrit en Marie sur le fond de la prophétie qu’elle a entendue quelques mois auparavant : ce nouveau-né dans la crèche, ce fils formé de son sang et de sa chair, est « Fils du Très-Haut, promis au trône de David, saint, et on l’appellera Fils de Dieu ». Et voici que des bergers du voisinage s’agglutinent à la porte pour voir l’enfant, car eux aussi ont entendu du Ciel un message inouï : ce nouveau-né est Sauveur, Messie, Seigneur.
Les textes de la Messe de Jour disent alors la même chose, mais cette fois-ci, en partant de Dieu et non pas des hommes. En Dieu aussi, il y a une naissance, celle-ci éternelle, et le Fils qui est sans cesse engendré est « reflet resplendissant de la gloire du Père, expression parfaite de son être ». Entièrement distinct et en tout semblable, engendré et tourné vers Celui qui l’engendre. Un Esprit commun circule entre eux. Et il a plu à Dieu que cette naissance éternelle déborde en quelque sorte vers ce qui n’est pas encore : dans le Fils éternellement engendré sont créés les mondes et les temps, et le Fils vient en ceux-ci afin de les inclure dans sa relation au Père, dans la circulation de l’Esprit. Et il y vient intensément non à la surface ou en les surplombant, mais comme un homme, en homme : « Tu m’as formé un corps » dit Jésus à son père en entrant dans le monde, au témoignage de la lettre aux Hébreux.
Les évangiles de cette nuit et de ce matin : les deux faces de la même médaille. D’un côté, l’homme qui vient au monde, vraiment homme et plus que l’homme pourtant. De l’autre, le Dieu éternel et créateur qui, comme le dit saint Bernard, s’abrège en quelque sorte, et dont le Fils vient en ce monde. Dieu, vraiment Dieu et moins que Dieu pourtant. Dans les deux cas, le moteur, pourrait-on dire, est unique : l’Esprit d’amour et de communion, c’est-à-dire l’Esprit de Don. Que ce soit du côté de Dieu, de la Vierge Marie, du Christ, tout est don, comme si personne ne pouvait demeurer en soi mais était poussé à s’extravertir, à engendrer, à créer, à sortir, à s’offrir, à visiter…et finalement à se trouver soi-même en vérité dans ce don continu.
Ce Mystère, évidemment, est le nôtre. Si nous le contemplons, dans l’Enfant de la Crèche ou dans les hauteurs de la Sagesse éternelle, c’est pour qu’il éclaire ce que nous sommes dès maintenant, ce que nous sommes appelés à être. Hommes vraiment, mais plus que l’homme ; divinisés vraiment, mais dans l’humilité, le ressort de tout étant l’amour qui nous porte, dans des actes très concrets, vers Dieu, vers les autres, vers nous-mêmes. Et cela est vrai pour tout homme et toute femme que chacun croise sur sa route, habituellement ou incidemment. Mais il est vrai aussi que cette vérité de l’homme se heurte d’autre part depuis les débuts de l’humanité à une erreur qui nous habite profondément : au lieu de miser sur le don, fait et reçu, nous misons sur une construction, par nous-mêmes et pour nous-mêmes : ce que nous savons, ce que nous pouvons, ce qui nous en revient. La situation actuelle du monde s’explique par là : le désespoir grandissant des uns, l’espoir fou des autres vers un post-humanisme tout-puissant réservé à une petite élite ayant les connaissances et l’argent. Tout le combat entre la Lumière et les Ténèbres dont parle le Prologue de saint Jean se situe là, il s’étale partout et, en profondeur, il tend à ronger tout. Demandons les uns pour les autres l’esprit de la Crèche qui est aussi celui des profondeurs de Dieu, et alors le monde sera sauvé.
Ces dernières semaines, j’ai entendu diverses personnes qui partaient en retraite, donc autour de la soixantaine : le receveur de la poste du canton, un médecin des hôpitaux et une infirmière, un ingénieur de haut niveau, responsable d’un laboratoire de recherches. Et tous disaient : « je suis content de partir maintenant, ca - Messe du Jour Noël révisé 2008 - 25 décembre 2019
Messe de Minuit - NOEL 2018
Is 9, 1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
Homélie du Père Abbé Luc
Frères et sœurs,
Vous avez sûrement regardé la crèche réalisée par nos frères Thaddée et François d’Assise du monastère de Thien Hoa au Vietnam. Ceux-ci ont souhaité mettre en valeur par une belle calligraphie la phrase qui conclue l’évangile que nous venons d’entendre: « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime ».
Nous aimons chanter et reprendre cette acclamation qui résonne comme un cri de joie, presque de fierté. Peut-être ne mesurons-nous plus ce qu’elle peut avoir d’étrange et de paradoxal. En effet quand la tradition biblique évoque la Gloire du Seigneur, elle en parle d’une manière bien différente. La Gloire du Seigneur révèle tout son poids (c’est le sens du mot hébreu Kabod) à travers des manifestations de sa puissance, ou par l’éclat de sa sainteté… Ainsi la Gloire du Seigneur apparait dans le prodige de la Mer Rouge (Ex 14, 18), dans le feu dévorant sur le Sinaï (Ex 24, 15) ou encore dans Temple rempli de fumée dont les portes tremblent (Is 6,1ss). Autant de manifestations par lesquelles le croyant reconnaissait la grandeur et le poids de la Gloire de Dieu. Devant Lui dont l’éclat dépasse toute mesure humaine, l’homme sa créature se sent tout petit. Or, cette nuit, les anges chantent la gloire de Dieu à propos de la naissance d’un enfant, le Messie qui n’a pas trouvé d’autre refuge qu’une étable, ni d’autre lit qu’une mangeoire. Loin des grands prodiges, la Gloire du Dieu d’Israël apparait dans cet enfant, le Sauveur de son peuple, né au gré des aléas d’un recensement. S’esquisse ainsi le mystère de toute la vie de Jésus, le Messie attendu qui ne va cesser de surprendre. Il va révéler que Dieu trouve toute sa gloire non dans la puissance, mais dans la faiblesse. St Jean dans son évangile évoquera la croix comme le lieu où le Fils de l’homme est glorifié, et son Père avec lui. Soyons heureux cette nuit d’entrevoir ce mystère de la Gloire de Dieu non dans les fastes de la richesse, de la réussite ou de la puissance, mais dans la simplicité et la pauvreté d’un enfant. Demandons la grâce de rendre gloire vraiment à Dieu, en nous gardant des illusions du pouvoir, du savoir ou de l’avoir qui peuvent toujours nous fasciner... Il nous attend au secret de notre cœur d’enfant.
Car il en va de notre paix profonde. « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime… » A travers cet enfant, son Messie et Serviteur, Dieu vient apporter la paix aux hommes, objet de son amour. La paix, promesse messianique par excellence. La paix tant attendue des hommes, et aujourd’hui encore. Mais ce Messie ne vient pas imposer la paix, comme peuvent le faire les puissants en écrasant leurs adversaires. Il est là, désarmé, pour nous apprendre à mettre bas toutes nos armes et nos défenses. Lui-même n’est-il pas mendiant de notre bienveillance en nous demandant un peu de paille pour assurer sa literie ? Et c’est sur la croix, qu’il fera la Paix en détruisant la haine qui sépare les hommes. Merveilleux don de la paix divine qui rend fort tout autant qu’il désarme. En cette nuit et en ce temps de Noël, prenons le temps dans la prière et la méditation d’accueillir ce don, reçu du Prince de la Paix de Bethléem. Laissons-nous envelopper comme les bergers par cette paix qui ne vient pas la terre. En l’accueillant comme un bonheur, nous la recevons aussi comme une tâche à accomplir. La paix du Christ nous entraine à changer nos rapports humains, des plus proches aux plus lointains. Sommes-nous prêts à vivre d’autres attitudes où la peur cède le pas à la confiance, où la patience devient une manière d’aimer, et où l’espérance dissipe le découragement ? A la fin de l’eucharistie, nous pourrons alors entendre peut-être de façon nouvelle l’invitation : « Allez dans la paix du Christ », comme une mission à porter ce don merveilleux qui nous a renouvelés. - messe de minuit - 24 décembre 2018
Année C - 4° dimanche de l'Avent - 23 décembre 2018
Mi 5/1-4a, He 10/5-10, Lc 1/39-45
Homélie du F.Cyprien
La 4e semaine de l’Avent est courte cette année : Noël, après-demain commence déjà demain soir … La naissance de Jésus est l’avènement d’un monde nouveau, est-ce que nous y croyons ? Est-ce que nous nous y sommes préparés…?
Monde nouveau commencé avec Jésus de Nazareth, monde nouveau en gestation, depuis que Jésus, mort et ressuscité, nous envoie son Esprit, qu‘il prépare sa venue et le Règne éternel de Dieu…
Bien avant la naissance de Jésus, le prophète Michée avait annonçé : un descendant de David serait lui-même la paix (…„Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes que Dieu aime“), il gouvernerait définitivement Israël, mystérieux personnage dont les origines remontent à l’aube des siècles…
Marie, après sa réponse à l’ange Gabriel („Je suis la servante du Seigneur“), Marie se hâte chez sa cousine qui la félicite de sa foi : “Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur“.
C’est la Visitation, scène connue et tant de fois imaginée, peinte, autant que l‘Annonciation…
La scène baigne dans le bonheur. Cela commence
* par la hâte de Marie : Marie ne va certainement pas vérifier les paroles de l’ange à propos d’Elisabeth, elle est „celle qui a cru“.
** Bonheur d‘Elisabeth „Comment ai-je ce bonheur (…).
*** Bonheur de Jean qui tressaille déjà d’allégresse dans le ventre de sa mère et
**** bonheur de Marie déclarée „heureuse“.
C’est la joie du vrai bonheur, de la réussite de l’oeuvre de Dieu.
Mais l’oeuvre de Dieu, ne serait-ce pas que Dieu se déplace pour venir chez nous… comme Marie se déplace pour visiter sa cousine; Jean-Baptiste tressaille … et l’humanité avec lui tressaille à l’approche de son Dieu… Oui, le vrai bonheur de l’homme, c’est la venue de Dieu…
A la Visitation = l’Esprit Saint réunit deux femmes enceintes, = l’Esprit fait parler Elisabeth, = l’Esprit de la promesse, l’Esprit qui planait sur les eaux au commencement du monde…
„Heureuse celle qui a cru“… Voilà la pointe de toute la scène… celle qui a cru, à l’inverse d’Eve qui n’a pas cru… Marie, prise sous l’ombre de l’Esprit, Marie qui éveille l’Esprit en Elisabeth… elles accueillent Dieu qui vient à leur rencontre…
En fait c’est ce même Esprit qui nous introduit nous-mêmes dans la foi, qui nous fait comprendre ce que Dieu vient faire dans nos vies ; la visitation continue quand nous laissons Dieu agir, quand il nous fait marcher dans la voie des commandements, dans la loi de son amour…Comme avec Marie qui se met en route rapidement pour aller chez Zacharie et Elisabeth, comme avec Elisabeth remplie de bonheur par la venue de Marie, nous sommes appelés à vivre avec Dieu, car Jésus est „Dieu-avec-nous“.
Notre vie chrétienne est éclairée, illuminée et guidée par cette présence de l’Esprit du Dieu vivant … c’est dans cet Esprit que nous devons fêter Noël, dans la foi et …une joie qui vient d’En-Haut, fêter Noël plutôt mieux qu’avec les bons repas et des cadeaux …!
Faire mieux que les autres ?? rester dignes dans les festivités ?? il s’agit de mettre Dieu à sa place, c’est-à-dire „avec-nous“ car le Fils de Dieu est venu pour s’offrir, pour s’offrir à nous, pour donner, il est des nôtres et il nous montre le chemin.
A la Visitation et à la naissance de Jésus, c‘est tout le mystère de la foi présent, Marie, Elisabeth et Jean B. autour de Jésus : aujourd’hui, deux jours avant Noël, nous demanderons au Seigneur de grandir encore dans la foi, cette foi qui nous emporte vers l’avènement, adventus, la venue de Celui qui est notre joie et notre vie.
Viens, enfant de Nazareth, viens, prophète de Galilée, viens, le crucifié du calvaire, viens, le ressuscité du matin de Pâques, viens Seigneur Jésus qui siège à la droite de Dieu et qui nous donnes ton Esprit en abondance… Amen, viens Seigneur Jésus! - 23 décembre 2018
***
Année C - 3e DIMANCHE DE L’AVENT – 16 décembre 2018
So 3 14-18; Phip 4 4-7; Luc 3 10-18
Homélie du F.Hubert
« Pousse des cris de joie,
Réjouis-toi de tout ton cœur, bondis de joie.
Le Seigneur ton Dieu est en toi,
c’est lui qui apporte le salut.
Il aura en toi sa joie et son allégresse,
il te renouvellera par son amour. »
Frères et sœurs, le mal, le malheur, la folie meurtrière, et pour nous croyants, le péché,
sont à l’œuvre chaque jour dans notre monde, dans l’histoire de l’humanité,
dans notre propre histoire.
Décennie noire des années 90 en Algérie, guerre de 14-18 appelée la « grande »,
attentats terroristes, exploitation de l’homme par l’homme,
richesse des uns s’alimentant à la misère des autres,
comportements destructeurs de membres de l’Eglise…
Comment ne pas pleurer, ne pas crier, ne pas désespérer peut-être ?
Et si nous sommes indifférents, insensibles,
si nous gardons notre distance face au malheur des proches et des plus lointains,
nous aggravons la défiguration de l’humanité.
Or voici qu’aujourd’hui, la liturgie nous dit :
« Réjouis-toi de tout ton cœur, bondis de joie. »
Est-ce audible ? Est-ce sensé ?
Paul écrivait aux Corinthiens :
« Nous prêchons un messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens ».
Oui, le mal et le péché sont à l’œuvre dans le monde et dans nos vies,
mais Dieu est venu dans le monde, il vient dans nos vies, il vient en ce dimanche
pour nous arracher au mal.
Il est venu en messie crucifié.
Lui qui n’a aucune part avec le péché, a pris sur lui le péché et le malheur.
Il a connu et porté l’horreur du péché et du malheur.
Lui, le Juste, a pris sur lui l’injustice.
Il a pris la place du péché, la place de l’homme détruit par le mal.
Messie crucifié.
Par sa présence en notre humanité,
« il a levé les sentences qui pesaient sur nous, il a écarté nos ennemis. »
Sa vie a traversé la mort, sa sainteté a pénétré le péché :
la mort et le péché sont réduits par lui à l’impuissance.
« Nous n’avons plus à craindre le malheur. »
« Réjouis-toi de tout ton cœur.
Le Seigneur ton Dieu est en toi. »
Si Dieu est en nous, le mal en nous n’a pas le dernier mot.
L’amour est plus fort que la haine, la lumière plus forte que les ténèbres.
C’est pourquoi le temps de l’Avent, dans notre histoire humaine telle qu’elle est,
est le temps de la joie, le temps du désir, le temps de l’attente,
dans la confiance en une parole, une promesse.
Cette promesse n’est pas illusion, encore moins tromperie,
elle est déjà pour une part réalisée : en la personne de Jésus, l’homme est saint,
en parfaite communion avec Dieu et avec la création entière.
En Jésus, l’homme a accédé à la plénitude de la vie et de la joie.
Jésus, Dieu-homme, est notre avenir, l’avenir de l’humanité.
Aujourd’hui, nous sommes en chemin,
« Ce que nous sommes n’a pas encore été manifesté »,
et cependant, « dès maintenant nous sommes enfants de Dieu » écrit st Jean ;
nous sommes enfants de Dieu parce que « la vie qui était auprès du Père s’est manifestée », « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». « Il est en nous ».
Nous allons fêter Noël, sa venue dans la chair,
nous la célébrons aussi chaque jour :
Dieu s’est fait chair, la chair est habitée par Dieu, vivifiée par son Esprit.
« Le règne de l’iniquité » prospère dans le monde
mais le règne de Dieu est plus fort que le règne de l’iniquité.
Dans le Notre Père, après avoir demandé « délivre-nous du mal », nous disons :
« car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire ».
Nous professons là notre foi et notre espérance.
Le règne n’appartient pas aux puissances mortifères de domination et de mensonge,
mais à Dieu Serviteur qui a pris chair pour prendre soin de nous.
Dieu s’est fait chair, il a pris nom et visage : Jésus de Nazareth.
Jésus est plus fort que le mal,
parce qu’il l’assume et ne le renvoie à personne.
« Il a levé les sentences qui pesaient sur nous, il nous renouvelle par son amour. »
Il nous fait sortir de nous-mêmes, de l’isolement de nos égoïsmes,
pour grandir en communion.
Il nous pousse à l’agir concret de nos vies quotidiennes :
le partage du vêtement, de la nourriture, le soin des autres, une sobriété heureuse.
Dans les drames de ce monde, ceux qui prennent soin des autres,
tels les martyrs d’Algérie qui viennent d’être béatifiés,
sont lumière sur nos chemins, ils tracent la route dans le désert.
Les propos récents de Mgr Aupetit à propos des gilets jaunes,
sont dans la droite ligne des réponses de Jean-Baptiste :
« Notre pays souffre d’une incompréhension généralisée.
L’individualisme devient la valeur absolue au détriment du bien commun
qui se construit sur l’attention aux autres et en particulier aux plus faibles.
Il nous faut reconstruire une société fraternelle.
Or, pour être frères, il faut une paternité commune. (…)
L’oubli de Dieu nous laisse déboussolés
et enfermés dans l’individualisme et le chacun pour soi. »
Que le don de nos vies soit la source de notre joie ! - 16 décembre 2018
Année C - 2e dimanche AVENT - (09/12/2018)
(Ba 5, 1-9 – Ps 125 – Ph 1, 4-6.8-11 – Lc 3, 1-6)
Homélie du F.Jean -Louis
Frères et sœurs,
Nous voici au second dimanche de l’Avent. Temps que nous considérons couramment comme une préparation à la fête de Noël, et ce n’est pas faux. Mais c’est aussi le temps de la célébration et de l’attente, dans la veille, de la venue du Christ en gloire, venue qui couronnera tous les actes de Salut de Dieu dans l’histoire des hommes et de l’univers.
De Salut, il en est question d’une façon ou d’une autre dans les différentes lectures de ce jour.
La première lecture, venant du livre du prophète Baruc, chante l’espérance du peuple de Dieu, l’espérance de Jérusalem. Dieu se souvient. Il intervient en faveur de son peuple. Celui-ci peut quitter sa robe de tristesse et de misère pour revêtir la parure de gloire de Dieu, et pour toujours. Les enfants de Jérusalem étaient partis en exil à pied, emmenés par leurs ennemis. C’est Dieu lui-même qui les ramène, portés en triomphe. Et tout ce qui pouvait être obstacle au retour - montagnes, collines, vallées - est aplani pour qu’Israël chemine en sécurité. Sur l’ordre de Dieu, la nature elle-même, vient en aide à Israël par l’ombrage des forêts et des arbres si précieux en pays chaud.
Pas de commune mesure entre la détresse du peuple, pourtant intense, et les bienfaits provoqués par l’intervention de Dieu, intervention décisive et définitive. Par sa miséricorde et sa justice, Dieu conduit son peuple à la lumière de sa propre Gloire, rien que ça ! Et tout cela dans une joie profonde. Car la justice de Dieu n’est pas d’abord une justice de condamnation mais une justice de miséricorde et de Salut.
Le psaume 125 se fait l’écho de cette expérience d’Israël d’avoir été exilé et ramené par Dieu à Sion, c’est-à-dire à Jérusalem. Cela provoque l’admiration des nations païennes. Et là aussi, l’intervention du Seigneur provoque une joie débordante. « Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie. » Voilà encore le Salut de Dieu.
La lettre de saint Paul aux habitants de Philippes, ville du Nord-Est de la Grèce actuelle, nous parle aussi de l’œuvre de Salut menée par Dieu en chacun des chrétiens de cette ville et, par-delà, en chacun de nous. Paul y montre sa confiance en cette action de Dieu qui continue et continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus. Il s’agit de la venue en Gloire du Christ. Paul prie pour que tous progressent encore et toujours afin de devenir purs et irréprochables pour ce jour du Christ. Cette œuvre de Salut de Dieu dans le cœur des disciples du Christ se continue encore aujourd’hui. Mais le remarquons-nous vraiment ?
Quant à l’évangile de ce jour, il situe assez précisément et de façon solennelle, le début du ministère de Jean Baptiste. Les historiens le situent aux alentours de l’année 28 de notre ère. Ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel est que Jean Baptiste proclame le Salut de Dieu sous la forme d’un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Et l’évangéliste Luc, s’il ne reprend pas le texte de Baruc que les juifs ne reconnaissent pas comme prophète, cite le prophète Isaïe qui reprend des images semblables. Le chemin vers le Salut de Dieu sera aplani. Les ravins seront comblés et les montagnes et les collines abaissées. Rien ne s’opposera au Salut de Dieu et tout être vivant verra ce Salut.
La prière d’ouverture de cette eucharistie nous invitait à ne pas laisser le souci du quotidien nous entraver dans notre marche à la rencontre du Christ. Elle demandait aussi à Dieu d’éveiller l’intelligence du cœur qui nous permettra de l’accueillir et de nous faire entrer dans sa propre vie.
Frères et sœurs, les différents textes de ce dimanche nous disent bien ce qu’est le Salut de Dieu. Dieu a été sans cesse fidèle à son peuple, et il nous est fidèle. Son désir est de nous faire partager sa vie divine, nous faire entrer dans sa propre vie. En sommes-nous vraiment conscients ? Osons-nous en témoigner ?
Si nous prenons le temps de relire les moments importants de notre vie, nous pourrons, comme les prophètes d’Israël, découvrir son action passée et garder ainsi confiance dans l’avenir. Si Dieu est venu à notre aide, il nous viendra encore en aide.
Nous pouvons aussi avoir confiance dans le fait que le Christ vient aujourd’hui dans nos vies et qu’il nous prépare, en faisant grandir en nous l’amour, à l’accueillir lorsqu’il viendra de manière décisive dans la Gloire pour nous introduire pour toujours dans sa vie. Et, par-delà l’attente de la fête de Noël, c’est à cela que l’Avent nous exerce : veiller dans l’attente de cette venue du Christ. Dieu agit dès maintenant en aplanissant en nous les obstacles, les collines, les montagnes, les ravins. Sachons nous laisser travailler par Lui. C’est déjà cela le Salut. C’est cela la joie de l’Avent, c’est cela la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Nous pouvons parfois nous laisser décourager par les soucis de la vie, les souffrances de notre monde et Dieu sait s’il y en a. Mais la présence du Seigneur à nos côtés est bien plus que ces soucis, que ces peines. Si nous avons parfois l’impression, devant les drames que vit notre monde, que Dieu est absent, n’oublions jamais qu’il est venu partager en son Fils notre condition et nos souffrances, et elles n’ont pas été un détail dans sa vie.
Toutefois, nous avons à collaborer à ce Salut. Il ne suffit pas d’attendre. Veiller, c’est aussi agir pour que plus de bonté et de justice advienne dans ce monde. A nous de trouver comment aider nos proches, comment concourir à changer les mécanismes qui maintiennent beaucoup de nos contemporains dans la pauvreté ou la misère, comment respecter plus la création. En effet ce Salut concerne aussi toute la création convoquée par Dieu lui-même à y participer.
Le Salut de Dieu est à l’œuvre, chaque jour qui passe. Prenons-en davantage conscience en ce temps de l’Avent et consacrons-nous à le rendre présent dans notre monde. AMEN - 9 décembre 2018
Année C - 1° Dimanche de l'Avent - 2 Décembre 2018
Jr 33.14-16 Ps 24 1Th.3-12 à 4.2 Luc 21.25-28.34-36.
Homélie du F.Antoine
Chers fr et Srs, Faut-il avoir peur, après avoir écouté cet Evangile où il nous est dit que les
nations seront affolées, les hommes mourront de peur, les puissances des cieux seront
ébranlées... Il est sûr que commencer une nouvelle année liturgique par une vision
apocalyptique de la fin des temps n'est pas évident sinon que toute histoire ne prend en
effet de sens, que par sa fin. Notre monde ancien va donc disparaître .. il fera place à un
monde nouveau, un monde voulu par Dieu.
Mais cette annonce de la fin de notre monde, symbolisée par des signes d'une grande
violence, cette annonce, est tempérée par la prière d'ouverture de notre eucharistie
« Donne à tes fidèles, Seigneur, d'aller avec courage sur les chemins de Justice, afin d'être
appelés, lors du Jugement, à entrer en possession du royaume des cieux.
De même dans la première lecture, le prophète Jérémie renforce notre espérance « Voici
venir des jours, oracle du Sgr où j'accomplirai la parole de bonheur que j'ai adressée à la
maison d'Israël. »
Entrer en possession du royaume des cieux.
Accueillir l'accomplissement de la Parole de bonheur de Dieu.
Telles sont également les prophéties concernant notre humanité ....
Mais, Frs et Sœurs .. Faut-il alors avoir peur, devant les réalités d'une chrétienté qui passe
par des moments difficiles, qui souffre d'une indifférence grandissante, traverse une grave
crise morale et diminue en nombre en Occident...
Faut-il céder au pessimisme alors que le dernier mot de l'histoire qui éclaire le présent
reste cette Parole du Christ de l'Evg d'aujourd'hui « redressez-vous ... relevez la tête ... votre
rédemption est proche ... veillez, priez en tout temps, vous aurez ainsi la force d'échapper à
tout ce qui doit arriver et vous tenir debout devant le fils de l'homme. »
C'est pourquoi ...
- Demandons au Seigneur la grâce de voir dans la réalité de nos vies quotidiennnes, le lieu
où, chaque jour, il nous invite à veiller, à prier, à aimer.
- Demandons-lui de découvrir à quel point, nos difficultés, nos échecs, qui sont inévitables,
peuvent devenir une invitation à passer à travers nos croix ... vers la résurrection et la vie.
- Demandons-Lui enfin, la grâce 'heureuse' de rester des êtres de désir qui savent où se
trouve l'unique source, la seule source, celle qui peut combler notre attente et nous tenir
debout, prêt à l'accueillir à chaque eucharistie. - 2 décembre 2018
Année B - 34ème dim. du T.O. Solennité du Christ-Roi, 25 nov.2018
Dan 7 13-14; Ap 1 5-8; Jean 18 33-37
Homélie du F.Bernard
« Es-tu le roi des Juifs ? ». Question décisive posée à Jésus, au terme de son ministère, par Pilate. Question posée par celui qui a le pouvoir de vie et de mort sur tous les ressortissants de la Palestine. Question parallèle à celle que les autorités juives avaient posée juste avant au tribunal du Sanhédrin : « Es-tu le Messie, le Fils du Béni ? » (Mc 14,61).
Question plus politique peut-être de la part de Pilate, question plus religieuse venant du grand prêtre. Mais questions très semblables en fait, car le Messie annoncé par les Écritures, l’Oint du Seigneur, serait fils de David, héritier des promesses faites à l’ancêtre et à sa descendance. Quelles promesses ? « Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi. Ton trône sera affermi à jamais » (2 Sm 7,16).
Promesses relayées ensuite par les prophéties. Nous venons d’entendre à l’instant celle du Livre de Daniel : « Voici venir sur les nuées du ciel comme un Fils d’homme. Il lui fut donné domination, gloire et royauté sur tous les peuples, toutes les nations. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera pas » (Dn 7, 13-14). Jésus, le Seigneur, n’est donc pas seulement roi des Juifs, comme avait dit Pilate, mais roi sur toute la terre, sur tous les peuples, toutes les nations.
« Es-tu le roi des Juifs ? ». A Pilate, Jésus avait répondu : « Ma royauté n’est pas de ce monde. Je suis venu pour rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix ». Et Pilate en avait déduit : « Donc tu es roi ». Dès lors la parodie de procès avec ses suites pouvait s’engager. Jésus est livré aux soldats, flagellé, revêtu d’un manteau pourpre, comme pour un roi. Il est identifié à « l’homme de douleur et de mépris, devant qui on se voile la face, car il n’a plus figure humaine » (Is 52,4 et 53,3). C’est ainsi que Pilate le présente à la foule, autant peut-être par dérision que pour émouvoir la commisération de la populace. « Voici l’homme ». Mais rien n’y fait. La haine des grands prêtres envers l’Innocent s’est transmise à la foule. Elle veut maintenant la mort de Jésus, que peu auparavant, lors de l’entrée à Jérusalem, elle avait acclamé comme le Messie, fils de David. Alors Pilate, sans condamner vraiment Jésus, le livre aux autorités juives pour qu’il soit crucifié.
Mais sur la croix sera apposé l’écriteau décisif, rédigé dans les trois langues connues dans la Palestine d’alors, l’hébreu, le grec et le latin, afin que nul n’en n’ignore : « Jésus de Nazareth, roi des juifs ». Ce sont les initiales de ces mêmes mots en langue latine, INRI, qui sont reproduits habituellement sur nos croix.
Le centurion romain, à la mort de Jésus s’était écrié : « Vraiment cet homme était fils de Dieu » (Mc 15, 39). Il le faisait alors en son nom propre, devenant en quelque sorte le premier confesseur de la foi. Ici c’est le procurateur romain lui-même qui fait inscrire le libellé de l’écriteau. Et précise-t-il : « ce qui est écrit est écrit », et le restera toujours.
Tout est achevé maintenant. Tout est révélé à la croix. Du côté transpercé du crucifié ont jailli l’eau et le sang. Grâce à l‘eau et au sang des sacrements, à nous aussi il est donné de contempler maintenant l’Innocent crucifié, lui qui « de condition divine, a été abaissé jusqu’à la mort et la mort de la croix, puis élevé par Dieu au- dessus de toute créature, pour recevoir le Nom au -dessus de tout nom, le nom de Jésus-Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (cf. Ph 2, 8-11).
Au terme de l’année liturgique, l’Écriture nous a redit l’essentiel : le procès de Jésus, sa condamnation par les autorités religieuses de son peuple, sa crucifixion. Paul ne voulait pas transmettre autre chose à ceux à qui ils annonçait son Évangile quand il disait : « Je n’ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés au salut, tant Juifs que païens » (1 Cor 1, 23-24).
Prenons le temps de contempler la croix, nous rappelant les mots du prophète : « Ils contempleront celui qu’ils ont transpercé ». De la contempler comme le trône où siège à jamais le Christ Jésus, roi des Juifs et roi de l’univers. C’est de ce lieu qu’il attire à lui tous les hommes. « Oui vraiment. Amen. Je suis l’Alpha et l’Omega, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-Puissant » (Ap 1, 7-8). - 25 novembre 2018