Lundi 25 mai : lundi de Pentecôte, messe à 10 heures.

Homélies

Liste des Homélies

Homélie du 24 mars 2019 — 3e dim. du Carême — Frère Bernard
Cycle : Année C
Info :

Année C -3ème dimanche de Carême, 24 mars2019

Ex 3 1-15; 1 Co 10 1-12; Luc 13 1-9;

Homélie du F.Bernard

Texte :

Deux drames, comme l’actualité nous en fournit presque tous les jours des exemples à travers le monde, dans les médias. Mais ceux-ci se sont passés dans la Ville Sainte, au Temple, ou à proximité immédiate des remparts, dans la vallée du Cédron. On comprend l’émotion qu’ils ont pu susciter chez les habitants de Jérusalem.

D’abord une bavure policière ou politique. Pilate n’en était pas à une près. Il réprimait férocement les attroupements de Juifs qu’il jugeait vite séditieux. Ici des Galiléens accomplissant leurs devoirs religieux au Temple. Parmi eux il y aurait pu y avoir la famille de Jésus qui se rendait en pèlerinage à Jérusalem trois fois par an. Pilate avait mêlé le sang des victimes à celui des sacrifices.

Puis un drame technique : l’écroulement d’une tour. Dix-huit personnes écrasées. Faute de construction, défaut de maintenance, ou tout simplement l’usure du temps ? Aujourd’hui on ouvrirait un procès pour déterminer les responsabilités. Mais quand ces drames arrivent, les mêmes questions reviennent : elles sont de tous les temps. Pourquoi ces malheurs ? Pourquoi atteignent-ils ces personnes précisément ? Comment Dieu peut-il permettre cela ?

La réponse de Jésus, formulée à deux reprises, est surprenante : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous également ». Sommes-nous alors destinés à connaître une fin aussi tragique ? Vraiment je ne le souhaite pas. Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. De quoi donc ? Jésus nous dit plutôt que toute mort est absurde, qu’elle soit le fait de la violence des hommes, d’une défaillance technique, d’une catastrophe naturelle, ou tout simplement si nous mourons dans notre lit au terme de nos jours.

La mort est absurde. Car nous pressentons bien que nous ne sommes pas faits pour elle, plutôt pour une vie qui dure, comme si elle ne devait s’arrêter. Mais la mort est notre lot, depuis que l’homme n’a plus accès à l’arbre de vie, placé dans le jardin d’Éden. La mort met inexorablement fin à nos possessions, à nos projets, à nos affections. « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière », dit Dieu ; et le psaume le redit à sa manière, brutalement : « L’homme comblé ne dure pas. Il ressemble au bétail qu’on abat » (Ps. 48).

« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous également ». Mais qu’est-ce se convertir ? Radicalement, c’est croire que Dieu est le Vivant, qu’il a un dessin d’amour et de salut pour nous, qu’il a fait à son image, comme sa ressemblance. Alors, s’il en est ainsi, il convient de méditer très attentivement la première lecture que nous avons entendue. Elle était tirée du livre de l’Éxode (ch. 3). Elle fait mémoire du moment fondateur de notre foi, de l’évènement qui inaugure l’histoire, qui donne sens en Dieu au temps que nous vivons, qu’il soit sublime ou banal. Tout peut dès lors être vu en Dieu, pour Dieu. Même la mort a perdu son côté tragique. Elle n’est plus anéantissement, mais passage, exode, transitus.

Dieu en effet s’est manifesté. Certes il l’avait déjà fait aux ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob, mais c’était comme à titre individuel. En Moïse, Dieu se manifeste à un peuple, plutôt un rassemblement d’individus, plus ou moins apparentés, des immigrés, les Hébreux. Il en fait un peuple, Israël, son peuple particulier dont il sera son Dieu. Et par le moyen de cette élection unique, Dieu rejoint tous les peuples de la terre, déjà bénis dans la bénédiction de l’ancêtre Abraham (Gn 12).

Dieu fait plus : il révèle son Nom, ce Nom ineffable, que nous ne pouvons plus prononcer. Mais nous savons qu’il signifie : Je Suis, Je Suis qui je Suis, je Suis qui je Serai, ce Nom qui trouve son accomplissement jour après jour dans l’alliance conclue pour toujours entre Israël et son Dieu.

Mais revenons à l’Évangile de ce jour. Car si Dieu s’est révélé à Moïse, s’il n’a cessé pendant quarante ans d’instruire son peuple au désert, de le corriger, c’est pour notre instruction, à nous qui sommes dans les derniers temps. Le Seigneur attend maintenant notre réponse à son appel. « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous également »

La cognée est à la racine de l’arbre, prête à abattre le figuier, s’il continue à ne pas porter de fruit. Mais la miséricorde de Dieu vient en complément de sa justice. Le propriétaire, c’est Dieu. Le vigneron, c’est Dieu aussi. Notre conversion, c’est aussi l’œuvre de Dieu en nous. « Donne ce que tu commandes, disons-nous, et commande ce que tu veux ».

En ce temps de Carême, ce temps favorable, nous pouvons reprendre pleinement à notre compte ce que dit l’oraison de ce jour : « Toi, la source de toute bonté et de toute miséricorde, tu nous a dit comment guérir du péché, par le jeûne, la prière et le partage. Tu connais notre faiblesse. Nous avons péché, mais patiemment relève-nous avec amour. » Amen - 24 mars 2019

Homélie du 17 mars 2019 — 2e dim. du Carême — Frère Guillaume
Cycle : Année C
Info :

Année C - HOMELIE du 2ème dimanche Carême – 17/03/2019

(Genèse 15,5-18 ; Philippiens 3,17-4,1 ; Luc 9,28-36

)

Homélie du F.Guillaume

Texte :



Frères et sœurs,

Chaque année, au second dimanche du Carême, la liturgie de l’Eglise nous donne à entendre le récit de la Transfiguration de Jésus sur la Montagne, dans l’un ou l’autre des évangiles synoptiques. Aujourd’hui, en année C, Saint Luc nous entraîne dans cette contemplation, qui est une anticipation du mystère pascal de la Passion et de la Résurrection du Christ. Arrêtons-nous un instant, si vous le voulez bien sur quelques détails propres à cette version lucanienne, pour en tirer éventuellement quelque profit spirituel sur notre route vers Pâques.

« Jésus prit avec lui, Pierre, Jean et Jacques et il gravit la montagne pour prier ».

Luc est le seul à mentionner cette prière de Jésus. A de nombreuses reprises dans son évangile il nous montre Jésus priant, surtout à l’occasion d’évènements importants : lors du baptême dans le Jourdain, avant le choix des 12 apôtres, avant de leur apprendre le Notre Père, et surtout au moment de Sa Passion à Gethsémani et sur la Croix. En quoi consiste cette prière de Jésus dans ce récit de la Transfiguration ?

Dans un premier temps, il s’agit d’une conversation, d’un entretien avec Moïse et Elie, à propos d’un départ, d’un « exode » (selon le terme en grec) que Jésus doit accomplir à Jérusalem. Les 3 disciples assistent à cette conversation, mais ils sont surtout impressionnés par l’effet de la prière sur le visage de leur Maître et sur ses vêtements. La Gloire de Dieu rayonne d’un éclat éblouissant sur les 3 personnages. Dans ce premier temps, le texte ne dit pas que les apôtres sont saisis de crainte, mais qu’ils sont plutôt accablés de sommeil, comme ils le seront à nouveau à Gethsémani, à l’heure de la Passion et de la prière d’agonie de Jésus.

Eveillés cependant, ils voient, ils contemplent. Pierre essaie bien de parler, de balbutier, mais il ne sait pas trop ce qu’il dit. Ils se sentent pourtant plutôt bien, et Pierre voudrait prolonger la situation en installant des tentes.

C’est alors que le texte entre dans un second temps de la prière de Jésus. Une nuée recouvre la montagne, tous les personnages y pénètrent et une grande crainte, cette fois-ci, saisit les apôtres. Au cœur de la prière, une voix venue du Ciel se fait entendre et lance les mêmes paroles (ou des paroles très voisines) que celles qui avaient été prononcées au jour du baptême dans le Jourdain : « Celui-ci est mon Fils, Celui que j’ai choisi. Ecoutez-le ! » Après la conversation entre Jésus, Moïse et Elie, après les balbutiements de Pierre, après cette Voix venue du Ciel, la prière se fait alors silence. Les disciples vont garder au fond de leur cœur ce qu’ils ont vu, dit le texte, et aussi ce qu’ils ont entendus, et ils vont méditer cet évènement sans le comprendre, tout comme Marie gardait en son cœur les évènements entourant la naissance et la croissance de son enfant, à Bethléem et à Nazareth.

Un autre trait caractéristique de Saint Luc dans ce récit de la Transfiguration c’est la référence délibérée à l’Ancien Testament et au livre de l’Exode, qui estdavantage soulignée qu’en Matthieu et Marc. En effet le départ que Jésus doit accomplir à Jérusalem est présenté par l’évangéliste, comme le nouvel Exode, la nouvelle Pâque, de la Mort et de la Résurrection du Christ. La mention des tentes par Pierre, la présence de la nuée qui recouvre la montagne, la Gloire de Dieu qui repose sur les personnages, l’aspect du visage rayonnant de Jésus, rappelant celui de Moïse descendant du Sinaï, après le don de la Loi. Tous ces détails veulent souligner l’inscription de la mission du Christ dans l’histoire du salut. Les temps sont accomplis : Jésus est le Fils bien-aimé, qu’il faut désormais écouter, regarder et suivre. Il est le nouveau Moïse, le Messie, le sauveur annoncé par les prophètes et les saints de l’Ancienne Alliance.

Alors, frères et sœurs, que retenir de ce récit pour nous aujourd’hui, sur notre chemin de Carême ? Il nous faut l’accueillir comme un texte d’espérance, de consolation pour notre foi, si jamais comme l’exprime l’épitre aux Hébreux : « la foi est le moyen de posséder déjà ce que l’on espère, et un moyen de connaître ce que l’on ne voit pas ». La Gloire que possède Jésus, dès avant sa Résurrection est une Gloire qu’il partage avec tous ceux qui sont admis au monde à venir. Saint Paul le dit aux corinthiens, en évoquant le voile dont se protégeait Moïse pour se couvrir le visage qui rayonnait d’une gloire passagère. Avec le Christ, le voile qui recouvrait la lecture des Ecritures de l’Ancien Testament, tombe. « Et nous tous qui, le visage découvert, reflétons la Gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, avec une gloire toujours plus grande, par le Seigneur qui est Esprit. »

Il nous est arrivé peut-être dans nos vies de rencontrer des personnes rayonnantes d’amour et modèles de prière. La tradition orientale met en avant bien des exemples de staretz, ces « pères spirituels », aux visages déjà transfigurés de la gloire de Dieu. Avons-nous assez de foi pour croire que nous, chrétiens, sommes appelés à être ces témoins de la Résurrection du Christ, de la Gloire de Dieu, pour notre monde et dans notre entourage ? Sommes- nous convaincus que la Voix venue du Ciel s’adresse aussi à chacun de nous : « Tu es mon fils, mon bien-aimé. Je suis ton Père, et en toi, j’ai confiance. Reste à l’écoute de Jésus et va vers tes frères leur annoncer la Bonne Nouvelle de l’Evangile » AMEN - 17 mars 2019

Homélie du 10 mars 2019 — 1er dim. du Carême — Frère Damase
Cycle : Année C
Info :

Année C – 1° dimanche de Carême – 10 mars 2019

Deut 26 4-10 ; Rom 10 8-13 ; Luc 4 1-13 ;

Homélie du F.Damase

Texte :

1° dimanche de carême – le but du Carême est de nous conduire à Pâques, de participer à la joie de la Résurrection du Christ – on peut dire aussi qu’il s’agit pour nous de progresser sur un chemin de liberté ! C’est ce que les lectures de ce dimanche nous proposent.

Le livre du Deutéronome nous parle du peuple hébreu qui a été esclave en Égypte. Dieu a entendu sa voix et l’a conduit vers une terre de liberté. Nous pouvons penser à ces nombreux réfugiés qui fuient leur pays en guerre et qui prennent des risques pour trouver ailleurs une vie meilleure. Le carême est pour nous cette longue route vers la liberté.

Le Seigneur nous voit engagés sur des chemins de perdition. Il veut nous en libérer. Il veut nous conduire sur le chemin de la vraie vie. Aujourd’hui, Moïse invite son peuple à se souvenir de tout ce qu’il a reçus de Dieu : une Terre, une véritable libération. Ce « ramassis d’esclaves et de fugitifs » a retrouvé sa dignité humaine. Il est entré dans un monde nouveau avec une mentalité nouvelle. Telle est notre démarche pendant ce temps du carême : Accueillir le Dieu libérateur

Dans la seconde lecture, saint Paul nous invite à recevoir la parole de Dieu et à nous laisser guider par elle. Le Dieu libérateur veut le salut de tous les hommes, quelle que soit leur religion. Tous doivent pouvoir entendre « les paroles de la vie éternelle ». Cette parole est en nous, dans notre bouche et notre cœur ; mais elle a parfois de la peine à sortir de nos lèvres. Et pourtant, le Seigneur compte sur nous. Il veut que cette parole soit proclamée dans le monde entier. Mais comment les hommes l’invoqueront ils, si nous ne leur annonçons pas que Dieu est liberté pour tous ?

Dans l’Évangile, Luc raconte le récit des tentations de Jésus au désert. En l’écoutant, nous pensons à notre société de consommation qui refuse les renoncements. Tant de publicités viennent nous tenter, pour nous dire qu’on peut tout avoir : « achetez aujourd’hui, vous paierez dans trois mois ». Ou encore « mangez ce que vous aimez, tout en perdant du poids ».

Or voilà que dans l’Évangile, le démon pousse cette illusion à son comble : en plein désert, il propose à Jésus de trouver la nourriture, les richesses, le pouvoir et une sécurité absolue. Cette tentation a été celle du peuple hébreu au cours de sa traversée du désert. C’est aussi la nôtre aujourd’hui : nous voulons vivre à l’aise, nous cherchons à dominer. Notre cœur n’est à l’abri d’aucune convoitise.

Mais Jésus ne se laisse pas dominer. Il choisit de rester fidèle à Dieu. Le carême est précisément cette période de 40 jours pour renouveler ce choix. Nous sommes conduits au désert pour nous mettre/ face à face avec notre propre vie/ et face à face avec Dieu notre Père. Être fils de Dieu, c’est se laisser conduire par lui, c’est lui faire totalement confiance, c’est faire de sa volonté notre nourriture de chaque jour.

C’est faire l’expérience d’une résurrection : il ne s’agit plus de changer des pierres en pain ; ce sont désormais des cœurs de pierre qui deviennent des cœurs de chair. En nous ouvrant à Dieu et aux autres, le carême nous invite à épuiser Satan et ses tentations d’autosuffisance. Avec tous ceux qui entendent le cri des souffrants, laissons le Christ guérir nos cœurs pour qu’ils soient ouverts aux cris de souffrance, aux appels à la liberté.

En ce temps de carême, disons ensemble avec Dieu :

« Quand l’homme appelle, moi, je lui réponds, - je veux le libérer. »- 10 mars 2019

Homélie du 03 mars 2019 — 8e dim. ordinaire — Frère Matthieu
Cycle : Année C
Info :

Année C - Dimanche 3 mars 2019 - 8e dimanche du Temps Odinaire

1ere lecture : Si 22,4-7

2eme lecture : 1 Co 15,54-58

Evangile selon saint Luc 6,39-45

Homélie du F.Matthieu

Texte :



Les textes bibliques de ce dimanche nous invitent au discernement et à l’humilité, à un regard juste sur les autres et sur nous-mêmes.

Dans l’Évangile, le Christ insiste sur l’attitude que nous devons avoir avec nos frères et nos soeurs. Nous voyons plus facilement leurs défauts que leurs qualités. Nous voudrions aider notre frère à se corriger. Mais nous oublions que nous sommes mal placés pour le faire. Nous sommes comme cet homme qui voudrait enlever la paille qui est dans l’œil de son frère, mais ne remarque pas qu’il y a une poutre dans le sien.

Cet Évangile nous invite à changer notre regard sur les autres … mais aussi sur nous-mêmes.

D’abord sur les autres : leurs défauts sont bien plus visibles que leurs qualités, évidemment. Ce qu’ils font de bien, c’est bien la moindre des choses. Mais leurs défauts, il faut vivre avec, et ce n’est pas drôle !

Mais, voilà, n’est-ce pas pareil avec nous-même ? Un peu de lucidité et de recul nous en convainc facilement.

C’est même vrai par rapport à Dieu : pourquoi tant de gens ont-ils du mal à croire en un Dieu bon ? Parce qu’ils voient d’abord – et on les comprend bien – tout ce qui ne va pas dans le monde, plutôt que ce qui va bien !

Eh bien, c’est cette façon de voir le mal en premier, plutôt que ce qui est bon, qui fait de nous des " aveugles ". C’est cela avoir "une poutre dans l’œil".

Comprenons bien cette affaire de la paille et de la poutre. Cela ne veut pas dire que chacun devrait se juger pire que les autres, ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici. Car des défauts, qui n’en a pas ? Alors faut-il peser le plus ou le moins ?

Non. Ce qui est grave, ce qui rend vraiment la vie difficile, voire impossible, c’est quand on ne voit plus que le mal, chez les autres, en soi-même, dans le monde. Avoir une poutre dans l’œil, ce n’est pas avoir un défaut plus gros que les autres, c’est ne voir que les défauts. C’est avoir ce regard amer, désabusé, cette façon de toujours critiquer, de ne jamais être content. C’est cela être aveugle et entraîner l’autre avec soi dans le trou du découragement, du désespoir.

Qu’il y ait du mal dans les autres, en nous, dans le monde, c’est l’évidence. Mais c’est précisément à cause de cela, qu’il nous faut savoir discerner en chacun le bien, les possibilités de bien. Car la lucidité sans la bienveillance, c’est une lumière crue, cruelle, blessante, c’est une fausse lucidité… celle du diable !

La vraie lucidité, c’est celle qui voit au-delà des apparences. Parce que moi, vous, nous avons non seulement des défauts mais plus encore une tendance au mal en nous, alors nous avons absolument besoin, vous, moi, d’être encouragés par un regard de bienveillance, de confiance … ce regard, c’est celui de Dieu ! Et il faut reprendre à notre compte ce regard de miséricorde et de soutien !

C’est à ce retournement, à cette conversion que nous appelle l’Evangile !

Nous avons une grande responsabilité les uns à l’égard des autres. Il s’agit d’être, les uns pour les autres, les témoins de Dieu – rien moins que cela – les témoins de ce regard que Dieu, lui, pose sur nous. Ce regard que Jésus posait et pose sur nous, pauvres et pécheurs. Un regard qui va au plus profond de nous, qui y retrouve la trace de son image et qui y recrée la bonté et la beauté.

Devant les défauts des autres, devant les difficultés à vivre ensemble, Dieu nous demande non pas d’être des redresseurs de torts, mais d’aider les autres à vivre. Les chrétiens – et l’Église – apparaissent trop souvent comme voulant toujours corriger les autres de leurs défauts … et sans se regarder eux-mêmes.

Non, nous n’avons pas la charge, au nom de Dieu, de faire la morale, ni aux autres, ni à nous-mêmes. Mais nous sommes invités à croire et à transmettre cette foi : croire en la bonté de Dieu, en cette miséricorde qui est à l’œuvre, en nous, chez l’autre, et dans chaque être humain, et qui y crée de la bonté. Et nous avons à en témoigner par notre propre regard les uns sur les autres.

Un des maîtres mots de l’évangile d’aujourd’hui, c’est le mot "frère". Si tu es mon frère, ma sœur, je ne suis ni ton père, ni ton maître, ni ton juge, simplement et en toute occasion ton frère !

Oui, au sein d’une humanité blessée, souffrante, il est urgent de témoigner de notre foi en la bonté des autres et de Dieu, en la communion fraternelle que Dieu crée et recrée.

Envers et contre tout, envers et contre tout mal, nous avons besoin, aujourd’hui, d’un vrai regard de foi, d’espérance, sur les autres, sur nous-mêmes et sur Dieu ! - 3mars 2019

Homélie du 24 février 2019 — 7e dim. ordinaire — Frère Ghislain
Cycle : Année C
Info :

Année C - 7e Dimanche ordinaire, - 24 février 2019

2 Sam. 26, I Cor. 15, 45-49 Luc 6, 27-38

Homélie du F.Ghislain

Texte :

Nous venons d’écouter et d’entendre un évangile au cours de la liturgie. Cela veut dire que le Christ est présent aujourd’hui, maintenant : lui-même nous dit ces choses-là, à nous qui sommes ici. Comme les disciples ou simplement les gens qui l’écoutaient, nous avons tous des contentieux avec certaines personnes : il y en a qui ne nous aiment pas, éventuellement qui parlent mal de nous ; peut-être sommes-nous en butte à la calomnie et, en tous cas, à la médisance ; plus rarement (mais rien n’est impossible) nous avons été agressés physiquement ; enfin nous pouvons avoir été victimes d’indélicatesses, voire davantage, en ce qui concerne nos biens : ce que nous avons et qu’on nous prend injustement, ce qu’on ne nous donne pas alors que nous y avons droit. Jésus nous invite, dans tous ces cas, à ne pas résister, à perdre, et même, un peu plus, à aimer les personnes qui nous font ces torts.

Afin que les choses soient claires, Jésus les reprend du côté non de ce nous subissons mais de ce que nous faisons. Ici encore, il faut donner à perte, sans espoir de retour, de compensation, de reconnaissance. Des dons sans réciprocité attendue. Comment est-ce possible ?

La raison enfin que Jésus donne est-elle convaincante ? Il nous faut imiter Dieu qui, dit-il, est « bon pour les ingrats et les méchants ». Mais cela même a quelque chose de choquant : s’il y a quelque chose, en effet, qui met en question notre foi et empêche beaucoup de gens de croire, c’est justement l’inaction de Dieu devant le mal. Comment Dieu n’empêche-t-il pas tout cela ? Pourquoi laisse-t-il faire ? Comment est-il continuellement en situation de non-assistance en personne en danger ?

Mes frères, ces choses-là sont vraiment dures à écouter et à vivre. Nous pouvons être tentés de ne pas les entendre et de sortir de cette chapelle comme si nos oreilles avaient été bouchées. Sinon, comment faire ? Je vous offre quatre suggestions.

Il faudrait peut-être entendre Jésus nous parler lui-même ? Le ton de sa voix, la ferme douceur de son visage, la profondeur de son regard… Jésus sait de quoi il parle, lui-même est en butte à ces hostilités. Dans le recueillement, écoutons-le, afin de faire naître un peu en nous l’envie d’aller dans la direction qu’il indique. On ne fait pas le bien sans désir : reçue de Jésus, une parole même dure peut provoquer le désir.

Il faudrait aussi nous rendre attentifs à l’Esprit de Jésus qui nous a été donné et par lequel la Parole devient un souffle qui anime. Saint Paul dit de la Loi juive : « La lettre tue, mais l’Esprit vivifie ». Saint Augustin, repris par saint Thomas d’Aquin, dit que même la parole évangélique peut tuer, si elle n’est pas reçue dans l’Esprit. Il ne s’agit pas d’appliquer littéralement ce qui est écrit en général et pour tous. Il faut demander à l’Esprit de mettre en nous une sensibilité évangélique, qui nous fera comprendre, dans la forêt de nos contentieux, comment réagir chrétiennement et nous donnera le discernement et la force de le faire. Dans cette sensibilité évangélique, il y a ce que notre texte appelle le pardon, qui avant tout geste ou toute démarche concrète, crée en nous l’attitude intérieure juste.

Puis, dans certains cas plus difficiles, plus urgents, il est bon d’en parler discrètement afin d’être éclairé par la vision qui vient d’autrui : entre époux, entre deux frères d’une communauté, avec un ami fidèle.

Enfin, nous ne devons pas oublier que nous sommes aussi parfois, volontairement ou non, du côté des méchants. La dureté de jugement, la médisance, la calomnie, l’indélicatesse, - tout cela a parfois fait partie de nos sentiments, de nos attitudes, de nos comportements. Il ne s’agit pas de s’auto-flageller, mais de garder le sens de nos limites.

Il me semble que, si nous essayons humblement de réagir de la manière que je viens de vous esquisser, nous arriverons à la paix du cœur, Je veux dire à quelque chose comme : « dans cette conjoncture difficile, je crois humblement que je ne peux pas faire mieux », donc je continue et je laisse à Dieu de diriger les choses. « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu, dit l’Ecriture, qui dit aussi que le Seigneur fait briller son soleil aussi sur les injustes ». Alors nous pouvons demeurer en paix. - 24février 2019

Homélie du 10 février 2019 — 5e dim. ordinaire — Frère Hubert
Cycle : Année C
Info :

Année C - 5° dimanche du TO - 10 févier 2019

Is 6 1-6 ; 1 Co 151-11; Luc5 1-11

Homélie du F.Hubert

Texte :

« Quiconque écoute mes paroles et les met en pratique,

ressemble à celui qui construit une maison en posant les fondations sur le roc. » Lc 6, 47

« Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! » 11, 28

Nous savons combien saint Luc insiste sur l’écoute de la Parole de Dieu et sa mise en pratique :

Il met un bel exemple sous nos yeux dans la page que nous venons d’entendre.

« La foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu »,

« Sur ta parole, je vais jeter les filets. »

Pierre prend le relais de ceux qui l’ont précédé dans le récit de Luc.

A Zacharie incrédule, l’ange Gabriel avait répondu :

« Tu seras réduit au silence, parce que tu n’as pas cru à mes paroles. »

A l’inverse, Marie s’était toute entière livrée en disant : « Que tout m’advienne selon ta parole. »

Pierre maintenant répond à Jésus :

« Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ;

mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. »

Le pêcheur, qui n’a rien pris au cours de la nuit, alors qu’il connaît son métier,

donne foi à la parole du charpentier de Nazareth, parfaitement incompétent quant à la pêche.

Il accueille la parole de celui qui parle avec autorité, qui chasse les esprits impurs, guérit les malades, annonce la bonne nouvelle aux pauvres, et est, lui-même, la Parole de Dieu.

« Ta parole est vérité » dit le psalmiste.

Pierre, fort de ce qu’il a déjà entendu et vu de Jésus, s’engage avec confiance :

« Nous avons peiné sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. »

Et voici que la parole de celui qui enseigne avec autorité, accomplit ce qu’elle dit.

« A Dieu, rien n’est impossible », disait Gabriel à Marie.

Rien de ce qui est selon son être, selon sa vie, son amour.

« Ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat,

sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. » dit Dieu par le prophète Isaïe.

« Mes paroles s’accompliront en leur temps », avait conclu Gabriel avant de quitter Zacharie.

Voici qu’en pleine journée, contre toute attente et toute logique,

les filets se remplissent jusqu’à se déchirer, et les deux barques jusqu’à s’enfoncer.

Pierre fait alors l’expérience d’un évènement et d’une présence qui le dépassent totalement,

l’expérience du mystère de l’abondance de la vie donnée par Dieu,

l’expérience de la sainteté.

Dans le contexte familier de sa vie quotidienne, dans cette pêche inimaginable,

il rejoint l’expérience d’Isaïe,

contemplant, dans une vision grandiose, le Seigneur, le Dieu d’Israël,

dont la gloire emplit la terre entière :

« Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »

« Malheur à moi ! je suis perdu », s’était écrié Isaïe.

Dans la proximité de Jésus, Parole faite chair, qui se révèle être la parole même de Dieu,

Pierre fait l’expérience et de la proximité et de l’altérité absolue du Dieu très saint.

Alors cette parole décisive de Jésus lui advient :

« Sois sans crainte,

désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

La Parole, qui ne revient pas à Dieu sans avoir accompli sa mission,

passera par lui et par chacun des disciples.

Désormais, ils proclameront – et Jésus leur adjoindra saint Paul – que le Christ est mort pour nos péchés, qu’il est ressuscité, conformément aux Ecritures, et qu’en lui, nous sommes sauvés.

Leur chemin sera de faire confiance en la Parole, d’oser aller au large,

persévérer dans le lancement des filets, malgré les longs temps apparents d’inefficacité,

tout remettre à Dieu qui peut faire bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer ou concevoir.

A nous, aujourd’hui, dans les frêles barques de nos vies, de l’Eglise, si cabossées qu’elles soient,

de persévérer à rassembler les hommes par la parole vivante et vivifiante qu’est le Christ,

pour qu’ils soient son Corps, débordant de sa vie ;

à jeter les filets pas seulement dans les petites criques qu’on croit poissonneuses,

mais aux périphéries, qui peuvent être aussi en nous-mêmes ;

nous laisser prendre et rassembler, nous aussi,

car nous sommes tout à la fois et Pierre et les poissons.

Il nous faut, nous aussi, et jeter les filets et nous laisser prendre,

quitter les eaux mortifères, pour suivre le Christ vivant.

Cela se fait bien souvent sans que nous le sachions.

Ce qui apparaît à nos yeux, comme succès ou comme échecs, est bien souvent trompeur.

« Ce sont des hommes que tu prendras » : cette parole m’a touché quand j’étais enfant.

Comment s’accomplit-elle en moi ? Je ne sais pas.

Le Christ m’a conduit dans la vie monastique : j’espère qu’à travers la vie qu’il me donne,

il donne la vie à d’autres, et je sais bien que, moi, je suis pêché par d’autres, connus, ou la plupart du temps inconnus de moi. C’et la communion des saints, le partage dans le Corps du Christ.

Que la grâce de Dieu, venant en nous, ne soit pas stérile ! - 10 févier 2019

Homélie du 03 février 2019 — 4e dim. ordinaire — Frère Antoine
Cycle : Année C
Info :

Année C - 4ème Dimanche Ordinaire - 3 février 2019

Jr 1,4-5.17-19 1Co 12,31 -13.13 Lc 4,21-30

Homélie fr antoine

Texte :

Frs et Srs ... Dimanche dernier, les textes mettaient en valeur le respect dont la parole Dieu était entourée

et Aujourd'hui, cette Parole est, et reste une bonne nouvelle.

La 1ère lecture rappelle en effet, qu'un prophète est voulu par Dieu .. il est voulu pour les peuples ... et non

contre eux!

La deuxième lecture, met en valeur la puissance de l'amour, un amour qui espère tout, endure tout, ne

passera jamais.

Le verset de l'alléluia chante enfin Celui qui porte la bonne nouvelle et annonce aux captifs leur libération.

Par contre, dans l'Evg, le ton devient plus grave, voir douloureux. Il nous invite à réfléchir sur la parole

de Jésus devenu un proverbe « Nul n'est prophète en son pays. »

Cette parole nous plonge dans notre société actuelle.

Jésus ... tout le monde connaît ce nom!

En notre pays, beaucoup de personnages du monde politique, artistique ont eu une éducation chrétienne

complète, du baptême à la communion ..... qu'en reste-t-il ?

... Les catholiques sont encore des millions en France nous disait récemment un évêque, et il ajoutait ...

combien de ces catholiques ... sont encore ... des ... chrétiens? ... disciples de Jésus .. ?

Combien cherchent vraiment, à vivre le mieux possible, selon l'enseignement du Christ?

Il est sûr que le suivre n'est pas s'engager dans une voie de tout repos.

Comme dans la synagogue de Nazareth, Jésus dérange, Jésus provoque l'homme d'aujourd'hui. Sa parole

ne fait pas partie du bruit médiatique du monde, sa Parole ne flatte pas, elle ne se heurte pas non plus à

une vraie hostilité .. pire .. elle se heurte à une certaine indifférence ... et pourtant quelle force elle peut

avoir, quelle leçon elle nous donne, quand Jésus rappelle qu'Elie le prophète, lors d'une grande famine a

apporté une aide efficace ... non à ses compatriotes juifs ... mais à une étrangère, à une pauvre, méprisée,

veuve au pays de Sidon ... elle n'est pas juive ... elle n'est pas du coin ... et qu'Elisée, envoyé de Dieu lui aussi,

vint au secours, au cours d'une épidémie ... non d'un juif ... mais d'un Naaman, .. Syrien ... l'ennemi

héréditaire. Paroles qui furent immédiatement rejetées.

Frères et Srs... Devant l' Evg de ce dimanche, on ne peut que penser à d'autres rejets, ceux de la

parole transmise par le successeur actuel de Pierre à Rome ... que ce soit au sujet des injustices sociales, et

tout dernièrement, de la surconsommation face à ceux qui manquent de quoi vivre paroles répétées au

sujet des migrants ... paroles qui dérangent ... nous invitent à changer notre regard nous indiquent le

chemin, nous montre la lumière, mais aussi, qui ont bousculé très douloureusement-et avec un courage-

certain ... les déviances morales au sein même ... de notre Eglise catholique.

La finale de notre Evg est particulièrement éloquente.

Elle évoque une tentative de lapidation sur Jésus, cette mise à mort où on achevait les blasphémateurs à

coups de pierres ... lapidation qui existe toujours, devenue médiatique ... elle a même un grand avenir ...

Jésus est poussé' hors de la ville' ... comme il sera crucifié .. 'hors de la ville' ... et comme sera exécuté,

hors de la ville ... Etienne le premier martyr.

C'est alors que Jésus se fraie un passage à travers la foule hostile ... passage qui préfigure au sein de la

violence et de la haine, cet amour qui supporte tout ... endure tout ... espère tout, amour illimité qui le

conduira au supplice de la Croix mais aussi .. à sa Résurrection glorieuse. - 3 février 2019

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Homélie du 02 février 2019 — Présentation du Seigneur — Père Abbé Luc
Cycle : Année C
Info :

Année C -PRESENTATION DU SEIGNEUR -02.02.2019

Ml 3, 1-4 ; Lc 2, 22-40

Homélie du Père Abbé Luc

Texte :



Frères et sœurs,

Il y a quelques jours, le f. Matthieu nous donnait une session sur la prière juive, à partir des textes de la tradition juive. Il nous a fait entrer ainsi dans le monde spirituel qui a porté et formé Jésus et ses parents. Jésus, petit juif, a appris les mots humains de la prière, comme il a appris les rites pour servir Dieu. L’évangile de ce jour nous offre un bel exemple de cet ancrage de Jésus dans la foi de son peuple. Alors qu’il vient de naitre, il est porté au temple par ses parents soucieux de « se conformer au rite de la loi qui le concernait » nous dit St Luc. Jésus s’est laissé former. « Né d’une femme », il a vraiment été « sujet de la loi de Moïse », comme le dira aussi St Paul (Ga 4,4).

En mémoire de la mort des premiers-nés d’Egypte, lors de la libération de l’esclavage, Jésus, premier-né est ainsi consacré au Seigneur. Ce rite rappelle à tout juif que le peuple ne doit sa vie présente et son salut qu’à l’intervention divine. Sa vie présente est pour le Seigneur le Vivant, le principe de toute vie.

La tradition chrétienne, et la liturgie que nous célébrons, se plaisent à relire ce rite initial de la vie de Jésus dans la lumière de sa mort et de sa résurrection. L’enfant offert devient la préfiguration de l’adulte qui s’offrira pour nous librement. Le premier-né racheté par deux tourterelles est la figure du premier né d’entre les morts qui rachète toute l’humanité par le don de sa propre vie. Seul le premier-né d’une famille était ainsi présenté. Pour lui seul, on offrait des animaux en sacrifice. De même, Jésus mort et ressuscité devient le premier-né d’une multitude, sans que celle-ci ait à offrir quoi que ce soit. C’est un don gratuit, une grâce immense qui est faite à tout homme.

Par notre baptême, puis par notre engagement, soit dans le mariage soit pour nous moines par notre profession religieuse, nous nous remettons pleinement sous la lumière de ce don offert. Nous choisissons de vivre sous la conduite de Jésus afin de devenir porteur de sa lumière pour tant d’autres hommes et femmes qui cherchent, comme nous l’avons célébré au début de cette célébration.

En ce jour, accueillons avec gratitude et joie la lumière que Jésus est lui-même et dont il nous fait porteur, Accueillons aussi comme une grâce l’appel que Jésus nous fait de le suivre afin de donner aussi notre vie pour les autres et pour Dieu. Notre monde a besoin de cette lumière de personnes qui ne soient pas centrées sur elles-mêmes, mais qui se donnent. Car nous savons à la suite du Premier-Né que là est la vraie joie, que là est la vérité puisque notre Dieu n’est que Don, comme en cette eucharistie, nous allons en faire mémoire. - 2 février 2019

Homélie du 27 janvier 2019 — 3e dim. ordinaire — Frère Bernard
Cycle : Année C
Info :

Année C -3ème dimanche du T.O.- 27 janvier 2019

Néhémie 12 12-30 ;1 Co 8 1-10; Luc 1 , 4-21;

Homélie du F.Bernard

Texte :

Nous voilà prévenus : Luc n’est pas témoin oculaire des évènements qu’il entend rapporter, du moins dans la première partie de son ouvrage, car pour ce qui est de la suite- le livre des Actes des Apôtres- il peut avoir été compagnon de Paul durant une partie de ses voyages missionnaires.

Luc n’est pas témoin oculaire, mais en historien sérieux, il a voulu se renseigner soigneusement auprès de tous ceux qui sont devenus les serviteurs de la parole ; en écrivant compétent, il a tenu à en faire un récit suivi ; en disciple de Jésus, son intention est de confirmer dans la foi le destinataire auquel il s’adresse, Théophile, et au-delà tous ses lecteurs et auditeurs futurs. Cette année, chaque dimanche, nous nous laisserons instruire par l’Évangile selon Luc, afin de progresser dans l’intelligence de la foi et mieux connaître Jésus-Christ.

Que nous dit l’Évangile ce matin ? Il nous donne les premières paroles officielles de Jésus, sa première prédication à avoir été rapportée. Il convenait que ce fut à Nazareth, un jour de sabbat, à la synagogue. Comme Paul tenait, au cours de ses voyages apostoliques, quand il pénétrait dans une ville nouvelle, à s’adresser d’abord aux Juifs, le jour du sabbat, dans leur synagogue. C’est seulement après, devant leur refus d‘accueillir sa parole qu’il se tournait vers les païens.

Peut-être nous attendions-nous à entendre la réaction des gens de Nazareth à la prédication de Jésus ? L’Évangile s’est arrêté avant. Il nous la fera entendre dimanche prochain, comme si la liturgie aujourd’hui préférait nous laisser accueillir la parole de Jésus, en toute liberté, sans nous laisser influencer de quelque manière par la réaction des auditeurs.

L’office synagogal a commencé. La Torah a déjà été proclamée. C’est au tout du Prophète d’être entendu. La lecture est confiée à Jésus. Il lit Isaïe, chapitre 61 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé proclamer la Bonne Nouvelle, l’Évangile, aux pauvres ».

Sans le dire explicitement, mais c’est clair : Jésus se donne comme le Messager, le Serviteur dont parlait Isaïe, comme l’Oint du Seigneur, le Messie, comme celui dont il est question en fait, non seulement dans ce passage d’Isaïe, mais dans toute l’Écriture, la Loi, les Prophètes et les Psaumes. Il est le Oui des promesses de Dieu.

[

Parole décisive : elle fait toutes choses nouvelles. Les gens de Nazareth connaissaient trop bien le fils de Joseph pour l’accepter. Mais elle requiert aussi de nous une réponse de foi, celle-là même que fit l’Apôtre Pierre en une autre circonstance : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».

Ce matin, la liturgie de la parole débutait par le récit d’une autre célébration : une lecture solennelle, prolongée, déterminante, heureuse, de la Loi de Dieu, la Torah, à un moment décisif de l’histoire d’Israël. C’était au IVème-Vème siècle avant J-C, au temps du prêtre Esdras et du gouverneur Néhémie. Esdras avait lu le livre de la Loi en hébreu, les lévites avaient traduit en araméen pour le peuple, puis avaient donné des explications. Le peuple avait compris. Tous pleuraient de componction et de joie. C’était un jour consacré au Seigneur.

Ce jour de joie préparait certes l’aujourd’hui annoncé par le Seigneur à Nazareth. Mais cet aujourd’hui, où celui-là qui accomplit les Écriture est présent, est tout autre. Il reprend l’aujourd’hui de la voix divine lors du baptême du Seigneur : « Tu es mon Fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré ». Cet aujourd’hui ne passe pas ; il vient jusqu’à nous. Dans le sacrement de l’autel, Il nous constitue Corps du Christ, indivisiblement unis au Seigneur, et membres les uns des autres dans cet unique Corps, unis par le lien de la charité. Dans ce Corps, chacun y a sa place, irremplaçable, mais au service de l’ensemble. Tel est pour nous, l’aujourd’hui annoncé par le Seigneur à la synagogue de Nazareth.- 27janvier 2019

Homélie du 20 janvier 2019 — 2e dim. ordinaire — Frère Guillaume
Cycle : Année C
Info :

Année C -HOMELIE du 2ème dimanche du TO – 20/01/2019

(Isaïe 62,1-5 ; 1 Cor 12,4-11 ; Jean 2,1-11)

Homélie du F.Guillaume

Texte :



« Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana, en Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »

Frères et sœurs, cet épisode des noces de Cana avec le signe du changement de l’eau en vin par Jésus est bien connu de tous les chrétiens. Il inaugure dans le IV° évangile le ministère public du Christ, après le Prologue et le premier chapitre racontant la présentation de Jésus par Jean le Baptiste, puis l’appel des premiers disciples : André, Simon-Pierre, Philippe, Nathanaël. Tout cela avait pris 4 jours, d’un lendemain à un autre lendemain, jusqu’au mariage de Cana qui a lieu le 3ème jour (th trith hmera ainsi débute le texte) après le dernier appel et la promesse à Nathanaël. Il est dommage que la traduction liturgique que nous avons entendue n’ait pas repris cette mention du 3ème jour, en la remplaçant par un banal « en ce tems-là ». Très consciemment, l’évangéliste a voulu placer ce commencement des signes de la vie de Jésus dans une perspective biblique et pascale. 4 jours + 3 , cela achève une semaine, et cela rappelle l’achèvement de la création avec le Sabbat, au 7ème jour, qui est une manifestation de la Gloire de Dieu, au début du livre de la Genèse. Mais le 3ème jour surtout, pour les chrétiens, c’est celui de la Résurrection, le Jour du Seigneur, au matin du dimanche de Pâques, accomplissement de la Gloire de Dieu, après la mort du Christ sur la Croix, 3 jours auparavant, le vendredi saint.

Ce texte des noces de Cana est riche à bien des points de vue. Chaque détail, chaque mot presque a son importance. Et ses commentaires,, tant ceux des exégètes que ceux des pères de l’Eglise sont innombrables et lui ont valu bien des interprétations. Il a inspiré aussi les écrivains et les artistes. Frère Emile de Taizé, lors de la retraite qu’il nous a prêchée a évoqué un chapitre admirable du roman de Dostoïevski : les frères Karamazov, quand le plus jeune frère, Alioucha, du fond de son désespoir, fait une expérience de résurrection et de joie intense, devant le cercueil de son staretz vénéré Sozima, à l’écoute de la page d’évangile, lue par un des moines veillant le défunt. Et je pense aussi au célèbre tableau de Véronèse, conservé au Musée du Louvre, dans la même salle d’exposition que celui de la Joconde de Léonard de Vinci, chaque tableau ayant son mur, en face à face. Ainsi, tous les ans, des centaines de milliers de personnes, des touristes, pour la plupart non-chrétiens, défilent devant cette toile immense (on dit que c’est la plus grande du Musée en superficie) et peuvent se laisser interroger par le message qu’elle contient : rien d’autre que celui du commencement des signes que Jésus accomplit, en venant sur la terre.

Pour ma part, j’aimerais relever avec vous 2 aspects seulement du texte : la présence de la mère de Jésus à l’évènement, d’une part, et la portée sacramentelle de ce signe (plutôt que de ce miracle) d’autre part.

« La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. »

On ne reverra plus Marie dans le IV° évangile, si ce n’est vers la fin, au pied de la Croix, au moment de la mort de son Fils, en compagnie d’un disciple, celui que Jésus aimait. On peut imaginer, pourquoi pas, que ce disciple était aussi l’un de ceux qui avaient été invités au mariage. Ainsi apparait une inclusion, voulue par l’auteur, d’autant que la présence des éléments de l’eau, du vin et du sang dans ces 2 passages, souligne et renforce cette intention d’inclusion.

Le dialogue entre Jésus et sa mère est surprenant, tout comme l’avait été celui qu’il avait échangé avec ses parents, à l’âge de 12 ans, à l’occasion d’une fête de pèlerinage à Jérusalem. L’enfant avait déjoué la surveillance de Marie et de Joseph, sur le chemin du retour, et ils l’avaient cherché durant 3 jours. Toute angoissée, la mère de Jésus lui avait adressé la parole : « mon enfant, pourquoi avoir agi de la sorte avec nous. Vois, ton père et moi, nous te cherchions avec grande inquiétude ». Et Jésus, de répondre (ce furent ses premières paroles dans l’évangile de Luc) d’une manière assez brutale : « pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père » Mais eux ne comprirent pas ce qu’il leur disait.

A Cana, non plus Marie ne comprend pas bien l’attitude ni les paroles de son Fils qui lui dit tout aussi brutalement : « qu’y a-t-il entre toi et moi ? » traduit autrement « femme, que me veux-tu ? », certains osent même « de quoi te mêles-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Cette heure, si importante dans le vocabulaire du IV° évangile, ce sera l’heure de la Passion et de la Croix, quand l’heure sera venue pour lui de passer de ce monde à son Père. Alors, Marie, sera à nouveau présente, au Golghota et elle comprendra la prophétie du vieillard Siméon : « un glaive te transpercera le cœur ». Mais à Cana, , pour ce premier signe de Jésus, elle n’est qu’une intermédiaire, elle est la servante du Seigneur, de son Fils : que tout se passe comme Il le dira.

La portée sacramentelle du texte, elle, se donne à lire à travers la mention des éléments de l’eau et du vin, et puis des gestes du versement de l’eau dans les outres, de l’offrande du vin au maître de maison puis à la multitude des convives. Nous la repérons aussi dans les paroles, les verbes employés par Jésus dans ses ordres : « remplissez, puisez, portez ». Autant d’allusions possibles au repas eucharistique, où ce n’est pas l’eau qui est changée, mais c’est le vin qui est changé en sang sauveur.

Alors, frères et sœurs, que retenir de ce texte pour nous aujourd’hui ? La place qu’il occupe, au commencement de la vie publique de Jésus nous montre que nous sommes invités dès le départ avec lui à un moment de joie, de fête et de célébration de l’amour. Quoi de plus heureux comme évènement dans la vie des hommes que celui d’un mariage. Jésus s’invite à ce partage de la joie simple, et il y participe pleinement en y apportant sa contribution par le premier signe qu’il opère. Un signe qui traduit la surabondance et l’excellence d’un vin nouveau, symbolique de la surabondance et de l’excellence de la Vie et de l’Amour de Dieu qu’il est venu nous révéler.

Les noces de Cana connaissent leur accomplissement dans les noces de l’Agneau, décrites au livre de l’Apocalypse. Mais elles étaient déjà annoncées dans l’Ancienne Alliance, comme nous le rappelait la première lecture du livre d’Isaïe : « comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu ».

Nous pouvons maintenant célébrer sans crainte, avec une foi renouvelée le sacrement par excellence des noces et de l’Alliance de Dieu avec nous.

Oui vraiment, Dostoïevski a été un incomparable exégète de cet évangile en faisant ressusciter son héros-staretz, Sozima, dans le cœur et aux yeux du jeune frère Karamazov : Alioucha. Puissions-nous, à notre tour, nous laisser toucher par le commencement de ce signe qui manifesta la Gloire du Christ, et avec ses disciples croire en lui. AMEN - 20 janvier 2019