Homélies
Liste des Homélies
-Année C - 2 Novembre 2019 – Défunts
Rom 14 7-9,10c-12 ; Jn 6 37-40
Dans cet évangile, nous pouvons entendre combien notre vie est entourée de la sollicitude divine. Le Père nous donne au Fils qui nous reçoit, qui ne nous met pas dehors, qui ne veut pas nous perdre.
Que veut dire le Père nous donne au Fils ? Qu’il nous oriente vers Lui, ou nous attire à Lui. Le Père nous aide à nous tourner vers Jésus, afin que nous le reconnaissions, comme le Fils du Père, son envoyé.
Orientés vers Jésus, nous pouvons ou non le reconnaitre ou croire en Lui. Le désir du Père, sa volonté, est que nous croyons en Jésus le Fils de Dieu. Par notre foi, nous accédons alors à la vie éternelle. Alors déjà en cette vie présente, notre existence est illuminée, portée, soutenue par la vie éternelle, celle qui n’est pas de ce monde .
Déjà maintenant, la vie éternelle est commencée dans la mesure où nous essayons de vivre en amitié avec Jésus, dans la mesure où avec Lui nous apprenons à dire Père à notre Dieu et où nous cherchons à faire sa volonté. Notre existence devient la première étape de la vie éternelle, en attendant la résurrection promise par Jésus au dernier jour.
En solidarité avec nos défunts, nous prions pour qu’ils prennent part pleinement à cette vie éternelle dans l’attente de la résurrection au dernier jour. - 2 Novembre 2019
Année C- 29e dimanche TEMPS ORDINAIRE - (20/10/2019)
(Ex 17, 8-13 – Ps 120 – 2 Tm 3, 14 – 4 , 2 – Lc 18, 1–8)
Homélie du F.Jean-Louis
« Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Ecritures (la Bible) : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Toute l’Ecriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien. »
Fort bien, en soi, nous pouvons être tous d’accord avec ce qu’écrit saint Paul à Timothée. Pourtant, j’imagine sans peine que la première lecture a pu vous laisser une impression de malaise, voire de révolte. Qu’est-ce que c’est que ce Dieu qui soutient son peuple dans une bataille qui se termine finalement par un massacre où les Amalécites, qui ne faisaient peut-être que défendre leur territoire, sont passés au fil de l’épée ? Est-ce-là l’idéal de l’homme de Dieu « équipé pour faire le bien ? » Notre malaise redoublera si nous connaissons un peu l’histoire de l’Eglise où l’on n’a pas manqué d’utiliser ce genre de texte pour mener des guerres dites saintes et autres croisades.
Peut-on vraiment dire que toute l’Ecriture est inspirée par Dieu ? Et si oui, quel est ce Dieu qui ordonne ou au moins permet de telles horreurs ?
La question est sérieuse et beaucoup abandonnent la lecture de la Bible à cause de cela. Au mieux, on se replie sur le Nouveau Testament où là au moins on parle d’amour et d’aimer ses ennemis, quitte à faire des entorses dans nos relations par rapport à ce commandement si exigeant du Christ.
Le problème c’est que nous risquons alors d’avoir une foi aseptisée, hors du réel qui se trouvera très vite prise en défaut face à la violence de notre monde. Alors, il ne restera qu’à abandonner ce Dieu décidément pas à la hauteur.
Que faire ?
Eh bien, d’abord redescendre sur terre si je puis dire. C’est ce que Dieu a fait en se révélant à son peuple dans le premier Testament. La première lecture est témoin que Dieu n’est pas un naïf, un doux vieillard barbu un peu bonasse et déconnecté de notre réalité si sérieuse, elle.
Quand Dieu se révèle, il prend l’humanité telle qu’elle est, il l’accepte telle qu’elle est, Il n’attend pas qu’elle soit parfaite pour lui parler. Et, de fait, la première lecture témoigne d’une humanité extrêmement violente, où il n’y a pas de choix : il faut se battre pour survivre. Oh ! Bien sûr, ça n’existe plus aujourd’hui ! La barbarie, c’est pour hier ! Vous êtes-vous renseigné sur ces armes actuelles géniales où des obus contiennent des billes de verre qui, une fois pénétrées dans la chair, sont absolument impossibles à repérer par le chirurgien ? Grand progrès par rapport aux éclats métallique trop visibles, eux ! Et il y a certainement plus terrifiant.
Ne soyons pas nous-mêmes naïfs sur notre époque. Nous savons bien faire dans la violence et dans l’horreur !
Or Dieu, parle à l’homme tel qu’il est et il parle à l’homme violent, il prend en compte cette violence et si cela nous choque, c’est que, justement, après 2000 ans de christianisme, nous avons évolué et ne pouvons plus accepter un Dieu qui intervient directement dans les guerres humaines. Le Christ et son enseignement sont passés par là. Mais il a fallu d’abord, que Dieu s’abaisse au niveau de l’homme pour se faire entendre. Commence alors un long, très long chemin d’enseignement qui aboutira au : «moi je vous dis (c’est le Christ qui parle) : aimez vos ennemis ! Priez pour ceux qui vous persécutent !»
Ainsi, il ne faut pas prendre un texte de la Bible séparément du reste et l’absolutiser car il peut se trouver contredit par un autre texte qui marque l’évolution de l’enseignement du Seigneur. Si, pour survivre, le peuple de Dieu a dû se battre, par la suite, Le Seigneur lui-même enseignera à ses disciples l’amour des ennemis. Et le « tu aimeras ton prochain comme toi-même » est déjà présent dans l’Ancien Testament.
Ainsi donc, la pointe de la première lecture n’est pas la bataille. Le lien fait par la liturgie avec l’évangile montre qu’un des points communs des deux lectures est la prière, le fait que Dieu écoute la prière intense et persévérante, la prière qui se fait dans la confiance, voire avec une certaine violence (la veuve qui assomme le juge injuste). Certes, il ne s’agit pas d’assommer physiquement, mais quand même…
Le psaume vient nous conforter en disant que le secours vient du Seigneur, qu’il ne dort pas (même si nous pouvons avoir parfois l’impression du contraire), qu’il se tient près de nous (nous pourrions dire aussi en nous) et qu’il garde notre vie.
Mais attention, là surgit un autre piège, considérer Dieu comme un distributeur automatique de cadeaux, de gâteries. Et si nous n’obtenons pas ce que nous voulons, nous nous adressons ailleurs. Notre société de consommation a tout ce qu’il faut pour nous donner l’illusion de combler nos besoins, nos désirs…
Si la terre a porté un priant, c’est bien le Christ, le Fils du Père. Dieu qui s’est fait homme pour partager la vie humaine telle qu’elle est. Et si nous regardons la vie du Christ, le priant par excellence, nous devons bien constater que sa vie a été tout sauf un long fleuve tranquille. Si, au début il connaît le succès auprès des foules par ses miracles, très vite viennent les oppositions et les abandons et, finalement, à la croix, il ne restera plus grand monde sinon quelques femmes, quantité négligeable à l’époque. Et pourtant le Christ a prié son Père, il n’a cessé de le faire. Et la réponse n’est pas venue nécessairement de son vivant. Il est pourtant resté fidèle contre les apparences. Et même si, sur la croix, il est tenté de croire que son Père l’a abandonné, au moment de mourir, il remet son esprit au Père, confiant que le Père lui répondra, et c’est ce qui est arrivé.
Frères et sœur, la foi en Christ ne nous évite pas les difficultés, les malheurs de la vie. Elle n’est pas magique. Elle est confiance en un Dieu qui intervient dans notre vie mais pas à la demande. La première chose à faire avant de prier, c’est de se rappeler les moments de notre vie où Dieu est intervenu. A première vue, nous pouvons avoir l’impression qu’il n’y en a pas mais si nous prenons le temps de relire nos vies (et cela suppose de couper un moment nos téléphones portables et nos tablettes), nous découvrirons tous des évènements dans nos vies où nous pourrons dire « Dieu était là, et je ne le savais pas ! ». Alors, la confiance pourra naître en nous. Pas une confiance naïve ou magique mais une confiance réelle. Essayez et vous verrez.
Alors, nous pourrons comprendre que Dieu ne répond pas toujours de la manière dont nous voudrions qu’il réponde mais que sa réponse est finalement bien plus riche à long terme que ce que nous-mêmes nous désirons.
Et c’est de ce Dieu-là que nous avons à témoigner. Non pas d’un Dieu qui nous maintiendrait dans une dépendance à force de cadeaux mais d’un Dieu qui suscite notre liberté, notre responsabilité. D’un Dieu qui nous veut adultes en relation authentique avec lui, et cela demande parfois de faire le siège dans la prière mais toujours dans la liberté de la confiance. Sa réponse sera la bonne !
Ce n’est pas facile de faire confiance, surtout dans un monde où les trahisons ne manquent pas. Mais si nous faisons confiance à Dieu, et cela peut-être exigeant, nous découvrirons que le Dieu dont il nous est demandé de témoigner est un Dieu d’amour authentique qui libère et ne rend pas esclave. Un Dieu qui rend heureux, même dans la souffrance et la contradiction, car c’est un Dieu qui ouvre toujours à l’espérance. Rien n’est jamais définitivement perdu pour Dieu. Osons témoigner de ce Dieu autour de nous. Non pas pour imposer une doctrine mais pour témoigner d’un Dieu révélé par Jésus Christ qui nous ouvre à l’amour authentique et rend vraiment heureux, quoi qu’il arrive.
Saint Paul nous le disait tout à l’heure : « Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. » C’est à cela que nous encourage également le pape François dans ce mois missionnaire extraordinaire. Puissions-nous trouver les mots et les gestes pour partager cette Bonne Nouvelle. Car tous, nous pouvons être missionnaires. C’est ce que le Christ demande à tous les baptisés. - 20 octobre 2019
AMEN
ANNEE C - 21ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE - 13Octobre 2019
1ere lecture : 2ème Livre des Rois 5,14-17;
2eme lecture : 2ème Lettre à Timothée 2,8-13;
Évangile selon saint Luc 17,11-19
Homélie du F.Matthieu
« Jésus prit la parole en disant : "Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ? " »
Etonnement de Jésus qui peut sembler étrange ; n’est-ce pas lui qui leur a enjoint d’aller se montrer aux prêtres, au Temple de Jérusalem pour faire constater leur guérison selon ce qui était prescrit dans la loi de Moïse au livre du Lévitique (Lv 14,2 ss.), afin de réintégrer la communauté dont leur lèpre les avait exclus ?
Ne devrait-il pas plutôt admirer leur foi ? Les dix lui ont aussitôt obéi et ils ont pris le chemin prescrit par la Loi de Dieu ; et d’ailleurs n’ont-ils pas effectivement été guéris ! Alors, que leur reproche-t-il donc ?
Il leur reproche de n’avoir pas compris, reconnu ce que le Samaritain, cet étranger, ce marginal mal-croyant, lui, a su voir et comprendre.
Lorsqu’ils se sont tous vus guéris en chemin, comment n’ont-ils pas reconnu l’extraordinaire de leur guérison et compris que c’était là l’œuvre de la parole de ce Jésus, le Maître, rencontré par hasard ; que c’était par lui que l’amour de Dieu se manifestait de façon nouvelle. Comment n’ont-ils pas éprouvé, eux, croyants, membres du peuple de Dieu, qu’il ne s’agissait plus de se mettre en règle avec la Loi, mais de reconnaître que le Royaume de Dieu était là tout proche ?
Le Samaritain, lui, l’étranger, ne faisant pas partie du peuple de Dieu authentique, s’est laissé toucher par cette expérience extraordinaire et nouvelle, il est revenu sur ses pas ; il veut retrouver Celui qui est à l’origine de sa guérison, car il sent bien que c’est un double salut qui lui a été donné, et que cela ne peut venir que d’une nouvelle manifestation de Dieu. Et c’est pourquoi il retourne vers Jésus en glorifiant Dieu à pleine voix et, arrivé auprès de lui, que fait-il ? Il se jette la face contre terre aux pieds de Jésus en Lui rendant grâce : une attitude d’adoration qui est réservé à Dieu seul.
Face à un événement nouveau qui transfigure sa vie, c’est un tout nouvel acte de foi qu’il exprime et il anticipe ce que les disciples confesseront à leur tour après la mort et la Résurrection de leur Maître : Il est le seul Sauveur.
Devant cette démarche d’un étranger, croyant à ce point, [comme avec le centurion païen dans un autre passage de l’Évangile de Luc (Lc 7, 1-10)], Jésus s’étonne et admire, tout en regrettant de ne pas trouver plus de foi en Israël, auprès de son peuple. Etonnante ingratitude, c’est vrai, surtout de la part de membres du peuple de Dieu, désormais purifiés, réintégrés à part entière dans la communauté des "vrais" croyants !
Mais n’est-ce pas de nous aussi qu’il est question ici ? de nous, qui nous voulons chrétiens, croyants au Christ Jésus aujourd’hui ?
Ne sommes-nous pas, nous aussi, trop "habitués", trop routiniers dans nos pratiques, plus trop attentifs aux "visites" de notre Dieu, considérant comme un "dû", sans même plus les reconnaître, les grâces et les dons que Dieu nous a fait et nous fait, et le miracle quotidien de la vie ?
Les « samaritains », les mal-croyants, les exclus sont souvent saisis, bouleversés par ce qu'ils découvrent brusquement de la miséricorde de Dieu, par cette bonté qui entre soudain dans leur existence pour leur redonner la vie, et leur vie ainsi bouleversée les conduit à la personne vivante de Jésus, le seul et vrai sauveur, le chemin, la vérité et la vie !
Réveillons-nous donc, ouvrons nos yeux et nos cœurs aux merveilles quotidiennes que Dieu a accompli et accompli dans nos vies. Retrouvons le chemin qui mène à Jésus, mort et ressuscité pour notre salut et qui, vivant aujourd’hui, nous a promis d’être toujours avec nous sur tous nos chemins, bons ou mauvais, éprouvés et joyeux, jusqu’à la fin des temps.
Réveillons-nous, nous tous, chrétiens de peu de foi ! Dieu nous attend.
Je n’ai rien dit de la première lecture qui pourtant nous raconte comme en écho de notre évangile, la reconnaissance envers Dieu, d’un païen, Naaman, le syrien, lui aussi guéri de sa lèpre ; la lecture du jour n’en donne malheureusement que l’épilogue… Je vous invite avec insistance à prendre le temps d’en retrouver le récit complet dans votre Bible, c’est dans le 2ème livre des Rois au chapitre 5 …
Vous essaierez d’y repérer les différentes attitudes de Naaman, qui vont le mener à la même reconnaissance de Dieu que le samaritain de notre évangile. De la guérison et de la vie revendiquées comme un dû à la reconnaissance de la vie et du salut comme dons gratuits de la miséricorde du Dieu saint d’Israël ; de l’orgueil du général arrogant à l’humilité de celui qui se reconnaît finalement, simplement serviteur du Dieu vivant.
C’est bien les étapes et le chemin de notre conversion !
année C - 27ème Dimanche Ordinaire - 6 octobre 2019
1. Ha 1,2-3 ;2.2-4 2 ; Tim 1,6-8.13-14 ; Luc 17. 5-10
Homélie du F.Antoine
♦ Augmente en nous la foi ...
Ce début de l'Evg est au fond assez consolant et même dynamisant. Comment des hommes qui vivent avec Jésus, qui ont choisi de l'accompagner dans ses déplacements, qui ont entendu, au moins une partie de son enseignement, en sont réduits à faire une pareille demande !
Ils n'ont donc pas été convaincus par ses interventions miraculeuses ?
Ils n'ont pas été nourris par sa parole ? fortifiés par sa présence ?
♦ Augmente en nous la foi ... cette demande nous la faisons tous ... et plus la foi devient vivante en nous et plus elle nous est nécessaire, plus nous la désirons ... Car la foi est un don gratuit de Dieu, mais elle relève aussi de nous pour qu'elle soit vivante ... dynamique, qu'elle porte des fruits ... Il est de notre responsabilité de prendre les moyens de la faire croître et c'est là qu'apparaît la notion de service. Ce service qui témoigne de l'amour qui doit habiter le cœur de chaque baptisé en tant qu'authentique- disciple- du Christ !
♦ Augmente en nous la Foi demandent les apôtres, mais la réponse du Christ est au fond chargée d'une autre demande ... celle d'augmenter en nous le désir de servir ... servir par des actes, des intentions, qui telles de petites graines de moutarde, annoncent l'Evg et préparent la moisson du royaume. Car la Foi est participation à la force créatrice de Dieu ... elle nous fait découvrir la densité de l'action de Dieu dans nos propres vies comme dans le monde ... elle est comme une boussole qui nous indique la direction à suivre.
Qui étaient les apôtres après Pâques ? ... simplement, des hommes sans influence, sans pouvoir, sans moyens financiers, sans organisation ... et ce sont de tels hommes qui ont de fait, changé le cours de l'histoire ! ...
Augmente en nous notre foi Sgr, nous t'en supplions, qu'elle nous purifie de nos dérobades, de nos petits et grands reniements, qu'elle nous accompagne dans nos paroles, nos actes, dans chacune de nos relations que le Sgr met sur notre chemin ... qu'elle nous conduise à approfondir ce visage de la Foi qui regarde le futur avec force et courage et s'appelle l'Espérance ... qu'elle nous fasse découvrir cette manière d'aimer, propre à Dieu, qui s'appelle la Charité, cette qualité du service à laquelle nous sommes appelés auprès de nos frères et sœurs par les évènements de la vie.
Je me souviens d'une personne accablée par son passé et qui me dit, « quand j'ai découvert la Foi, elle fut comme une lumière ... elle est devenue le soleil de ma vie ... et elle m'a conduit au service des autres ».
Frères et Soeurs, que ce soleil éclaire notre existence de baptisé ... qu'il accompagne nos journées ... qu'il nous donne la force d'aimer et de servir.
Année C - 26e DIMANCHE TO – 2019 09 29
Amos 6, 1.4-7 Ps 145 1 Tim 6, 11-16 Lc 16, 19-31
Homélie du F.Hubert
Il y avait un homme riche,
vêtu de pourpre et de lin fin.
Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare.
Cette parabole est une illustration parfaite du chapitre 25 de st Matthieu :
J’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé.
Allez-vous-en loin de moi, dans le feu éternel.
Elle est l’antithèse de la parabole du bon samaritain :
Un Samaritain arriva près de l’homme à demi-mort ; il le vit et fut saisi de compassion.
Il s’approcha, pansa ses blessures et prit soin de lui.
Puisse cette parabole ouvrir nos yeux et notre cœur
pour que tout ce que Dieu nous donne soit au profit de tous nos frères et sœurs !
Pour que nous sachions aussi recevoir de ceux de qui, spontanément, nous sommes portés à ne rien attendre,
ou portés à ne regarder que comme des intrus qui nous dérangent ou nous agressent.
Pour que chacun d’eux, quelle que soit leur condition, soit un visage
que nous respections, que nous honorions, que nous aimions !
Qu’as-tu fait de ton frère ?
Avec le pape François, puissions-nous dire du fond du cœur :
Ce ne sont pas seulement des migrants ! Ce sont des êtres humains, nos frères, nos sœurs…
Il y a quelques jours, une femme m’écrivait:
« Je suis très heureuse d’avoir retrouvé les groupes de jeunes et un nouveau groupe d’adolescents « déficients mentaux », quelle horrible façon de présenter quelqu’un !
Je reçois beaucoup lors de ces rencontres, elles sont pour moi source de Vie »
J’ai reçu une lettre de la Déléguée générale de l’ACAT. Elle écrit :
« Comment ne pas être indignée, révoltée, face au désespoir de tant de personnes que l’on veut briser,
face aux souffrances qu’elles ont subies dans leur chair, dans leur âme ?
Nous pouvons choisir de détourner le regard et nous persuader que cela ne nous concerne pas.
Ou bien, faire entendre notre voix, agir, refuser l’inacceptable !
C’est ce que je m’efforce de faire, à hauteur de mes possibilités, chaque fois que mes valeurs spirituelles et humanistes sont heurtées. J’espère que vous ressentez, vous aussi, ce besoin d’agir face à des situations aussi intolérables ! Ensemble, nous ne restons pas impuissants ! »
Les réponses possibles sont multiples et les souffrances ne sont pas que matérielles ou physiques.
Pour chacun de nous, la prière et le jeûne sont des chemins privilégiés de conversion et d’ouverture aux autres. C’est bien ce que nous enseignent l’Ecriture – Moïse et les prophètes – et la contemplation de Jésus, notre Sauveur, celui qui a pris soin de nous.
La prière pour écouter le désir de Dieu et répondre avec Jésus : « Me voici, pour faire ta volonté. »
Le jeûne pour nous libérer de tout ce qui nous rend esclaves,
tout ce dont nous sommes « accros » et qui nous domine,
nous empêche d’être ouverts aux autres et à la vie véritable.
Cette parabole n’est pas seulement un enseignement moral ;
il s’agit pour nous, disciples du Christ, d’être des révélateurs de Dieu :
nous sommes créés à son image, notre vocation est de vivre à son image.
Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux.
La mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous.
Nous avons à révéler Dieu, à le rendre présent, à manifester sa sollicitude et son amour !
L’archange st Michel dont c’est la fête aujourd’hui, porte un nom qui signifie « Qui est comme Dieu ? »
Personne n’est comme Dieu !
Et pourtant, dans notre finitude même, nous avons à révéler le visage et le cœur de Dieu !
Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre, dit Jésus aux Apôtres lors de l’Ascension.
Comment y parvenir, sinon en contemplant Jésus, Dieu fait homme,
afin devenir un peu plus comme lui.
Lui qui est revêtu de magnificence, qui a pour manteau la lumière (Ps 103),
il est mort nu, couvert de crachats et de son propre sang, dans un état pire que celui de Lazare.
Il a crié J’ai soif !
Lui, le Dieu de communion et d’amour, il est mort rejeté, abandonné de tous
afin de nous aimer jusque dans notre rejet.
Il a continué de nous regarder, de visage à visage, de cœur à cœur.
Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.
Il a traversé l’abîme infranchissable.
Notre parabole nous ouvre à l’écoute de l’Ecriture.
Nous ne pourrons pas vivre à l’image de Dieu et révéler son visage, si nous n’écoutons pas sa parole.
Si nous n’écoutons pas Moïse et les Prophètes, si nous n’écoutons pas le Verbe fait chair.
De notre foi au Christ, écrit le pape dans La joie de l’Evangile,
de notre foi au Christ qui s’est fait pauvre et toujours proche des pauvres et des exclus,
découle la préoccupation pour le développement intégral des plus abandonnés de la société. […]
Chaque chrétien et chaque communauté sont appelés à être instruments de Dieu pour la libération
et la promotion des pauvres, de manière à ce qu’ils puissent s’intégrer pleinement dans la société. […]
Faire la sourde oreille à ce cri, alors que nous sommes les instruments de Dieu pour écouter le pauvre,
nous met en dehors de la volonté du Père et de son projet. […]
L’impératif d’écouter le cri des pauvres prend chair en nous quand nous sommes bouleversés au plus profond
devant la souffrance d’autrui.
Dieu d’amour, montre-nous notre place dans ce monde comme instruments de ton affection
pour tous les êtres de cette terre, parce qu’aucun n’est oublié de toi.
Seigneur, saisis-nous par ta puissance et ta lumière pour protéger toute vie, pour préparer un avenir meilleur,
pour que vienne ton Règne de justice, de paix, d’amour et de beauté. Loué sois-tu. Amen.
Année C -25ème dimanche du Temps ordinaire - 22 septembre 2019
Am 8, 4-7 ; 1 Tm 2, 1-8 ; Lc 16, 1-13
Homélie du F.Damase
La première lecture entendue, nous donne le contexte pour comprendre cet évangile. Le prophète Amos vécut durant le règne du roi Jéroboam II, dans le Royaume du Nord en Israël, à une époque où ce royaume avait atteint son plus haut niveau de prospérité.
Il y avait dans le pays abondance, splendeur et orgueil. Les riches vivaient dans l’opulence. La justice faisait défaut. Les pauvres étaient affligés, exploités et même vendus en esclavage. Alors le Seigneur jure : « Non, jamais je n'oublierai aucun de leurs méfaits ».
Tenons cet avertissement présent à l’esprit, passons à l'Évangile.
Il semble bien que Jésus fasse allusion à une escroquerie connue de son auditoire. Evidemment, Jésus n'a pas l’intention de nous enseigner comment tricher ; il veut nous enseigner autre chose !
En réalité l’enseignement de cette histoire est résumé dans la dernière phrase : "Vous ne pouvez pas servir Dieu et Mammon". Luc donne à l'argent un nom propre "Mammon", pour bien montrer que l'on devient esclave de l'argent, comme d’un maître - il nous domine. .
L’enseignement de Jésus est le suivant :
« Si les enfants de ce monde, qui sont esclaves des choses matérielles, sont si habiles... combien plus habiles devriez-vous être, vous Chrétiens, vous qui prétendez être les enfants de Dieu ».
« Vous devriez utiliser l'argent, non pas pour vous construire une sécurité en vue d'un avenir temporel, mais pour vous construire un royaume éternel, à la fois pour vous-mêmes et pour vos frères humains. Vous n'êtes pas les propriétaires de ce que vous possédez, vous en êtes les usagers. Vous pouvez en user pour votre famille, pour vos besoins personnels certes, mais toujours en pensant aux autres
Tout n’est pas permis parce que « ça m’appartient » !
DIEU en créant le monde, Dieu a remis la terre à tous et pour tous !
». – Cela nous rappelle l’enseignement de « Laudato si », L’encyclique du pape François sur l’écologie et l’usage de la terre !
St Benoît, dans sa Règle, rappelle aux moines qu’ils doivent veiller à ne pas s’approprier ce qui est donné par l’abbé pour l’usage de tous. Et veiller à ne pas être négligents envers les outils et objets de la communauté.
Nous savons qu'il y a une grande dose de cupidité et d’escroquerie dans le monde, dans les relations entre les individus comme entre les nations. Les invectives d'Amos demeurent pleines d’actualité. Et, comme au temps de Jésus, il nous faut choisir entre Dieu et Mammon.
Il ne s’agit pas de diaboliser les échanges financiers ! L’argent est nécessaire, pour que vivent des échanges entre les familles, comme entre les nations
.
Mais chrétiens, nous ne pouvons pas rester passifs devant le gaspillage de notre société de consommation, comme devant le luxe de quelques-uns…
Des besoins immenses restent insatisfaits pour l’éducation, la santé, l’alimentation du plus grand nombre…
A travers cette parabole du gérant malhonnête, Jésus veut nous alerter sur notre responsabilité de Chrétiens, qui est de lutter contre ces chaînes d’injustice !
En ce dimanche, optons à nouveau pour Dieu plutôt que pour Mammon, pour le partage des richesses plutôt que pour l’idole Argent.
Demandons à Dieu d’éclairer les yeux et de guider les actions de ceux qui ont entre leurs mains la vie économique et sociale de nos sociétés. Ils ont droit à notre prière comme à notre collaboration dans ce domaine de la justice !
- 22 septembre 2019
566 mots
Année C - 23° Dim du Temps Ordinaire - 8 septembre 2019
Sg 9 13-18; Philémon 9-17; Luc 14 25-33;
Homélie du F.Bernard
L‘Évangile de dimanche dernier évoquait un repas pris par Jésus, chez un Pharisien, un jour de sabbat. La discussion portait sur la conduite à tenir, quand on était invité, ou quand on invitait. Mais au- delà il était avant tout question du repas messianique auquel le Seigneur nous convie tous.
Aujourd’hui, le décor a changé. Jésus a repris la route vers Jérusalem. Des foules maintenant nombreuses le suivent. Mais Jésus les prévient : il ne s’agit seulement de le suivre quelques jours, le temps d’une montée à Jérusalem, mais de devenir ses disciples. Cela c’est le travail de toute une vie.
Etre de vrais fils d’Israël, entrer dans l’alliance, les contemporains de Jésus en connaissaient très bien les exigences. Trois fois par jour, ils devaient réciter le Shema Israël : « Écoute Israël, le Seigneur est Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces. » (Dt 6,5)
Cela voulait dire que rien ne devait s’interposer, faire de quelque manière obstacle entre le Dieu d’Israël et son fidèle, aucune affection familiale ou conjugale, aucun bien, pas même notre propre vie. Rien.
Mais la nouveauté ici est que Jésus revendique pour lui ce qui est dit du Dieu d’Israël. Jésus est la face visible de Dieu, la face visible du Père. Lui-même nous l’a dit : « Qui me voit, voit le Père ». Qui voit Jésus voit le Père. Qui aime Jésus aime le Père.
Ainsi il s’agit d’aimer Jésus d’un amour sans partage, sans compromission. Autrement la tour en construction ne sera jamais achevée. La guerre entreprise ne sera jamais gagnée, ce combat spirituel que nous devons mener sans cesse contre toutes les sollicitations qui nous assaillent et nous dispersent.
Il s’agit de prendre sa croix. Sans doute les contemporains de Jésus connaissaient-ils le supplice de la croix, son côté infamant et les souffrances qu’il causait, car les Romains avaient l’habitude d’infliger ce supplice à ceux qui se révoltaient contre leur domination. Mais pour nous, disciples de Jésus, prendre sa croix, c’est se situer en continuité totale avec Jésus, qui lors de sa Passion a porté lui-même sa croix (Jn 19,17).
Il s’agit de renoncer à tout, pour tout recevoir de lui. Certes il se peut que la radicalité de l’Évangile nous effraie. Pourtant elle est faite pour susciter en nous la joie spirituelle. Il s’agit de faire mourir le vieil homme, pour que grandisse l’homme nouveau, créé dans le Christ Jésus. Il s’agit de pressentir, d’accueillir « ce centuple promis par Jésus, avec des persécutions dans le temps présent, et la vie éternelle dans le monde à venir » (Mc 10,30).
Peut-être convient-il de nous arrêter un moment ici sur la deuxième lecture entendue. Elle était tirée de la lettre de Paul à Philémon. Cette lettre, l’une des sept lettres attribuées sans aucun doute à l’Apôtre, n’est utilisée qu’une seule fois, aujourd’hui même, dans le cycle des lectures du dimanche réparti sur trois ans. C’est dommage, car elle est remarquable de finesse psychologique et d’intelligence spirituelle. Je ne puis que conseiller à ceux qui ne la connaîtraient pas ou mal, de prendre la peine de la lire en entier dans le premier NT qu’ils auront sous la main. Ils ne regretteront pas sa lecture.
De quoi s’agit-il dans cette lettre ? Précisément de ce centuple expérimenté par Paul et proposé à Philémon. Celui-ci a été évangélisé par Paul. Il est propriétaire d’un esclave du nom d’Onésime, qui a fui son maître, lui dérobant en plus quelques biens. Réfugié à Éphèse, il a été instruit à son tour dans la foi chrétienne par Paul, alors prisonnier dans cette ville, et s’est mis à son service. Mais Paul ne veut pas le garder mais le restituer à son légitime propriétaire, pour que celui-ci le lui renvoie librement afin de le soutenir dans sa captivité.
Mais comment Philémon va-t-il accueillir Onésime ? Comme son esclave sur lequel, selon la législation antique, il a droit de vie et de mort, et qu’il peut châtier à sa guise ? Ou bien comme un frère devenu bien aimé dans le Christ ? C’est ce que suggère Paul. Il lui demande de l’accueillir comme si c’était lui-même.
De nos jours il n’y a plus d’esclave, du moins en principe, car on pourrait en trouver sans doute en bien des parties du monde. En tout cas beaucoup de personnes ont connu ou connaissent dans leur propre pays des situations de détresse qui les ont obligées à fuir. D’autres migrants viennent dans nos pays dans l’espoir d’un avenir meilleur. Peut-on le leur reprocher ?
Bien sûr il n’est pas question de rapprocher les situations vécues au temps de saint Paul et celles d’aujourd’hui. Mais peut-être la lettre à Philémon est-elle l’occasion d’éveiller nos sens spirituels, de nous faire pressentir combien dans des situations de grande détresse, établir des relations plus humaines, plus évangiles avec ceux qui les vivent peut faire découvrir ce centuple dont parle l’Évangile ? En tout cas c’est la conviction du pape François.
« Le Seigneur nous a envoyé d’en-haut son Esprit-Saint pour nous communiquer sa Sagesse, et nous faire connaître sa volonté », disait la première lecture .
Année C - 22° dim du Temps ordinaire - 1 septembre 2019
Ecclésiastique, 3, 17-18. 20. 28-29 Hébreux 12, 18-19. 22-24a Luc, 14, 1. 7-14
Homélie du F.Ghislain
Aujourd’hui, dimanche 1er septembre, nous finissons les vacances et nous commençons une nouvelle année laborieuse. Si nous sommes allés à la messe tous les dimanches de ce mois d’aout, qu’avons-nous entendu ? le 4 août, 18e dimanche, la parabole de l’homme qui s’est enrichi et pense sa vie en fonction de ses ressources nous a rappelé l’imminence possible de la mort et nous a donc invités à nous poser la question : quelles sont les valeurs qui ne passent pas, sur lesquelles construire ma vie ? Le dimanche d’après, la même chose nous a été redite, d’une manière en quelque sorte excessive, puisqu’il était question de vendre ce qu’on a et de le donner aux pauvres. Nous ne l’avons sûrement pas fait, nous n’avons pas programmé de le faire en rentrant des vacances, mais nous avons été invités à voir quelle traduction concrète dans nos vies nous pouvons donner à cette invitation à tout vendre. Le même évangile nous encourageait dans ce sens en nous demandant la vigilance : Le Seigneur va revenir, comment nous trouvera-t-il ? L’accent est mis sur le souci des autres qu’il faut servir et non sur les biens dont on pourrait abuser. Le 18 août, le thème a changé, mais la prédiction qu’il contenait était plutôt pénible : si nous décidons de vivre selon l’Evangile, dit Jésus, cela va nous isoler des autres, même dans la famille et peut-être provoquer des conflits. Dimanche dernier, Jésus nous invitait à entrer par la porte étroite, en soulignant que l’appartenance au peuple élu, - nous dirions aujourd’hui, à l’Eglise catholique,- ne nous garantit rien : la voie de l’Evangile est resserrée et ceux qui ne la prennent pas seront ignorés de Dieu. Enfin tout à l’heure nous venons d’entendre la prescription d’un côté d’avoir une attitude et des choix modestes, de l’autre de partager non avec les riches, mais avec les pauvres.
Résumons : les évangiles de ce mois d’août nous demandent une très grande sobriété et une vigilance exigeante en ce qui concernent nos avoirs ; ils requièrent un souci des autres, qui nous éloigne de la société de consommation et nous pousse au partage. Ils nous avertissent que le sérieux d’une vie chrétienne va nous mettre en porte à faux, même éventuellement avec nos plus proches. Au total, la voie est étroite. Ils nous donnent enfin le critère que nous y sommes un peu entrés : préférer l’humilité et accueillir les pauvres. On a envie de dire : « N’en jetez plus, ça va comme ça ! - Si c’est ça l’Evangile, alors très peu pour moi, je ne suis pas à la hauteur ! ».
Permettez-moi de tirer de cette présentation une invitation très concrète. Dans l’année qui recommence demain, allez à la messe tous les dimanches ; si vous ne pouvez pas parce qu’il n’y a pas de messe dans le secteur, ouvrez la télévision ; si vous n’avez pas la télévision, prenez un de ces petits missels mensuels, comme Prions en Eglise ou Magnificat et donnez-vous le temps de lire les textes, de les prier, de vérifier leur impact dans votre vie. Et dans tous les cas, que ce soit la paroisse, la télévision, la méditation, unissez-vous à Jésus qui a mis en pratique son Evangile au point d’en mourir, ce que justement nous confessons et célébrons dans l’Eucharistie ; unissez-vous, par la présence et par le cœur à tous nos frères chrétiens. – C’est vrai que le résumé des évangiles de ces cinq derniers dimanches peut faire peur, mais si on les prend un par un selon un rythme hebdomadaire, ils font leur effet pour aujourd’hui et la semaine qui vient. Et semaine après semaine, ils creusent en nous cette voie étroite, mais dont on finit par s’apercevoir qu’elle est belle… En somme, il en est de la participation à l’Eucharistie comme de toute chose en ce monde : ce qu’on fait une fois de temps à autre nous divertit ; ce qu’on fait régulièrement nous construit. Si nous prenons le rythme de la Parole de Dieu et du Sacrement pascal, alors, un jour ou l’autre, nous comprenons une phrase de Jésus prononcée dans l’un de ces évangiles que je viens de rappeler : « Ne craignez pas, petit troupeau, il a plu à votre Père de vous donner le Royaume ». - 1+septembre 2019
Année C - 21e dimanche TEMPS ORDINAIRE - (25/08/2019)
(Is 66, 18-21 – Ps 116 – He 12 , 5-7.11-13 – Lc 13, 22–30)
Homélie du F.Jean-Louis
« N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvé ? »
Dans le contexte de l’Evangile où la pensée, peut-être dominante, pouvait être que seuls ceux et celles qui appartenaient au peuple élu seraient sauvés, la question est aisément concevable.
On peut penser que ce « quelqu’un » anonyme qui interroge le Christ n’était peut-être pas satisfait de cette conception assez étroite du Salut offert par Dieu ou bien s’attendait-il à ce que le Christ lui dise que seuls les membres du peuple élu seraient sauvés.
En tout cas, la réponse du Christ n’est pas du tout une réflexion abstraite et spéculative sur le nombre des sauvés. Le Christ renvoie son interlocuteur à l’agir concret. Il ne s’agit pas de débattre sur le nombre des élus, il faut s’efforcer d’entrer par la porte étroite et, pour entrer, il n’y a pas de passe-droit, pas de privilège.
Beaucoup pouvaient s’imaginer que la seule appartenance au peuple élu, au peuple juif, pouvait suffire au Salut. Le Christ, lui, vient rappeler que ce n’est pas suffisant. Bien plus, si l’on commet injustice sur injustice, il ne servira à rien, même d’avoir mangé avec le Christ, même de l’avoir entendu en chair et en os. Il n’y a pas de droit automatique au Salut sinon celui de la charité, de la justice envers les autres.
Frères et sœurs, il me semble qu’il serait, là encore comme en d’autres passages des Evangiles, dangereux de croire que cela ne concerne que les contemporains du Christ. En effet, nous aussi, au cours de nos eucharisties, nous entendons le Christ parler dans la liturgie de la Parole, nous aussi nous participons au repas eucharistique où, non seulement nous mangeons et buvons en présence du Christ mais nous mangeons et buvons le Corps et le Sang du Christ.
Peut-être nous posons-nous parfois la question de savoir s’il n’y aura que peu de gens à être sauvés. Saint Augustin, parlait de la « massa damnata », la masse des damnés. Peut-être avons-nous encore cette vision peu optimiste du Salut quelque part dans notre esprit ou dans notre cœur.
Le Christ nous enseigne que là n’est pas la question. La question est celle de la justice dans nos vies. Pas seulement avec nos proches, ce qui est déjà fort bien, mais aussi de la justice envers tous.
Quel est notre souci de plus de justice dans notre monde ? Nous le savons bien, le pape François ne cesse de clamer l’importance capitale de l’attention aux mécanismes rendant l’homme esclave d’une logique d’enrichissement d’une minorité.
Il n’y a pas de Salut automatique et ceux qui pensent se réclamer de leur justice pourraient se retrouver très surpris. C’est inquiétant pour ceux et celles qui ont bonne conscience.
En même temps, la première lecture nous ouvre un horizon d’un extrême optimisme. Horizon qu’avait peut-être perdu de vue certains contemporains du Christ.
En effet, les nations paiennes sont, elles aussi, invitées au Salut. Bien plus, si les juifs avaient été dispersés dans les nations, comble du drame humain et religieux pour eux, c’était pour faire connaître à tous les peuples la gloire de Dieu, faire venir toutes les nations au Temple de Jérusalem. Et même des prêtres et des lévites seraient choisis parmi les païens. Ce texte du prophète Isaïe ne pouvait pas être inconnu des interlocuteurs du Christ. Trop dérangeant, peut-être avait-il été mis de côté comme nous savons le faire également nous-mêmes avec l’Evangile…
Ainsi donc, le Salut est offert à tous. Mais il ne suffit pas de se voir offrir le Salut, même par Dieu. Il importe d’être en capacité de l’accueillir, d’y participer. Souvenons-nous de l’Evangile selon saint Matthieu au chapitre 25 : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde (le Roi s’adresse à toutes les nations rassemblées devant lui a précisé l’évangéliste) car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, j’étais malade et vous m’avez visité, j’étais en prison et vous êtes venus jusqu’à moi», etc…
Pas de grandes vertus morales exigées sinon des actes concrets de miséricorde. Voilà la porte étroite que le Christ seul peut nous aider à passer car Il est La Porte.
Comme en toutes les époques, notre temps nous offre de quoi manifester là où nous sommes et avec les moyens qui nous sont donnés la venue du Royaume dans notre monde. Le bien et le mal sont mis devant nous. « Choisissons donc le Bien », comme le dit un passage du livre du Deutéronome, le cinquième livre de la Bible.
Et trouvons les moyens concrets de l’accomplir. Ils ne manquent pas. Que l’Esprit Saint nous aide en cela. Alors, la question ne se posera plus pour nous de connaître le nombre des élus.
AMEN - 25 aout 2019
Année C - 20ème Dimanche du temps ordinaire -18 août 2019
1ere lecture : Jérémie 38,4-6 et 8-10;
2eme lecture : Hébreux 12,1-4;
Evangile : Luc 12,49-53
Homéliedu F.Matthieu
Le message de l’évangile de ce dimanche se présente de façon abrupte, qui ne peut que nous surprendre : mais laissons-nous interpeler :
« Je suis venu apporter un feu sur la terre,
et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !
« Je dois recevoir un baptême,
et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli !
« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ?
Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division.
Feu et division, voilà donc les mots-clés de notre évangile.
Le feu évoque à la fois la destruction et le danger, mais aussi la chaleur du sang et de l’amour. C’est bien le feu de l’Esprit d’amour que Jésus est venu allumer sur la terre et communiquer à ses disciples, mais, nous l’oublions trop souvent, cela a entraîné bien des hostilités et des divisions et finalement cela lui a coûté la vie ! Jésus parle de sa mort, comme d’un baptême, baptême du sang, pourrait-on dire. Et ses paroles nous rappellent le sens de notre baptême : nous avons été baptisés dans l’eau et confirmés dans le feu de l’Esprit Saint. Nous avons été d’abord plongés dans la mort du Christ pour vivre de sa vie.
Ne nous faut-il pas redécouvrir que le baptême n’est pas seulement une fête familiale de la naissance, mais qu’il a été et qu’il est le choix d’inscrire notre vie sous le signe du Christ mort et ressuscité, le choix de brûler du même feu que lui, d’accepter comme lui l’épreuve, le rejet et la division.
Saint Luc a écrit son évangile pour des chrétiens immergés dans une société païenne où n’existait pas la liberté religieuse. Choisir la foi et le baptême pouvaient conduire à des déchirures, familiales et sociales, et aussi à la persécution et au martyre.
Durant des siècles de chrétienté, tous étaient baptisés, tous étaient supposés croyants et vivaient dans un contexte de certitudes, d’évidences, d’assurance. Mais la vie chrétienne souvent réduite au culte et à des traditions stables pouvait être vécue en dehors ou à côté des combats du monde.
Mais aujourd’hui, Dieu merci, croire c’est prendre position dans une société largement sécularisée. L’incroyance, l’indifférence, et même l’hostilité anti-religieuse se sont faites omniprésentes. Tout cela a provoqué et provoque bien des divisions, bien des ruptures, et même parfois des persécutions.
Aujourd’hui ce que dit Jésus trouve un écho dans bien des situations. La foi chrétienne comporte le témoignage et l’engagement dans les débats qui concernent la paix, la santé, la dignité humaine, le partage des richesses et du travail et cela provoque bien des conflits, bien des divisions : Jésus nous parle de division en évoquant les relations familiales. Et c’est effectivement un domaine où elle apparaît de manière très forte aujourd’hui. Pas toujours heureusement pour conduire à des ruptures, mais en tout cas à des divergences en ce qui concerne la foi et la manière de la vivre. Parents ou grands-parents désemparés devant l’impossibilité de transmettre la foi à leurs enfants, ou choqués de les voir fonder ailleurs que sur l’Evangile leurs choix religieux. Familles déchirées par les échecs conjugaux, etc… Le Pape François nous invite sans cesse à regarder en face ces réalités objectives et tragiques de notre monde.
En fait, les deux autres textes de ce dimanche ont le même thème, celui de l’engagement au service des autres et du combat contre les forces du mal, qui peuvent prendre tous les visages, et poussent les hommes, même les plus proches, à s’opposer les uns aux autres.
Jérémie était en prison, à cause de la parole de Dieu qu'il avait transmise. Il est accusé d’avoir "démoralisé" les combattants de Juda, en leur demandant de se fier en Dieu plutôt qu’en la puissance des armes humaines. Et le voilà condamné à une mort horrible, enfoncé dans la boue d'une citerne sans eau, affamé… Et il ne devra son salut qu’à la compassion d’un païen qui saura rappeler le roi Ezéchias à son devoir de justice !
La seconde lecture évoque, elle, la croix : "Jésus a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice" ; mais elle va jusqu'à la glorification de Jésus ressuscité qui, "siège à la droite du trône de Dieu." Ainsi ce passage de l’épitre aux Hébreux nous montre clairement la victoire finale avec le Christ.
"Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée,"… "Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement. Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché."
Au nom de notre foi au Christ, Il faut tenir fermes dans le combat et ne pas s’étonner de s’y trouver mêlés au cœur de notre monde travaillé par le péché : c’est la conséquence et la logique de notre foi à la suite du Christ.