Homélies
Liste des Homélies
ANNONCIATION DU SEIGNEUR -25.03.2022
Is 7 10-14 ; Heb 10 4-10 ; Luc1 26-38;
4
Homélie du Père Abbé Luc
Frères et Sœurs,
« Le Verbe s’est fait chair ». Le Fils de Dieu est devenu pleinement homme. Fondement de notre foi chrétienne dans lequel nous confessons la proximité de Dieu avec notre humanité, on devrait dire la profonde intimité que Dieu tisse avec l’homme. Oui, depuis ce jour de la conception de Jésus dans le sein de Marie, Dieu prend au sérieux notre vie d’homme, notre vie dans la chair, dans une histoire et une culture. Jésus, le Fils de Dieu a accepté d’embrasser la condition limitée d’un homme, en assumant les étapes de sa croissance, en consentant à sa condition fragile exposée à la faim, à la soif, et finalement à la souffrance. Il a épousé la culture de son peuple, en s’inscrivant dans son histoire, en prenant place dans la lignée de David. Oui, Lui, le Fils de Dieu a pris au sérieux notre condition humaine en la faisant vraiment sienne. Pourquoi ? Pour nous apprendre à être vraiment des hommes, et pour nous partager en échange sa vie divine.
Jésus s’est révélé un maitre à part au milieu de son peuple. Il avait une autorité pour donner une parole de vie aux hommes et aux femmes de son époque. En prêchant la venue du Royaume tant espéré par son peuple, un Royaume de justice et de paix, il a révélé que la venue de ce Royaume était inséparable d’une nouvelle manière de devenir homme… Devenir pleinement humain en le suivant lui par une vie selon la justice et la vérité. Devenir humain par une vie filiale avec notre Père des Cieux et une vie d’amour avec nos frères et sœurs. Mais plus encore, devenir par l’acceptation et par l’offrande de notre finitude et de notre mort. Finalement, Jésus nous a appris à devenir pleinement humain non tant par son enseignement, que par son existence toute tournée vers ses frères et vers son Père jusque dans la mort. A ce moment absurde, il a consenti à s’offrir. Comme le dit l’épitre aux Hébreux, « nous sommes sanctifiés par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toute »… Être homme, c’est pouvoir comme Jésus faire confiance à notre Père jusqu’au dernier souffle, en s’abandonnant entre ses mains à l’impossible,
L’épitre aux hébreux, dit que par l’offrande de Jésus-Christ, nous sommes sanctifiés… La Bonne nouvelle de l’Evangile est en effet que notre devenir pleinement humain, s’il requiert de notre part un effort, est avant tout un don, un pur cadeau que nous recevons de la Croix de Jésus accomplie par sa Résurrection. Jésus a ouvert pour nous et à notre profit un chemin vers la vie éternelle, en franchissant l’impasse de la mort pour ressusciter. L’humanité qu’il a assumée s’en trouve pleinement accomplie et renouvelée. En remettant notre foi à Jésus, en nous greffant sur Lui par le baptême, en nous recevant de son corps et de son sang au cours de chaque eucharistie, nous fortifions en nous cet homme nouveau en train de s’accomplir… Un homme qui est déjà habité par la vie divine de l’Esprit, en marche vers sa transfiguration en Dieu, dans lequel il prendra part pleinement à la vie divine….
Oui ce matin, nous rendons grâce à Dieu qui a pris au sérieux notre vie humaine pour nous entrainer dans sa propre vie. Frères et sœurs, il nous reste à nous de prendre au sérieux le don que Dieu nous fait en Jésus, pour laisser dès maintenant nous laisser enseigner par lui et transformer par sa vie divine qu’il nous offre.
Année C - 3e dimanche de Carême - 20 mars 2022
Ex 3 1-15 ; 1Co 10 1-12 ; Lc 13 1-9 ;
Homélie du f. Hubert
« J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu ses cris, je connais ses souffrances. »
Frères et sœurs, Dieu voit la misère de son peuple en Ukraine, et il en souffre.
Il souffre chaque fois que l’homme se fait du mal à lui-même,
chaque fois que les hommes se défigurent et se détruisent les uns les autres.
Dieu voit aussi la misère de son peuple en Russie, victime du mensonge et de la dictature du pouvoir,
la misère de son peuple au Soudan, en Birmanie, à Madagascar, en bien d’autres lieux ;
il voit la misère de son peuple dévoré par le dieu argent,
la misère de son peuple, où qu’il soit, asservi de tant et de tant de manières…
« Je suis descendu pour le délivrer. »
Est-ce vrai que Dieu nous délivre ?
Nous voudrions bien qu’intervienne, qu’il arrête la guerre, les guerres.
Mais intervient-il dans l’histoire ?
Est-il ce dieu tout-puissant de nos imaginaires
qui tire les ficelles de nos vies et qu’il faut supplier pour que sa bonté nous advienne ?
Que veut dire prier Dieu pour la paix ?
Sans lui, nous ne pouvons rien faire,
mais lui n’agira pas sans nous.
« C’est du cœur de l’homme que sortent les pensées perverses » :
prier pour que l’Esprit change les cœurs, nos cœurs, nous convertisse, est une exigence évangélique.
Nous voudrions que Dieu arrête la guerre,
mais sommes-nous prêts à ne pas guerroyer pour défendre nos droits,
pour augmenter nos possessions et notre pouvoir, quels qu’ils soient ?
Sommes-nous prêts à nous dépouiller de nous-mêmes pour que la paix advienne,
pour que nos relations humaines soient honorées plus que nos avoirs et nos gains ?
Sommes-nous prêts à nous dépouiller pour partager, pour que d’autres vivent dans la dignité ?
Sommes-nous assez humbles pour recevoir des autres,
assez respectueux pour ne pas leur extorquer leurs biens, bafouer leur dignité ?
La prière sert-elle à quelque chose, ou nous donne-t-elle seulement bonne conscience ?
Oui, la prière est la meilleure des choses
si en elle notre désir s’accorde au désir de Dieu, si elle est le creuset de notre conversion,
si elle détruit nos propres peurs, nos propres barricades,
si elle nous ouvre aux autres et à notre propre vérité d’enfants de Dieu,
tous sauvés et vivifiés par un Dieu fait homme qui se livre entre nos mains.
La prière est vraie si, le plus honnêtement possible, nous demandons l’Esprit saint pour nous-mêmes, et pour ceux qui font la guerre, et pour ceux qui la subissent.
Lui seul peut ouvrir des chemins inespérés en ouvrant les cœurs, et d’abord les nôtres.
Nous ne nous convertirons pas sans l’Esprit saint, et l’Esprit est la respiration de la prière.
Le drame de l’Ukraine peut nous réveiller de nos endormissements, de nos endurcissements,
dus à notre égoïsme,
mais faut-il attendre un tel drame pour nous convertir ?
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. »
Il y a urgence. En tout temps.
Comme nos cœurs sont lents à croire, à se laisser toucher par l’amour !
Dieu intervient dans l’histoire, dans nos histoires, mais il intervient comme un pauvre.
Il vient recevoir nos coups, nos meurtres, nos blessures,
tous nos mépris, nos orgueils mortifères.
Il les reçoit et ne les rend pas. Il encaisse, il bénit, il nous bénit.
Prier, sans nous convertir pour marcher comme lui a marché, n’est que vanité.
« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. »
La conversion est urgente pour tous.
Même s’il y a des agresseurs et des agressés,
il n’y a pas les bons ukrainiens d’un côté, et les mauvais russes de l’autre,
les bonnes nations de l’Ouest et les mauvaises de l’Est, ou inversement.
Chaque homme est bon, chaque homme est blessé par le mal.
Les lignes de fractures passent non à l’extérieur mais à l’intérieur chacun de nous,
comme aussi à l’intérieur de chaque peuple.
Prions pour nous convertir, pour que l’Esprit nous donne d’être artisans de justice et de paix.
Dieu voit notre figuier qui ne porte pas de fruit, ou même qu’il en porte de mauvais.
Alors, il vient bêcher autour, mettre du fumier.
Il livre sa vie, il verse son propre sang, pour que l’arbre mortifère de la croix devienne l’arbre de vie ;
il se donne en nourriture. Il patiente. Il espère.
Il se fait homme pour être la Parole de Dieu au cœur de l’homme
et la parole de l’homme au cœur de Dieu : un oui enfin, une alliance accomplie, jamais rompue.
Oui, Dieu a vu la misère de mon peuple et il est descendu,
mais il nous appelle, il compte sur nous, il nous honore comme vrais partenaires,
il ne nous délivre pas sans nous.
Il appelle Moïse, ce petit hébreu promis à la mort dès sa naissance,
sauvé des eaux par sa mère et par la fille de Pharaon,
traité comme le fils de Pharaon, formé à toute la sagesse de l’Egypte.
Ce Moïse, il a voulu de sa propre initiative, défendre son peuple opprimé, soumis à l’esclavage.
Mais ne se référant qu’à lui-même, c’est la violence qui l’a dominé et il est devenu assassin.
La peur l’ayant fait fuir au désert, il y perd toutes ses richesses et sa suprématie.
C’est là que Dieu le rencontre, sous la forme d’un buisson en feu qui ne se consume pas.
« Va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël.
Je suis qui je suis, et je serai avec toi. »
« C’est entre nos mains que « Dieu » a placé le sort de nos semblables »,
écrivent des chrétiens dans un texte publié cette semaine dans La Croix.
Acceptons-nous d’être envoyés pour libérer nos frères et sœurs,
en commençant par nous libérer de ce qui nous empêche d’être frères ?
Prions pour que nous nous laissions saisir par l’Esprit,
pour avoir la grâce et la force d’être artisans de justice et de paix ;
prions pour que ceux qui agressent les autres – et c’est parfois nous –
se convertissent au respect et à la paix.
Dans la communion des saints, chacun de nos comportements construit ou détruit le corps entier.
Viens, Esprit Saint !
ST JOSEPH - 19.03.2022
1 Sa 7, ; Rm 4, 13, 16-18,22 ; Mt 1, 16-24
Homélie du P.Abbé Luc
Frères et Sœurs,
Un mot revient dans les trois lectures que nous avons entendu, c’est le mot « père »… Un mot si chargé de sens pour notre vie humaine et pour notre foi chrétienne. Un mot que la figure de St Joseph éclaire d’une manière singulière.
Pour le roi David, comme pour tous les rois de toutes les époques, pouvoir engendrer, et notamment un fils qui puisse reprendre le trône à sa suite, était une question vitale. Par le prophète Nathan, Dieu révèle à David qu’effectivement il aura une descendance née de lui dont la royauté sera stable. Et Dieu lui promet qu’il entretiendra une relation privilégiée avec toute sa maison, et plus particulièrement avec un membre de sa descendance : je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils… Le vrai père de la descendance, c’est Dieu.
Dans sa lettre aux Romains, Paul élargit encore la notion de paternité… Si pour tout juif, Abraham est considéré comme le père du peuple juif, héritier des promesses, Paul invite à une compréhension plus profonde. La vraie paternité d’Abraham ne s’exerce pas tant sa descendance charnelle, qu’envers tous ceux qui comme lui deviennent croyants. Abraham se révèle vraiment père sa foi en Dieu. « Espérant contre toute espérance, il a cru, et ainsi il est devenu le père d’un grand nombre de peuples ». Croire en Dieu, lui faire confiance, nous place tous comme croyant sous la bénédiction de Dieu faite à Abraham. Nous devenons ses fils.
Joseph, époux de Marie est entrainé à entrer dans une paternité toute singulière. Par l’ange entendu dans le songe, il est invité à devenir vraiment père de l’enfant que porte son épouse, un enfant qui n’est pas de lui, mais engendré de l’Esprit Saint. Il va pleinement assurer son rôle de père nourricier et d’éducateur vis-à-vis de cet enfant qui non seulement n’est pas le sien, mais qui vient de Dieu. Joseph est père, mais il s’efface devant le vrai Père, celui qui est dans les Cieux. Par sa foi qui consent à cette destinée si peu confortable, il se met au service du Fils de Dieu, Jésus, le Seigneur qui sauvera son peuple de ses péchés. Il révèle combien la paternité n’est pas un pouvoir sur l’enfant, mais un service.
En ce matin, nous rendons grâce à Dieu, en faisant mémoire de la figure de Joseph. Il est une lumière pour nous : il nous montre que la paternité charnelle n’épuise pas le mystère de la transmission de la vie. Celle-ci se vit dans le service du dessein de Dieu notre Père. Lui seul est source de notre vie présente, mais aussi de notre vie dans la foi, préfiguration de la vie à venir, lorsque nous nous tiendrons dans sa présence de gloire. Comme fils et fille de Dieu, chacun à notre place, lorsque nous croyons en Dieu et au Christ, nous sommes instruments de la transmission de la vie divine. Lorsque nous donnons à la Parole de Dieu une place toujours plus grande pour guider notre vie, au service de nos frères et sœurs, nous exerçons une forme de paternité maternité. Que le Saint Esprit nous rende disponible à cette œuvre de fécondité dont le Seigneur est l’auteur et nous les instruments pour que sa Vie se transmette pour notre bonheur et celui de ceux auprès desquels il nous envoie.
Année C - 2° Dimanche Carême - 13 mars 2022
Genèse 15, 5-12 + 17-18 / ps 26 - Philippiens 3, 17 à 4,1 - Luc 9, 28b-36
Homélie du F.Basile
Frères et soeurs, nous sommes aujourd’hui sur la montagne : ouvrons nos yeux à la lumière divine, nos yeux et nos oreilles, surtout l’oreille du cœur pour écouter sa Parole. « Ecoutez-Le », c’est le dernier mot sur lequel s’achève ce « son et lumière » étonnant de la Transfiguration.
Qu’est-ce que le Seigneur veut nous révéler par là, alors que nous sommes en carême : pourquoi ce détour par la montagne de la Transfiguration ? Mais ce n’est pas un détour, ce n’est pas un épisode parmi d’autres dans la vie de Jésus, c’est un événement central, comme un pivot autour duquel tout s’ordonne. Les 3 évangiles de Matthieu, Marc et Luc rapportent cet événement, chacun avec un accent différent, mais pour les 3, il a bien lieu entre la 1° et la 2° annonce de la Passion, cette Passion du Fils de l’homme que Pierre ne peut accepter.
Sur la montagne, dans le récit de Luc, Jésus s’entretient avec Moïse et Elie de son départ, litt. de son exode, de sa sortie de ce monde, qui aura lieu à Jérusalem, et il nous faut comprendre qu’il s’agit de sa mort et de sa résurrection : la gloire et la croix, il y a là un raccourci très fort que les 3 disciples ne comprennent absolument pas. Ils voient le vêtement blanc, mais ils ne font pas le lien avec le Fils de l’homme souffrant que Jésus leur a annoncé. Ils voient la gloire de Jésus, ils reconnaissent Moïse et Elie, et Pierre propose de dresser 3 tentes, allusion sans doute à la fête des Tentes et au retour du Messie, mais « il ne savait pas ce qu’il disait. » En fait, en redescendant de la montagne, ils vont garder le silence et ils ne comprendront l’événement qu’après Pâques.
Mais nous, devant ce mystère de gloire, de lumière, car la Transfiguration, c’est bien cela : la gloire de Dieu qui rayonne sur un visage d’homme, je crois que nous sommes mieux placés que les disciples pour faire le lien avec Pâques, car seule la lumière de la Résurrection éclaire vraiment la Transfiguration. C’est donc important que nous célébrions ce mystère durant le carême pour nous conduire à la nuit pascale où nous chanterons le Christ ressuscité, notre Lumière. St Paul le dit ailleurs dans une formule magnifique : « c’est Dieu qui brille dans nos cœurs pour y faire resplendir la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ. » (2 Cor 4, 6)
Luc est le seul à nous dire que cette illumination du visage de Jésus survient dans la prière. Il emmène ses 3 disciples sur la montagne pour prier, et « pendant qu’il priait, son visage apparut tout autre. » Il ne s’agit pas d’un flash, d’un spot lumineux qui viendrait l’éclairer ; cette lumière jaillit de l’intérieur, elle vient de sa prière, c’est à dire de sa relation au Père. Les disciples le voient comme ils ne l’avaient jamais vu : c’est bien pourtant l’homme Jésus, mais habité par l’Esprit de Dieu dans une relation unique à son Père ; alors la voix qui s’adresse aux disciples et à nous maintenant prend toute sa force : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le » Voilà ce que nous devons faire aujourd’hui : regarder vers le Christ pour être à notre tour illuminés, transfigurés : « Regardez vers lui, dit le psaume, et vous resplendirez, sans ombre, ni trouble au visage. » (ps 33)
Le visage, c’est ce qu’il y a de plus beau dans le corps humain : hélas depuis 2 ans nos masques l’ont défiguré. Il est fait pour refléter la lumière et la communiquer aux autres et j’ai envie de dire qu’il est en attente de résurrection ou de transfiguration. Ces 2 mots sont très proches. En ce jour, il nous faut regarder vers le visage du Christ, laisser la source de lumière atteindre tout notre être, changer notre regard, et même notre façon d’aimer. Le P. Shoufani, l’ancien curé de Nazareth, disait :
« Aimer, c’est ne plus voir la vie et les êtres que dans la lumière qui les traverse : c’est voir l’être humain, si opaque parfois, non pas tel qu’il est, mais tel qu’il est appelé à devenir lorsqu’il se sera éveillé à la lumière, tel qu’il est déjà habité par la clarté divine, même s’il ne le sait pas encore. »
Oui, dans la Transfiguration, il y a un déjà là et un pas encore. Car nous sommes tous appelés comme Jésus à ressusciter dans notre corps. Paul disait dans la lettre aux Philippiens (2° lecture) : « Nous attendons le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » Voilà ce « pas encore » que nous attendons, mais déjà, par la transformation de notre regard, illuminé par le Christ, et jusque dans la souffrance même, nous pouvons vivre un peu de la résurrection promise : la Transfiguration n’est pas une antidote à la souffrance et à la mort, une sorte de parenthèse sur un petit nuage, c’est une expérience divine dans notre chair humaine, une expérience capitale pour la vie chrétienne. Elle va donner du sens et de la valeur à notre corps qui souffre, à notre vie qui va vers la mort, et elle contient en germe la résurrection.
J’aimerais citer pour finir un texte d’Olivier Clément, ce grand théologien orthodoxe, qui disait aux sœurs de Pomeyrol : « La Transfiguration ne doit jamais être séparée de cet « exodos » dont parle Jésus avec Moïse et Elie, c’est à dire de sa Passion, de cette réalité de l’amour vécu jusqu’au bout, jusqu’à la mort et donc jusqu’à la victoire sur la mort A partir de ce moment-là, pour nous, la Lumière vient d’une manière accessible, parce que pour nous qui sommes dans la mort, elle nous vient à travers la mort, à travers Celui qui nous rejoint dans la mort, Celui qui a pu dire :’Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?’
A partir de ce moment-là, cette Lumière va nous rejoindre dans la profondeur même de l’Eglise, à travers la Parole de Dieu, à travers le pain et le vin de l’Eucharistie, à travers toute cette réalité de l’Eglise qui est le mystère du Christ dans l’Esprit Saint. » (conférence donnée à Pomeyrol en août 1992)
F et S, laissons cette Lumière du Christ nous rejoindre aujourd’hui dans un monde très assombri. Même si pour beaucoup d’hommes et de femmes, c’est encore la nuit, il faut leur dire qu’il y a des lieux, des moments et des êtres de transfiguration. Je pense à notre frère Bernard. Que Dieu lui donne pleine lumière ! Amen
Frère Basile
Année C - 1er dimanche Carême (C) (06/03/2022)
(Dt 26, 4-10a – Ps 90 – Rm 10, 8-13 – Lc 4, 1-13)
Homélie du F. Jean -Louis
Frères et sœurs, - Avec le Mercredi des Cendres, ce premier dimanche de Carême constitue une première étape de notre montée vers Pâques. Nous venons d’entendre le récit des tentations du Christ au désert. Cette année, il s’agit du récit de l’Évangile selon saint Luc.
Nous y voyons que la place de l’Esprit Saint est essentielle. Dans les deux premiers versets, il nous est cité deux fois : « Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain » et « dans l’Esprit Saint, il fut conduit à travers le désert. » Au baptême, le Christ a reçu en effet l’Esprit Saint et il se laisse conduire par lui à travers le désert où il sera tenté.
Jésus jeûne et a faim. Précision brève et simple mais qui nous montre toute l’humanité, la pleine humanité du Christ. Dieu, en Jésus Christ, a fait l’expérience humaine de la faim. Quand on y réfléchit, il y a de quoi avoir le vertige : Dieu a eu faim. Vient alors le tentateur qui propose à Jésus, si j’ose dire, de mettre fin à sa faim, mais de façon subtile : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne » : il s’agit pour Jésus de prouver, peut-être de se prouver, de façon indiscutable, quasi scientifique, qu’il est le Fils de Dieu, qu’il est Dieu, par un acte de puissance. Le diable utilise la faim bien réelle du Christ pour l’amener à se poser en Fils de Dieu par un miracle. Fuir une fragilité pour affirmer sa puissance. Quelle belle tentation ! N’est-ce pas souvent une tentation dans notre monde qui fuit la fragilité et valorise tant la puissance, la force ? Le Christ refuse en citant la Parole de Dieu : « L’homme ne vit pas seulement de pain »il en cite une partie mais tout connaisseur de la Bible en sait la suite « mais de toute Parole sortant de la bouche de Dieu. »
Autre tentation, celle du pouvoir sur tous les royaumes. Le tentateur part d’un mensonge, il se présente comme le maître, le propriétaire de tous les royaumes de la terre alors que la Bible a bien montré que c’est Dieu qui est le créateur et le maître, le roi de la création. Le diable invite alors le Christ à se prosterner devant lui pour recevoir de lui la propriété des royaumes et donc il s’agit pour le Christ de reconnaître que les royaumes de la terre sont sa possession à lui, le diable. Notons que ce dernier promet de donner le pouvoir et la gloire des royaumes. Il ne propose pas à Jésus d’être serviteur ni sauveur des peuples. Il ne fonctionne que dans la catégorie du pouvoir, de la gloire. La suite de l’évangile montrera que la royauté du Christ sur la terre passera pour le Christ par la croix. Pas de gloire sans la croix. Tout le contraire de ce que propose le démon, tout le contraire de ce à quoi nous aspirons spontanément.
Enfin, la troisième tentation, Jérusalem, le Temple. C’est que l’évangile de Luc est bâti sur la montée du Christ vers Jérusalem, lieu du sacrifice final, de la mort et de la résurrection. Et là, la tentation est à nouveau très subtile. Car le diable utilise la Parole de Dieu pour tenter, ici, le psaume 90 qui a été chanté après la première lecture. Apparemment, cette tentation n’en est pas une. Il s’agit de faire confiance à la parole du Seigneur, au fait qu’il ordonnera à ses anges de protéger son Fils. Mais la Christ a percé la ruse. La confiance n’a pas besoin de preuves. Si Dieu a promis sa protection, nul n’est besoin de vérifier qu’il respectera sa parole.
Frères et sœurs, que peuvent nous dire aujourd’hui les lectures de ce jour ? Parmi les nombreuses réponses qui peuvent être apportées, j’en relèverai quelques-unes.
Et d’abord, c’est peut-être évident mais est-ce si évident pour nous ? C’est que la tentation n’est pas le péché. Être tenté, ce n’est pas encore avoir péché. Nous croyons de foi que le Christ, vrai Dieu et vrai homme, est semblable à nous en toutes choses excepté le péché, et pourtant, il a été tenté… Dieu, en Jésus Christ, s’est abaissé jusqu’à accepter ces épreuves de la tentation comme chacun de nous. Mais il n’a pas cédé, il n’a pas péché. Ne nous décourageons donc jamais devant les tentations, ne considérons jamais que nous avons péché parce que nous avons éprouvé cette expérience douloureuse ou humiliante de la tentation. Ce serait oublier la victoire du Christ sur le mal, sur le diable.
Ensuite, dans deux de ces trois tentations, la première et la troisième, il y a plus ou moins la tentation d’affirmer, de prouver sa filiation au Père par un acte de puissance : transformer des pierres en pains, se jeter du haut du Temple pour que le Père intervienne miraculeusement. Si le Christ est Fils de Dieu, est-ce qu’il le croit lui-même ? Qu’il montre sa puissance. Qu’il le prouve.
La seconde tentation, elle, vise à détourner complètement le Christ de son Père en l’amenant à se prosterner devant le diable pour acquérir une puissance dont le diable, en fait, ne dispose pas, celle de la gloire des royaumes terrestres.
Nous voyons ainsi que ces trois tentations tournent autour du pouvoir, de la puissance. Le diable fait miroiter à Jésus l’intérêt de la gloire, mais d’une gloire terrestre. N’est-ce pas cela que dénonce le pape en parlant de mondanité spirituelle, du désir effréné de possession ? N’est-ce pas de cela que nous rêvons en regrettant la fragilité actuelle de notre Eglise ? N’est-ce pas cela qu’il y a derrière notre désir de voir se réaliser des miracles, des actes extraordinaires pour nous prouver et prouver aux incroyants que Dieu existe vraiment ? N’est-ce pas cela qui se trouve derrière notre conception de la foi comme d’un paratonnerre devant nous éviter tout problème, toute épreuve ? Est-ce que vraiment le bon, le vrai chrétien est celui à qui il n’arrive rien de mauvais ? Mais alors, le Christ est-il un bon chrétien ? La vie du Christ nous montre en fait que la gloire passe par le chemin de la croix. C’est peut-être le refus de cette vérité qui fait se détourner nombre de personnes de la foi chrétienne.
La première lecture nous rappelle que lorsque le juif présente les prémices de ses récoltes à Dieu, il doit se rappeler qu’il lui doit tout, que dans toutes les situations de détresse qu’il a vécues, c’est Dieu qui est intervenu, non pas pour lui éviter ces situations mais pour l’en libérer.
Et Paul, dans la seconde lecture, nous rappelle l’importance de la Parole de Dieu. Proclamer sa foi nous sauve, invoquer le Seigneur également. Il ne s’agit pas d’affirmer notre puissance mais de compter sur Dieu, quoiqu’il arrive.
Si le diable tente le Christ, c’est pour l’amener à désirer manifester sa puissance, sa force, ou désirer acquérir une gloire terrestre. Si le diable se retire jusqu’au moment fixé, c’est que, lors de la Passion, les prêtres diront au Christ : « qu’il se sauve lui-même s’il est le Messie de Dieu, l’Elu ! » Tentation proche de celle du diable qui invitait Jésus à faire preuve de sa puissance s’il était le Fils de Dieu. Le Christ ne cèdera pas à cette dernière tentation. Il acceptera la mort pour nous libérer de la mort.
Frères et sœurs, voici un programme offert pour ce carême : Tout ramener au Père, ne compter que sur lui et son action par le Fils et l’Esprit Saint. L’histoire nous rappelle que Dieu est intervenu pour sauver l’humanité, qu’il intervient encore. Que son Salut n’est pas que passé mais qu’il est actuel. Et ce n’est pas pour nous faire manifester notre supposée puissance mais pour accepter nos limites et apprendre à compter sur lui seul. C’est aussi ce que nous dit la Croix du fils prodigue derrière l’autel. Il quitte son père avec beaucoup d’argent qu’il dépense. Il est dans la richesse, la gloire terrestre puis, vient la famine, la misère. Il accepte sa pauvreté et c’est alors qu’il se lève pour retourner vers son père et y trouver son salut. Alors, le bonheur est au bout du chemin et non pas le doute. Alors va poindre la lumière de Pâques, la lumière de la Résurrection. Vous me direz que ce n’est pas très original mais le carême est là pour nous rappeler des attitudes, des éléments de la foi qui ne sont pas extraordinaires mais plutôt bien ordinaires et que nous avons tendance à oublier. Demandons à l’Esprit Saint durant ce carême, de faire de nous des hommes et des femmes conscients de leurs fragilités mais comptant envers et contre tout sur Dieu non pas pour être forts mais pour lui être unis envers et contre tout. Soyons en cela de véritables disciples du Christ. Alors, le bonheur est au bout du chemin et non pas le doute sur la fidélité de notre Dieu. Alors va poindre la lumière de Pâques, la lumière de la Résurrection.
AMEN
CENDRES - 02.03.2022
Jl 2, 12-18 ; 2 Co 5, 20-6, 2 ; Mt 6,1-6, 16-18
Homélie du P.Abbé Luc
Frères et Sœurs, - « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché afin qu’en lui nous devenions juste de la justice même de Dieu », venons-nous d’entendre. Paul relit ainsi en une phrase le mystère de la rédemption que nous ne cesserons d’approfondir durant ces 40 jours de Carême qui nous préparent à la célébration de Pâques. Nous allons méditer, célébrer le mystère du Christ venu nous chercher. Alors que « nous étions perdus, incapables de nous rapprocher de Dieu, celui-ci nous a aimé de plus grand amour, son Fils, le seul juste, s’est livré lui-même à la mort » prierons-nous dans quelques instants… Et en méditant le mystère du Christ, inséparablement nous ouvrons davantage les yeux sur le mal qui blesse notre humanité et qui entrave notre propre liberté. Durant ces 40 jours, nous aurons sous les yeux, au chœur, cette croix peinte par le f. Yves, dite croix de l’enfant prodigue. Nous y reconnaissons autour de la croix, différents tableaux illustrant la parabole de l’enfant prodigue… Mais en fait, plus qu’une illustration de la parabole, l’association du thème de la croix avec le récit de la parabole, nous entraine à contempler le mystère du salut de notre humanité opéré sur la croix comme la course du Christ, qui s’est fait prodigue, péché pour nous, afin de nous ramener vers le Père. Le jeu des couleurs utilisées est suggestif. Le Christ en croix est tout en bleu-vert, de la même couleur que les sept porcs auprès desquels se désole le fils prodigue avant de faire retour sur lui-même pour revenir vers son Père. Sur la Croix, Jésus, lui le seul juste, a accepté d’être considéré comme un pécheur, un homme blessé par les impuretés dont les porcs sont l’image.
Durant ces 40 jours, nous sommes invités à regarder davantage vers Jésus. C’est vers lui qu’il faut revenir en déchirant notre cœur, par le jeûne, la prière et les larmes qui veulent exprimer et servir notre désir de repentir. Notre engagement dans une prière plus instante, dans une participation plus aimante aux célébrations de la liturgie, notre engagement dans le jeûne et dans une charité plus effective avec nos frères n’est pas le but, mais un moyen. L’évangile nous rappelle combien il nous faut veiller à la justesse de notre engagement dans la prière, le jeûne et l’aumône. Si cet engagement sert à nous mettre en valeur aux yeux des autres ou de nous-mêmes, il est vain et inutile. Cet avertissement de Jésus, nous permet de mieux entendre ce qui intéresse notre Père des Cieux. Ce qu’il désire le plus, c’est que nous tissions avec Lui, une relation toujours plus juste et plus aimante. Il n’a que faire de nos exploits, mais il cherche à nouer en Jésus ce « lien de charité si fort que rien ne pourra le défaire ». Oui comme nous le prierons dans la prière eucharistique, entrons dans « ce temps de grâce et de réconciliation, par la conversion du cœur, en mettant notre espérance dans le Christ Jésus, en nous dévouant au service de tous les hommes, et nous livrant davantage à l’Esprit Saint »…
Année C - 8° Dimanche Ord - 27 février 2022
Ben Sira 27, 4-7 / ps 91; 1 Cor 15, 54-58; Marc 6, 39-45
Homélie du F.Basile
Frères et Soeurs, dans l’évangile d’aujourd’hui Jésus nous invite à une double conversion, celle du regard et celle du cœur : serait-ce déjà un avant-goût du Carême ?
Surtout ne confondons pas ici évangile et leçon de morale. Ces petites paraboles reprises par Jésus sont pleines de sagesse populaire comme aussi les proverbes du livre de Ben Sira en 1° lecture. On dirait aujourd’hui : « Garde-toi de juger les autres : regarde-toi d’abord dans la glace » ou bien « Commence par balayer devant ta porte ». Mais il faut aller plus loin jusqu’au cœur, dans notre cœur : c’est là que se situe la vraie conversion : mon cœur est-il bon ? mon cœur est-il mauvais ? 50 – 50 ? Je crois que Dieu ne le voit pas ainsi, car il sait quel trésor il contient.
S’il y a encore en nous de la dureté, de l’amertume, de l’agressivité, cela cache aussi un trésor de bonté, de patience, de bienveillance et de paix. « L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur » Le cœur est le dernier mot de notre évangile, en lien avec nos paroles, mais je voudrais relever un autre mot présent dans les 2 lectures, c’est « l’arbre qui se reconnaît à son fruit. »
Ne pourrait-on pas dire que Jésus compare l’homme à un arbre ? On touche ici à un des grands symboles de la culture humaine, que la Bible utilise souvent et que l’on retrouve dans les paraboles de l’évangile.
Quel arbre es-tu ? Quelles sont tes racines, et le cœur du tronc ? Si le cœur est bon, l’arbre se développe, il vit ; mais si le cœur est mauvais, s’il est sec ou pourri, l’arbre dépérit, il meurt.
Dans la Bible, l’arbre est présent dès les premières pages, l’arbre au milieu du jardin, et tout à la fin dans l’Apocalypse : l’arbre de vie au bord du fleuve qui fructifie 12 fois l’an, et dont les feuilles guérissent les païens. Nous trouvons l’arbre aussi dans les psaumes : dès le 1° psaume, le juste est comme un arbre, planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et son feuillage est toujours vert. Et puis dans l’évangile, il y a l’arbre de la Croix, sur lequel Jésus va mourir, pour que cet arbre donne la vie et non plus la mort.
Quel arbre es-tu ? Quelles racines et quels fruits ? La racine de l’homme, c’est son cœur, le cœur au sens biblique : lieu intérieur de sa liberté, de son engagement le plus profond : c’est là qu’il choisit Dieu ou le refuse ; là il se préfère lui-même à tout, ou bien il prend le risque d’aimer ses frères. C’est le lieu du combat spirituel. Au cours de ce Carême tout proche, n’aurions-nous pas à faire une petite séance de scanner pour vérifier la qualité de nos racines et la santé de notre cœur ? C’est important, car les fruits correspondent aux racines.
Quel arbre es-tu ? Quels fruits donnes-tu ? « Le juste poussera comme un palmier, dit le psaume, comme un cèdre du Liban. Vieillissant, il fructifie encore, il garde sa sève et sa verdeur. » Invitation à la croissance, à faire fructifier la vie qui est en nous, et que nos parents nous ont donnée. Nous la recevons de Dieu en permanence depuis notre baptême où nous avons été plongés dans l’eau vive du Christ. Et Jésus nous dit : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui en qui je demeure, portera du fruit en abondance. »
L’arbre qui pousse droit vers le ciel, avec ses racines bien en terre, le cœur vivant où monte la sève, le vert tendre des feuilles et les fruits faits pour être cueillis et se reproduire, cet arbre n’est-il pas une image du chrétien, de l‘Eglise, du Christ à jamais vivant, de notre assemblée d’aujourd’hui, venue puiser la vie et rendre grâce.
J’aimerais citer pour finir ce poème de Patrice de la Tour du Pin, que frère Servan, grand ami des arbres, m’avait fait découvrir un jour ; en voici quelques lignes :
« En toute vie le silence dit Dieu !
…Vous avez tout en vous pour adorer,
Car vous avez l’hiver et le printemps.
Vous êtes l’arbre en sommeil et en fleurs.
Jouez pour Dieu des branches et du vent,
Jouez pour Dieu des racines cachées.
Arbres humains, jouez de vos oiseaux. »
Frères et sœurs, puisse notre chant et notre prière aujourd’hui porter des fruits pour Dieu et pour la paix du monde ! - Frère Basile
année C - Homélie du 7° dim du TO - 20 février 2022 –
1Sam 26 2-23 ; 1 Co 15 45-49 ; Luc 6 27-38
Homélie du F.Damase
Voilà frères et sœurs, une page d’évangile qui nous laisse les bras ballants !
« Il y a encore du travail ! » pour chacun d’entre nous.
L’amour des ennemis est un précepte caractéristique des disciples du Christ.
Dans aucune autre religion, on ne trouve un tel commandement : « Aimez vos ennemis ! ».
Ainsi le livre de Samuel raconte l’histoire de la jalousie du roi Saül qui veut la mort de David.
Il le traque car tout le peuple a chanté :
Saül a vaincu des milliers, mais David a tué des dizaines de milliers d’ennemis !
Alors, de nuit, David dérobe la lance de Saül pendant son sommeil, posée près de sa tête -
mais il respecte la vie du roi Saül,
car il qui a reçu l’Onction du Seigneur ! Il ne se venge pas ; il ne touche pas à la vie du Roi Saül !
Dans l’Evangile, l’amour des ennemis est l’expression d’un don total, un Don total comme celui du Christ, qui va beaucoup plus loin que le simple pardon des offenses. L’amour du prochain, dans l’enseignement de Jésus, et en particulier l’amour des ennemis, est avant tout le DON – écrit en majuscule – le DON d’une personne à une autre, le DON d’un cœur qui a la capacité de se donner gratuitement.
Le concile Vatican II dit de l’homme dans Gaudium et Spes, « qu’il est l’unique créature sur terre que Dieu voulait pour elle-même. L’unique créature qui peut se réaliser uniquement par le Don désintéressé de soi-même ». (GS 24 – Lc 17.33))
C’est en cela que l’homme est un être semblable à Dieu par cette capacité qu’il a de se donner ;
comme Dieu se donne à l’intérieur même de la Trinité « Père, Fils et Saint Esprit »
et comme le Père se donne aux hommes en envoyant son Fils unique.
Et comme le Christ se donne en donnant sa vie aux hommes sur la Croix.
Si l’amour des ennemis, frères et sœurs, nous parait difficile, et il l’est !
L’amour du prochain, nous le savons, n’est pas non plus toujours aisé.
Si vous aimez ceux qui vous font du bien, c’est facile de leur rendre la pareille,
mais aimer sans attendre le retour de l’ascenseur, comme on dit familièrement, c’est plus difficile !
Aimer son prochain en Dieu. C’est l’aimer en sa vocation particulière, en ce qu’il est le plus lui-même.
C’est l’aimer d’un amour qui l’atteint au cœur de sa singularité.
C’est l’aimer comme Dieu l’aime, de cet amour de Dieu qui le fait être
et être tel, avec un fond de personnalité qui n’appartient qu’à lui-même.
Aimer l’autre, c’est l’aimer en sa singularité, dans la beauté de sa singularité voulue par Dieu.
Il s’agit en même temps, frères et sœurs, d’aimer le prochain d’un amour universel,
qui aime tel frère sans exclure qui que ce soit, pas même l’ennemi,
car tous nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres,
à faire communauté sans aucune distinction entre amis et ennemis.
Et comme aimait nous dire le Père Denis Huerre,
« Le ‘je’(1° personne du Singulier) est toujours en dialogue avec le ‘nous’. (1° personne du pluriel) -
Le ‘je’ est pour le ‘nous’ et le ‘nous’ a sa racine dans le ‘je’ !
C’est de cet amour-là, frères et sœurs, que l’Eucharistie, que nous célébrons maintenant,
est non seulement le signe, mais la réalité, c’est-à-dire le sacrement.
Que le Christ Seigneur, qui a donné sa vie pour nous, nous entraine sur ce chemin, qui est le seul chemin qui conduit à la Joie parfaite,
595 mots
Année C - 6°dim du tps Odinaire - 13 février 2022
Jér 175-8 ; 1 Co 15 12-20 ; Lc 6 17-26 ;
Homélie du F.Benoit Andreu de Fleury
Bonheur et malheur, rires et larmes, faim et satiété, estime et mépris. L’évangile des béatitudes nous touche car il aborde des réalités très simples, très sensibles, qui se mêlent en toute vie, et dans leur enchevêtrement souvent confus il trace un chemin.
Les Écritures nous en offrent plusieurs versions. Celle de Matthieu, que nous avons entendue à la Toussaint, était toute de douceur : Jésus y proclame bienheureux les pauvres de cœurs, les doux, les assoiffés de justice, les miséricordieux, les cœurs purs. La version de Luc, que nous venons d’entendre, est assurément plus âpre. Car le bonheur n’y est plus lié à des dispositions intérieures que nous aimerions bien faire nôtres, mais à toutes sortes d’adversités extérieures qui nous font peur : précarité, douleur, faim, haine, exclusion, mépris. Et puis il y a cette proclamation déconcertante du malheur de ceux que la vie semble avoir épargnés, car ils ne manquent de rien, car ils savent encore rire. Alors nous aurions peut-être envie de reprendre les mots que les disciples, en d’autres circonstances, avaient osé dire à Jésus : « Cette parole est dure, difficile, qui peut l’entendre ? »
Cette parole est difficile car en plaçant le consolation des affligés au futur, ou encore « dans le ciel », elle heurte notre soif d’établir dès maintenant la justice. Disons-le d’une simple image. Quand les évêques de France, après la publication du rapport de la CIASE, se sont réunis pour prier devant l’image d’un enfant en larmes, ça ne pouvait évidemment pas être pour proclamer « heureux vous qui pleurez maintenant, vous rirez », mais pour demander pardon et s’engager à tout faire pour que de telles larmes ne soient plus versées.
Car les larmes de nos frères et de nos sœurs nous requièrent ; elles nous requièrent dès maintenant, et quelles qu’elles soient (les larmes n’ont pas d’odeur). Alors pour être juste — je dirai même, pour ne pas risquer d’être cruelle — notre proclamation aujourd’hui de l’évangile des béatitudes doit s’accompagner d’une question et d’un engagement : « De quelles larmes, autour de moi, suis-je indifférent ? » ; « Que requièrent-elles de moi ? »
Cette parole est difficile car nous pourrions l’entendre sur un mode doloriste, comme une sorte de complaisance dans l’adversité et la souffrance dont on ferait le seul chemin valable en cette terre qu’il faudrait non seulement traverser comme une « vallée de larmes », mais encore d’un pas allègre, puisque les béatitudes donneraient à ces larmes le sens d’une espérance.
L’empressement d’une certaine spiritualité chrétienne à déclarer qu’on pourrait donner un sens à la souffrance, lui reconnaître une valeur salvifique, peut légitimement nous heurter. Car le propre de la souffrance n’est-il pas d’être toujours insensée et destructrice ? Lui prêter un sens, est-ce un magnifique acte de foi ou un terrible acte de déni ? La foi ne consiste-t-elle pas plutôt à affirmer que la vie seule a du sens, et de croire qu’elle a assez de sens pour traverser même le non-sens de la souffrance ? C’est le sens du mystère pascal : nous croyons en un Christ souffrant, mais il est le Dieu de la vie et non pas le Dieu de la souffrance.
Dans la bouche de Jésus, ces béatitudes si déroutantes n’ont pas été une parole dure parce que sa vie donne sens à notre vie. Ce sens, ce n’est pas d’abord une doctrine, mais son amour, et l’amour qu’il nous appelle à avoir les uns pour les autres. Si nous cherchons ailleurs le sens de la vie, dans les richesses, les plaisirs, la capacité à rire de tout, la notoriété, nous cherchons un faux sens qui donne peut-être au quotidien un certain confort, parfaitement respectable, mais qui ne suffit pas au bonheur. Alors Jésus nous prévient : « Quel malheur pour vous ! »
Concrètement cela signifie aussi que les larmes de nos frères et de nos sœurs requièrent encore notre capacité à leur manifester le sens et la beauté de leur vie. Notre amour seul peut le faire, la plupart de temps de façon très simple : quand on s’enfonce dans la peine, il suffit souvent d’un sourire, d’un regard plein de bonté pour nous relever. Ce ne sont pas les grandes phrases, mais ces petites virgules du quotidien, ces actes d’amour et de douceur qui ponctuent la course des jours, qui nous donneront d’être avec Jésus artisans des béatitudes.
Année C - HOMELIE du 5ème dimanche TO - 06-02-2022
(Isaïe 6,1-8 ; Cor 15,3-11 ; Luc 5,1-11)
Homélie du F.Guillaume
Frères et sœurs
La liturgie de ce 5ème dimanche du TO nous offre à entendre 3 textes magnifiques de l’Ecriture. 3 rencontres d’hommes avec Dieu, 3 modalités de Révélation et de vocation : Isaïe, Paul, Pierre. Et ce qu’il y a de remarquable dans ces 3 expériences humano-divines c’est que toutes commencent par la vision de quelqu’un qui se donne à voir ou à entendre, suscitant alors la crainte et le sentiment d’indignité, d’impureté ou de péché, et toutes les 3 se concluant par un envoi en mission. De sorte qu’il était bon pour nous de chanter avec le psalmiste les versets du Ps. 137 « de tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâces. Je rends grâce à ton Nom, pour ton Amour et ta Vérité, car tu élèves au-dessus de tout, ton Nom et ta Parole »
Reprenons brièvement chacune de ces rencontres.
Pour Isaïe, elle a lieu au Temple de Jérusalem, en l’année de la mort du roi Ozias. Au cours d’une vision en esprit, il est mis en présence du Dieu Saint, 3 fois saint. Dans la tradition juive, Isaïe est considéré comme le prophète de la Sainteté de Dieu. Dire que Dieu est Saint, c’est dire qu’il est le Tout-Autre. Ce n’est pas un qualitatif moral, ni même un simple attribut. La Sainteté atteste la nature même de Dieu, son essence. Dieu est Celui qui nous dépasse infiniment, que nous ne pourrons jamais atteindre par nos seules forces. Devant lui, l’homme ne peut que mesurer sa petitesse et éprouver de la crainte : il découvre le fossé infranchissable qui le sépare de lui et il prend conscience de son impureté. Mais le Dieu de la Bible n’en reste pas là. Il s’adresse à l’homme en lui disant : « ne crains pas ». Il prend l’initiative de s’approcher et il fait un geste en envoyant un ange purifier les lèvres de l’homme pécheur. Isaîe est alors prêt à écouter l’envoi en mission : il sera messager, prophète d’une Bonne Nouvelle à ses frères, à son peuple et plus largement à toutes les nations.
Dans la 2nde lecture, il nous est rappelé que Dieu, en la personne du Christ Ressuscité s’est faut voir à Pierre, puis aux 12 ensuite à plus de 500 frères à la fois, puis à Jacques et aux autres apôtres, et en tout dernier lieu il est apparu à Paul, l’avorton, le persécuteur de l’Eglise. Sur le chemin de Damas Paul a pris conscience de son effroyable péché, il a été touché par la miséricorde de Jésus et de ses disciples qui lui ont pardonné. Enfin libre, à l’égard de la Loi, il est devenu le 1er grand disciple missionnaire, apôtre des nations, lui qui ne se jugeait pas digne d’être appelé apôtre. Ce qu’il était désormais, c’était par la grâce de Dieu qu’il l’était, et la grâce débordant en lui n’a pas été stérile.
Enfin Pierre, dans l’Evangile de cette pèche miraculeuse relatée par Saint Luc. Tout comme Isaïe il fait l’expérience d’une mise en présence soudaine de Dieu lui-même, non pas à travers une vision oculaire, mais par un miracle inexplicable pour le pécheur de poissons professionnel qu’il est. En réalité, il n’a fait que répondre à la parole de Jésus en qui il avait mis sa confiance depuis son 1er appel avec André, son frère. « Avance au large, et jetez les filets ». Ayant obéi, le miracle se produit suscitant l’effroi et la prise de conscience de l’écart qui le séparait de son Maître. « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ». Prise de conscience à la fois de la Sainteté de Dieu, seul capable d’opérer un tel miracle, et à la fois de son indignité par ce fossé entre lui et Jésus, qui pourrait le pousser au découragement et à la peur paralysante. Mais ici encore, Dieu n’en reste pas là, à cette réaction très humaine. Tout comme Isaïe avait vu le geste de l’ange venant lui toucher les lèvres pour le purifier, ici, Pierre entend la parole de réconfort de Jésus : « sois sans crainte, désormais, ce sont des hommes que tu prendras ».
Tous les deux, ils reçoivent une vocation au service du même projet de Dieu qui est le salut des hommes. Isaïe sera un messager, un prophète, Pierre sera un pécheur d’hommes, un sauveteur
Pierre ne répond pas à la parole d’envoi de Jésus. La simplicité de la fin du texte est impressionnante : « alors, ils ramenèrent les barques au rivage, et laissant tout, ils le suivirent ». Encore faut-il s’entendre sur le sens de cette suite du Seigneur. Les disciples ne se contentent pas de suivre leur maître pour seulement l’écouter. Ils seront associés à sa tâche comme collaborateurs, même si l’entreprise sera parfois vouée à l’échec, à vue humaine. Il faudra continuer à lancer les filets. C’est le mystère de la collaboration, de notre collaboration à l’œuvre de Dieu. Nous ne pouvons rien faire sans Dieu, mais Dieu ne veut rien faire sans nous.
Comme le dit si bien Saint Paul : c’est la grâce de Dieu qui fait tout. Ce que nous sommes, c’est par la grâce de Dieu que nous le sommes, et la grâce en nous n’a pas été stérile. La seule collaboration qui nous est demandée, si l’on y réfléchit, c’est la confiance et la disponibilité. Tout a commencé parce que Pierre a fait confiance : « sur ta parole… » Il fait confiance à Jésus, assez pour l’écouter, assez pour se risquer à une nouvelle tentative de pêche. Après le miracle, Pierre ne dit plus « Maître », mais « Seigneur », le nom même de Dieu et c’est aux pieds de son Seigneur qu’il se prosterne. Il est prêt à se risquer pour cette nouvelle forme de pêche que Jésus lui propose : « désormais, ce sont des hommes et non plus des poissons que tu vas pécher »
Frères et sœurs, la parole de Jésus doit résonner encore à nos oreilles : « avancez au large et jetez vos filets ». A notre tour de répondre sans crainte et surtout faisons lui confiance, pour que notre pêche soit aussi miraculeuse. Il suffit de croire en Lui.
AMEN