Samedi 11 juillet : solennité de la Saint-Benoît, horaires du dimanche (Laudes à 6h35, messe à 10h, Vigiles la veille au soir).

Homélies

Liste des Homélies

Homélie du 18 avril 2021 — 3e dim. de Pâques — Frère Damase
Cycle : Année B
Info :

Année B -- 3ème dimanche de Pâques - 18 Avril 2021

Actes 3, 13...19; 1Jean 2,1-5a; Luc 24, 35-48

Homélie du F.Damase

Texte :

La chose la plus surprenante dans cet Évangile, c'est la crainte dont sont saisis les onze Apôtres et leurs compagnons. Peu de temps auparavant, les disciples avaient rencontré Jésus sur le chemin d'Emmaüs et l'avaient reconnu dans la fraction du pain et ils étaient revenus raconter ces choses aux Apôtres. Ceux-ci avaient répondu : "C'est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité, et il est apparu à Simon". Avant cela il y avait eu le témoignage des femmes venues au tombeau le matin de Pâques. Donc tout le monde savait déjà que Jésus était bel et bien ressuscité.

Soudain, alors même qu'ils sont en train de parler ensemble de Jésus, celui-ci apparaît au milieu d'eux et leur dit tout simplement : "La paix soit avec vous." Et cela suffit pour qu'ils soient effrayés et remplis de crainte. Quelle est donc la source de cette crainte ?

-------------------

La raison de leur crainte est sans doute que Jésus présent au milieu d'eux est différent de l'image qu'ils se sont faite de lui, et dont ils continuent à parler. Or, le Ressuscité est toujours le même. « C’est bien moi » dit Jésus aux Apôtres ce matin !

--------------------

N'y a-t-il pas quelque chose de semblable qui se produit de nos jours dans nos pays occidentaux. Nous parlons de Jésus, comme les Apôtres faisaient entre eux. Peut-être oublions-nous trop facilement que Jésus est autre que toutes les images que nous nous faisons de Lui. Ces images peuvent avoir été utiles, à une certaine époque. Mais ces images ne sont plus une médiation efficace pour une très grande partie des hommes et des femmes de notre temps, qui ne rejettent pas le Christ, même lorsqu'ils ont abandonné la pratique sacramentelle et l'institution ecclésiale.

Il y aurait sans doute lieu d'être beaucoup moins sûrs de tout ce que nous avons à dire sur Jésus et de le laisser se rendre présent au milieu de nous de façon imprévue. Les mains et les pieds qu'il nous montre sont ceux de tous ses frères et sœurs blessés par la guerre et par les kilomètres parcourus lors des migrations. Par la bouche de tous les affamés de la terre, il nous dit et redit sans cesse : "Avez-vous de quoi manger ?".

----------------------

C'est ce que nous rappelle saint Jean dans la seconde lecture. Dire de Jésus "je le connais", sans observer le commandement d'amour qu'il nous a donné est un mensonge. Mais si nous observons ce commandement, c'est alors que son amour, c'est-à-dire son esprit, atteint en nous la perfection.

----------------------

L’Eglise nous parle beaucoup en ces jours de « Fraternité Universelle » à travers la querelle des vaccins, entre autres –

Il s’agit (nous dit le Pape François), de se défaire de ce faux rêve universaliste qui finit par priver le monde de sa variété colorée, de sa beauté et en définitive de son humanité. En effet, l’avenir ne sera pas monochromatique mais, est possible si nous avons le courage de le regarder dans la variété et la diversité de ce que chacun peut apporter.

Comme notre famille humaine a besoin d’apprendre à vivre ensemble dans l’harmonie et dans la Paix, sans que nous ayons besoin d’être tous pareils ».

Voilà ce à quoi nous invite le Pape François dans Fratelli Tutti (au n°100), ainsi que l’Evangile d’aujourd’hui !

550 mots

Homélie du 11 avril 2021 — 2e dim. de Pâques (de la Miséricorde) — Frère Vincent
Cycle : Année B
Info :

Année B - 2ème Dimanche de Pâques - 11-04-2021

Ac 4 32-35 ; 1Jn 5 1-6 ; Jean 20, 19-31

Homelie du F.Vincent

Texte :

L’évangile, aujourd'hui, nous rapporte deux manifestations de Jésus Ressuscité, à huit jours d'intervalle. Spontanément nous aurions tendance à concentrer notre attention sur la seconde apparition, celle faite à Thomas, parce que nous nous identifions souvent à lui, trouvant bien pratique d'avoir sous la main quelqu'un qui doute, quelqu'un qui a du mal à croire…. trouvant peut-être en lui une sorte de justification à nos propres manques de foi. Mais nos connivences avec Thomas ne doivent pas nous empêcher de lire le texte dans son entier.

Le passage que nous avons ce matin était, (avant que des disciples ajoutent plus tard le chapitre 21), la conclusion de l'évangile, et il se termine par cette expression très forte : "afin que vous croyez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et que par votre foi vous ayez la vie en son nom". Le même évangile de Jean commençait par : "Le Verbe était Dieu" et ce terminait donc par : "Jésus est le Fils de Dieu". L'évangile n'est pas un "biographie de Jésus" et encore moins un recueil de belles pensées ou un manuel de morale, l'évangile est un livre choc, écrit tout entier pour que nous recevions en pleine poitrine une révélation stupéfiante : "Je vais vous parler d'un homme, Jésus, qui a vécu il y a deux mille ans en Galilée! Eh bien, cet homme EST le Fils de Dieu, cet homme c’EST Dieu".

C'est ce que dit la dernière phrase entendue aujourd'hui : "Ces signes ont été écrit, c'est pour que vous croyez que Jésus est le Fils de Dieu".

Croire cela, c'est être chrétien. Il y a des millions d'hommes qui croient en Dieu, mais seuls les chrétiens ajoutent à cette foi une affirmation que les juifs et les musulmans n’acceptent pas : Dieu est Père, Fils et Esprit ; et le Fils s'est incarné en Jésus de Nazareth. Ceux qui ont fréquenté Jésus, ses disciples, ses apôtres, se doutaient bien de quelque chose, mais il a fallu la Résurrection pour qu'au nom de tous, Thomas jette ce cri d'amour et d'adoration : "Mon Seigneur et mon Dieu ! "

Mais ce livre, l’évangile, a aussi été écrit pour que "par votre foi vous ayez la vie en son nom". Mais quelle vie ? St Jean tout au long de son évangile nous a parlé de vie éternelle. Le mot est un peu trompeur, on pense à une vie sans fin. C'est vrai mais c'est très insuffisant pour bien voir de quelle vie il s'agit. Ne faut-il pas plutôt penser à un de ces noms de Dieu qu'aime bien certains de nos frères de la Réforme : l’Éternel. La vie qui nous est offerte, c'est la vie de l’Éternel, la vie même de Dieu. Notre foi va jusque-là.

Mais comment cette autre vie que St Jean appelle la vie éternelle se manifeste-t-elle très concrètement dans notre existence de tous les jours ? On peut remarquer chez les vrais croyants, et j’espère chez nous, une certaine manière de juger les gens, les actes, les événements, dans une lumière différente. On peut remarquer chez ces croyants, une espérance que rien ne peut abattre, une paix et une joie qui résistent aux inquiétudes, aux tristesses qui normalement devraient les accabler. C’est cette paix et cette joie que Jésus annonce à ses disciples, ce matin, quand il les retrouve. Mais le plus apparent peut-être, et aussi le plus attirant, c’est ce souci des autres, cette promptitude à rendre service, à s’engager; cette manière d’aimer sans se payer de mots. Ce dont nous parlait la première lecture… et aussi l’évangile du Jeudi Saint.

Cette vie, en un mot c’est la vie chrétienne, si l’on donne à ce mot un peu dévalorisé, toute sa force. une vie donnée par Dieu et nous reliant constamment à Lui ; celle qui faisait dire à St Paul : "pour moi vivre c’est le Christ !"

En ouvrant notre vie à Jésus-Christ, la foi y fait entrer les pensées de Jésus-Christ, ses jugements, sa force, sa manière d’aimer, tout ce que Jean exprime dans ce « comme » : vivre comme le Christ. « L’Évangile nous dit St Jean, a été écrit pour que par votre foi vous ayez la vie ». Croire ne sert à rien, si cela ne nous fait pas bouger. La pire malchance qui puisse arriver à l’Évangile, c’est qu’il soit lu sans que rien ne change dans la vie de celui qui le lit.

Nous devrions entendre cet affectueux reproche de Jésus : « À quoi te sert de croire en moi si tu ne fais pas ce que je te demande ? » Ce que nous dit l’évangile aujourd’hui, au-delà de l’épisode de Thomas, c’est que l’évangile ce n’est pas un livre, mais que l’Évangile, la Bonne Nouvelle, c’est Lui, Jésus.

Homélie du 04 avril 2021 — Dimanche de Pâques — Frère Basile
Cycle : Année B
Info :

Année B - Jour de Pâques - 4 avril 2021 -

Actes 10, 34a + 37-43 - Colossiens 3, 1-4 -Jean 20, 1-9

Homélie du F.Basile

Texte :

Pourquoi chercher le Vivant parmi les morts ? Pourquoi, Marie, t’es-tu levée si tôt pour aller au tombeau chercher celui que ton cœur aime ? On l’avait enlevé ! Pourquoi es-tu allée si vite prévenir Pierre et l’autre disciple, que son corps avait disparu ? Eux aussi sont venus en courant au tombeau le chercher parmi les morts.

Frères et sœurs, au cœur de notre vie chrétienne, il y a cette affirmation de foi bouleversante, incroyable : Il est ressuscité, Il est vivant !

Elle a retenti à Jérusalem au matin de Pâques, il y a près de 2000 ans ; et l’étonnant, c’est qu’elle retentit encore aujourd’hui comme un événement au cœur des communautés chrétiennes, chaque fois qu’elles célèbrent Pâques, chaque fois qu’un membre de plus est baptisé, plongé dans la mort et la résurrection du Christ, chaque fois qu’un frère ou une sœur a fait le grand passage.

Il est ressuscité, Il est vivant ! Quand nous disons cela, nous ne réalisons pas toujours ce qu’il y a derrière, ce que cela devrait transformer dans notre vie. C’est pourquoi il nous est bon de revenir à l’évangile, à celui de ce matin dans st Jean, à celui de cette nuit dans st Marc : « Il est ressuscité, il n’est pas ici ! »

Il faudra du temps, beaucoup de temps aux disciples pour se mettre cela dans la tête et dans le cœur. Vraiment ils n’y étaient pas préparés : ils n’avaient pas encore compris que, selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Cette lenteur à croire, cette résistance de l’esprit à adhérer au mystère du Christ ressuscité, toutes ces difficultés à le reconnaître vivant, qui nous sont rapportées par l’évangile, sont précieuses pour nous. Il faudra aux disciples du temps pour s’habituer à vivre avec un Vivant.

Alors qu’il fait encore nuit, Marie Madeleine s’est rendue au tombeau, elle voit la pierre enlevée ; devant le tombeau vide, elle est comme perdue, ne sachant plus que penser, comme cela arrive quand il prend à l’autre, à celui qu’on aime, de se révéler autre, différent… il n’est plus là où nous le cherchions, il ne se trouve plus là où notre désir l’avait mis une fois pour toutes. A entendre la plainte de Marie, l’urgent pour elle serait de ramener Jésus à sa place, au tombeau ; alors tout rentrerait dans l’ordre. Mais d’abord elle va prévenir Pierre et l’autre disciple. Ce dernier, à son arrivée au tombeau, a tout de suite compris : il voit, il voit les linges bien pliés dans le tombeau vide, il voit et il croit, tandis que Pierre reste perplexe. Marie, elle, est revenue, inconsolable, sa recherche continue, et c’est à elle que sera donné l’inattendu de Pâques. Elle verra le Vivant.

Un vivant, cela surprend toujours, c’est comme un enfant, et cela fatigue les parents. Nous, chrétiens, combien de fois voudrions-nous que Jésus soit un peu moins vivant, un peu moins imprévisible : qu’on sache où il est, une fois pour toutes, et surtout avec qui il est, et avec qui il n’est pas ; qu’on puisse le cerner avec nos formules de foi, qu’il reste le même et ne change pas. Nous oublions que c’est lui qui peut nous changer, parce qu’il est vivant, qui peut nous transformer, nous renouveler dans notre foi. Laissons le Vivant être vivant dans l’Eglise et aussi hors de l’Eglise ; ne l’enfermons pas parmi les morts, dans nos tombeaux, quels qu’ils soient.

Le tombeau est vide une fois pour toutes, il ne faut pas le chercher là.

La réponse est ailleurs : il est dans la communauté des frères, dans la joie de l’Evangile et dans le cœur des nouveaux baptisés, dans l’humble service des autres et la vie donnée sans compter, et bien sûr dans la rencontre personnelle avec le Christ Ressuscité.

Dans la période que nous traversons en ce moment, avec la pandémie qui touche le monde entier et la crise de l’Eglise, nos questions, nos interrogations sont grandes et nous en souffrons tous : où est-il, le Ressuscité ? Puissent notre foi pascale et l’Esprit Saint qui nous sont données aujourd’hui, nous éclairer et nous faire reconnaître le Vivant au milieu de nous, dans l’assemblée des frères qui célèbrent l’eucharistie.

Homélie du 03 avril 2021 — Veillée pascale — Père Abbé Luc
Cycle : Année B
Info :

VIGILE PASCALE 03.04.2021

Rm 6, 3-11 ; Mc 16, 1-7

Homélie du Père Abbé Luc

Texte :

Frères et sœurs,

Il n’est pas facile de prendre la parole après la profusion de mots entendus, d’images suggérées ou de gestes accomplis ! Faut-il dire quelque chose de plus ? Ou peut-être nous faut-il essayer, comme l’aurait volontiers proposé notre frère Matthieu, de faire avec tous les textes « un collier de perles », un petit collier ! Ces textes sont autant de perles en apparence disparates qui seront davantage mises en valeur par le collier. Quel collier peut les réunir ? Quel fil rouge peut les rassembler ? J’en vois un principal : celui de l’action souveraine de Dieu. En tous ces textes, depuis la Genèse jusqu’à l’évangile, en passant par les prophètes et la lettre aux Romains, est proclamé de manière forte que Dieu conduit profondément la destinée de notre monde vers son accomplissement dans le Christ ressuscité, prémice de notre propre résurrection.

A l’origine, c’est lui qui créé toute chose et qui les fait toutes bonnes, et même « très bonnes » lorsqu’il s’agit de l’être humain. Vers le Mont Moriah, Abraham part confiant dans l’espoir de revenir avec son fils, car il sait que « Dieu saura bien trouver un agneau pour l’holocauste ». Lors du passage de la Mer Rouge, les Egyptiens ont peur car ils reconnaissent avec inquiétude : « Fuyons devant Israël, car c’est le Seigneur qui combat pour eux contre nous ». Epoux de Jérusalem, Dieu qui l’avait abandonnée un court instant, et la ramène dans sa grande tendresse. Il est Celui dont la Parole ne revient sans avoir fait ce qui lui plait. Lui, la Source de la Sagesse, il a confié à Jacob son serviteur, les chemins du savoir. A la recherche de son peuple en exil, Dieu promet de le rassembler et de lui donner un cœur nouveau, et un esprit nouveau pour qu’il marche selon ses lois. Patiente action de Dieu envers son peuple qui culmine dans la mort et la résurrection du Christ. Au tombeau, il agit souverainement et les femmes n’ont rien à faire. La pierre est déjà roulée. Il n’y a plus de corps à embaumer. Jésus est ressuscité. Il précède ses disciples en Galilée. Et aujourd’hui ? Dieu continue d’agir lors du baptême de chaque personne qui est mise au tombeau avec Jésus pour en ressortir vivante d’une vie nouvelle, dans l’attente de sa propre résurrection.

Oui frères et Sœurs, Dieu agit dans notre monde. Si ses chemins ne sont pas nos chemins, notre foi nous fait reconnaitre en Jésus mort et ressuscité, le Chemin, la Vérité et la Vie. En renouvelant maintenant les promesses de notre baptême, et en recevant son Corps et son Sang, offrons-nous à son Esprit de Vie. Dieu fait de nous des instruments de son amour au service de son dessein pour notre histoire.

Homélie du 02 avril 2021 — Vendredi Saint — Père Abbé Luc
Cycle : Année B
Info :

VENDREDI SAINT 02.04.2021

Is 52, 13 - 53, 12; He 4, 14-16; 5, 7-9; Jn 18, 1 - 19, 42

homélie du Père Abbé Luc

Texte :

Du long récit de la passion que nous venons d’entendre, nous pourrions retenir deux paroles de Jésus : la première et la dernière. La première « Qui cherchez-vous ? » et « Tout est accompli » …. La question « qui cherchez-vous ? » nous invite à demeurer comme des chercheurs devant la grandeur de ce qui se joue en la passion de Jésus, comme d’ailleurs en toute mort -et nous ne pouvons oublier en ce jour notre frère Matthieu parti cette nuit-. Devant le récit de la passion, nous restons balbutiants, et impuissants à tout comprendre. L’identité de Jésus entrevue demeure en partie voilée, toujours offerte à notre quête. Il est ce roi d’une royauté si paradoxale ! Dans le même temps, la seconde parole « Tout est accompli » nous fait pressentir une plénitude de sens réalisée en cette mort injuste, et si peu banale. Accomplissement d’une vie donnée au service de l’annonce du Royaume, accomplissement des Ecritures, « le livre ouvert à coup de lance » pour reprendre la belle expression d’une hymne. Accomplissement que nous n’avons pas fini d’approcher car il s’agit de la destinée de toute l’humanité. Ce soir cependant, cette parole « tout est accompli » nous permet d’entrer avec plus d’assurance dans la célébration du rite toujours étonnant, de la vénération de la croix. Dans la lumière de la résurrection, nous pouvons confesser que ce morceau de bois infamant est la « croix bienheureuse qui a porté le salut du monde ». En signe de reconnaissance et de gratitude, nous nous prosternerons devant ce bois, devenu le lieu de la victoire de la Vie sur la mort.

Homélie du 01 avril 2021 — Jeudi Saint — Père Abbé Luc
Cycle : Année B
Info :

JEUDI SAINT - 01.04.2021

Ex 12, 1-8.11-14 ; 1 Co 11,23-26 ; Jn 13, 1-15

Homélie du Père Abbé Luc

Texte :

« Sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus ayant aimé les siens, les aima jusqu’au bout » …

« Jésus ayant aimé les siens… », cette expression, frères et sœurs, m’a rappelé une expression proche qu’on trouve au début de ce même évangile de Jean, dans le prologue : « Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde… Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu… ». Les siens qui ne reçoivent pas, les siens aimés jusqu’au bout… D’un côté, St Jean nous donne à contempler le Verbe qui était auprès de Dieu et qui est venu chez les siens, les hommes qu’il a créés, et de l’autre St Jean nous montre Jésus, à l’heure où il va vers son Père, prendre le tablier de serviteur pour laver les pieds des siens. Le rapprochement entre ces deux passages nous fait saisir la profonde unité de la mission du Verbe fait chair, le Fils sorti du Père. Venu chez les siens qui sont nés de son dessein créateur, il est venu les aimer et les aimer jusqu’au bout alors qu’il n’est pas bien reçu par eux… Lui qui « porte l’univers par sa parole puissante » (He 1, 3) se met aux pieds des hommes, « les siens », pour les laver, pour les restaurer dans leur dignité. Jésus s’abaisse. Avec ses mains, entre lesquelles « le Père a tout remis », il purifie les pieds, mais aussi les mains et la tête, finalement tout l’être humain. Geste symbolique qui unit Dieu à l’homme sorti de ses mains et l’homme à son Dieu qui le restaure aujourd’hui. Oui en cette célébration mémorial, il nous est proposé, d’entrer avec Pierre dans un lâcher prise, pour laisser Jésus réaliser aujourd’hui l’œuvre de purification qu’il a opéré hier pour l’humanité et qu’il veut poursuivre jusqu’à la fin des temps. Laissons-nous servir par lui et rassasier de son corps livré et de son sang versé, par lequel Jésus nous purifie du péché et du mal. Laissons-nous régénérer et fortifier. Durant les trois jours qui nous séparent de Pâques, nous est proposé de nous laisser transformer par l’Esprit agissant à travers la liturgie, les paroles, les gestes, les chants, le silence. Donnons du temps pour Dieu dans la prière, goûtons par la méditation ce grand mystère. Il contient une lumière profonde que les yeux de la foi nous donnent d’entrevoir, nous qui avons la grâce d’être comptés parmi les siens.

Geste symbolique de Jésus, mais aussi geste prophétique. Lorsque Jésus lave les pieds des disciples, il leur laisse un exemple. « Si moi, le Seigneur et le Maitre, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous lavez les pieds les uns aux autres ». Jésus pose le geste prophétique d’une humanité fraternelle. De proche en proche, celle-ci peut vivre non plus sur le registre de la domination du plus fort sur le faible, mais sous la loi du service où le fort se met aux pieds du plus faible. Humblement, Jésus conteste toutes les représentations spontanées que nous avons de nos relations humaines, envisagées en bonne part sur le mode de la comparaison et de la concurrence. Ses mains liées sur la croix seront le dernier acte de son geste contestataire que sa résurrection confirmera. Ce n’est pas la force qui aura le dernier mot, mais l’amour offert. Ce geste prophétique de Jésus est une bonne nouvelle pour notre monde autant que pour nous ses disciples. Notre monde n’est pas appelé à être un éternel champ de bataille et de compétition. Sa vraie finalité est de permettre à tous de trouver leur place, car chacun est aimé et a du prix aux yeux de Dieu. Le geste prophétique de Jésus, laissé à ses disciples et à son Eglise, agit comme un levier, comme un ferment pour notre monde, dans la mesure où nous acceptons d’entrer nous aussi dans le don de nous-mêmes. Rien de spectaculaire, rien de clinquant dans ce don. Pas même la recherche de la réussite, mais l’humble consentement à entrer ici et maintenant dans le service demandé. Laisser le geste prophétique de Jésus animer vraiment notre vie ne nous laissera jamais quitte. Le don de soi est toujours devant nous. Le jour, où nous estimons avoir assez donné, nous sommes déjà morts. Jusqu’à notre dernier souffle, comme Jésus sur la croix, nous sommes appelés à nous donner, et d’une manière qui nous échappera toujours en bonne partie. Se donner ne se mesure pas aux efforts déployés ou à l’envergure de l’énergie dépensée, autrement les plus faibles, les malades ou les personnes âgées seraient disqualifiées. Non le don auquel appelle Jésus, est d’abord affaire d’attention du cœur, de disponibilité, et d’oubli de soi vécus aussi bien dans la vigueur de l’action que dans l’offrande obscure ou dans la prière cachée.

En rendant grâce ce soir pour le don parfait de Jésus, qui nous ouvre le chemin de la vraie vie, dès aujourd’hui et pour l’éternité, laissons Jésus nous sauver de nos égoïsmes et nous apprendre le don de nous-même.

Homélie du 28 mars 2021 — Dimanche des Rameaux — Père Abbé Luc
Cycle : Année B
Info :

RAMEAUX - 28.03.2021

Is 50, 4-7 ; Ph 2, 6-11 ; Mc 14,1 – 15, 47

Homélie du Père Abbé Luc

Texte :

Frères et Sœurs

Chaque année, lorsque nous entendons ce récit de la passion du Seigneur Jésus, sont offertes à notre contemplation la face sombre et la face lumineuse de notre humanité. La face sombre des lâchetés des disciples, la face sombre de la cruauté des soldats qui se moquent, frappent, la face sombre des pouvoirs en place qui ne peuvent se remettre en cause. Et sur le visage défiguré de Jésus, silencieux, abandonné de tous, seul dans la tourmente apparait la face lumineuse de notre humanité. Rien d’attirant, rien de séduisant…Sur ce visage cependant brille beaucoup de dignité, la dignité d’un homme debout qui ne donne pas prise à la haine, ni même à l’indignation. « Je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient ». Comme une éponge, Jésus absorbe le mal qui se rue sur lui. Il l’absorbe et le transforme en amour. Il prend sur lui le mal et le péché sous toutes leurs formes pour en délivrer ceux qui les commettent. Sa confiance est ancrée en son Père qui l’a envoyé. « Le Seigneur vient à mon secours. Je sais que je ne serai pas confondu »…

Frères et sœurs, tout au long de cette semaine sainte, contemplons Jésus. Il nous sauve du péché qui nous défigure. Apprenons de lui et recevons de Lui notre vrai visage humain.

Homélie du 21 mars 2021 — 5e dim. du Carême — Frère Guillaume
Cycle : Année B
Info :

Année B - Carême 5° Dimanche - 21-03-2021

Jér 31,31-34 ; Hébr 5,7-9 ; Jean 12,20-33

Homélie du F.Guillaume

Texte :

Frères et sœurs

Le IV° évangile, à la différence des 3 premiers, ne comporte pas de récits de la Transfiguration de Jésus sur une montagne. Mais le passage que nous venons d’entendre présente bien des rapprochements avec cet épisode important de la vie du Christ. Ici et là il est question de « voir Jésus », soit à Jérusalem sur le Mont Sion, soit en Galilée sur le Mont Thabor, et il est aussi question de manifestation de sa Gloire. Une Gloire indissociablement liée à sa Passion. Dans les différents cas, il est fait mention d’une voix venue du Ciel, la voix du Père qui se fait entendre à des témoins effrayés qui ne comprennent pas le sens des paroles : « la foule disait que c’était un coup de tonnerre, d’autres que c’était un ange qui parlait ». Jésus, lui, affirme que sa mort est prochaine et que son heure est venue, où son Père sera glorifié avec lui. Heure du salut, salut universel : « Père, Glorifie ton Nom ; quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ».

Revenons sur ces différents aspects de notre évangile « Voir Jésus ». C’est le désir de ces païens, grecs, qui montent à Jérusalem pour adorer Dieu, à l’occasion de la fête de Pâques. Ils s’adressent à Philippe, un des disciples qui parle le grec, lequel va le dire à André, l’un des 3 apôtres témoins de la Transfiguration. Voir Jésus : mais pour l’évangéliste Saint Jean, voir implique davantage que simplement apercevoir. En réalité, ces païens désirent rencontrer Jésus, s’entretenir avec lui. Le voir sous-entend et indique déjà la réalité d’une certaine foi en lui. Le type parfait du croyant pour le IV° évangile, c’est le disciple préféré qui entre au matin de Pâques dans le tombeau vide à la suite de Pierre. Il vit et il crut. De même, dans les derniers entretiens de Jésus avec ses disciples avant la Passion, le même Philippe interroge son maître : « Montre nous le Père et cela nous suffit » et Jésus de répondre « comment me poses-tu encore cette question, Philippe, depuis le temps que je suis avec toi. N’as-tu pas compris : qui m’a vu, a vu le Père ? » Nous pourrions rapprocher ces païens grecs, pèlerins de Jérusalem, de la Reine de Saba venant écouter la Sagesse de Salomon, dans le livre des Rois, ou de cet eunuque d’Ethiopie dans les Actes des Apôtres qui se laisse évangéliser et baptiser par Philippe, après Pâques. Ou encore de ces mages d’Orient venant à Bethléem adorer le Roi des juifs. Tous, ils symbolisent l’ouverture du salut universel. Dieu ne réserve pas son Amour et sa Grâce au seul peuple d’Israël, ou aux seuls disciples du Christ. Jésus lui-même le dit bien à la fin de notre passage : « quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ».

Cette page d’évangile précède immédiatement les récits de la Passion et de la Résurrection. Elle présente les conditions d’entrée dans le salut universel. Pour cela, Jésus emprunte une parabole simple : celle du grain jeté en terre, qui doit mourir, afin de porter un fruit abondant. Image saisissante du chemin tout paradoxal que doit suivre le disciple, à l’exemple de son Maître. L’accès à la Gloire de Dieu, à la Vie Eternelle, au Ciel, doit passer par l’humiliation de la Croix, par l’endurance de la souffrance et de la mort, sur terre.

Saint Irénée a eu cette formule célèbre, reprise par toute la Tradition chrétienne : « la Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vraie vie de l’homme, c’est la contemplation de Dieu ». En méditant cet évangile on pourrait dire aussi : « la Gloire de Dieu, c’est le Fils de l’Homme mourant par amour pour nous sur la Croix. Et la vraie vie du Christ, c’est d’attirer tout homme à la contemplation du Père, à la Vie Eternelle ».

La Gloire et la Croix sont donc intimement liées dans l’annonce du salut, dans l’amour du Christ pour tout homme. Elles doivent l’être aussi pour chacun de nous, dans nos existences personnelles. C’est l’amour reçu, et c’est l’amour donné qui en sont les clés. « Il n’y a pas de plus grand amour que l’amour de celui qui donne sa vie pour ceux qu’il aime ».

Dimanche prochain, nous entrerons avec la fête des Rameaux dans la Grande Semaine Sainte. Aujourd’hui, en ce 5ème dimanche de Carême, dimanche de la Passion, Jésus annonce que son Heure est arrivée : l’Heure de passer de ce monde à son Père. L’heure est venue pour le Fils de l’Homme d’être glorifié et de glorifier : Père, glorifie ton Nom !

La parabole du grain de blé jeté en terre, qui doit mourir pour reprendre vie et porter du fruit devient alors un étonnant symbole de la vie pascale de tout chrétien qui doit choisir entre une vie stérile, ou une vie féconde. Et ce n’est jamais sans douleurs. Que de petites morts à soi-même pour aimer vraiment l’Autre, les autres ! « Celui qui aime sa vie la perd : celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle ».

Mais quelle joie intérieure dont témoignent tous les saints et les vrais amis de Dieu, car ils font l’expérience d’une secrète complicité avec le Christ. C’est lorsque l’on se donne vraiment avec amour que l’on ressemble le plus à Lui.

A la suite de cet évangile, entrons alors maintenant dans la grande prière eucharistique de Jésus à son Père, que l’Eglise fait sienne d’âge en âge, dans sa liturgie et qui proclame Sa Gloire : « Père Très Saint, vraiment il est bon de te rendre grâce, il est juste et bon de te glorifier. Car tu es le seul Dieu, le Dieu vivant et vrai : tu étais avant tous les siècles, tu demeures éternellement lumière au-delà de toute lumière » AMEN

Homélie du 19 mars 2021 — Saint Joseph — Frère Guillaume
Cycle : Année B
Info :

St Joseph 19 mars 2021

2 Sam 7 4-16 ; Rom 4 13-22 ; Mt 1 16-24 ;

Homélie de F.Guillaume –

Texte :

On a souvent mis en parallèle les deux annonciations de la naissance du Sauveur. L’une à la Vierge Marie dans l’évangile de Luc et l’autre à Joseph dans l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre.

Dans les deux cas, c’est un ange du Seigneur qui vient au-devant d’une femme, d’un homme, pour révéler le projet d’incarnation de Dieu sur la terre.

Pour Marie, l’ange a un nom : Gabriel, et il a un échange de parole bien réel dans une pleine conscience, dans une maison de Nazareth.

Pour Joseph, il est sans nom, et il apparait en songe. Il n’y a pas de dialogue. Joseph à la différence de Marie ne dit pas un mot. Cela semble secret.

Dans les deux cas, le nom de l’enfant est désigné par l’ange : Emmanuel (c’est-à-dire Dieu avec nous), et Jésus (c’est-à-dire le Seigneur sauve).

Sans comprendre vraiment ce qui leur arrive, Marie et Joseph font confiance à la Parole de l’ange. Ils donnent leur consentement, en dépassant leur crainte. « Sois sans crainte, Marie tu as trouvé grâce auprès de Dieu ». « Ne crains pas Joseph, de prendre chez toi ton épouse ».

Ils s’abandonnent l’un et l’autre à l’action du Saint Esprit qui couvre la Vierge de son ombre et qui assure à Joseph que l’enfant engendré en Marie vient de Lui, l’Esprit Saint.

Ces deux annonciations extraordinaires nous apprennent quelque chose de la manière dont Dieu appelle par grâce ceux qu’il a choisi. Elles nous renvoient chacun, chacune à l’expérience de notre vocation, au mystère de notre vie et de notre relation à Dieu. Au mystère aussi de notre liberté. Bref elles engagent notre foi au Christ, fils de Dieu, fils de Marie, fils de Joseph.

En cette Eucharistie, soutenu par la prière de Joseph, demandons à Dieu pour son Eglise et pour nous-mêmes de garder les mystères du Salut et de veiller sur leur achèvement.

Homélie du 14 mars 2021 — 4e dim. du Carême — Frère Antoine
Cycle : Année B
Info :

4ème Dimanche de carême. Année B. 14 Mars 2021

2 Ch 36.14-16.19-23. Ps 136. Ep 2,4-10. Jn 3.14-21

Homélie Fr. Antoine

Texte :

Frères et Sœurs, la mi-carême est un temps fort de réorientation de notre vie chrétienne et l'évangile d'aujourd'hui, nous dit une seule chose: notre devenir est d'aller vers la lumière, c'est orienter toute notre vie vers cette lumière qui est le Christ lui-même......Et aller vers le Christ nous propose deux défis :

le défi de la Foi, le défi de faire la vérité

Le défi de la foi est de croire ...verbe utilisé à 5 reprises par Jean, croire que le fils de l'homme annoncé par le prophète Daniel, est Jésus, en qui Dieu vit la condition humaine jusqu'à faire l'expérience ...de la déchéance et de la mort.

Le défi de la foi c'est de croire en cet immense amour de Dieu pour chacun d'entre nous, c'est de croire en son appel à vivre sous son regard et dans l'amour. Nous sommes dans une société qui est celle d'un nouvel athéisme, l'athéisme de l'indifférence par rapport à Dieu et au religieux, cette société ne peut ni comprendre ni accepter qu'un Dieu qui se proclame un Dieu d'amour permette tant de souffrances, tant d'injustices dans le monde, c'est pourquoi, à la suite de Jean, nous sommes incités à faire nôtre que le Fils de

l'homme élevé sur la croix est le témoignage incontestable de l'engagement personnel de

Dieu dans la longue histoire des épreuves humaines ...et c'est parce qu'il a tant aimé le monde qu'il a donné son fils unique et- précise l'Evangile -afin qu'aucun d'entre nous ne se perde ,mais obtienne la vie éternelle, cette vie qui nous ouvre à la connaissance du mystère de la volonté de Dieu.

Le deuxième défi est celui de faire la vérité. St Paul dans la 2ème lecture nous dit que nous avons été créés en vue de la réalisation d'œuvres bonnes qui d'avance nous ont été préparées pour que nous les pratiquions. Dans l'Evg, St Jean nous invite à faire la vérité qui conduit à la lumière, car pour lui,... faire la vérité signifie ...accomplir la volonté de Dieu ... et ainsi échapper au jugement et il insiste sur le fait que ...Celui qui fait la vérité vient à la lumière afin qu'il soit manifeste... que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.

Pour St Jean, Le Christ est la lumière qui est venue dans le monde et nous sommes tous invités à lever nos yeux vers le Christ sauveur pendant ce temps du carême, et à le prier intensément pour notre monde en souffrance

Le Pape François, au cours de la messe du mercredi des cendres a exhorté les fidèles à ce voyage de retour à Dieu qu'est le carême... un voyage qui implique toute notre vie... qui conditionne tout notre être... Certes, nous aurons toujours beaucoup de choses à faire, dit-il, des excuses à présenter... mais aujourd'hui, c'est le temps de revenir à Dieu...de retourner à nos sources car Le carême n'est pas uniquement une collecte de bonnes actions il est aussi, il est surtout, le temps privilégié de discerner vers où est orienté notre cœur.

536 mots