Homélies
Liste des Homélies
20e Dimanche du Temps ordinaire, année A
16 août 2026
Is 56, 1.6-7 – Ps 66 – Rm 11, 13-15.29-32 – Mt 15, 21-28
Frères et sœurs,
En ce dimanche, les lectures qui nous sont présentées par la liturgie de l’Eglise manifestent une forte cohérence. Cohérence qui peut ébranler certaines de nos certitudes ou de nos façons de nous situer, mais c’est le rôle de la Parole de Dieu de ne pas nous laisser nous enfermer dans ce que nous croyons être définitif.
La première lecture date du retour à Jérusalem des Juifs qui avaient été exilés à Babylone au 6e siècle avant le Christ. Le rayonnement de la religion juive est assez important et de nombreux païens sont attirés par la religion du Dieu d’Israël. Pour résister à l’épreuve de l’exil et à celle du retour à Jérusalem, le peuple élu s’est en effet forgé une identité très forte. Ainsi, la religion juive ne s’est pas diluée dans celles des nations païennes mais s’est, au contraire, restructurée autour de la Parole de Dieu notamment. Et parmi les livres saints, il y a les livres prophétiques dont celui d’Isaïe, notre première lecture.
Le passage que nous avons lu aujourd’hui marque un tournant important dans la théologie juive. Alors qu’il y avait une conscience très forte d’une élection exclusive du peuple juif par Dieu, voici que le prophète proclame que les étrangers qui se sont attachés au Seigneur et tiennent ferme à son Alliance seront assurés de pouvoir entrer dans le Temple, destiné à devenir une Maison de prière pour tous les peuples. Nous est annoncé là l’universalisme de la religion d’Israël qui n’est pas réservée au seul peuple juif. À une époque où ce peuple est assez jaloux de ce statut de peuple élu, cette proclamation a pu faire grincer des dents.
Saint Paul se situe dans une ligne assez semblable. Dans ses voyages missionnaires, il s’est toujours, adressé en premier lieu aux communautés juives. Mais devant leur refus de la Bonne nouvelle, il s’est tourné vers les païens, espérant que la conversion de ces derniers entraînerait celle du peuple élu. Il espère une conversion globale de tout le peuple juif qui le ferait accéder à la vie avec le Christ, car il est sûr de l’amour miséricordieux du Seigneur pour tous. Mais le jour et le mode de réintégration d’Israël demeure cependant pour Paul le mystère de Dieu et nous en sommes encore là aujourd’hui.
Quant à l’évangile, il nous rappelle que le Christ, dans son ministère en Palestine, s’est d’abord adressé aux « brebis perdues de la maison d’Israël », donc aux Juifs. Mais après sa résurrection et son retour auprès du Père, une question va surgir dans les communautés chrétiennes d’origine juive dont celle de Matthieu. Faut-il accepter les païens dans l’Église ? Matthieu, avec le récit de ce jour, tente de répondre à cette question sans doute brûlante à l’époque. Si le Christ s’est laissé toucher par la foi d’une païenne qui ne s’est pas découragée devant un premier refus, les portes de l’Église ne doivent-elles pas s’ouvrir devant la foi des païens ?
Frères et sœurs, vous le savez, aujourd’hui, dans les pays sécularisés d’Occident, un nombre non négligeable de personnes frappent à la porte de l’Église, des Églises. Ils ont souvent fait une expérience de foi bouleversante et cherchent où vivre cette relation au Christ qui a fait irruption dans leur vie.
Les communautés anciennes, nous pour la plupart, pouvons être parfois déroutées. Nous faisons l’expérience de la grâce de Dieu qui touche des gens qui ne correspondent pas du tout aux critères habituels du croyant. Nous nous trouvons donc devant des défis qui ont un air de déjà vu dans la Bible. Quelle sera notre attitude ?
Nous pouvons être tentés par le refus, et le Christ l’a été lui-même, mais devant l’expérience de foi vécue par les catéchumènes, néophytes et recommençants d’aujourd’hui, n’y a-t’il pas à méditer, à s’inspirer de l’attitude de ces grands piliers de notre foi que sont Isaïe, Paul et le Christ ?
La foi chrétienne a connu ce tournant d’accomplir une ouverture à l’universel déjà contenue dans les écrits de l’Ancien Testament mais finalement peu entendue. Il faudra la rencontre assez massive avec les chrétiens venus du paganisme pour faire bouger les lignes. Aujourd’hui, il semble se passer quelque chose qui peut nous déstabiliser. Quelle sera notre réaction devant les questions, parfois très complexes, qui se posent ?
Il me semble nécessaire de nous investir dans l’accueil et l’accompagnement de ces nouveaux-venus, mais aussi de nous laisser enseigner, par eux, par leur expérience de foi qui peut être différente de la nôtre, tout en discernant également l’action authentique de l’Esprit Saint.
Demandons à ce même Esprit Saint de nous éclairer, et mettons-nous en route pour accueillir ces nouvelles demandes. Même dans les monastères, elles se présentent désormais et il est de notre responsabilité de croyants de chercher, dans l’Esprit, à y répondre selon la volonté de Dieu. Qu’il nous vienne en aide dans cette aventure pas banale qui s’ouvre devant nous.
AMEN
Frère Jean-Louis
ASSOMPTION
15 août 2026
Ap 11,19a, 12, 1-6a.10ab ; 1 Co 15, 20-27a ; Lc 1, 39-56
Frères et soeurs,
Lorsque nous reprenons aujourd’hui le cri d’Élisabeth : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » nous lui donnons une plénitude de sens à laquelle la vieille cousine n’avait pas songé. Élisabeth s’émerveillait d’accueillir la Mère de son Seigneur, la Mère du Messie. Nous nous émerveillons en chantant Marie, aujourd’hui présente dans la gloire de son Fils. Elisabeth s’émerveillait de ce que Marie ait fait confiance à la parole qui lui a été dite pour laisser se déployer le mystère d’une vie à naitre. Nous nous émerveillons de ce qu’en Marie la parole entendue à l’annonciation porte aujourd’hui tout son fruit : non seulement son corps a accueilli le Verbe, mais il est aujourd’hui pris dans la gloire de son Fils, le Christ Ressuscité. Oui, en Marie, la Parole s’accomplit pleinement : en elle l’humanité a accueilli le Fils de Dieu venu nous sauver, en elle aujourd’hui l’humanité est accueillie et glorifiée par le Fils de Dieu.
Derrière moi, la décoration réalisée par notre f. Ambroise, avec un peu de peine me disait-il, car la fleuriste était en vacances, nous offre une belle image de ce grand mouvement de l’accomplissement de la Parole en Marie. Entre Marie et la croix de Jésus, il y a ces grandes branches de hêtres. Elles forment comme un grand dais qui enveloppe Marie et la Croix. Le vert du feuillage fait signe d’un foisonnement de vie. On peut y reconnaître dans la foi, comme la vie divine, ce grand mouvement de vie qui a circulé entre la Mère et le Fils, et entre le Fils et la Mère. Depuis l’Annonciation, Marie fut couverte par l’ombre de l’Esprit. Conduite par Lui, elle met au monde Jésus son Fils. Elle l’élèvera, puis le suivra sans toujours comprendre ce prophète insaisissable qu’il est devenu. Et elle sera au pied de la Croix sur laquelle son Fils disperse les superbes et élève les humbles, par le pardon offert. Là, elle se verra investie d’une nouvelle maternité auprès des disciples : Femme, voici ton fils. Avec la résurrection de Jésus, le mouvement de vie reflue depuis la Croix signe de victoire vers Marie, et à travers elle vers l’humanité. Avec toute l’Église naissante, au milieu des disciples en prière, d’une nouvelle manière, Marie est prise sous l’ombre de l’Esprit. Elle partage alors avec les amis de son Fils Ressuscité, le déploiement joyeux de la Vie nouvelle dont ils sont les porteurs et les annonciateurs. Et au terme de sa vie terrestre, le foisonnement de vie qui reflue vers elle va la prendre délicatement, toute entière dans la gloire de Dieu, avec son âme et son corps.
Et nous frères et sœurs qui contemplons ce mystère, que retenir pour notre vie d’aujourd’hui ? Tout d’abord, en Eglise, nous pouvons nous réjouir, prendre vraiment au sérieux la joie que porte ce mystère qui désormais nous concerne. Oui, nous sommes heureux nous aussi de croire en l’accomplissement des paroles qui furent dites à Marie et qui nous sont adressées. Nous voici pris sous ce grand dais de vie avec Marie. Comme nous le chanterons dans la préface : Marie est le commencement et l’image de ce que deviendra ton Église en sa plénitude ». C’est là notre foi et notre espérance pour demain. Mais ce demain est déjà à l’oeuvre aujourd’hui. La Parole entendue ensemble et par chacun dans l’intime de son coeur veut ouvrir dès maintenant des chemins de vie. Dans notre quotidien le plus simple et habituel, le Christ ressuscité veut nous offrir sa Vie en abondance. Il nous revient sous la conduite de l’Esprit de le laisser faire, avec Marie de nous mettre en chemin avec joie pour accomplir ce qu’il nous revient de faire aujourd’hui. Et lorsque l’épreuve est là, la tentation peut-être, la souffrance, laissons la Parole méditée nous éclairer et l’Eucharistie nous fortifier. Tournons-nous vers Marie qui est proche, elle qui prie pour nous pauvre pécheur. Elle nous montre le chemin de son Fils qui continue de relever son peuple.
Frère Luc
19e dimanche du Temps Ordinaire, année A
9 août 2026
1 R 19, 9a.11-13a ; Rm 9, 1-5 ; Mt 14, 22-33
Le prophète Elie est connu pour être une figure éminente de la théophanie, c’est-à-dire de la manifestation extraordinaire de Dieu. Il est même davantage connu sous cet angle. Il sait de par son expérience personnelle et l’expérience du peuple d’Israël, surtout à travers Moïse, que le Seigneur peut se manifester de manière extraordinaire. La montagne de l’Horeb dont il est question dans la première lecture est la même que le mont Sinaï, mais désignée différemment selon les traditions qui ont écrit la Bible. Sur cette montagne du Sinaï, qui est donc aussi le mont Horeb, Dieu s’est manifesté exactement à travers les mêmes signes extraordinaires dans lesquels il n’est pas dans l’expérience d’Elie d’aujourd’hui. Lui-même, a fait descendre trois fois le feu, a fermé le ciel à la pluie pendant trois ans environ, et il a fait revenir la pluie, etc. Mais il me semble que l’une des plus fondamentales intuitions que Elie a eues et qui est manifeste dans la première lecture, c’est de n’avoir pas cédé à ce que j’appellerais « l’euphorie circonstancielle ». C’est-à-dire qu’il ne s’est pas laissé déterminer par les premières circonstances, mais plus généralement par les circonstances en elles-mêmes. Contrairement à d’autres fois, son expérience d’aujourd’hui lui a fait percevoir la présence de Dieu à travers le murmure d’une brise légère. Toutefois, mon propos fondamental d’AUJOURD’HUI ne sera pas d’affirmer à, priori la supériorité d’expérience de la brise légère sur les théophanies. Il ne s’agit pas d’opposer la puissance en Dieu et le silence en Dieu, l’extraordinaire de Dieu et l’ordinaire de Dieu, en s’enfermant soit dans l’un soit dans l’autre. Car selon Job 33, 14 « Dieu parle (ou agit) tantôt d’une manière, tantôt d’une autre ».
Dans l’expérience d’Elie, ce qui est fondamental, est exprimé par le première verset du psaume responsorial : « j’écoute : (préciser la ponctuation des « : » ……Que dira le Seigneur Dieu ». Ma lecture préparatoire de ce psaume a été fortement marqué par cette ponctuation. Ces (:) marquent qu’il y a une suite, une suite intimement liée à ce qu’on écoute, et on s’y attend. Mais avant cette suite, ces « : » indiquent aussi une pause, une vraie pause, mais une pause mystique. Une pause qui est tension vers. C’est une pause qui est attente. Attente de quoi ? « Que dira le Seigneur Dieu ? » De fait, au-delà de toutes nos circonstances, qu’elles soient apparemment positives ou apparemment négatives, il est hautement nécessaire que nous nous disposions de vrais espaces d’écoute, non pas des circonstances seulement, mais surtout du Dieu des circonstances. Celui qui est au-delà des circonstances. C’est cette écoute, qui nous permettra de discerner la voix et la présence de Dieu, au-delà de ce qui se présente immédiatement à nous. Ce fut l’expérience d’Elie.
Mais si Elie a pu écouter réellement Dieu et s’attendre à lui, ce ne fut pas la première expérience de l’apôtre Pierre qui avait commencé à se laisser déterminer par les évènements. La force du vent l’a immédiatement informé qu’il allait se noyer et il y a cru et nous savons la suite. Il cesse d’écouter Jésus, La Parole, pour n’écouter que la force du vent. Frères et Sœurs, combien sommes-nous à être déterminés essentiellement par ce que nous entendons, nous voyons, nous vivons, par ce que nous sentons immédiatement. Combien sommes-nous à vivre des situations qui nous informent que notre mariage va couler, que notre emploi va couler, que la communion entre nos enfants va couler, que notre ministère va couler, que notre réputation va couler, que notre Eglise va couler, etc. Alors peut-être que nous avons à laisser résonner en nous, ce psaume 84(85), « j’écoute : que dira le Seigneur Dieu », le Seigneur des situations. En écho à tout cela, je peux réentendre le Jésus de saint Marc dire en Mc.4, 24 « Prenez garde à ce que vous entendez… » et Saint Paul en Rom.10, 17 « la foi vient de ce qu’on entend ». Alors, je nous pose la question à vous et à moi : à quoi prêtons-nous l’oreille ? nos problèmes, nos désespoirs, nos déceptions, ou bien plus à Celui qui peut marcher sur la mer ? la mer, symbole de nos situations périlleuses. Et la Parole de Dieu nous rassure, Celui-là, qui marche sur la mer, n’est pas un fantôme. Il n’est pas un fantôme de sauveur, et d’espérance c’est-à-dire une sorte de consolation imaginaire ou une projection psychologique, ni une idée sans puissance réelle, comme certains le croient. Celui, qui a sauvé Pierre était quelqu’un de réel, de concret, et le salut dont celui-ci a bénéficié était concret, parce qu’il s’est souvenu du Maître des circonstances.
Nous aussi, souvenons-nous du Maître de nos vies, en nous créant des espaces d’écoute. Elie s’est créé un tel espace en allant sur une montagne. Jésus s’est créé cet espace en allant aussi sur une montagne à l’écart. Le verset 23, nous dit « le soir venu, il était là, seul. » Et je pourrai ajouter, « enfin ». À travers ce verset 23, Je peux aussi entendre, monsieur l’abbé Jésus, souffler après une journée pastorale bien pleine. Je peux entendre Mr. et Mme Jésus, souffler après une journée de travail et familiale bien pleine. Je peux entendre chacun de nous, se réjouir d’un tel moment de solitude ; non pas une solitude en tant que lassitude ou fuite du monde. C’est plutôt une solitude en tant que moyen de rencontre et d’écoute de Celui qui peut donner du sens à tous les sens que peut prendre notre vie. Cette solitude d’écoute doit faire partie intégrante de notre existence. Je peux donc comprendre pourquoi St Matthieu dit que Jésus obligea ses disciples à le précéder sur l’autre rive. De fait, cette obligation était d’abord envers lui-même, il s’oblige à trouver du temps de solitude, en disciplinant ces occupations. Venir de temps en temps, dans le contexte monastique de la Pierre-Qui-Vire, est un excellent projet. Mais nous efforcer à créer des espaces de silence dans notre quotidien, est encore mieux. AMEN.
Père Ettien Fossou
17ème dimanche Temps Ordinaire, année A
26 juillet 2026
1 Rois 3,7-12 ; Rom. 8,28-30 ; Matth. 13,44-52
Frères et sœurs,
Dans le passage d’Evangile que nous venons d’entendre, un mot revient par 2 fois au début et à la fin : celui de « trésor », associé au Royaume des Cieux.
« le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ». « Tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien ».
En quoi consiste ce trésor ? Cette image de parabole retenue par Jésus pour son enseignement sur le Royaume nous rejoint-elle encore ? où serait ce trésor alors ? et le cherchons-nous d’une manière ou d’une autre ?
A son 1er niveau de sens un trésor renvoie à une réalité matérielle : argent, objets précieux, terres rares, placements financiers déposés dans des banques, On pourrait aussi évoquer les trésors des cathédrales ou des Templiers, les départements du Trésor dans les ministères d’économie de certains pays comme aux USA ou en France. Les exemples ne manquent pas. Ces réalités matérielles ne sont pas mauvaises en elles-mêmes. C’est le rapport que l’on entretient avec elles qui peut le devenir, quand il y a un désir immodéré et exclusif de les posséder et de les accumuler égoïstement au détriment d’un équitable partage, et de la distribution de ce qui pourrait représenter un bien commun.
Jésus ne parait pas désapprouver l’attitude de cet homme chanceux qui fait preuve d’habileté en se séparant de ses actuelles richesses pour en acquérir une plus précieuse et mieux valorisée. De même le scribe devenu disciple est habile en tirant de son trésor du neuf et de l’ancien. Jésus nous surprend toujours dans son enseignement. Il loue un gérant malhonnête qui se fait de l’argent sur le dos de son maître. Mais il a tout aussi bien des paroles fortes contre ceux qui ne pensent qu’à accumuler : « ne vous amassez pas de trésors sur la terre, là où les mites et les vers font tout disparaître, mais amassez-vous des trésors dans le ciel. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ».
On passe alors à un nouveau niveau de sens du mot « trésor ». Il se situerait sur le registre des relations humaines, affectives, bref sur le plan du cœur. Il n’est pas rare que des amoureux se désignent comme « mon chéri », « mon trésor » ou que des parents appellent leurs enfants ou leurs bébés « mon trésor » Il nous est bon de repérer ces relations qui nous enrichissent sur un plan humain. Elles sont de véritables trésors à rechercher et à conserver. Mais attention là encore Jésus prévient ses disciples si ces attachements sont exclusifs et trop possessifs et s’ils empêchent l’appel à le suivre, et par suite l’accès au Royaume : « si quelqu’un préfère son père, sa mère, son frère, sa sœur, il n’est pas digne de moi ».
Un dernier niveau de sens peut être enfin donné au mot trésor, sur un plan spirituel. Ce serait de l’associer à la Sagesse, plus désirable que l’or, l’argent, ou les plus belles perles de la mer. « la Sagesse où la trouver, l’intelligence où trouver sa demeure ? Et la Bible nous répond : « la connaissance du Seigneur, voilà la Sagesse, s’écarter du mal, voilà l’intelligence »
C’est ce trésor que recherchait le jeune roi Salomon, dans la prière entendue en 1ère lecture. Il ne demandait pas les biens matériels, la réussite dans les relations avec ses semblables pour les dominer et recevoir d’eux le pouvoir, l’honneur et la Gloire. Il se tourne vers Dieu en lui demandant les dons de discernement et de conseil afin de gouverner et servir au mieux son peuple, en rendant des jugements conformes à la volonté divine. Certains de ces jugements resteront célèbres, mais hélas en ses vieux jours le roi Salomon sera entraîné par la séduction de femmes étrangères et il perdra cette sagesse, reçu en sa jeunesse.
Saint Paul lui aussi avait recherché la sagesse comme un trésor, dans l’observance scrupuleuse de la Loi de Moïse. Il pensait ainsi acquérir son salut, jusqu’au jour où il fit la rencontre bouleversante de Jésus, sur le chemin de Damas, qui allait transformer sa vie. Découverte d’un trésor caché dans le vase d’argile sacré de son cœur. « A cause de Jésus, j’ai tout perdu et je considère tous mes biens acquis comme des ordures, afin de le gagner, lui, le Christ, et d’être trouvé en lui avec une justice qui vient de la foi ». Désormais, son trésor, ce sera la connaissance du Christ, la participation à ses souffrances, et l’espérance d’avoir part à la Résurrection avec Lui. Pour Paul, le Royaume des Cieux n’est pas tant affaire de parabole que la réalité même du mystère pascal, accompli dans la passion la mort et la résurrection de Christ. Là aussi, il y a bien perte et gain, tri entre une nouveauté radicale et une ancienne pratique. Il s’agit d’une course au trésor en avant dans laquelle il faut s’élancer.
Alors, frères et sœurs, qu’en est-il pour nous devant cette image parabolique proposé par Jésus aujourd’hui pour nos existences ? Cherchons-nous un trésor ? que trouvons-nous ? A chacun et chacune de répondre à la question.
Pour les moines qui suivent la Règle de Saint Benoît, on pourrait dire que c’est le trésor de la prière, de la liturgie de la communion de la vie fraternelle. Plus fondamentalement : « n’avoir rien de plus cher que le Christ » « ne pas avoir d’autre bonheur que Dieu qui est notre refuge et qui nous garde inébranlable, à sa droite », comme le chante si bien un verset du psaume 15.
Pour terminer, j’aimerais vous partager l’illustration royale des textes de ce dimanche, proposée dans le commentaire de la revue Magnificat : « l’année 2026 est celle du 800ème anniversaire de l’accession au trône de Saint Louis, alors qu’il était comme Salomon un jeune adolescent : il avait 12 ans. Saint Louis signait les actes et décrets de sa gouvernance par la mention : Louis de Poissy, en souvenir du lieu où il avait été baptisé. Il exprimait ainsi que le trésor caché et la perle de grand prix de sa vie ne résidait pas tant dans sa couronne prestigieuse de Roi de France, ni dans la réputation de sagesse, de bon jugement et de sainteté qui lui étaient attribués durant son Règne, mais dans la seule grâce de son baptême.
Puissions-nous, nous aussi, frères et sœurs chrétiens et chrétiennes, reconnaître à notre place que notre trésor caché, la perle de grand prix de notre vie c’est bien la grâce de notre baptême.
AMEN
Frère Guillaume
SAINT BENOÎT
11 juillet 2026
Pr 2, 1-9 ; Ps 33 ; Col 3, 12-17 ; Mt 5, 1-12a
Frères et sœurs,
Entre la lecture du livre des Proverbes et l’évangile des Béatitudes en passant par la lettre de Paul aux Colossiens, nous les moines, nous reconnaissons en filigrane le chemin proposé par St Benoît dans sa règle. Un chemin vécu dans l’écoute laborieuse, « l’oreille attentive et le coeur incliné vers la raison », un chemin éclairé par la promesse faite aux pauvres de coeur, aux miséricordieux et aux artisans de paix de se réjouir dans le Royaume des Cieux, en passant par le patient labeur de la prière et le lent travail d’ajustement fraternel fait de support mutuel et de pardons sans cesse redonnés. Quel chemin ! Un chemin bien humain mais qui se révèle impossible sans la grâce de Dieu, sans le don de l’Esprit répandu dans nos coeurs. La force de la Règle et son défi aussi est de nous proposer d’avancer ensemble sur ce chemin. Lorsqu’on arrive au monastère, chacun de nous est habité par une quête personnelle de chercher Dieu. On a entraperçu dans l’appel entendu que Dieu nous cherchait, qu’il nous aimait et nous choisissait pour nous donner sa grâce dans cette manière de vivre là. Et cette quête, comme une brûlure qui ne s’éteint, va se poursuivre tout au long de nos jours. Heureux sommes-nous si nous savons alimenter ce feu dans l’écoute fidèle de la Parole entendue dans la liturgie et ruminée dans la lectio divina. Car ce feu, s’il consume en nous l’ivraie, est un feu communicatif qui nous entraîne à aimer davantage. Oui, car notre quête intérieure, toujours très personnelle, St Benoît nous offre de la vivre avec des frères, pour marcher ensemble vers le Royaume. Il nous fait la promesse que plus on avance dans la vie religieuse et dans la foi, le coeur se dilate. Et nos frères vont y contribuer pour beaucoup ! Et pas seulement parce que tout irait bien et qu’un commun accord ferait que nous pouvons spontanément nous reconnaître comme des frères. Non au contact du frère qui surprend toujours, le coeur se dilate quand il apprend à se libérer des entraves qui le gardent replié sur lui-même ou enfermé dans ces vues. Il se dilate parce qu’il apprend à pardonner, à être patient face à des réactions ou des attitudes qu’il ne comprend pas. Il se dilate quand peu à peu le jugement laisse place à la bienveillance et à la miséricorde.
Étonnant chemin sur lequel nous sommes toujours des commençants. Comme nous le disait f. Yves dans un bel aphorisme qui peut éclairer tous les aspects de notre vie : « Chaque matin, le moine retourne à son jardin, chaque matin le moine retourne son jardin, et c’est de l’or à la fin ». Mystérieux travail où s’allient grâce et effort humain, où peu à peu chacun de nous revêt avec joie, et non plus comme une contrainte, un autre habit fait de « bonté, d’humilité, de douceur et de patience », cet habit dont le Christ désire nous revêtir pour les noces éternelles. Mystérieux travail où la présence fraternelle est tour à tour soutien et obstacle, soutien par la présence et l’entraide au quotidien, obstacle quand survient l’imprévisible ou l’étrange qui oblige toujours à un dépassement et qui appelle au pardon et à la réconciliation, lorsqu’il y a choc et collision. Parfois, nous aimerions que le Royaume soit déjà arrivé et qu’il n’y ait pas de conflit ou de difficulté entre frères. Nous aimerions goûter quelque chose du bonheur du Royaume par une tranquillité et une quiétude. Mais serait-ce vraiment le Royaume des Cieux ? Jésus nous laisse entendre au contraire que nous goûtons quelque chose du Royaume à venir, lorsque nous tenons ferme dans l’adversité, dans les persécutions, et non pas en leur absence. Et au cœur des tribulations et des soucis, n’est-ce pas un avant-goût du Royaume que le Seigneur nous donne, quand, par sa grâce, nous sommes un peu plus enracinés, dans la douceur, la miséricorde, la pauvreté de cœur, le désir d’être artisan de paix… ? Ce matin, nous rendons grâce au Seigneur de nous entraîner sur ce chemin de vie et de libération, sous la conduite de St Benoit, au cœur de notre Eglise, elle-même fraternité toujours en construction.
Frère Luc
14e dimanche du Temps Ordinaire, année A
5 juillet 2026
Za 9, 9-10 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30
« Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem !
Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne.
Il fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ;
il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. »
La paix en Israël, entre le royaume du Nord et celui du Sud, la paix entre les nations.
Comme nous voudrions que cet oracle se réalise,
alors que notre monde est tellement soumis à la loi de la force, de la violence et du mépris !
Y croire, est-ce se faire illusion ?
Non, car Jésus l’a déjà accompli.
En lui, « tout est réconcilié.
Il a fait la paix par le sang de sa croix, la paix pour tous les êtres, sur la terre et dans le ciel. »
Nous célébrons cela dans chaque eucharistie, dans chaque célébration de la Liturgie des Heures.
Il est notre paix ; en lui, tout est déjà accompli.
Mais il nous demande d’être, avec sa grâce, chacun à notre place,
des artisans de paix.
Dans son Esprit, nous pouvons être des êtres de paix, semeurs de paix, dans la justice.
Comment y parvenir alors que nous nous sentons si impuissants dans la marche du monde ?
En désarmant d’abord notre cœur et nos paroles.
Écoutons ce que nous dit notre pape Léon dans son encyclique Magnifica humanitas,
que je vous invite à lire et travailler. Il y écrit :
La première contribution que nous pouvons apporter à une civilisation plus humaine
est de prêter attention à nos paroles. « Désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la Terre ».
Le pouvoir des mots est immense et nous en faisons l\'expérience dans notre communication quotidienne. « La paix commence par chacun de nous : par la manière dont nous regardons les autres,
dont nous les écoutons, dont nous parlons d\'eux ;
et, en ce sens, la manière dont nous communiquons est d\'une importance fondamentale :
nous devons dire \"non\" à la guerre des mots et des images,
nous devons rejeter le paradigme de la guerre ».
Nous devons tous faire un examen de conscience sur les mots que nous utilisons,
sur les préjugés dont ils sont chargés et sur l\'agressivité, ouverte ou latente, qui les habite.
Frères et sœurs, désarmons nos paroles et nous contribuerons à désarmer la Terre !
Le pape dit encore :
« Si la paix n’est pas une réalité vécue, à préserver et à cultiver,
l’agressivité se répand dans la vie domestique comme dans la vie publique.
Saint Augustin recommandait ainsi de ne pas détruire les ponts
et de ne pas s’appesantir dans le registre des reproches,
préférant la voie de l’écoute et, dans la mesure du possible, de la rencontre avec les motivations des autres. Il y a soixante ans, le Concile Vatican II se concluait sur la prise de conscience
d’un dialogue urgent entre l’Église et le monde contemporain. »
Nous pouvons ajouter : besoin d’un dialogue urgent dans nos communautés, dans nos familles, partout.
J’aimerais aussi réécouter avec vous ces versets du psaume 71 :
Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice.
Qu\'il gouverne ton peuple avec justice, qu\'il fasse droit aux malheureux !
Montagnes, portez au peuple la paix, collines, portez-lui la justice !
Qu\'il fasse droit aux malheureux de son peuple,
qu\'il sauve les pauvres gens, qu\'il écrase l\'oppresseur !
En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu\'à la fin des lunes !
Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie.
Que la terre jusqu\'au sommet des montagnes soit un champ de blé.
Frères et sœurs, chacun de nous peut briser l’arc de guerre et être artisan de paix
en pratiquant la justice.
« Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux point qu\'on te fasse ;
ne dis pas à autrui ce que tu ne veux pas que l\'on te dise. [...]
Veux-tu arriver à la paix ? Fais les œuvres de la justice ! » dit st Augustin cité par le pape Léon.
St Paul dit autrement : Ne vivez pas selon la chair ; vivez selon l’Esprit.
Pardon pour cette homélie faite de beaucoup de citations,
mais que ces paroles descendent dans nos cœurs et nous convertissent !
Seigneur Jésus, doux et humble de cœur, rends notre cœur semblable au tien.
Mets en nos cœurs la paix qui vient de toi, la paix désarmée et désarmante.
Tu es venu partager nos fardeaux : fais venir ton règne.
Sauve notre monde et donne-lui le repos de la justice.
Frère Hubert
13ème dimanche Temps Ordinaire, année A
28 juin 2026
2 Rois 4,8-16 ; Rom. 6,3-11 ; Matth. 10,37-42
Frères et sœurs,
Les textes de la liturgie de ce dimanche mettent l’accent sur l’accueil, un accueil en différentes situations, mais dont la plus centrale, dans l’Evangile est celle expérimentée par les disciples de Jésus avec ces paroles « Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé ».
L’accueil a ses exigences. Il invite à des choix, à des renoncements et à des pertes dit Jésus, mais il promet aussi des récompenses.
Dans la 1ère lecture nous assistons à un bel exemple d’hospitalité de la part d’une femme riche qui accueille Elisée, en sa qualité de prophète. Non seulement elle lui offre le couvert, mais aussi, avec l’accord de son vieux mari, un gîte dans sa maison, pour chacun de ses passages. Elle ne demande rien en retour, ne faisant que respecter les règles en usage, et c’est le serviteur du prophète, un homme auquel on ne s’attendrait pas dans ce récit, qui suggère la récompense que la femme stérile recevra de Dieu : Elisée dit à la femme : « dans un an, tu tiendras un fils dans tes bras ».
Cette sunamite, qui n’est pas une étrangère, mais une juive du pays du Nord n’a rien fait d’extraordinaire : elle a seulement reconnu en Elisée, un « saint homme de Dieu », elle lui a fait confiance, et par-delà le prophète elle a accueilli la volonté de Dieu pour elle, sans aucun calcul, ni projet personnel intéressé. Cet accueil est loin de la logique du « donnant-donnant ». Il est tout entier rempli de gratuité et d’attention réciproque, sous le regard de Dieu.
Le baptême en Christ, présenté par Saint Paul, dans le passage entendu de l’épitre aux Romains est aussi un modèle de l’accueil de la grâce de Dieu dans la vie d’un croyant. Un accueil qui accompagne le passage de la mort à la vie, d’une manière de vie ancienne marquée par le péché vers une vie nouvelle dans la lumière de la Résurrection par la foi en Christ, auteur du salut et qui donne son Esprit Saint.
Quant à l’Evangile de ce dimanche, il fixe les conditions d’un accueil authentique de Jésus, un accueil qui soit digne de lui. Ces conditions sont fortes et peuvent même nous choquer si nous les prenons à la lettre, comme nous sommes choqués par certaines formulations du Sermon sur la Montagne. L’amour ou le soin à porter aux parents et à ses enfants n’est-il pas un commandement essentiel de la Loi ? faudrait-il y renoncer pour suivre le Christ ? Jésus en fait les situe au niveau des préférences. Il n’exige pas de ruptures ou de séparation radicale. Il invite à la juste distance à garder dans ces liens de famille, afin qu’ils n’exercent pas d’emprise sur la liberté de réponse à l’appel de Dieu. Saint Benoît, dans la Règle, demande au moine qui s’engage au monastère, de ne rien préférer à l’amour du Christ, rien ni personne. Par la décision qu’il prend, il se rend prêt à porter la Croix de Jésus, dans une école de vie nouvelle, où il perdra certes les avantages et le confort de sa vie ancienne, mais où il pourra espérer le centuple et, avec des persécutions, ajoute Saint Marc, il obtiendra la vie éternelle en récompense. Dans un paradoxal « « détachement-attachement » » qui libère de l’égoïsme et ouvre à l’amour.
Saint Paul s’adressant aux philippiens le dit tout aussi clairement en d’autres termes, lui qui a été « saisi par le Christ ». « Toutes ces choses qui étaient pour moi des gains, je les considère comme des pertes à cause du Christ. Oui, je considère tout cela comme une perte en regard de ce bien suprême qu’est la connaissance de Jésus, mon Seigneur. Il s’agit de le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection et de communier à ses souffrances. De devenir semblable à lui dans sa mort afin de parvenir, s’il est possible à la résurrection d’entre les morts. Non que j’aie déjà obtenu tout cela ou que je sois devenu parfait ; mais je m’élance pour tâcher de le saisir, parce que j’ai été saisi moi-même par Jésus-Christ »
Frères et sœurs : être saisi par le Christ et communier à sa Croix : N’est-ce pas là l’enjeu vital de tout accueil véritable, un enjeu qui nous concerne dans nos rencontres avec un prophète en sa qualité de prophète, un disciple ou un maître, un riche ou un pauvre qui ont soif et qui attendent de nous ne serait-ce qu’un verre d’eau fraîche ? Et cela quelque soit le prix des renoncements que aurions à faire. Là aussi est le secret de 2 béatitudes : « heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux… Heureux êtes-vous lorsque l’on vous persécute et que l’on dit faussement du mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse car votre récompense est grande dans les Cieux ».
AMEN
Frère Guillaume
SACRE-CŒUR
12 Juin 2026
Dt 7, 6-11 ; 1 Jn 4, 7-16 ; Mt 11, 25-30
Frères et sœurs,
Lorsque nous nous plaçons devant le Christ en croix, devant son cœur transpercé, nous ne sommes plus dans la même situation que les soldats qui ont infligé au corps de Jésus cette ultime agression. Avec les yeux de la foi, ouverts par la résurrection de Jésus, nous reconnaissons dans son cœur ouvert l’expression de son amour pour l’humanité, jusqu’au bout. Jusqu’à l’extrême de son sang versé, Jésus s’est donné. Et de ce don, jaillit la vie ; cette vie qui ne cesse de se répandre dans l’Église à travers les sacrements. C’est ce mystère de vie et d’amour que nous contemplons en ce jour de fête... Nous le contemplons pour mieux laisser l’amour du Christ nous rejoindre, nous envelopper et nous transformer. Je voudrais m’arrêter sur ces trois aspects de l’amour du Christ : il nous rejoint, il nous enveloppe, il nous transforme.
Nous sommes rejoints par l’amour du Christ depuis notre baptême qui nous a uni à son mystère. Nous avons été incorporés au Christ dans ce peuple des enfants de Dieu, ses « tout-petits » qu’il s’est « choisi par amour. » « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés ». L’amour de Dieu nous précède et nous donne gratuitement le pardon de nos péchés. Nous remettre devant cette immense gratuité de l’amour de Dieu pour nous, alors que nous étions et que nous sommes capable de rien par nous-même, est source de joie et de paix. C’est le chemin des « tout-petits » qui savent ne pas compter sur eux-mêmes…
L’amour du Christ nous enveloppe. Il est comme cette source puissante qui sort de la porte du temple selon le prophète Ézéchiel. Dans les premiers pas, l’eau ne parvient qu’aux chevilles. Plus le prophète avance, plus il en a jusqu’au genoux, puis jusqu’à la taille….et ensuite il est complètement enveloppé par cette eau…. Il lui faut nager… Peut-être est-ce l’expérience que nous sommes invités à vivre, à accueillir au fur et à mesure que nous avançons dans la vie : nous tourner vers le côté transpercé du Christ pour le laisser non seulement nous rafraîchir, mais encore nous envelopper, nous porter comme l’eau dans laquelle on nage… La source est abondante, nous le savons dans la foi. Osons nous confier à elle, « nous jeter à l’eau » en nous laissant aimer par le Christ tel que nous sommes, des « tout- petits ». Offrons-lui du temps dans la prière, offrons-lui notre attention dans tout ce que nous faisons.
L’amour du Christ nous transforme. « Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour que nous vivions par lui », nous assure Jean. Le dessein de notre Père des cieux est là : que tous les êtres humains vivent par son Fils, qu’ils vivent de sa Vie et entrent dans cette intimité d’amour qui unit le Père et le Fils. En Jésus, une nouvelle capacité de vivre nous est offerte, une nouvelle capacité d’aimer et de nous donner, « puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu » nous assure encore Jean. S’ouvre devant nous un chemin exigent mais très heureux si nous y consentons : un chemin de don, de vie partagée avec les autres, de sortie de nous-mêmes pour quitter la seule recherche de nos intérêts…. Ainsi l’amour du Christ nous transforme et nous donne alors de demeurer en Dieu… « Qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui »… Et Jésus en bon pédagogue nous montre comment entrer dans cet élan qui nous dépasse et qui n’est pas à notre mesure. Il s’agit pour nous d’être comme Lui, le « Tout Petit », doux et humble de Coeur. Là en Lui, avec Lui, se trouve la bonne posture d’où tout amour est possible….C’est le chemin d’humilité que St Benoît indique à ses frères moines, comme horizon de vie et comme labeur quotidien… Comme des « tout-petits » qui ont tout à apprendre, redisons avec confiance au Christ : « Jésus, rends notre cœur semblable au tien ».
Frère Luc
FÊTE-DIEU, Année A
Dimanche 7 juin 2026
Dt 8,2…16 ; 1 Co 10,16-17 ; Jn 6,51-58
Solennité du Corps et du Sang du Christ.
Présence réelle du Christ au milieu de nous.
Nous célébrons cette présence avec foi et bonheur.
Mais elle n’est pas faite pour demeurer à distance :
elle nous est offerte pour nous habiter et être inspiratrice de notre vie.
Elle nous est offerte pour nous habiter :
Jésus n’est pas là comme un « en-soi », mais comme un don.
Il est là pour nous, pour le monde.
Pour le monde à travers nous.
La présence réelle du Christ sur l’autel n’a qu’un seul but :
devenir présence réelle en chacun de nous.
L’autel et le tabernacle sont des lieux temporaires de la présence réelle du Christ.
Je nous invite tous à croître dans la foi en ce que c’est chacun de nous qui est la demeure,
le lieu permanent de la présence réelle du Christ :
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi je demeure en lui. »
Nous devrions nous agenouiller les uns devant les autres,
non seulement dans les instants qui suivent la communion, mais en tout temps,
car nous ne recevons pas seulement une hostie
qui va rapidement se dissoudre dans notre corps :
nous recevons le Christ, crucifié et ressuscité ;
il demeure en nous, avec la puissance de l’Esprit,
dès maintenant, pour la vie éternelle.
Nous sommes sa demeure,
habités par lui, en qui réside la plénitude de la divinité.
Si Jésus a choisi le pain et le vin, qui nous sont si familiers,
c’est pour être là au plus près de nous, être notre nourriture et nous donner sa vie.
Ne le maintenons pas à distance : il n’a qu’un désir, être présent en nous,
en chacun de nous et au sein de nos communautés humaines.
Lui, le Saint, il ne nous tient pas éloignés de lui,
au contraire, il vient au plus intime de nous, pour nous sanctifier et établir la communion.
« Qu’ils soient un comme nous sommes un ! »
La présence réelle du Christ nous est offerte pour être inspiratrice de notre vie :
Jésus nous offre son corps livré, son sang versé,
pour que nous ayons sa propre vie en abondance,
et que nous la communiquions aux autres
en marchant nous-mêmes dans la voie où il a marché.
Sa vie, c’est son amour pour son Père et pour nous,
dans le dépouillement de lui-même, manifesté dans sa mort sur la croix.
S’il se donne à nous en nourriture, c’est pour que notre vie devienne semblable à la sienne :
« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. »
Jésus nous apprend que la vie n’existe que dans l’amour.
La vie que l’on prend,
surtout si on la prend aux dépends des autres en brisant des relations humaines,
se termine toujours par la solitude et la mort.
Celle qui accepte de se recevoir, et de se donner jusqu’à se vider d’elle-même,
aboutit à la vie : elle est indestructible parce qu’elle est communion.
Elle crée des relations d’amour que rien ne peut détruire.
Si le pain et le vin deviennent présence du corps et du sang du Christ,
c’est pour que nous vivions de l’Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts
et que, conduits par lui, nous vivions des relations nouvelles,
celles mêmes que Jésus a avec son Père et avec les hommes, ses frères.
« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés : aimez-vous les uns les autres. »
Jésus se fait nourriture et boisson
pour que nous apprenions de lui à vivre ces relations de communion,
qui sont victorieuses de toute division, de toute discrimination, de toute séparation,
de tout malheur, de cette séparation et de ce malheur absolu qu’est la mort :
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. »
Demandons la grâce de ne pas rendre le don de Dieu insignifiant,
en ne nous laissant pas transformer par la vie qu’il nous communique,
car c’est pour nous transformer qu’il se donne.
Le Christ a voulu que le pain et le vin, ces réalités de notre monde,
deviennent plus qu’elles-mêmes, deviennent Celui-là-même qui les a créées,
pour que nous-mêmes nous devenions plus que nous-mêmes :
fils et filles de Dieu dans le Fils unique.
Par le mystère eucharistique, devenons ce que nous sommes :
enfants de Dieu, vivant comme lui de son Esprit.
Puisant à la source inépuisable de sa présence en nous,
devenons, par l’Esprit, pain vivant, chair livrée, pour que le monde ait la vie.
Frère Hubert
Fête de la Trinité, année A
31 mai 2026
Exode 34, 4b-6 + 8-9 ; Cant Daniel 3, 52 sv ; 2 Corinthiens 13, 11-13 ; Jean 3, 16-18
Frères et soeurs,
que célébrons-nous aujourd’hui ? Le mystère de Dieu en lui-même, le mystère du Dieu vivant, dont les chrétiens confessent qu’il est ’Trinité’ : mais c’est un mot tellement abstrait, qui nous vient de la philosophie grecque et qui n’est pas dans l’Ecriture, il a été forgé par les Pères de l’Eglise au 4° siècle,
Pour parler de Dieu, l’Ecriture dit seulement : « Dieu est Amour », ce qu’on pourrait traduire par « Dieu est communion d’amour », car l’amour n’est jamais seul, il se donne et il se reçoit ; Jésus dira : « Le Père aime le Fils » ou encore « Il faut que le monde sache que j’aime le Père » et Paul ajoutera dans la lettre aux Romains : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » Alors tous ces mots de l’Ecriture s’animent d’eux-mêmes : au baptême nous sommes plongés dans une communion d’amour, la vie même de Dieu, celle du Père, du Fils et de l’Esprit.
L’évangile d’aujourd’hui, qui suit l’entretien de Jésus avec Nicodème au ch 3 de st Jean, ne dit pas autre chose, même s’il ne mentionne pas l’Esprit Saint.
Il affirme en quelques mots que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils ; c’est à nous de deviner que dans cet amour du Père nous donnant son Fils unique il y a l’Esprit qui unit le Père et le Fils, communion d’amour. Tout le mystère de Dieu est là, et le mot « Trinité » ne nous apprendra rien de plus. Mais quel est le plus important ? Est-ce de savoir, de chercher à en savoir toujours plus ? Nous sommes devant un mystère insondable, comme le dit une hymne liturgique : « Dieu au-delà de tout créé, nous ne pouvions que t’appeler l’Inconnaissable ! »
Ces jours-ci, j’ai repris un livre sur la Trinité ; malgré le titre, « La Trinité tout simplement », j’ai trouvé l’histoire de ce mot très compliquée : c’était plutôt une définition de Dieu, Dieu unique en 3 personnes, et cela risque de nous faire oublier que Dieu est un mystère. Qui peut le connaître sinon le Fils que le Père a envoyé pour sauver le monde ?
Frères et soeurs, l’important pour nous, chrétiens, ce n’est pas de comprendre Dieu, c’est de croire en Lui, et nous pouvons nous adresser à Lui, à chacune des 3 personnes, d’abord au Père qui nous aime et que Jésus nous a appris à appeler « Notre Père », le Père de tous et le Père de chacun, et nous pouvons ensuite nous adresser à son Fils Jésus, qui marche avec nous, le contempler sur la croix où il a donné sa vie pour nous, communier à son mystère pascal dans l’eucharistie, le proclamer Ressuscité dans la lumière de Pâques, enfin nous pouvons nous adresser à l’Esprit qui est l’amour répandu dans nos coeurs, le pardon des péchés, le Souffle de Dieu qui fait renaître, le Consolateur, et surtout il est communion du Père et du Fils, et c’est lui qui fait l’unité des Église à travers toutes leurs différences.
Oui, l’important n’est pas de comprendre Dieu, mais d’en vivre, laisser Dieu être Dieu en nous. La vie chrétienne, c’est cela : pouvoir vivre dès maintenant une relation personnelle à Dieu, entrer toujours plus au cœur de la communion divine : relation vivante avec le Christ et par le Christ, avec l’Esprit et dans l’Esprit, avec le Père et vers le Père en l’appelant « Abba », ce mot araméen si familier que Jésus lui-même employait, que les enfants ont sur leurs lèvres : « Papa ».
Cette relation à Dieu commence lorsque nous sommes baptisés « au nom du Père, et du Fils, et du St Esprit » : nous sommes alors plongés dans la mort et la résurrection du Christ, et l’onction de l’Esprit nous marque à jamais. Le baptême et la confirmation nous font entrer dans cet échange d’amour avec Dieu. Ils sont trois et pourtant notre Dieu est unique, il n’y en a pas d’autre : il faut y tenir très fort,. Oui, c’est le même Dieu qui s’est révélé à Moïse sur la montagne du Sinaï ; en passant devant lui, Dieu a prononcé son nom : « Le Seigneur, le Seigneur », « Kyrie » en grec, mais son nom en hébreu, nos frères juifs ne le prononcent pas. Mystère d’un Dieu unique, qui pourtant n’est pas solitaire, mais communion d’amour.
Pour vivre cette relation avec lui, il n’est pas besoin de formation spécialisée, il suffit d’une âme d’enfant. « Laissez-vous conduire par l’Esprit de Dieu. » dit st Paul, laissons-le prier en nous.
Pour finir, je voudrais vous raconter l’ histoire de 3 moines, perdus sur une île, qui ne savaient pas très bien prier. Ils ne savaient même pas le « Notre Père », ni le « Je vous salue, Marie ». Ils ne faisaient que répéter toute la journée « Vous êtes trois, nous sommes trois, ayez pitié de nous ! ». Alors l’évêque s’en inquiète ; il prend une barque pour aller visiter les 3 moines qui disent humblement à leur évêque : Voilà comment nous prions… Et l’évêque s’écrie : « Mais ce n’est pas çà, la prière » et il essaie de leur apprendre le Notre Père ; à force de le répéter 3 fois, 10 fois, 20 fois, ils finissent par le savoir. L’évêque s’en retourne et il est encore sur la mer, quand il aperçoit les 3 moines qui le rejoignent et lui disent : « Père, aidez-nous, nous avons déjà oublié ! Apprenez-nous encore à prier. » Alors, après un silence, l’évêque leur dit avec humilité : « Mes enfants, continuez à dire votre prière. Moi aussi je vais dire comme vous : ‘Nous sommes trois, vous êtes trois, ayez pitié de nous !’
Je crois qu’il faut très peu de mots pour entrer en relation avec Dieu, il faut surtout du silence, contempler le mystère tel qu’il est écrit sur la belle icône de Roublev, les 3 anges qui ont visité Abraham, c’est l’icône de notre Dieu.
Frère Basile