Homélies
Liste des Homélies
2 février 2024 - Fête de la présentation
Ml 3 1-4 ; Heb 2 14-18 ; Luc 2 22-40
Homélie du F. Hubert
Les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem
pour le présenter au Seigneur.
Non seulement tout premier-né appartient au Seigneur, mais tout être,
pas seulement le premier-né de sexe masculin, mais tout homme, toute femme.
Cette appartenance n’est pas un esclavage, mais une communion d’amour et de vie,
une plénitude de bonheur.
Si nous pouvons nous offrir à Dieu,
c’est parce que Dieu s’est offert et s’offre toujours à nous le premier.
Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Dieu qui nous a aimés le premier.
Jésus, Homme-Dieu, est celui en qui Dieu s’offre à l’homme et en qui l’homme s’offre à Dieu.
Offrande parfaite, échange parfait.
C'est un oui sans réserve, Père,
Que tu dis sur nous par Jésus-Christ ;
Et par lui tu nous donnes encore
De répondre amen à ton appel.
Marie et Joseph, remplis de l’Esprit saint, offrent leur enfant ;
ils ne savent pas encore jusqu’où ira son offrande à lui.
Entrant dans le monde, le Christ dit : « Me voici pour faire ta volonté » ;
à Gethsémani, il dira : « Non pas ma volonté, mais la tienne ».
En s’offrant à son Père, il réconcilie toute l’humanité et l’élève dans le sein vivifiant de son Père.
Il est le Temple vivant dans lequel le Père et toute l’humanité sont unis et respirent du même Esprit.
Il entre dans le Temple,
Marie le porte à Dieu :
C'est lui
Le temple où Dieu se dit
À ceux qui déjà le contemplent.
En l’offrant dans le Temple, Marie et Joseph se dépossèdent symboliquement de lui,
pour qu’il soit totalement à Dieu.
Au pied de la croix, Marie sera transpercée : son Fils lui sera arraché
pour qu’elle devienne la Mère de toute l’humanité, rachetée et sanctifiée par l’offrande de son Fils.
C’est par son offrande que Jésus est la gloire d’Israël – le peuple dont il est né –
et la lumière des nations.
Notre baptême, notre profession monastique, le quotidien de nos vies,
s’inscrivent dans ce don total du Christ, et dans l’offrande de Marie et Joseph.
Offrons-nous et laissons-nous offrir.
Attire-nous vers cette Pâque
Où Jésus Christ te glorifie
En nous sauvant.
Par lui ton œuvre s’accomplit,
Qu'il nous accueille en son offrande,
Et nous conduise jusqu’à toi,
O Dieu vivant !
Année B - 4° Dimanche Ord - 28 janvier 2024
Deutéronome 18, 15-20 ; Psaume 94 ; 1 Cor 7 2-35 ; Marc 1, 21-28
Homélie du F. Basile
Frères et soeurs, de la lettre de st Paul, la 2° lecture, je ne dirai pas grand-chose, simplement qu’il y a dans l’Eglise une belle diversité de charismes et d’attachement au Seigneur, que ce soit dans le célibat ou bien dans le mariage, même si Paul met l’accent sur le célibat ; mais que nous soyons mariés, moines ou célibataires, pour vivre notre relation au Seigneur, nous avons besoin de l’Evangile, du Christ, Parole vivante de Dieu ; alors écoutons-le dans ce premier chapitre de l’évangile de Marc.
Jésus arrive à Capharnaüm, accompagné de ses 4 premiers disciples, Simon et André, Jacques et Jean. Et avec eux, devant eux, il va prendre la parole en public, mais pas n’importe où, à la synagogue et le jour du sabbat. Les gens sont stupéfaits de la manière dont il parle, mais plus spécialement les 4 qui l’accompagnent ; ils entendent son enseignement pour la 1° fois et il y a vraiment de la stupeur, un choc, dit le P. David d’En Calcat dans son livre auquel je me réfère : Marc, l’histoire d’un choc, un commentaire qui n’est pas comme les autres. Jésus parle d’une manière toute nouvelle ; Marc ne nous dit pas, hélas, quelles sont ses paroles, mais il relève très bien la question que se posent les gens : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! »
Si Marc insiste bien plus que Matthieu sur la nouveauté radicale du Christ, c’est que tout son évangile tient dans une question : Qui est-il ? Quel est cet homme ? Quel est ce prophète venu de Nazareth ?
Dans le récit de la tempête apaisée, que nous avions hier, au ch 4 de st Marc, ce sont les 12 disciples qui s’interrogent : « Qui donc est-il pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » Ils sont vraiment retournés. Ce n’est qu’au ch 8 que Jésus leur posera lui-même la question : « Qui dites-vous que je suis ? » et Simon-Pierre répondra au nom des autres sous la motion de l’Esprit : « Tu es le Christ. ».
Et c’est tout à la fin de l’Evangile que le dernier à répondre sera le centurion romain : en voyant mourir Jésus, il s’écrie : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu »
Dans le passage d’aujourd’hui, l’homme tourmenté par un esprit mauvais, crie à Jésus : « Nous savons qui tu es : le Saint de Dieu» ; cet homme ne savait sans doute pas ce qu’il disait, c’est le démon qui parlait en lui et Jésus le menace : « Tais-toi ! » Mais les 4 disciples sont témoins aujourd’hui, que ce Jésus qui les a appelés à le suivre, porte vraiment en lui quelque chose de neuf. Et nous-mêmes, avons-nous compris cette nouveauté du Christ ? F et S, nous sommes beaucoup trop des habitués de l’évangile : peut-être qu’en écoutant ce passage, vous vous êtes dit ce matin : « Oh il ne se passe pas grand-chose dans l’évangile de ce dimanche ! »
Eh bien non, il y a au moins 2 choses marquantes: d’abord Jésus parle avec autorité, et tous sont frappés, ce qui est plus qu’étonnés : le mot « frapper » en grec a comme en français un sens à la fois physique et psychologique : ils sont sous le coup de la parole de Jésus, ébahis, stupéfaits. Nous devrions l’être toujours quand nous écoutons Jésus dans l’Evangile. Et il faut prendre le mot « autorité » dans toute sa profondeur, c’est ce qui fait naître, le mot « auteur » en français a la même racine, ou encore le mot « augmenter », ce qui donne un plus.
Cette autorité de Jésus n’est pas un pouvoir qui tombe du ciel, qui domine ou qui enferme, mais c’est une force qui libère et qui fait vivre, qui permet de reprendre sa vie en mains. On ne nous dit pas d’où vient cette autorité, il la porte en lui. Il ne parle pas comme les scribes, qui se contentent de répéter la même parole comme une leçon apprise par cœur. C’est là que la 1° lecture, cette parole prophétique de Moïse dans le Deutéronome, prend tout son sens et son actualité : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur fera se lever un prophète comme moi. Et vous l’écouterez. Je mettrai mes paroles dans sa bouche, dit le Seigneur. » Les scribes connaissaient-ils cette annonce qui rejoignait l’attente du Messie ? Ceux qui la reconnaissent les premiers, ce sont les esprits impurs, ces forces du mal qui en ont peur : « Tu es venu pour nous perdre. »
Voilà donc la 2° cause d’étonnement de ce passage : Jésus n’a pas peur d’affronter l’esprit du mal et il va montrer d’une autre manière son autorité pour libérer par sa parole cet homme, malade, détraqué. « Tais-toi, Sors de cet homme. » Et tous furent à nouveau frappés de stupeur.
Nous pourrions rester insensibles ou indifférents devant ce miracle, qui n’a plus cours aujourd’hui, dans notre monde où les médicaments peuvent suffire à soigner les malades psychiques. Mais le sens de ce 1° exorcisme est très important dans l’évangile de Marc. Cette nouveauté du Christ n’est pas seulement celle d’une parole à entendre, mais celle d’une personne, du Fils de Dieu lui-même, prenant notre condition d’homme, pour sauver et libérer l’humanité blessée par le péché. « Qu’est-ce que cela veut dire ? » Cela veut dire que désormais tout est changé et que l’Adversaire, celui qui tient les hommes enchaînés sous son pouvoir, n’aura pas le dernier mot. Jésus vient nous rendre libres et cela a du sens aujourd’hui, où tant d’hommes et de femmes sont comme aliénés, emprisonnés d’une façon ou d’une autre, fût-ce par la drogue ou par l’argent.
Nous appuyant sur le Christ, venu pour nous sauver et non pas pour nous perdre, nous pouvons lui dire avec le psalmiste : « Dieu, mon libérateur, mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire, louange à toi ! Seigneur Jésus !»
Année B - 3e dimanche ordinaire - (21/01/2024)
(Jon 3, 1-5.10 – Ps 24 – 1Co 7, 29-31 – Mc 1, 14-20)
Homélie du Frère Jean-Louis
Frères et sœurs,
En ce début du temps ordinaire, force nous est de constater que les lectures de ce dimanche nous invitent à l’urgence. Urgence de la conversion, urgence de la réponse à l’appel du Christ dans nos vies. Et pour nous, les frères, qui débutons notre semaine de retraite, ces textes peuvent résonner comme un bon stimulant. Mais il en est de même pour vous qui, après le temps de Noël et ses célébrations, êtes replongés dans le temps dit « ordinaire » mais en fait un temps où se vit la suite du Christ au jour le jour et ce n’est peut-être pas si ordinaire que ça.
La première lecture nous conte ce beau récit de la prédication de Jonas à Ninive, la grande ville païenne. Ninive, capitale de l’empire assyrien dont l’armée avait pris la ville de Samarie au 8e s. avant le Christ pour en déporter la population dans une contrée lointaine de l’empire. Ninive symbolisait donc tout ce qu’il y avait de plus terrible pour un juif. En effet, les assyriens avaient mis au point une tactique militaire efficace : la terreur. À l’approche de leurs armées, si une ville se rendait, ils se montraient relativement cléments, mais si la ville résistait, c’était alors l’horreur et les bas-reliefs assyriens ne sont pas avares de massacres. Il s’agissait de terrifier pour éviter les longs sièges coûteux en temps et en hommes.
Bref, quand Dieu appelle Jonas à aller prêcher à Ninive, sa première réaction sera de… se sauver. Finalement, après bien des péripéties, Jonas obéira à l’ordre de Dieu. Il faut dire qu’aller prêcher dans cette immense ville et avec la réputation de cruauté des assyriens n’était pas une mince affaire. Aller proclamer « Encore 40 jours et Ninive sera détruite » n’était pas sans risque. Et puis, est-ce qu’un assyrien était capable d’obéir à la parole du Dieu d’Israël ? Il y avait de quoi douter. Et pourtant l’incroyable se produit. Et aussitôt, car tous, du sommet à la base de la société se convertissent, croient en Dieu et font pénitence, ce qui amène le Seigneur à renoncer au châtiment. Ainsi, ce peuple, symbole des peuples païens les plus endurcis, les plus cruels et les plus éloignés de Dieu était capable d’entendre sa parole et de se convertir immédiatement. Grande leçon pour Jonas.
La seconde lecture, elle, nous rappelle qu’avec la résurrection du Christ, nous sommes entrés dans une nouvelle ère et qu’il s’agit de savoir se rendre libre à l’égard des réalités de ce monde. Il ne s’agit pas de les mépriser mais de ne pas en faire des idoles. Et saint Paul y proclame une certaine urgence : « le temps est limité. »
Quant à l’évangile qui marque le début de la prédication de Jésus en Galilée, il marque également le sentiment d’urgence qui anime le Christ. « Le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’évangile. » Puis viennent les épisodes de l’appel des premiers apôtres : Simon, André, Jacques et Jean avec le « aussitôt » qui retentit pour la réponse d’André et de Simon. On sent vraiment le Christ pressé de proclamer la conversion et l’accueil de l’évangile.
Frères et sœurs, en ce début de temps ordinaire, nous sentons bien une cohérence entre les trois lectures de ce 3e dimanche. Après avoir fêté la venue du Christ et sa manifestation aux nations ainsi que son baptême, nous voici appelés à la conversion de façon assez énergique.
La première lecture nous rappelle que la conversion n’est pas chose impossible si l’on écoute l’appel du Seigneur car même les Assyriens ces barbares absolus, ont été capables d’écouter la Parole de Dieu jusqu’à se converti au point d’amener Dieu à changer d’avis sur le sort qui leur était réservé. Par la prédication de la Parole de Dieu, la conversion est possible, même pour le pécheur le plus endurci.
La seconde lecture nous rappelle que le temps est limité et que nous avons à nous rappeler ce qui est essentiel dans nos vies et dans nos destinées.
L’évangile nous resitue aux fondements de l’Église par l’appel des premiers apôtres qui, d’ailleurs, ont immédiatement répondu à l’appel du Christ en quittant tout, métier et famille pour suivre le Christ.
Ainsi, en ce début d’année liturgique, nous est présenté le programme évangélique. Et cet appel retentira tout au long de l’année. Nous convertir, c’est-à-dire, suivre le Christ au long de son chemin tel que l’évangile de saint marc nous le présentera cette année liturgique. Car c’est ce chemin du Christ et la façon dont il le vivra jusqu’au bout qui amènera le centurion païen (occupant sans doute pas plus aimé des Juifs que les Assyriens) à dire, à la fin de l’évangile devant la croix : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu ». Ne serait-ce pas cet appel que nous aurions à entendre durant cette année ? Vivre à la suite du Christ pour témoigner que nous sommes, nous aussi, fils adoptifs de Dieu.
Ceci pour notre chemin spirituel. Vous avez sans doute remarqué que je n’ai pas encore parlé de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens dans cette homélie. Mais là aussi, il est question de conversion. Pas seulement de la conversion des autres pour qu’ils reviennent sagement à l’Église catholique, mais de notre conversion à nous également. Je l’ai évoqué au début de cette eucharistie. L’œcuménisme concerne aussi l’unité dans chaque Église du Christ car nous sommes bien obligés de constater actuellement que chaque Église connaît des tensions voire des ruptures, y compris la nôtre. Alors, il y a certainement un chemin de conversion à vivre. Bien sûr dans la prière, mais aussi dans l’accueil de la diversité, dans l’accueil de ce que d’autres chrétiens, d’autres catholiques peuvent vivre d’authentique dans leur recherche du Christ et de Dieu. La suite de l’évangile selon saint Marc nous montrera que les apôtres du Christ, pourtant choisis par lui, étaient loin d’être parfaits, et pourtant, le Christ les a choisis. Alors n’attendons pas que nos frères et sœurs chrétiens soient parfaits, de notre point de vue, pour entrer en relation. Chaque baptisé est habité par Dieu, par le Christ, par l’Esprit et, même s’il y a des désaccords, osons entrer en dialogue fraternel.
Certes, il y a du chemin à faire, mais, avec le grâce de Dieu, tout est possible, et la première lecture nous l’a rappelé. Que cette année soit l’occasion de nous rapprocher de Dieu et entre nous grâce à l’écoute et à la méditation de la Parole de Dieu à laquelle ce dimanche est plus particulièrement consacré. Et que nous puissions renouveler notre foi par la rencontre des bien-aimés que sont nos frères et sœurs en humanité. AMEN
Année B - 2ème dimanche ord B - 14 janvier 2024
1 S 3, 3b-10.19 ; 1 Co 6, 13c-15a. 17-20 ; Jn 1, 35-42
Homélie de F. Vincent
Avant de commencer la lecture suivie de l'évangile de Marc que nous aurons durant cette année liturgique, l'Eglise nous propose ce matin un texte de St Jean.
Le récit des premiers disciples qui suivent Jésus chez St Jean, est tout à fait original par rapport aux synoptiques. En fait à y bien regarder, pour les trois premiers (André, un autre disciple et Simon-Pierre) il n'y a pas à proprement parler "d'appel" de Jésus, mais une invitation à le suivre : c'est là une réponse, et la seule, que Jésus donne au questionnement des deux disciples du Baptiste qui deviennent dès lors ses disciples à lui, Jésus. Leur démarche qui débute avec cette scène, va être celle d'un patient processus de découverte progressive du mystère de la personne de Jésus et il n'est d'autre condition à cette découverte que la mise en route. C'est justement ce à quoi les invite Jésus. Il va s'agir pour nous aussi de rejoindre Jésus à notre tour par une expérience croyante capable de transformer notre regard et notre cœur. Une seule condition pour nous aussi, nous mettre en route, et suivre le Maître.
Mais arrêtons-nous sur la désignation de Jésus par le Baptiste : "l'Agneau de Dieu". Un peu plus haut dans l'évangile Jean avait précisé : "l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde". Des différentes interprétation possibles et d'ailleurs complémentaires de cette expression, on pourrait retenir celle qui est probablement la plus cohérente compte tenu de l'ensemble de l'évangile : "l'Agneau pascal". Pour Jean, Jésus est l'Agneau pascal, cet agneau égorgé dont le sang avait servi de marque sur les portes des Israélites pour les protéger de l'extermination, la nuit même de leur départ d'Egypte. Le sang de l'agneau pascal qui est signe de libération. D'autre part c'est à l'heure où les juifs apportent au temple l'agneau pascal afin qu'il soit égorgé et consommé durant le repas du soir que Jésus est crucifié, selon ce que dira Jean. De plus, est-ce que l'indication de l'horaire de notre passage ne renvoie pas justement à cet évènement ?
Ce contexte pascal se trouve aussi dans la question que pose Jésus : "Que cherchez-vous ?". Question que l'on ne retrouvera en effet que 2 fois : à son arrestation au mont des oliviers et au matin de la Résurrection, question posée à Marie-Madeleine qui cherche Jésus dans le jardin. Immense inclusion, au commencement et à la fin, qui encadre tout le 4° évangile. Entre temps on est passé du "que" au "qui". C'est tout l'itinéraire de la foi et de l'évangile qui se situe entre ces deux mots : il s'agit de passer d'une recherche qui ne peut pas se nommer à une confession de foi résolue, au Christ qui vient combler toute quête au cœur de l'homme.
La question des disciples : "Où demeures-tu ?" nous oriente également vers le mystère pascal. Demeurer, pour Jean, c'est entrer dans une communion intime avec Jésus, percevoir et faire l'expérience qu'une vie donnée est source de vie. "Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui". Jésus "demeure", dans celui qui "demeure" en Jésus, comme il sera dit au chapitre 15. C'est en vue de cette communion intime que Jésus "a planté sa tente" et a "demeuré" parmi nous. Communion de vie, d'amour, de mission. En vue de cela, il faut durer, il faut "demeurer".
Mais cette inhabitation mutuelle de Jésus et du croyant se réalise dans un mystère de mort et de résurrection. Jean a perçu comme aucun autre évangéliste combien le mystère de la croix n'était rien d'autre que la parfaite manifestation de la gloire mutuelle du Père et du Fils, c'est-à-dire de son amour manifesté, livré et vainqueur.
La réponse que leur donne Jésus, "venez et voyez" est invitation à l'expérience de la foi. Il s'agit d'apprendre à l'école du Maître que le parcours qui va de la mort à la vie, de la nuit à la lumière, de la croix à la gloire, est bien le parcours qui doit nous conduire à travers une transformation nécessaire, vers une communion de vie et d'amour avec Dieu.
Passer du "que cherchez-vous?" au "qui cherchez-vous?", c'est tout l'itinéraire de l'évangile de Jean, c'est à suivre cet itinéraire que nous sommes appelés en ce début d'année. Mettons-nous courageusement en route, comme les 2 disciples de ce matin, à la recherche de Jésus.
Année B - Baptême du Seigneur - Lundi 8 janvier 2024
[
Cant Isaïe 12 ; Marc 1, 7-11;
Homélie du F. Basile
L’évangile de Marc, que nous écoutons cette année, s’ouvre ainsi pour nous parler de Jésus : Il vient de Nazareth, il vient comme tout le monde se faire baptiser par Jean dans le Jourdain.
Et voilà l’étonnant : Jésus va recevoir le baptême d’eau, mais c’est lui qui le premier sera baptisé dans l’Esprit Saint : « En remontant de l’eau, Jésus vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui. » Marc montre bien la différence entre les 2 baptêmes : celui de l’eau donné par Jean, rite de purification, et celui dans l’Esprit Saint que Jésus reçoit le premier et qui inaugure la nouvelle alliance.
Nous sommes à la jonction des 2 testaments, des 2 alliances ; de soi il y a un contraste mais aussi un accomplissement. Ce qui est beau, c’est que Jésus, en venant lui-même se faire baptiser, en prenant sa place dans la foule des pécheurs, montre combien il reprend à son compte tout ce baptême d’eau. Mais dès qu’il sort de l’eau (« aussitôt » dit st Marc), le ciel se déchire, l’Esprit descend sur Jésus à la manière d’une colombe, et une voix se fait entendre, celle du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé ».
Epiphanie, théophanie, les symboles sont forts : c’est Dieu qui apparaît, lui que personne n’a jamais vu. Pour nous chrétiens, qui avons été baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, y a-t-il à travers ces 2 versets de st Marc une plus belle façon de parler de la Trinité ?
Le ciel s’ouvre à nouveau, l’Esprit nous est donné, et c’est encore une bonne nouvelle pour notre monde, aujourd’hui si perturbé, où beaucoup se demandent : « Mais où donc est Dieu ? Où se cache-t-il ? Existe-t-il vraiment ? »
« Mes pensées ne sont pas vos pensées,
Mes chemins ne sont pas vos chemins. » (Isaïe 55)
Dieu est là dans le chemin que Jésus prend en venant se faire baptiser et qui sera celui de sa Passion, « l’eau et le sang » dit l’épître de Jean, Dieu est là dans le Christ Ressuscité, qui remonte de l’eau. Dieu est là dans l’Esprit qui nous habite et nous fait agir pour soulager nos frères ou prendre la défense du plus faible. Oui, le ciel s’est déchiré et nous chrétiens, nous devons en témoigner, car nous portons, par notre baptême, l’espérance du monde.
Année B - EPIPHANIE - 07.01.2023
Is 60, 1-6 ; Ep 3, 2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12
Homélie du Père Abbé Luc
Frères et sœurs,
En cette période, nous recevons et offrons beaucoup de vœux. Occasion d’entrer dans l’année nouvelle en nous soutenant mutuellement par une parole, par un geste d’amitié, par la prière pour que le meilleur advienne à chacun. Parmi ceux reçus à l’abbaye et j’ai partagés aux frères hier soir, une expression a davantage retenu mon attention. Il s’agit d’une phrase d’un artiste peintre, Mr Sola : « Renoncer à éblouir, choisir d’éclairer » … Tout un programme qui peut guider notre chemin d’humanité de 2024 ! Tout un programme particulièrement pour nous chrétiens, car n’est-ce pas fondamentalement ce qu’a fait notre Dieu en se révélant en Jésus-Christ ? En cette fête de l’Epiphanie, que nous comprenons comme la manifestation lumineuse du Christ aux nations qui accourent vers lui, ne vaut-il pas la peine de nous arrêter sur notre compréhension de cette lumière que nous apporte notre Dieu ?
Le prophète Isaïe a des accents grandioses pour exprimer l’espérance d’Israël en la manifestation lumineuse de Dieu. « Elle est venue ta lumière, et la Gloire du Seigneur s’est levée sur toi ». Et cette lumière rejaillit sur Jérusalem qui en devient toute resplendissante, toute « radieuse » avec un cœur qui se dilate. Jérusalem est tellement resplendissante, que tous accourent vers elle avec leurs trésors pour honorer et adorer la Gloire du Seigneur qui l’habite. Il vaut la peine de lire la suite du chapitre 60 d’Isaïe pour saisir combien est forte l’espérance d’Israël en la révélation de Dieu qui illumine tout… « Le jour, tu n’auras plus le soleil comme lumière…le Seigneur sera pour toi lumière éternelle » (Is 60, 19). Dans cette cité de lumière qui aura « comme surveillants, la paix et comme gouvernants la justice, on n’entendra plus parler de violence » nous affirme encore le prophète (Is 60, 17-18). Oui, avec le peuple d’Israël, nous croyons en cette promesse d’une terre baignée de la lumière divine qui n’éblouit pas mais qui éclaire et transforme tout en justice et en paix.
L’évangéliste Matthieu qui raconte la venue des mages apportant leurs trésors d’or, d’encens et de myrrhe avait certainement cette vision d’Isaïe en arrière fond de sa compréhension. A Bethléem, non pas à Jérusalem, arrivent les nations pour rendre gloire à Dieu. En Jésus enfant, vénéré et adoré par ces hommes venus d’Orient, se manifeste la lumière de Dieu, non pas comme une lumière éblouissante et resplendissante, mais comme une étoile qui brille dans la nuit. En Jésus, Dieu se manifeste non comme celui qui éblouit, mais comme Celui qui guide au cœur des nuits humaines. Les mages sont ces témoins de la présence secrète, infime lumière divine, au cœur de nos recherches. En se prosternant devant cet enfant insignifiant aux yeux des hommes, ils nous entrainent à leur suite à nous prosterner devant cet enfant qui attend qu’on lui ressemble pour enfin ouvrir nos yeux.
Et tout le ministère de Jésus va consister à apprendre à ses contemporains à ouvrir les yeux sur cette lumière qu’il est et qu’il apporte. Sans éblouir, d’une manière profondément humaine, Jésus va manifester la grandeur et la magnificence de Dieu Lumière, en se faisant proche des pauvres, des malades, de ceux qui n’ont plus d’espérance. Et cette manière cachée et désarmée va le conduire à accepter, Lui la lumière, de s’éteindre, de se consumer totalement dans la mort. Alors apparaitra dans sa résurrection toute la beauté du feu divin qui l’habitait. Jésus a renoncé éblouir, en se laissant conduire tel un agneau à l’abattoir pour faire resplendir la lumière du pardon divin.
Et qu’en est-il de l’espérance d’Israël, exprimée par le prophète Isaïe, que Dieu soit la lumière qui illumine toute chose au cœur de Jérusalem ? L’auteur de l’apocalypse nous le laisse pressentir lorsqu’il parle de la Jérusalem nouvelle. Celle-ci n’a plus besoin « du soleil, ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine, : son luminaire c’est l’agneau. Les nations marcheront et y porteront leur gloire » … Frères et sœurs, cette Jérusalem nouvelle n’est-ce pas la cité que nous formons déjà aujourd’hui, l’Eglise de tous ceux qui se reconnaissent sauvés par le Christ ? N’avons-nous pas en Lui, le flambeau sûr pour guider nos pas. Agneau pascal, Agneau transpercé par amour nous, il n’éblouit pas mais il éclaire par la douceur de son amour et par l’assurance de son pardon. Souvent dans nos églises, malheureusement pas dans la nôtre, cela est signifié par la clé de voûte qui représente souvent un agneau de Dieu avec son étendard. Figure de l’Agneau, le flambeau de la Jérusalem nouvelle, qui éclaire par en haut…
Frères et sœurs, en cette eucharistie, laissons la lumière du Christ nous rejoindre. Offrons-lui nos vies, nos richesses pour nous en dépouiller. Et offrons-lui nos pauvretés pour le laisser les éclairer de sa grâce et de son pardon.
Année B - SAINTE MARIE MERE DE DIEU - 01.01.2024
Nb 6, 22-27 ; Ga 4, 4-7 ; Lc 2, 16-21
Homélie du Père Abbé Luc
Dans la scène évangélique que nous venons d’entendre, on peut imaginer le brouhaha de la situation : un nouveau-né dans une mangeoire, des bergers qui arrivent joyeux de raconter ce qui leur a été annoncé, et qui repartent en chantant les louanges de Dieu. Il y a aussi d’autres personnes, des témoins dont on nous dit qu’ils s’étonnaient de ce que racontaient les bergers. Etaient-ils nombreux ? On ne sait, mais l’évangéliste nous laisse imaginer que chacun devait y aller de son commentaire. Un peu comme aujourd’hui encore autour d’un nouveau-né, on peut s’extasier du fait qu’il ressemble à son père, ou bien non « que c’est sa mère tout cracher ! » … Ici, les commentaires semblent porter davantage sur l’identité étonnante que les bergers affirment avoir reçue des anges, et qu’on a entendu la nuit de Noël : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui le Christ, le Seigneur ». Autour des commentaires sur l’identité étonnante de cet enfant, devait aussi se poser la question de son nom. Or on nous laisse entendre que pour le moment, il n’a pas reçu encore son nom. Il ne lui sera donné que quelques jours après au moment de la circoncision.
Au milieu de ce joyeux brouhaha, l’évangéliste Luc place Marie au centre et semble nous inviter à nous mettre à sa place, à regarder les choses comme elle le fait. Elle accueille ces évènements et ces personnes, et elle médite ce qu’elle voit et ce qu’elle entend. Elle ne devait pas être muette, et en même temps il nous est suggéré qu’elle devait être très discrète, surtout accueillante et en capacité de prendre de la distance pour méditer, comprendre ce qui se passe… Comprendre cette naissance et ce qu’on en dit qui confirme ce qu’elle a, elle-même, entendu lors de la venue de l’ange Gabriel, 9 mois auparavant.
Frères et soeurs, en ce début d’année, nous pouvons peut-être apprendre de Marie, la bonne attitude pour nous situer face à tous les évènements que nous allons vivre, certains que nous avons soigneusement prévus et d’autres qui vont nous déborder complètement. Pouvoir les accueillir tous, pouvoir entendre les paroles qui nous seront dites pour les éclairer, et pouvoir prendre du recul dans la méditation et dans la prière pour les comprendre, pour les prendre avec nous et trouver leur sens profond pour notre vie. Car à travers tout ce que nous vivrons, c’est le mystère de la Vie qui s’offre à nous et qui ne demande qu’à être dévoilé. Mystère qui nous englobe et face auquel nous sommes toujours en partie aveugle. Dans la lumière de la foi, nous croyons que ce mystère de la Vie est accompagné, guidé, illuminé par la personne de Jésus, par son enseignement et par sa mort et sa résurrection. Nos vies greffées sur la sienne depuis notre baptême reçoive une lumière qu’Il nous faut sans cesse découvrir et laisser grandir dans notre quotidien le plus banal… Accueillir la Vie du Christ dans nos vies pour faire de nos vies, des vies vraiment chrétiennes, des vies d’enfant de Dieu. Avançons-nous dans cette année, tel des sourciers qui cherchent une source. Nous avons en nos mains deux baguettes qu’il faut laisser se croiser pour laisser jaillir la source, le sens. La première baguette est l’écoute des autres et des évènements. La seconde est la méditation, la prière, l’écoute de la Parole de Dieu, la liturgie. Laissons se croiser nos deux baguettes. Confions nous à l’intercession, de Marie, Mère de Dieu qui prie pour nous pécheurs…
Année B - Sainte Famille - 31 décembre 2023
Gn 15, 1-6 ; 21, 1-3; He 11, 8.11-12.17-19 ; Lc 2, 22-40
Homélie du F. Hubert
La Sainte Famille : une famille « tranquille et heureuse » ?
Heureuse, oui, au plus profond, car toujours dans la vérité, dans le oui à la vie,
dans le oui au projet de Dieu, qui est inséparablement le bonheur de chacun et de tous,
donc de cette petite famille de trois personnes et de l’humanité entière :
la vie de cette famille, à la fois tellement unique, particulière, et pleinement humaine,
a été totalement offerte pour que l’humanité soit tout entière sauvée du mal
et partage la vie et le bonheur de Dieu !
Le bonheur de Dieu, c’est de communiquer la vie,
et la Sainte Famille a communiqué la vie au-delà de tout ce que l’homme peut concevoir.
Elle a été heureuse de la vie reçue et partagée.
Famille heureuse ? oui.
Tranquille ? Sûrement pas.
Donner la vie dans notre monde, blessé par le péché, passe par l’épreuve
et la mort douloureuse à soi-même.
La Saint Famille est passée par le feu des épreuves.
Marie et Joseph ont été bouleversés par l’annonce de la naissance du Messie :
elle était tant attendue par le peuple élu, mais qu’elle ait lieu chez eux, en eux, au creux de leur amour ?
Que ce Messie prenne chair de Marie,
que Joseph constate la grossesse de celle qui lui était promise,
que l’Esprit Saint se saisisse de leur vie à tous deux, au-delà de toute mesure ?
Quels bouleversements intérieurs ! quels bouleversements dans les relations !
Et cette prophétie de Syméon : « Ton âme sera traversée d’un glaive » ?
Et ce fils, , bébé, qu’Hérode veut tuer, cet exil en Egypte à cause du danger de mort…
Et Jésus qui leur échappe, âgé de 12 ans, les laissant dans l’angoisse et l’incompréhension ?
De Jean-Baptiste, on disait : « Que sera cet enfant ? »
Combien Marie et Joseph ont dû se poser cette question au sujet de Jésus !
« Dieu lui donnera le trône de David son père ; son règne n’aura pas de fin » : comment cela se fera-t-il ?
Le temps passe : Jésus reste 30 ans à Nazareth, charpentier avec son père puis à sa suite…
Qu’en est-il donc de l’annonce de l’ange ?
Messie ? Roi sur le trône de David ? Comment ?
Quand Jésus sort de son silence, il quitte la maison pour sillonner les routes, attirant les foules,
attirant de multiples oppositions, jusqu’à être rejeté comme maudit et cloué sur une croix ?
Sa longue montée, de la Galilée à Jérusalem, sera celle de l’offrande de sa vie,
de sa passion d’amour pour son Père et pour l’humanité. Elle sera son chemin de croix, son chemin pascal.
Marie, aura le cœur transpercé, au pied de la croix de celui qu’elle a mis au monde avec tant d’amour…
Des tentations au désert au supplice de la croix, en passant par l’abandon de beaucoup qui ne supportent plus sa parole, l’épreuve jalonne tout le chemin de Jésus adulte.
Quelle confiance leur aura-t-il fallu à tous les trois, Marie, Joseph et Jésus, pour ne pas perdre pied,
ne pas fuir, ne pas déserter, ne pas se révolter ? Ne pas suivre les sirènes du repli sur soi ?
Mystérieux accord de leurs volontés à celle de Dieu, mystérieuse guidance, absolue, de l’Esprit Saint.
Famille sainte, parce qu’adhérant totalement au projet de Dieu, dans leurs vies pleinement humaines.
« Ne crains pas, Abram !
Ne crains pas, Joseph, fils de David !
Sois sans crainte, Marie »
Ces paroles sont aussi pour nous aujourd’hui.
Le Seigneur est avec nous. C’est lui notre bouclier.
C’est lui notre récompense.
Sa victoire sera notre récompense. Sa victoire sera notre victoire.
Ne craignons pas, de la crainte qui empêche Dieu d’agir,
qui empêche la réalisation des merveilles de Dieu.
Ne craignons pas de la crainte qui paralyse.
Faisons confiance. Comme Joseph, Marie et Jésus.
Ayons foi en la promesse de Dieu. Ayons foi en la parole de Dieu.
« Ta parole, Seigneur, est la lumière de mes pas. »
Abraham obéit à l’appel de Dieu … il partit sans savoir où il allait.
Il a fait confiance, il a donné foi à l’appel de Dieu,
à l’accomplissement d’une promesse dont il ne savait rien.
Abraham, nomade, est parti à pied.
Marie et Joseph sont partis pour un long voyage intérieur.
Marie a fait confiance à la parole de l’ange : « Qu’il me soit fait selon ta parole ! »
Joseph a fait confiance à la voix de Dieu perçue en songe :
« Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse :
l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. »
Jésus a fait confiance à la parole intime de son Père : « Tu es mon Fils bien-aimé en qui j’ai toute ma joie. »
Il a repoussé les suggestions mensongères de Satan.
L’Esprit Saint, en chacun d’eux, aura réalisé cette merveille de la confiance,
cette confiance annihilée par le péché.
La Sainte Famille n’a pas eu une vie tranquille, à l’abri des épreuves,
mais en adhérant au projet d’amour de Dieu, elle a reçu la plénitude du bonheur.
Grâce au oui de chacun, le Christ, vainqueur, ramène l’humanité sauvée, à son Père.
Sa descendance sera plus nombreuse que les étoiles du ciel.
Puissions-nous, avec le Christ entrant dans le monde, avec Marie et Joseph, dire en vérité :
« Me voici pour faire ta volonté. »
et encore : « Mon cœur incline à pratiquer tes commandements : c’est à jamais ma récompense. »
Que nous soyons heureux de notre oui à la vérité de Dieu, à sa vie !
Bonne année nouvelle, frères et sœurs, que l’Esprit soit sur nous !
Année B - Messe du jour de NOËL 25 décembre 2023
Is 52/7-10, Heb 1/1-6, Jn 1/1-18.
Homélie du Frère Cyprien
Chers sœurs et frères, notre joie est grande, en ce jour de Noël ; nous nous associons à l’Eglise universelle, nous nous associons à tous les chrétiens pour exulter à l’unisson : « Il est né le divin Enfant, chantons tous son avènement ». Chantons ! oui, chantons en harmonie avec la troupe céleste : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux… » …
En naissant comme homme dans une pauvre mangeoire, Dieu s’offre en nourriture à tous ceux qui ont faim de justice et d’amour. « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés ».
Noël c’est la victoire des petits et des humbles sur les velléités de puissance… puissance comme celle d’Hérode : il trônait sur Jérusalem, ignorant qu’un petit enfant de Bethléem allait le faire trembler.
En naissant humble, dépouillé, abaissé, Oui, Dieu nous surprend : « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles ». Noël, c’est l’enfant de la crèche qui dira qu’il n’a pas d’endroit où reposer la tête, … c’est Celui qui attire à lui les bergers et les mages, qui attire les petits comme les savants. Tous ils accourent vers Celui qui a le visage de Dieu au milieu de nous…Et tous sont reçus avec le même égard, le même amour… l’amour infini !
Noël, c’est l’homme appelé à une vie de partage, à une vie de solidarité en se détournant de l’abondance provocante, en se détournant du profit mal acquis.
En effet ils sont nombreux autour de nous, les précaires, les sans-abri, les sans voix. Noël nous apprend à les regarder, à les aimer : aujourd’hui ils ont la faveur de Dieu. Ils retrouvent un visage humain, comme ce Zachée collaborateur des Romains et bandit : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
Chers frères et sœurs, Noël, c’est l’humanité en quête d’unité, entrainée dans le sillage de ce nouveau-né ; il prendra les routes de nos existences, « sans bâton, ni sac, ni pain, ni argent », exigeant que la fraternité universelle renouvelle les relations, ces relations entre personnes qui sont si souvent perturbées par l’égoïsme… Oui, il dira en priant la veille de sa mort : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé ».
Noël, c’est nous, lorsque nous décidons librement et résolument de mettre notre foi en cet enfant qui ouvre des chemins nouveaux. Chemins nouveaux… pour que la Bonne Nouvelle soit entendue par tous les chercheurs de Dieu, chemins nouveaux avec le respect de la liberté de chacun, le respect de la conscience de chacun.
Chers sœurs et frères, Noël, c’est l’aujourd’hui de la réalisation de promesses tant attendues : que notre foi soit assez vive pour reconnaitre le Sauveur du monde en cet enfant, Jésus, né à Bethléem, né de Marie de Nazareth. Oui : « Il est né le divin enfant, chantons tous son avènement. » AMEN.
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Année B - 4e dimanche Avent, 24 décembre 2023
— 2 S 7, 1...16 ; Rm 16, 25-27 ; Lc 1, 26-38
Homélie du F. Charles Andreu
Regarde, j’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile. Nous partagerions volontiers les scrupules du roi David. L’arche de Dieu ne mérite-t-elle pas un palais, un temple solide et magnifique ? Et pourtant le Seigneur refuse que David lui construise quoi que soit ; il préfère vivre sous la tente. Cette curieuse préférence divine habite encore le mystère de Noël : Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous chanterons-nous bientôt, mais le sens original des paroles est plus précis : le Verbe s’est fait chair, et il a planté sa tente parmi nous. De fait, si rien ne dit que Jésus ait effectivement vécu sous la tente, son ministère a été une longue itinérance, l’itinérance de qui n’a pas de maison.
La tente ou la maison ? La préférence du Seigneur nous dit sa manière d’être au monde : s’il demeurait dans une maison, il nous faudrait venir à lui ; s’il campe sous la tente, il peut toujours venir à nous. Viens Seigneur Jésus, avons-nous chanté durant tout l’Avent ; ce soir, à Noël, il ne cesse pas de venir ; au contraire, il habite notre monde comme celui qui vient. Tant de gens se sentent loin de nos temples de pierre ; mais nul n’est trop loin de celui qui peut nous rejoindre, où que nous soyons, car il habite le monde en pèlerin.
La tente ou la maison ? Nous aimons bien, quant à nous, jouer les architectes, construire des murs. Des murs magnifiques sans doute, qui prétendent honorer le Seigneur, mais qui sont finalement une manière de l’assigner à résidence : murs d’une théologie qui se crispe sur ses positions et son langage, qui censure l’audace de rejoindre la vie, les attentes et la créativité de nos contemporains ; murs d’une morale binaire du permis/défendu derrière lesquels se retranche la peur de s’exposer à la complexité du réel. Que le Seigneur lui-même sorte de ses murs, qu’il plante sa tente hors les murs, et nous voilà perdus, scandalisés, comme le furent les pharisiens : cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! Chacun peut se demander : qui sont ceux auprès de qui je considère que le Seigneur ne devrait pas aller, du moins tant qu’ils n’ont pas fait un chemin que je serais moi-même incapable de faire ?
La tente ou la maison ? L’alternative ne concerne pas simplement le Seigneur : depuis notre baptême, la tente du Seigneur, le lieu où il demeure, c’est nous-même. Regardons Marie, dans l’évangile. En elle habite le Fils du Très-Haut, à qui Dieu donnera le trône de David ; reste-t-elle à attendre qu’on vienne à elle, qu’on lui construise un palais ? Non, elle s’en va, elle part à la rencontre de sa cousine Élisabeth. Et elle ne part pas pour être servie, mais pour servir, pour honorer ainsi ce que le Seigneur a déjà fait chez sa cousine, et que l’ange vient de lui apprendre. Être la tente qui porte le Seigneur à nos frères et sœurs, suppose, paradoxalement, d’accepter d’être précédé par lui. La mission, ou même le service fraternel, ne peut être un don que si elle est d’abord émerveillement, reconnaissance de la présence et de l’action du Seigneur en l’autre, même, et peut-être surtout, chez ceux que nous jugeons loin de lui. Sinon, elle est une condescendance qui ennuie, ou qui blesse.
La tente ou la maison ? La tente du Seigneur, c’est aussi l’Église, appelée à être présence du Seigneur en ce monde. Ici encore, nous aimons faire de cette humble tente un édifice grandiose. Certes, dans le jeu des métaphores bibliques, l’image de l’Église comme construction existe bel et bien, mais comme un appel à la communion, et pas à la pétrification de la vie. De la tente, nous redoutons la pauvreté fragile et exposée ; mais peut-être est-elle plus sûre qu’on ne croit : quand la terre tremble, il est plus sûr de vivre sous la tente que sous les voûtes d’une cathédrale. Aujourd’hui où l’Église est effectivement ébranlée, où tant de murs se lézardent, la tentation est grande de toujours chercher à colmater les brèches, à étayer et épaissir des murs qui nous enfermeront finalement dans une sorte de bunker. Or peut-être le Seigneur nous invite-t-il au contraire à retrouver le goût de vivre sous la tente : proximité humble offerte à tous, reconnaissance du Seigneur qui nous précède en chacun.