Homélies
Liste des Homélies
Année B - 13e dimanche ordinaire - (30/06/2024)
(Sg 1, 13-15 ; 2, 23-24 – Ps 29 – 2 Co 8, 7.9.13-15 – Mc 5, 21-43)
Homélie du F. Jean-Louis
Frères et sœurs,
Les lectures que nous venons d’entendre sont parcourues par la force impressionnante de la vie. Et il me semble bon de nous ressourcer dans ces textes en une époque où la mort semble triomphante au point peut-être de nous faire douter ou de nous rendre sceptiques.
D’emblée, la première lecture est claire et ferme : « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants ; la puissance de la Mort ne règne pas sur la terre car la justice est immortelle. » Et le texte poursuit en affirmant que « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité », pour la vie éternelle et que c’est par jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde.
Bien sûr, la mort dont il s’agit peut-être entendue comme la mort physique mais, sans la mort physique, la vie ne serait pas possible, n’en déplaise aux transhumanistes d’aujourd’hui. Le renouvellement des générations est nécessaire à la permanence de la vie et je pense que l’auteur du Livre de la Sagesse en était bien conscient. Ainsi, la mort dont il s’agit ici peut surtout être entendue comme la mort spirituelle causée par le péché introduit dans le monde par le diable, selon le récit du début de la Genèse. Ce péché a introduit une rupture entre les êtres humains, une rupture, une méfiance de l’homme envers Dieu au point de rendre ce dernier responsable de la mort. Ce passage du Livre de la Sagesse nous rappelle que, face à la mort, la justice de Dieu est immortelle et que, pour le croyant, la mort physique n’est pas plongée dans le néant mais passage vers Dieu qui est la Vie. C’est le projet de Dieu : nous conduire à la vraie Vie par-delà la mort, et nous la faire connaître.
Ce projet, le Christ le réalise dans l’évangile de ce jour qui est un hymne à la vie. Cet évangile est bien dans la ligne de la première lecture. Il prend en compte le réel de la maladie et de la mort tout en nous montrant que le Christ est venu libérer l’humanité de ces malédictions. Mais ce qui est déterminant, dans les deux épisodes de cet évangile, c’est la foi. Foi de la femme victime de pertes de sang qui la rendent impure pour les rites religieux (c’est une forme de mort sociale) et foi du chef de synagogue se tournant vers le Christ, espérant pour sa fille quoiqu’il arrive.
La foi de ces deux personnes contraste avec l’attitude des gens qui les environnent : la foule, dont les disciples, évidemment totalement inconscients de ce qui s’est passé entre la femme et Jésus, et les gens de la maison de Jaïre qui ont perdu tout espoir à la mort de la jeune fille. Ainsi, la vie jaillira de la foi, guérison pour la femme, guérison reconnue par le Christ comme œuvre de la foi, et résurrection de la fille de Jaïre lui qui n’a pas craint mais cru, à la demande du Christ : « Ne crains pas, crois seulement. »
La foi, source de vie, la foi qui nous permet de ne pas voir Dieu comme l’auteur des drames qui peuvent nous toucher mais comme celui qui, par son Fils, fait jaillir la vie quand tout semble perdu.
La fin de la vie terrestre de Jésus prendra le même chemin que celui des deux acteurs de l’évangile de ce jour. Le Christ aura à être plongé dans la mort, abandonné de tous, ou presque, pour ressurgir vivant, au jour de Pâques, grâce à sa foi, sa confiance et sa fidélité au Père. La solidarité avec nous de Dieu en Jésus Christ est absolument totale. Ne l’oublions-nous pas parfois ?
« Ne crains pas, crois seulement », cette parole, le Christ ne l’a-t’il pas entendue à son tour lors de son « agonie » -comme nous disons- au jardin des Oliviers, à la veille de sa Passion ?
Cette vie, nous la retrouvons sous une autre forme dans la seconde lecture de ce jour. Paul invite la communauté et les autres Églises qu’il a fondées, à récolter de l’argent pour venir en aide à l’Église de Jérusalem. C’est sans doute très concret, mais ne s’agit-il pas de transmettre également un courant de vie à travers l’Église ? N’est-ce pas au nom de la foi commune que chaque communauté agit pour venir en aide aux autres ? Il s’agit d’un don source de vie.
Dieu veut la vie, évitons de le rendre responsable du mal et de la mort au risque de nous détourner de lui. La mort, réalité biologique incontournable, la seule certitude que nous ayons en notre vie, a été vaincue au matin de Pâques et si, dans sa dimension physique, elle demeure, sa signification en est complètement changée par la résurrection du Christ car elle est désormais passage vers Dieu, même si, bien sûr, et ce n’est pas à négliger, la douleur de la séparation, très vive et très compréhensible, demeure. Mais notre foi nous dit qu’elle n’aura qu’un temps.
Si, dans la foi, nous en sommes convaincus, si nous l’espérons, alors nous pouvons reprendre les versets du psaume chanté tout à l’heure : « Tu as changé mon deuil en une joie, mes habits funèbres en parure de joie. » Il ne s’agit pas de fuite, de déni de la mort, mais d’un saut dans la foi au-delà des apparences. C’est le message de ce dimanche, de tous les dimanches.
Frères et sœurs, Dieu nous appelle à la vie et chacun de nos actes peut être dans le sens de la vie si nous savons nous tourner vers lui et nous mettre à son écoute dans l’Esprit Saint. Sachons laisser de la place au Christ dans notre vie, dans les choix que nous y faisons. C’est la foi qui nous fera vivre en vérité, qui nous fera trouver les moyens concrets pour être à notre tour porteurs de vie à la suite du Christ.
Frères et sœurs, nous le savons, nous vivons et allons vivre ces jours et ces semaines qui viennent, des moments importants pour la vie de ce pays. Des choix nous sont proposés. Sachons poser un choix qui soit porteur de vie, pas que pour nous mais pour le bien commun de notre société. Nous avons là aussi à donner la vie. Au fond de notre cœur, si nous osons y descendre, nous trouverons les ressources pour un choix ouvert et généreux.
AMEN
B -Nativité de Jean-Baptiste - 24 juin 2024
Is 49 1-6 ; Ac 13 22-26 ; Luc 1 57-66.80
Homélie du F. Jean-Louis
Saint Jean-Baptiste (24/06/2024)
« Il s’appellera Jean », c’est-à-dire « Le Seigneur fait grâce. »
Le dernier prophète de l’Ancien Testament ouvre une ère nouvelle mais qui s’enracine bien dans le Premier Testament, et les deux premières lectures de la messe nous le disent bien. Le passage d’Isaïe entendu a été considéré par les chrétiens comme désignant Jean le Baptiste et Paul, dans le Livre des Actes des Apôtres, montre bien que Jean a préparé la venue du Christ, de Jésus.
Jean, appelé par Jésus « le plus grand des enfants des hommes, Jean, le Précurseur, qui a tressailli d’allégresse dans le ventre de sa mère à l’approche du Sauveur. Il a désigné l’Agneau de Dieu après avoir prêché, comme le Christ plus tard, l’urgence de la conversion. Jean, qui a baptisé l’auteur du baptême, qui a donné sa vie comme témoignage suprême rendu au Christ. Mais aussi Jean, qui a vu ses disciples, dont André&, le frère de Simon-Pierre, se détacher de lui pour rejoindre le Christ. Jean qui, en prison, enverra des disciples demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »
Comme le disait la lecture entendue cette nuit aux Vigiles, un texte du P. Albert-Marie Besnard : « Le plus grand des prophètes a été traité par le Dieu, qui pourtant l'aimait, comme le moindre dans le Royaume n'a jamais été traité. Ce privilégié du Seigneur n'a d'aucune manière été choyé par le Seigneur. Prophète de l'Attente, prophète du renoncement, il a été, c'est vrai, comblé dans son renoncement en ayant entendu la « voix de l'Epoux », mais cette voix ne s'adressait même pas à lui et l'Epoux ne vivait que pour d'autres... Sa figure pourrait nous apparaître, si nous ne nous doutions de l'inconcevable amour de Dieu pour cet homme effacé, comme la seule figure tragique de toute l'histoire du salut... mais nous pouvons à peine soupçonner de quelle gloire le Seigneur a dû envelopper son serviteur, l'humble Prophète du Jourdain. »
À une époque où l’Église peut avoir l’impression de prêcher dans le désert, la figure de Jean le Baptiste peut nous aider à garder confiance, à rester fidèle au Dieu fidèle.
AMEN
B - 12° dimanche du Temps Ordinaire - 23 juin 2024
Job 38 1.8-11; 2 Co 5 14-17 ; Mc 4 35-41
Homélie du F. Vincent
Les textes bibliques de ce dimanche nous invitent à passer de la peur à la confiance. Nous savons tous que cela n’est pas facile, surtout quand nous sommes affrontés à des tempêtes. La première lecture nous parle de Job quand il se trouve douloureusement éprouvé par le mal. Il reproche à Dieu de rester muet devant la souffrance qui lui est infligée et qui lui paraît injuste ; mais Dieu lui répond en affirmant sa puissance sur la mer, et, à travers elle, sur tout ce qui détruit l’homme. La suite de ce récit nous montrera que Job va retrouver une situation bien plus belle que celle qu’il avait au début.
Ce cri de souffrance est toujours d’actualité : des hommes, des femmes et des enfants sont douloureusement éprouvés par la maladie, la pauvreté, la famine. Beaucoup n’ont plus la force de crier vers le Seigneur ; nous pouvons le faire en leur nom. Ce cri est une prière que Dieu entend. La bonne nouvelle c’est qu’il ne nous laisse pas désespérés. Il ne cesse de venir vers nous.
Toutes ces souffrances qui accablent notre monde, le Christ les a prises sur lui ; c’est la grande découverte de Paul : Jésus est mort pour tous les hommes en portant le poids de leur mal ; nous ne devons plus rester centrés sur nous-mêmes mais sur lui qui est mort et ressuscité pour nous. Notre priorité absolue doit être d’accueillir cette vie nouvelle qu’il nous a obtenue par sa Passion et sa mort ; c’est une vie essentiellement caractérisée par un immense amour.
Dans l’Évangile, nous voyons que c’est cet amour qui pousse le Christ vers “l’autre rive”. Pour comprendre cette décision, nous devons comprendre qu’il ne s’agit pas seulement de l’autre côté du lac. C’est d’abord celle du monde païen. Jésus veut le rejoindre là où il en est. Il veut le libérer des puissances du mal et lui annoncer la bonne nouvelle de l’Évangile. C’est une manière de dire qu’il n’est pas venu pour le seul peuple d’Israël mais aussi pour tous les hommes du monde entier. Il veut que tous aient la vie en abondance.
Mais au moment de la traversée, les puissances du mal se déchaînent pour faire obstacle à cette annonce de l’Évangile. Elles veulent engloutir la barque de la Parole pour l’empêcher d’atteindre cette autre rive. Ce qui est étonnant dans cet évangile, ce n’est pas la peur des disciples ni leur crainte quand ils reconnaissent Jésus comme Dieu. Le plus surprenant c’est la question qu’il leur pose : “Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ?
Quand on se trouve sur un bateau mal maîtrisé, face à une violente tempête, on a vite fait d’avoir peur. Quand saint Marc écrit son évangile, il s’adresse à des chrétiens persécutés. L’Église est un peu comme la barque de Pierre en train de couler. Ils ont l’impression que Jésus dort. Alors, ils l’appellent au secours : “Seigneur, sauve-nous ; nous périssons.” Et dans son Évangile, Marc leur rappelle ce qui s’est passé autrefois avec Jésus et les Douze sur la mer. Ils étaient complètement désemparés par la violente tempête qu’ils ont dû affronter. Mais avec Jésus, les puissances du mal n’ont jamais le dernier mot.
Cet évangile est une bonne nouvelle pour notre Église et notre monde affrontés aux tempêtes de la vie. C’est surtout un appel à la foi. Le Seigneur marche à nos côtés. Il est sur la barque de Pierre. Depuis le matin de Pâques, nous sommes passés sur “l’autre rive” celle de la “re-création” du monde. Désormais, plus rien n’est comme avant. Nous vivons de la vie nouvelle du Ressuscité. Cette vie doit être remplie de solidarité, de partage, de justice. Désormais, nous pouvons vivre comme le Christ, non pour être servis mais pour servir. Nous pouvons affronter les mêmes combats que lui pour maîtriser toutes les tempêtes des hommes, celles du mal et de la haine sous toutes ses formes. Avec lui, nous sommes assurés de la victoire.
Le Seigneur est toujours là au cœur de nos vies. Son Eucharistie nous le rappelle. Quelles que soient les tempêtes, et même s’il semble dormir, il veille sur nous comme sur son bien le plus précieux. Il est proche de nous, en nous. Il est notre lumière et notre salut. Rien ne saurait nous séparer de son amour.
(Sources diverses)
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10e dimanche TO, année B - 09-06-2024
– Gn 3, 9-15 ; 2 Co 4, 13 – 5, 1 ; Mc 3, 20-35
Homélie du F. Charles Andreu
Adam, où es-tu ? La première lecture a mis sur la bouche de Dieu une bien étrange question : question d’un Dieu désemparé, d’un Dieu qui cherche, d’un Dieu qui ne sait pas. Dieu ne sait pas où est l’homme, Dieu ne sait pas ce qui s’est passé dans le jardin. Nous sommes tellement habitués à entendre parler d’un Dieu qui voit tout, qui sait tout, qui comprend tout ! Et pourtant ce récit nous invite à méditer sur le Dieu qui ne sait pas.
Ce que Dieu ne sait pas, ici, c’est le péché de l’homme. Contrairement à une image tenace, Dieu ne passe pas son temps à nous épier, à compter nos fautes, nos refus. Le livre de la Genèse force le trait jusqu’à la désinvolture : Dieu a mieux à faire ; il se promène dans le jardin. Cela ne veut pas dire qu’il se désintéresse de nous. Au contraire, il désire la relation : si nous nous cachons, il est désemparé, il nous appelle. Le Seigneur nous aime. Et parce qu’il nous aime précisément, il ne nous traque pas, ne nous contrôle pas, il nous appelle.
Adam, où es-tu ? Dans la Règle de saint Benoît, la première parole du Dieu qui appelle est encore une question : Quel est celui qui veut la vie, et désire des jours heureux ? Dieu ne s’interroge pas d’abord sur notre péché, mais sur notre désir : manière bien plus radicale de demander Adam, où es-tu ? Car d’une certaine manière, nous sommes là où est notre désir.
À nouveau, ce Dieu qui ne sait pas nous libère de l’idole d’un Dieu qui veut tout contrôler, qui aurait tout décidé à l’avance, du haut de son éternité ; d’un Dieu-sphynx dont la volonté est une sorte d’énigme qu’une vie entière ne suffit pas à déchiffrer, et avec quelle angoisse : nous sommes lents à comprendre, lents à faire le bien, lents à nous libérer du mal, et donc nous sommes toujours en retard, toujours en faute devant le projet trop parfait pour nous d’un Dieu « jamais content ».
Mais le Dieu qui ne sait pas interroge d’abord notre désir, et pas notre obéissance. Il ne désire pas à notre place, ce qui serait une sorte de viol ; il se tient à la porte, il frappe : nous seuls pouvons lui ouvrir ce désir qu’il ne sait pas, et que pourtant il pourra comprendre mieux que personne. Alors notre désir peut rencontrer son désir, dans une alliance d’amour ; alors ce désir d’abord flou, avec ses illusions, ses erreurs, se travaillera, se purifiera dans une quête rude et vivante, dont Dieu ne sait pas plus que nous-mêmes l’issue, car nous la cherchons ensemble. Mais connaissons-nous notre désir profond ? La première exigence du discernement serait peut-être d’apprendre à connaître son désir, à ne pas le suspecter comme une faute, à le travailler en lien avec le désir de Dieu et de nos frères.
Adam, où es-tu ? Le Dieu qui ne sait pas devrait aussi nous apprendre à aborder nos frères avec la même attitude, la même question – où es-tu ? – c’est-à-dire comme un mystère qui nous échappe, sur lequel nous n’avons pas prise.
C’est peut-être le problème qui se joue dans l’évangile de ce dimanche. La famille de Jésus s’inquiète : il a perdu la tête… Littéralement, le texte dit : il est sorti de lui-même. Mais Jésus est-il sorti de lui-même, ou sorti de ce que ses proches croient savoir de lui, sorti du savoir des scribes ? Jésus a été rejeté par ceux qui savaient trop bien où il devait être, mais ne lui ont jamais demandé : Christ, nouvel Adam, où es-tu ?
De même, dans toute relation humaine, nos prétentions à savoir qui est l’autre doivent céder devant cet où es-tu ? qui laisse l’autre dire qui il est, trouver son désir et le donner. Paradoxalement, ce sont nos prétentions à connaître l’autre, plus que nos ignorances, qui engendrent violence, jugement, emprise. « Tu sais comment il est ! » entendons-nous parfois – « Non, je ne sais pas. Et, c’est parce que je ne sais pas que je peux réellement entrer en relation avec ce frère, l’aimer en vérité, l’accueillir dans la surprise aimante de ce qu’il est et de ce qu’il me donne ».
Adam, où es-tu ? Puissions-nous entrer peu à peu dans la lumière du Dieu qui ne sait pas.
SACRE CŒUR - 07 juin 2024
Os 11, 1, 3-4, 8c-9 ; Ep 3, 8-12, 14-19 ; Jn 19, 31-37
Homélie du Père Abbé Luc
Frères et Sœurs,
Avec les lectures entendues, nous avons comme trois approches du mystère de l’Amour de notre Dieu pour nous, à travers les images d’un cœur retourné, d’un cœur transpercé, d’un amour aux dimensions cosmiques.
Dans la première lecture tirée du prophète Osée, nous avons entendu une expression unique en son genre qui est forte et qui est mise dans la bouche de Dieu : « mon cœur se retourne contre moi ». Tout d’abord on peut s’étonner de l’audace du prophète pour décrire ainsi les sentiments de Dieu en un langage si humain. Il ne fait cependant que s’inscrire dans toute la tradition biblique qui n’hésite pas à prêter à Dieu une bouche, des mains, des oreilles, et ici un cœur. Le Dieu auquel croit Israël est à la fois ce Dieu dont on ne peut faire aucune image, et à la fois ce Dieu si proche, que pour décrire l’alliance qui se noue avec lui, on n’hésite pas à lui prêter des sens et des membres humains, comme pour mieux manifester combien la relation s’établit très concrètement entre Dieu et l’homme. Ainsi dans le texte entendu du prophète Osée, le cœur de Dieu se retourne contre lui pour ne pas laisser libre court à sa colère contre Israël qui se montre si distant et récalcitrant à toutes les marques d’amour et de tendresse que le Seigneur lui a prodiguées. Une note de la Bible de Jérusalem relève que le verbe utilisé pour « se retourner » est très fort et qu’il est le même utilisé à propos du châtiment infligé à Sodome et Gomorrhe en Genèse, où l’on nous dit que Dieu « renversa les villes et la végétation du sol » (Gn 19, 25). Et le commentateur d’ajouter : « Osée laisse entendre que le châtiment envisagé est comme vécu d’avance dans le cœur de Dieu ». Plutôt que de faire porter à Israël les conséquences de son péché, Dieu les prend en son cœur.
L’évangile nous place devant Jésus mort. Il vient d’expirer. Alors que s’achèvent les préparatifs du Sabbat, il est déjà entré dans le grand repos de la mort. Les soldats font les basses besognes de sorte que tous puissent célébrer le Sabbat et la Pâque sans avoir sous les yeux ces cadavres qui troublent la bienséance. Devant Jésus mort, un bref coup de lance suffira. L’Ecriture s’accomplit, et un signe s’offre alors : « Et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau ». La tradition johannique relira plus tard ce signe comme le témoignage ultime de ce qu’a été toute la Vie de Jésus : un don total pour que le monde ait la vie. Ce don jusqu’au bout du sang versé et de l’eau répandue préfigure le don de l’Esprit et le don des sacrements. A travers ces derniers, l’Eglise célèbrera et recueillera jusqu’à la fin des temps, le don de l’Amour sans mesure du Christ Epoux pour son Epouse. Devant le cœur transpercé de Jésus, nous contemplons ainsi l’instant unique où est scellé l’amour du Christ pour nous et cet instant unique où s’enracine le déploiement de son amour diffusé à travers les sacrements.
St Paul dans la seconde lecture, en utilisant le langage de la philosophie stoïcienne, entrevoit les dimensions cosmiques de l’amour du Christ, ressuscité, un amour qui dans sa largeur, sa longueur, sa hauteur et sa profondeur surpasse toute connaissance… Un amour immense qui s’étend aux dimensions du monde et cependant un amour habite nos cœurs par notre foi. Un amour expérimenté par chacun, un amour qui s’enracine en nous pour faire entrer dans toute la plénitude de Dieu… N’est-ce pas une expérience semblable que Ste Marguerite Marie a faite à travers les apparitions dont elle a été gratifiées, à Paray… Elle a pris alors la mesure de l’Amour sans mesure du Christ Ressuscité dont le cœur « passionné d’amour pour les hommes » ne pouvait plus « contenir les flammes de son ardente charité ». Elle fait l’expérience de l’Amour du Christ qui désire vivre une intimité d’amour avec chacun, pour mieux faire connaitre et répandre sur tous ses « trésors d’amour, de miséricorde, de grâce… »
Frères et sœurs, les textes de cette fête nous plongent dans ce grand mystère de l’Amour du Christ Ressuscité pour nous. Avec Ste Marguerite Marie, nous pouvons entendre qu’Il nous aime tellement qu’il désire nous voir prendre au sérieux cette relation avec lui pour notre plus grand bonheur. En célébrant cette eucharistie, laissons le mystère de sa mort et de sa résurrection dont nous faisons mémoire nous faire entrer plus avant dans sa Vie. Accueillons l’amour que le Christ vivant nous offre. Faisons lui l’honneur de nous laisser aimer par lui, pour mieux l’aimer à notre tour.
année B - Homélie de la fête du Corps et du Sang du Christ (2/06/2024) -
(Ex. 24,3-8 ; Héb. 9,11-15 ; Mc 14,12…26)
Homélie du frère Guillaume
Frères et sœurs,
Les 3 lectures choisies pour la liturgie de cette fête du Saint Sacrement, de l’Eucharistie mentionnent et la réalité du sang. Sang du sacrifice animal (des taureaux) que Moïse verse pour une moitié dans des coupes, sur l’autel, et dont il asperge le peuple, pour l’autre moitié. C’est le Sang de l’Alliance conclue avec le Seigneur pour un sacrifice de paix, inséparable de l’écoute de Sa Parole. Dans l’épitre aux Hébreux, il n’est plus question de sacrifices de boucs ou de jeunes taureaux, mais du sacrifice du Christ en personne qui a répandu son propre sang, dans une Alliance nouvelle et éternelle. Enfin l’Evangile de Marc nous rapporte le récit du dernier repas de Jésus avec ses disciples avant sa Passion. Avec du pain et une coupe de vin, il offre son corps et son sang, versé pour la multitude.
L’idée que le Christ nous donne sa chair (ou son corps) à manger comme nourriture, et son sang à boire comme boisson ne peut que nous gêner, voire nous scandaliser, si nous le prenons à la lettre. Qu’est-ce que cela peut bien signifier ? L’eucharistie serait-elle un rite religieux tellement bizarre, « la chose la plus étrange », comme le titrait il n’y a quelques années, un livre du Père Maurice Bellet ?
J’aimerais vous raconter une histoire rapportée par une dame catéchiste préparant des enfants à leur première communion. Elle se heurte bien sûr à la difficulté de leur faire comprendre comment le simple pain déposé sur l’autel peut devenir le Corps du Christ. A bout d’arguments elle interroge les enfants : « que dit le prêtre à la messe ? ». Un enfant alors répond en se trompant : au lieu de dire : Jésus a pris du pain et l’a donné à ses disciples en disant : prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous, il dit « Jésus a pris son corps et a dit à ses amis : prenez et mangez, ceci est mon pain donné pour vous ».
En inversant les mots du récit de l’Institution, cet enfant, sans le savoir, leur donnait un sens profond. Et il avait raison. Le soir du Jeudi Saint, Jésus prend dans ses mains toute sa vie, sa vie de chair et de sang, toute sa personne, toutes ses énergies de relations et de communion et en disant : ceci est mon corps, c’est tout cela qu’il met sur la table. Et il le donne à ses disciples. Et il nous le donne à chaque eucharistie. Le pain qu’il donne, qu’il partage pour que nous puissions nous en nourrir et être en communion avec lui, c’est bien toute sa vie.
Dans un passage du IV° évangile, Jésus dit : « ma vie, nul ne peut me la prendre, mais c’est moi qui la donne », et à Pilate, trop sûr de son pouvoir de vie et de mort sur les condamnés qu’on lui présente, Jésus dira au cours de son procès : « tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, s’il ne t’avait été donné d’en-haut ».
La chair que Jésus donne à manger, et le sang qu’il verse comme une boisson sont alors à comprendre dans un tout autre sens que ceux d’une viande de boucherie ou d’un sang cruellement répandu. Ce sont la chair et le sang au sens de l’anthropologie biblique, c’est-à-dire de la réalité de la vie humaine dans sa fragilité, sa vulnérabilité et même sa pauvreté, jusque dans la mort.
L’eucharistie, et la fête que nous célébrons aujourd’hui, rejoint ainsi le mystère de l’Incarnation et de la Croix dans leur extrême abaissement. Le mystère de la Sainte Trinité aussi que nous fêtions dimanche dernier. Le Verbe éternel de Dieu vient partager notre humanité temporelle, il se fait chair. De riche qu’il était auprès de son Père, il vient se faire pauvre, pour nous enrichir de sa pauvreté. Et cette pauvreté offerte il la donne à lire dans les humbles signes du pain et du vin apportés et partagés dans un repas de communion : le repas du Seigneur qui fait l’unité de ceux qui le partagent. Comme nous le rappelle Saint Paul dans la 1ère lettre aux Corinthiens : «la coupe d’action de grâce que nous bénissons n’est-elle pas communion au sang du Christ, le pain que nous rompons n’est-il pas communion au Corps du Christ ? Puisqu’il n’y a qu’un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul Corps, car nous avons tous part à un seul pain. »
Ainsi, frères et sœurs, cette fête du Corps et du Sang du Christ, la fête du Saint Sacrement, doit nous faire entrer plus profondément dans le mystère de la vie et de la mort de Jésus, et de sa Résurrection aussi, bien sûr. Cette fête est une invitation à entrer dans la Vie éternelle de Dieu, car tout se tient dans la théologie chrétienne.
A notre tour, et à la suite de Jésus, notre Maître, nous avons, comme le disait si bien l’enfant du catéchisme, à prendre notre vie à bras le corps et à en faire du bon pain afin de l’offrir par amour, à Dieu Notre Père et à le donner à nos frères, nous aussi comme le Christ, selon son commandement : faites le en mémoire de moi.
Année B - Dimanche de la Trinité – 26 mai 2024 –
Dt 4, 32-34.39-40 ; Rm 8, 14-17 ; Mt 28, 16-20
Homélie du Frère Hubert, Prieur
Après le déploiement de l’année liturgique, de Noël à la Pentecôte,
au long de laquelle nous avons contemplé l’attente et la venue du Messie en Jésus de Nazareth,
jusqu’à son Ascension dans la gloire du Père et l’envoi de l’Esprit sur le monde,
nous célébrons aujourd’hui la fête de Dieu, du Dieu tel qu’il nous est révélé par Jésus, le Messie.
Dieu, Père, Fils et St Esprit : c’est vraiment la spécificité de notre foi chrétienne.
Spécificité de la foi en ce Dieu révélé par Jésus de Nazareth, Verbe fait chair,
prenant notre condition humaine,
mort sur la croix et ressuscité dans la puissance de l’Esprit.
Personne, en-dehors des chrétiens, ne professe une telle foi.
Dans le premier testament, la foi du peuple élu était déjà unique :
« C’est le Seigneur qui est Dieu ; il n’y en a pas d’autre. »
Spécificité de la foi d’Israël au milieu des nations avec leur multitude de divinités et d’idoles.
Le Seigneur, c’est celui qui a appelé Abraham,
qui ne cesse de prendre l’initiative de parler à l’homme,
de faire alliance avec lui, de lui ouvrir un chemin, de lui offrir un avenir.
Le Seigneur n’est pas une idole muette, créée par l’homme,
ni même une puissance cosmique naturelle qui le dépasse.
Le Seigneur est celui qui parle, qui écoute, qui appelle,
et qui, mystérieusement, marche avec l’homme.
Celui qui crée et qui aime ;
qui promet « bonheur et longue vie »
celui qui conduit à la Terre de la promesse,
et qui, au-delà de toutes nos vicissitudes, crée des cieux nouveaux et une terre nouvelle.
Son nom est « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob »,
celui qui est intervenu dans leurs vies.
Déjà, il se révèle comme Père : « Tu es notre Père et nous sommes l’ouvrage de tes mains. »
Cette révélation de Dieu, cette relation entre l’homme et Dieu,
était et demeure unique et extraordinaire.
Un Dieu de bénédiction qui suscite la bénédiction.
Mais qui pouvait imaginer ce que Dieu allait faire ?
En Jésus Christ, l’inouï, l’impensable, s’est manifesté :
Les cieux se sont ouverts, Dieu est descendu.
Dieu s’est fait chair.
La Parole de Dieu s’est faite chair. Dieu s’est fait homme.
Il a établi sa demeure dans notre humanité
pour que l’homme, gratuitement, ait sa demeure en Dieu même.
Dans la nouvelle alliance, la Promesse n’est plus celle d’une terre où coulent le lait et le miel,
mais le monde nouveau vivifié par l’Esprit,
le monde nouveau inauguré par celui qui, passé par les abîmes et la mort,
est sorti victorieux des enfers,
illuminant la création entière de sa gloire.
Au fil des générations, Jésus ne cesse de nous révéler son Père et de nous communiquer son Esprit ;
et l’Esprit fait de nous des fils, en qui nous crions : « Abba ! Père ! »
Dieu, Père, Fils et Esprit.
Jésus, Fils de Dieu, Fils de l’homme.
L’Esprit répandu sur toute chair.
Dieu s’abaissant, se dépouillant de lui-même, pour nous élever jusqu’à lui.
Dieu nous donnant en son Fils et en son Esprit, tout ce qu’il est.
Dieu vivant, Un et Trine :
profession de foi unique, propre aux chrétiens.
Jésus de Nazareth a été le premier homme à être baptisé dans l’Esprit,
béni du Père de façon unique :
« Dès que Jésus fut baptisé, il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et des cieux, une voix disait : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. " »
Nous-mêmes, baptisés en sa mort et en sa résurrection,
baptisés « au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit »,
nous devenons fils et filles de Dieu, cohéritiers avec le Christ.
La promesse de Dieu est la parole la plus sûre, la plus solide, qui ait jamais été proférée,
elle demeure éternellement.
« Rendons grâce à Dieu le Père,
lui qui nous a donné d’avoir part à l’héritage des saints, dans la lumière. »
« Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. »
Célébrons notre Dieu, en lui offrant notre action de grâce.
Dans la prière, baptisons toute l’humanité au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Année B - PENTECÔTE - 19 MAI 2024
Ac 2, 1-11 ; Ga 5, 16-25 ; Jn 15, 26...16,15
Homélie du Père Abbé Luc
Frères et Sœurs,
Cette fête de Pentecôte nous fait toucher du doigt comment notre Dieu s’y prend pour faire l’unité entre les peuples, l’unité entre les hommes. Là où spontanément nous cherchons une unité qui ressemble beaucoup à l’uniformité, là où nous rêvons d’une unité où tous penseraient et vivraient de la même manière, cette fête de Pentecôte nous déplace. Nous connaissons les risques très sensibles en cette période d’élection, de confondre unité nationale avec rejet de l’autre différent, ou bien de réduire la recherche d’identité avec la recherche du même ou de l’entre soi. Cette fête de Pentecôte nous révèle que pour Dieu, il n’en est pas ainsi.
Chacune des lectures nous apporte un éclairage sur cette unité que Dieu désire pour l’humanité, et pour chacun de nous.
La première lecture nous présente de manière imagée les effets du don de l’Esprit reçu par les apôtres. Ces hommes qui étaient claquemurés dans leur peur quelques instants auparavant sont remplis d’une hardiesse étonnante sous la motion de l’Esprit Saint. Sous la forme de langues de feu, l’Esprit se donne et permet à chacun des apôtres d’entrer en relation avec une multitude de peuples présents à Jérusalem. Dans leur diversité, chacun de ces étrangers se sent rejoint par la parole de feu qui sort de la bouche des apôtres. Un même Esprit, donné à ces hommes de Galilée, ouvre la possibilité d’une étonnante communion entre ces peuples si différents, allant de la Lybie jusqu’à la Turquie et l’Arabie actuelle. L’histoire de l’Eglise sera pleine de ces exemples d’hommes et de femmes animés par l’Esprit qui vont aller à la rencontre des peuples divers, en apprenant leur langue, en mettant tout leur zèle pour leur permettre d’entendre dans leur propre culture et langue, la Bonne Nouvelle de l’évangile. Ils ont tissé des ponts entre les peuples et les cultures. L’unité de l’Eglise résulte alors de cette mystérieuse communion qui est rendue possible, parce que chacun est vraiment reconnu avec ce qu’il est, avec ses particularités.
Ce mystère de communion entre les hommes serait-il possible s’il n’était pas d’abord celui que Dieu vit en lui-même. Dans l’évangile, Jésus nous fait pressentir cette circulation de vie et d’amour qui existe entre lui et son Père. Il nous promet de nous donner le Défenseur, l’Esprit de Vérité qui procède du Père, afin de nous introduire dans le mystère de cette communion, dans la Vérité toute entière. Avec l’Eglise, dans la foi qu’elle a mise en mot peu à peu, nous n’avons pas fini d’entrer dans le mystère de notre Dieu qui n’est pas solitude isolée, mais communion de personnes, communion entre le Père et le Fils dans l’Esprit Saint. Nos mots sont toujours balbutiants devant ce mystère. Laissons-nous instruire par les mots que nous donne l’Eglise, par exemple à la fin de chaque oraison quand nous demandons toute chose au Père « par Jésus-Christ, ton Fils, notre Seigneur qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint Esprit, Dieu pour les siècles des siècles ». Apprenons à contempler cet échange d’amour qui est en Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, pour recevoir de lui l’intelligence, mais aussi l’amour pour vivre d’une manière nouvelle nos relations humaines, comme une communion dans nos différences, où chacun a sa place.
Mais me direz-vous, ceci est trop beau pour être réalisable. Cette recherche de communion et d’unité bute toujours sur nos incapacités et nos étroitesses à faire sa place à l’autre. Toutes les guerres que nous voyons sous nos yeux le démontrent aisément. Oui, cette communion peut paraitre bien loin. Faut-il se résigner face à ce constat ? La fête de ce jour nous rappelle que cette unité et communion n’est pas une œuvre humaine. Elle est un don de Dieu, mais un don auquel il nous revient de collaborer. La seconde lecture nous offre une piste sûre que pourrait résumer cette recommandation : « marchez sous la conduite de l’Esprit ». Oui, frères et sœurs, dans notre monde, nous pouvons devenir acteurs de cette œuvre de d’unité que Dieu désire pour l’humanité, en nous appliquant à vivre sous la conduite de l’Esprit. Chacun, nous expérimentons les dons de l’Esprit à l’œuvre dans nos vies : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maitrise de soi. Si nous sommes un peu lucides sur nous-mêmes, nous expérimentons plus à certains jours qu’à d’autres, combien ces qualités que l’on peut entrevoir en nous souvent de façon éphémères, ne sont pas fondamentalement de notre fait. Elles nous sont données comme un cadeau. C’est l’œuvre de l’Esprit Saint en nous. Heureux sommes-nous si nous avons compris cela, car alors, nous pouvons consentir à laisser l’Esprit Saint faire davantage son œuvre en nous. Nous pouvons nous appliquer à ne pas le contrister, lorsque nous sentons un inclination à plus de bienveillance, de patience, ou de douceur, ou de maitrise de soi…. A notre part bien modeste, nous serons alors des artisans de communion, parce que nous laisserons l’Esprit Saint unifier et pacifier notre propre existence. La paix et l’amour qu’il met en nos cœurs se déverseront sur nos proches.
En rendant grâce ce matin pour l’Esprit Saint, Maitre d’œuvre de la communion dans l’Eglise et dans l’humanité, offrons-nous à son action encore plus résolument.
Année B - 5e dimanche de Pâques - (05/05/2024)
(Ac 10, 25-26.34-35.44-48 – Ps 97 – 1 Jn 4, 7-10 – Jn 15, 9-17)
Homélie de F. Jean Louis
Frères et sœurs,
Alors que nous approchons peu à peu de l’Ascension et de la Pentecôte, les lectures de ce dimanche évoquent à la fois l’action de l’Esprit Saint célébré, à la Pentecôte, et l’Ascension, avec une sorte de testament du Christ qui nous est laissé.
La première lecture, tirée du livre des Actes des Apôtres, nous parle en effet de l’effusion de l’Esprit, mais il ne s’agit pas de celle qui a eu lieu à la Pentecôte, 50 jours après la résurrection du Christ. Ici, il s’agit d’une descente de l’Esprit qui va marquer profondément les premiers disciples, dont Pierre, et qui déterminera l’avenir de l’Eglise. Pierre a été appelé par le centurion Corneille, et le texte nous précise bien qu’il est centurion de l’armée romaine. Un occupant donc et un païen. Deux raisons pour être haï par les Juifs, peuple élu, mais vivant sous le joug romain qui pouvait avoir la main lourde. Alors que Pierre annonce à ces païens l’impartialité de Dieu qui accueille les gens de toute nation pourvu qu’ils craignent Dieu, c’est-à-dire, qu’ils l’aiment et le respectent, et qu’ils vivent dans la justice, voici que, comme pour confirmer l’enseignement de Pierre, l’Esprit Saint descend sur les auditeurs païens, à la stupéfaction des Juifs présents avec Pierre. L’évidence est là : Dieu répand l’Esprit Saint même sur les païens. C’est vraiment une nouveauté pour les Juifs, même devenus disciples du Christ, nouveauté qui ne sera pas facile à admettre. Et nous retrouvons les mêmes manifestations qu’à la Pentecôte : le parler en langues et les louanges à la grandeur de Dieu. Pierre doit bien le constater : on ne peut refuser le baptême au nom de Jésus Christ à ceux qui ont reçu l’Esprit Saint. Et l’on peut penser que les quelques jours où Pierre est resté chez Corneille auront servi à compléter l’enseignement du contenu de la foi.
Ce passage est vraiment capital car il nous montre – et sans doute que les chrétiens d’aujourd’hui ont encore à se le rappeler – que l’Esprit Saint déborde des frontières de l’Eglise. Qu’il agit de façon absolument inattendue, même s’il y a eu la nécessité de la présence de Pierre et de disciples, de l’Eglise donc, pour mener à terme cette conversion de Corneille et de ses proches. Ce passage peut nous rappeler que nous ne sommes pas les propriétaires de Dieu, que nous ne sommes pas les propriétaires de son action et en même temps, qu’il est peut-être nécessaire d’avoir la présence de disciples du Christ pour que l’action de l’Esprit Saint parvienne à son terme : faire connaître en profondeur le Dieu de Jésus Christ.
Il faut dire que Corneille, selon les Actes des Apôtres, n’est pas n’importe qui. Avant l’arrivée de Pierre et de ses compagnons, il avait en effet déjà vécu une expérience spirituelle impressionnante. Centurion d’une cohorte appelée l’italique (probablement la 2e cohorte italique selon les historiens), cohorte dont le recrutement était en principe italien, donc païen, il se fait que ce centurion était un « craignant Dieu » comme les appelaient les Juifs. C’est-à-dire qu’il s’était converti au judaïsme sans toutefois aller jusqu’à la circoncision comme les prosélytes. Il se fait aussi que toute sa maison, c’est-à-dire, non seulement sa famille, mais aussi les serviteurs, voire des relations de métiers ou d’amitié, tous ces gens donc, l’avaient suivi dans la conversion au Dieu d’Israël. De plus, Corneille invoquait Dieu en tout temps et il comblait d’aumônes le peuple juif. C’était donc un homme remarquable car les romains étaient réputés pour mépriser les Juifs dont ils ne comprenaient pas les usages et les interdits, notamment celui de manger avec des païens.
Corneille est donc un homme profondément spirituel, dont les actes des Apôtres nous disent également qu’il a eu une vision, un ange de Dieu, entré chez lui pour lui demander d’envoyer chercher Simon, surnommé Pierre, saint Pierre.
Les Actes des Apôtres nous montrent donc combien la liberté de Dieu est grande pour agir comme il le veut dans le cœur de tout homme de bien, même hors du peuple élu.
Quant aux deux autres lectures de ce jour, elles semblent vraiment constituer une sorte de testament, de synthèse de l’enseignement du Christ.
Dans les quatre versets de la 1ère épître de saint Jean lue tout à l’heure, les mots « amour » et « aimer » sont utilisés pas moins de 9 fois. Quant aux neuf versets de l’évangile, les mots « amis, amour et aimer », y reviennent 11 fois. Mais il ne s’agit pas d’un amour sentimental, romantique façon 19e s. Dans ce passage, l’amour est lié à la connaissance de Dieu. Ce Dieu-amour s’est manifesté en envoyant son Fils unique pour que les hommes vivent par lui. En n’oubliant pas que c’est Dieu qui nous a aimé le premier et non pas nous qui l’avons aimé le premier. Et cet amour de Dieu a consisté à envoyer son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés, rien de moins.
Pour l’évangile de Jean, « aimer », c’est garder les commandements de Dieu comme Jésus a gardé les commandements de son Père. Et ce commandement d’aimer consiste à donner jusqu’à sa vie. Il ne s’agit plus d’être des serviteurs de Dieu mais des amis et là aussi, c’est le Christ qui nous a choisis le premier.
Frères et sœurs, avons-nous conscience de la révolution qu’a apportée le Christ dans notre connaissance de Dieu ? D’une soumission de serviteurs, voire d’esclaves, d’une relation du « je te donne et tu me donnes » courante dans le paganisme d’alors, le Christ nous appelle à l’amitié avec lui, avec Dieu, rien de moins. Et cette amitié se scelle dans le sang du Christ. C’est ce que nous dit saint Jean. Et les Actes nous redisent que c’est Dieu qui a l’initiative, que c’est lui qui décide qui appeler, au-delà de nos critères de convenance religieuse. « Même sur les nations, l’Esprit Saint avait été répandu. »
Nous allons bientôt fêter l’Ascension du Seigneur puis la Pentecôte, la venue de l’Esprit. Ces lectures d’aujourd’hui peuvent nous permettre de revenir aux fondamentaux de notre foi pour nous en imprégner et nous faire reprendre conscience, dans tous les troubles que connaissent notre monde et l’Eglise actuellement, que la vraie réalité est cet amour de Dieu qui nous choisit tous, qui que nous soyons, et qu’il attend notre réponse. N’avons-nous pas une chance inouïe que de connaître cela ? N’avons-nous pas le devoir de le partager avec qui acceptera de l’entendre, si pas aujourd’hui, peut-être demain ou après-demain ?
Invoquons l’Esprit Saint pour qu’il nous donne les mots et les actes qui toucheront nos contemporains. Car il ne s’agit pas que de sentiment, mais d’actes, comme pour le Christ.
AMEN
Année B - 5° dim. de Pâques - 28 avril 2024
Ac 9 26-31 ; Ps 221 ; 1° Jn 3 18-24 ; Jn 15 1-8
Homélie du F. Vincent
Tout l’évangile de ce matin nous parle de la vigne. Si nous avons un peu l'habitude de la Bible, nous savons que la vigne fait partie de son patrimoine. De nombreux textes de l'Ancien et du Nouveau Testament en parlent. Cela se comprend : elle est le bien le plus précieux des agriculteurs d'Israël et de tout le Moyen Orient
Avec cette page d’évangile et cette image de la vigne, nous sommes au cœur même de la foi. Il nous est dit que Jésus n’est pas seulement un guide ou un compagnon, il est plus encore qu’un ami ou un frère. Jésus est ma vie. Il est vivant en moi, en nous. Il nous fait vivre de sa vie divine. Il nous dit qu'il est la "vraie vigne" mais pas à lui tout seul ; il est le cep, le tronc auquel il veut rattacher tous ceux qu'il fait vivre : "Je suis la vigne, et vous, les sarments." . Ce que Dieu attend de nous, c'est que nous soyons des rameaux vivants et porteurs de fruits.
Oui, Jésus se dit la « vraie vigne » comme ailleurs dans l’évangile de Jean il se dit « le vrai pain », Un qualificatif qui chez St Jean implique une idée d’accomplissement et d’exclusivité. Dans cette grande histoire du Salut, Jésus est la vraie vigne que le Père a plantée. Jésus est le seul capable de produire des sarments qui porteront des fruits correspondant à l’attente de son Père, à son dessein d’amour.
On peut remarquer aussi qu’il y a un mot qui revient sept fois en quelques lignes, c'est le verbe "demeurer". « Demeurez-en moi ! » nous dit Jésus. Les chrétiens sont des hommes et des femmes qui demeurent dans le Christ. Alors se pose l'inévitable question : Demeurer en Jésus, oui mais comment ? On ne rencontre pas Jésus en direct mais par des intermédiaires. Il y a trois chemins pour cela : Celui de la Parole de Dieu, celui de la prière et des sacrements et celui de la vie quotidienne.
Le chemin de la Parole de Dieu : Pour demeurer dans le Christ, il nous faut demeurer dans sa Parole. Il faut se donner du temps pour l'accueillir. Cette Parole de Dieu nous est donnée par la Bible, l’Évangile. Mais aussi par cette parole qui est proclamée au cours de la liturgie. Nous devons nous interroger ? Est-ce que nous nous donnons du temps pour accueillir cette Parole ? Il est important de prendre le temps d'une réflexion, seuls ou avec d'autres, sur cette Parole de Dieu.
Le deuxième chemin pour demeurer dans le Christ, c'est celui de la prière. Pour demeurer en sa présence, il faut lui parler et l'écouter. C'est la prière fidèle, régulière, fréquente, pas seulement une "petite prière" de temps en temps. Mais une prière qui nous aide à rester en communion avec le Christ. Et cette communion se réalise aussi par les sacrements, le baptême mais aussi l'Eucharistie. Comme nous l’a rappelé le Concile, celle-ci est source et sommet de toute vie chrétienne et de toute évangélisation. L’eucharistie nous donne d'être unis au Christ, de faire corps avec Lui. Nous y recevons son amour pour en vivre dans notre vie de tous les jours.
Le troisième chemin ? Celui de la vie quotidienne : Pour demeurer dans le Christ, il n'est pas question de quitter notre vie de tous les jours ni de fuir le monde. Ce qui nous est demandé c'est de nous y enraciner et de porter du fruit. Ce qui fait la valeur d’une vie, ce ne sont pas les belles paroles mais l’amour mutuel, les gestes de partage, d’accueil et de solidarité. Jésus ne nous dit pas : « Soyez productifs », mais « mais soyez féconds. Portez du fruit ; c’est cela qui fait la gloire de mon Père ».
Oui, « demeurez-en moi », nous dit Jésus. « Comme moi en vous ». Formule d’intimité très forte qu’on ne retrouve qu’une autre fois dans l’évangile de St Jean, et c’est à propos de l’eucharistie dont je parlais plus haut. Par cette expression « Demeurez en moi » Jésus nous invite à une union intime, à vivre avec Lui, une communion intérieure, personnelle, un « cœur à cœur ».
Entendons cette parabole de la Vigne Et, nous, les sarments, laissons-nous greffer sur ce cep qu’est le Christ pour vivre pleinement de sa force, de sa vie.
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