« Fin des évangiles de l’enfance, chez st Luc.
Etonnant évangile pour fêter la Sainte Famille ! Mais comment l’Evangile ne serait-il pas étonnant ? Il n’est pas un récit d’histoires édifiantes : il est le témoignage de l’œuvre de salut accomplie en Jésus, le Nazaréen, fils de Dieu né de Marie.
Certes la dernière phrase : Jésus grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes , peut conforter l’image spontanée que nous avons d’une sage Sainte Famille.
Encore que le fait que Dieu vive comme un enfant et un homme ordinaire, pendant 30 ans, dans une modeste bourgade de Galilée, n’a rien de naturel , de convenable …
Si le père auquel Jésus se réfère est son Père du ciel, les évangiles nous soulignent bien que Jésus a eu un vrai père humain qui l’a élevé, fait grandir, l’a entouré de tendresse et d’amour, en qui il a pu avoir toute confiance pour grandir en humanité, sous le regard de Dieu et des hommes.
Rôle irremplaçable de Joseph pour que le Fils de Dieu soit vraiment homme. Vérité de l’Incarnation.
Mais, au milieu de ses années ordinaires à Nazareth, voici que Jésus, venu avec ses parents pour la fête de la Pâque, reste à Jérusalem à leur insu, sans qu’il leur en dise rien.
Etonnant ! St Luc cependant ne nous parle pas de la fugue d’un adolescent : il nous parle déjà de la Pâque de Jésus, de son chemin pascal.
Par son oui lors de l’Annonciation, Marie a dit oui à l’imprévu de Dieu dans sa vie. Joseph, de son côté, a répondu dans la foi à l’annonce de l’ange : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, car l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint. » Quels bouleversements dans leur vie !
Sara s’était dit : « Comment pourrai-je encore enfanter, vieille comme je suis ? » Marie, elle, a immédiatement donné toute sa foi à la parole de l’ange : « L’Esprit viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. » Elle a dit oui à l’imprévu, à ce qui humainement était impossible. Elle a cru que Dieu pouvait susciter en elle un enfant sans qu’elle soit charnellement unie à Joseph. Elle a accepté que cet enfant qu’elle allait porter, dont elle allait être la mère, soit d’origine divine. Dans son corps même et dans tout son être, elle a fait l’expérience que Jésus était le fruit de la puissance du Très-Haut, et qu’il ne lui appartenait pas. Mais son chemin d’intelligence du mystère de son Fils était cependant loin d’être achevé.
A Bethléem, les bergers, au Temple, Siméon, ont eu des paroles de lumière et de feu, éclairantes et brûlantes. Marie les a gardées et méditées dans son cœur, cherchant à comprendre, dans l’amour et la confiance, ce qui la dépassait. Elle a fait confiance sur cela même qu’elle ne comprenait pas.
A douze ans, après le quotidien d’une enfance « ordinaire », Jésus lui-même lève un peu le voile sur son propre mystère. Au moment de passer de l’enfance à l’âge adulte, ce n’est plus par des tiers qu’il se manifeste, mais par lui-même. Par ce récit, Luc nous signifie que toute la vie de Jésus est une Pâque, un exode vers le Père, que toute sa vie, il monte à Jérusalem, que sa maison, son lieu de vie, c’est le Père lui-même.
S’il en coûte à ses parents de l’avoir perdu, il lui en coûtera bien plus encore de prendre définitivement le chemin de Jérusalem : après s’être entretenu, lors de la Transfiguration, avec Moïse et Elie, « de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem », il « prit avec courage la route » de cette ville où il allait remettre son esprit dans les mains du Père.
« Ne savez-vous pas que c’est chez mon Père que je dois être ? » sont les premières paroles de Jésus rapportées par st Luc ; les dernières, après la promesse au bon larron, seront : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » Le Père est sa demeure propre ; toute son œuvre est de nous y introduire avec lui.
D’autres paroles surprendront à nouveau Marie mais la trouveront toujours ouverte et méditant dans son cœur : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la mettent en pratique. » 8, 19-21
Plus que « la mère qui m’a porté dans ses entrailles, heureux ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la gardent ! »
« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. »
Que Marie et Joseph nous apprennent jour après jour, de plus en plus profondément, quelle est notre origine et vers qui nous allons, quelle est notre demeure, et le visage de Celui qui est notre Source et notre But ultime.
Le P. Denis, quand il était notre Abbé, nous accueillait souvent par ces mots : « Alors, fils de Dieu ! » J’aimais beaucoup cela. Nous n’avons pas de titre plus beau et plus vrai que celui-là. Nous sommes fils de Dieu bien plus profondément encore que nous ne sommes fils de nos parents de la terre.
Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. »