Homélies
Liste des Homélies
FÊTE-DIEU, Année A
Dimanche 7 juin 2026
Dt 8,2…16 ; 1 Co 10,16-17 ; Jn 6,51-58
Solennité du Corps et du Sang du Christ.
Présence réelle du Christ au milieu de nous.
Nous célébrons cette présence avec foi et bonheur.
Mais elle n’est pas faite pour demeurer à distance :
elle nous est offerte pour nous habiter et être inspiratrice de notre vie.
Elle nous est offerte pour nous habiter :
Jésus n’est pas là comme un « en-soi », mais comme un don.
Il est là pour nous, pour le monde.
Pour le monde à travers nous.
La présence réelle du Christ sur l’autel n’a qu’un seul but :
devenir présence réelle en chacun de nous.
L’autel et le tabernacle sont des lieux temporaires de la présence réelle du Christ.
Je nous invite tous à croître dans la foi en ce que c’est chacun de nous qui est la demeure,
le lieu permanent de la présence réelle du Christ :
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi je demeure en lui. »
Nous devrions nous agenouiller les uns devant les autres,
non seulement dans les instants qui suivent la communion, mais en tout temps,
car nous ne recevons pas seulement une hostie
qui va rapidement se dissoudre dans notre corps :
nous recevons le Christ, crucifié et ressuscité ;
il demeure en nous, avec la puissance de l’Esprit,
dès maintenant, pour la vie éternelle.
Nous sommes sa demeure,
habités par lui, en qui réside la plénitude de la divinité.
Si Jésus a choisi le pain et le vin, qui nous sont si familiers,
c’est pour être là au plus près de nous, être notre nourriture et nous donner sa vie.
Ne le maintenons pas à distance : il n’a qu’un désir, être présent en nous,
en chacun de nous et au sein de nos communautés humaines.
Lui, le Saint, il ne nous tient pas éloignés de lui,
au contraire, il vient au plus intime de nous, pour nous sanctifier et établir la communion.
« Qu’ils soient un comme nous sommes un ! »
La présence réelle du Christ nous est offerte pour être inspiratrice de notre vie :
Jésus nous offre son corps livré, son sang versé,
pour que nous ayons sa propre vie en abondance,
et que nous la communiquions aux autres
en marchant nous-mêmes dans la voie où il a marché.
Sa vie, c’est son amour pour son Père et pour nous,
dans le dépouillement de lui-même, manifesté dans sa mort sur la croix.
S’il se donne à nous en nourriture, c’est pour que notre vie devienne semblable à la sienne :
« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. »
Jésus nous apprend que la vie n’existe que dans l’amour.
La vie que l’on prend,
surtout si on la prend aux dépends des autres en brisant des relations humaines,
se termine toujours par la solitude et la mort.
Celle qui accepte de se recevoir, et de se donner jusqu’à se vider d’elle-même,
aboutit à la vie : elle est indestructible parce qu’elle est communion.
Elle crée des relations d’amour que rien ne peut détruire.
Si le pain et le vin deviennent présence du corps et du sang du Christ,
c’est pour que nous vivions de l’Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts
et que, conduits par lui, nous vivions des relations nouvelles,
celles mêmes que Jésus a avec son Père et avec les hommes, ses frères.
« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés : aimez-vous les uns les autres. »
Jésus se fait nourriture et boisson
pour que nous apprenions de lui à vivre ces relations de communion,
qui sont victorieuses de toute division, de toute discrimination, de toute séparation,
de tout malheur, de cette séparation et de ce malheur absolu qu’est la mort :
« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. »
Demandons la grâce de ne pas rendre le don de Dieu insignifiant,
en ne nous laissant pas transformer par la vie qu’il nous communique,
car c’est pour nous transformer qu’il se donne.
Le Christ a voulu que le pain et le vin, ces réalités de notre monde,
deviennent plus qu’elles-mêmes, deviennent Celui-là-même qui les a créées,
pour que nous-mêmes nous devenions plus que nous-mêmes :
fils et filles de Dieu dans le Fils unique.
Par le mystère eucharistique, devenons ce que nous sommes :
enfants de Dieu, vivant comme lui de son Esprit.
Puisant à la source inépuisable de sa présence en nous,
devenons, par l’Esprit, pain vivant, chair livrée, pour que le monde ait la vie.
Frère Hubert
Fête de la Trinité, année A
31 mai 2026
Exode 34, 4b-6 + 8-9 ; Cant Daniel 3, 52 sv ; 2 Corinthiens 13, 11-13 ; Jean 3, 16-18
Frères et soeurs,
que célébrons-nous aujourd’hui ? Le mystère de Dieu en lui-même, le mystère du Dieu vivant, dont les chrétiens confessent qu’il est ’Trinité’ : mais c’est un mot tellement abstrait, qui nous vient de la philosophie grecque et qui n’est pas dans l’Ecriture, il a été forgé par les Pères de l’Eglise au 4° siècle,
Pour parler de Dieu, l’Ecriture dit seulement : « Dieu est Amour », ce qu’on pourrait traduire par « Dieu est communion d’amour », car l’amour n’est jamais seul, il se donne et il se reçoit ; Jésus dira : « Le Père aime le Fils » ou encore « Il faut que le monde sache que j’aime le Père » et Paul ajoutera dans la lettre aux Romains : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » Alors tous ces mots de l’Ecriture s’animent d’eux-mêmes : au baptême nous sommes plongés dans une communion d’amour, la vie même de Dieu, celle du Père, du Fils et de l’Esprit.
L’évangile d’aujourd’hui, qui suit l’entretien de Jésus avec Nicodème au ch 3 de st Jean, ne dit pas autre chose, même s’il ne mentionne pas l’Esprit Saint.
Il affirme en quelques mots que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils ; c’est à nous de deviner que dans cet amour du Père nous donnant son Fils unique il y a l’Esprit qui unit le Père et le Fils, communion d’amour. Tout le mystère de Dieu est là, et le mot « Trinité » ne nous apprendra rien de plus. Mais quel est le plus important ? Est-ce de savoir, de chercher à en savoir toujours plus ? Nous sommes devant un mystère insondable, comme le dit une hymne liturgique : « Dieu au-delà de tout créé, nous ne pouvions que t’appeler l’Inconnaissable ! »
Ces jours-ci, j’ai repris un livre sur la Trinité ; malgré le titre, « La Trinité tout simplement », j’ai trouvé l’histoire de ce mot très compliquée : c’était plutôt une définition de Dieu, Dieu unique en 3 personnes, et cela risque de nous faire oublier que Dieu est un mystère. Qui peut le connaître sinon le Fils que le Père a envoyé pour sauver le monde ?
Frères et soeurs, l’important pour nous, chrétiens, ce n’est pas de comprendre Dieu, c’est de croire en Lui, et nous pouvons nous adresser à Lui, à chacune des 3 personnes, d’abord au Père qui nous aime et que Jésus nous a appris à appeler « Notre Père », le Père de tous et le Père de chacun, et nous pouvons ensuite nous adresser à son Fils Jésus, qui marche avec nous, le contempler sur la croix où il a donné sa vie pour nous, communier à son mystère pascal dans l’eucharistie, le proclamer Ressuscité dans la lumière de Pâques, enfin nous pouvons nous adresser à l’Esprit qui est l’amour répandu dans nos coeurs, le pardon des péchés, le Souffle de Dieu qui fait renaître, le Consolateur, et surtout il est communion du Père et du Fils, et c’est lui qui fait l’unité des Église à travers toutes leurs différences.
Oui, l’important n’est pas de comprendre Dieu, mais d’en vivre, laisser Dieu être Dieu en nous. La vie chrétienne, c’est cela : pouvoir vivre dès maintenant une relation personnelle à Dieu, entrer toujours plus au cœur de la communion divine : relation vivante avec le Christ et par le Christ, avec l’Esprit et dans l’Esprit, avec le Père et vers le Père en l’appelant « Abba », ce mot araméen si familier que Jésus lui-même employait, que les enfants ont sur leurs lèvres : « Papa ».
Cette relation à Dieu commence lorsque nous sommes baptisés « au nom du Père, et du Fils, et du St Esprit » : nous sommes alors plongés dans la mort et la résurrection du Christ, et l’onction de l’Esprit nous marque à jamais. Le baptême et la confirmation nous font entrer dans cet échange d’amour avec Dieu. Ils sont trois et pourtant notre Dieu est unique, il n’y en a pas d’autre : il faut y tenir très fort,. Oui, c’est le même Dieu qui s’est révélé à Moïse sur la montagne du Sinaï ; en passant devant lui, Dieu a prononcé son nom : « Le Seigneur, le Seigneur », « Kyrie » en grec, mais son nom en hébreu, nos frères juifs ne le prononcent pas. Mystère d’un Dieu unique, qui pourtant n’est pas solitaire, mais communion d’amour.
Pour vivre cette relation avec lui, il n’est pas besoin de formation spécialisée, il suffit d’une âme d’enfant. « Laissez-vous conduire par l’Esprit de Dieu. » dit st Paul, laissons-le prier en nous.
Pour finir, je voudrais vous raconter l’ histoire de 3 moines, perdus sur une île, qui ne savaient pas très bien prier. Ils ne savaient même pas le « Notre Père », ni le « Je vous salue, Marie ». Ils ne faisaient que répéter toute la journée « Vous êtes trois, nous sommes trois, ayez pitié de nous ! ». Alors l’évêque s’en inquiète ; il prend une barque pour aller visiter les 3 moines qui disent humblement à leur évêque : Voilà comment nous prions… Et l’évêque s’écrie : « Mais ce n’est pas çà, la prière » et il essaie de leur apprendre le Notre Père ; à force de le répéter 3 fois, 10 fois, 20 fois, ils finissent par le savoir. L’évêque s’en retourne et il est encore sur la mer, quand il aperçoit les 3 moines qui le rejoignent et lui disent : « Père, aidez-nous, nous avons déjà oublié ! Apprenez-nous encore à prier. » Alors, après un silence, l’évêque leur dit avec humilité : « Mes enfants, continuez à dire votre prière. Moi aussi je vais dire comme vous : ‘Nous sommes trois, vous êtes trois, ayez pitié de nous !’
Je crois qu’il faut très peu de mots pour entrer en relation avec Dieu, il faut surtout du silence, contempler le mystère tel qu’il est écrit sur la belle icône de Roublev, les 3 anges qui ont visité Abraham, c’est l’icône de notre Dieu.
Frère Basile
PENTECÔTE
24 mai 2026
Ac 2,1-11; 1 Co 12, 3b7.12-13 ; Jn 20, 19-23
Frères et sœurs,
Devant le mystère de l’Esprit Saint, nous sommes souvent démunis pour mettre des mots. Nous balbutions, et en même temps sa présence nous habite. Il est là toujours prêts à nous surprendre. Essayons dans chacune des lectures entendues d’en repérer quelques traits, pour mieux vivre sous sa conduite.
Dans l’évangile, nous sommes au soir du premier jour de la semaine qui suit les jours si éprouvants de la passion de Jésus. Les disciples sont là recroquevillés sur leur peur, assommés par la douleur et le lourd sentiment d’échec d’avoir perdu leur maître et ami. Et voilà que Jésus vivant se tient au milieu d’eux. Si Marie Madeleine l’a déjà reconnu au tombeau, pour eux, c’est la première fois qu’ils le voient vivant. Loin de leur reprocher leur abandon et leur trahison, Jésus leur offre sa Paix. Par deux fois, il leur fait ce grand cadeau de sa paix et à travers elle, celui de son pardon. Mais il va plus loin, il leur manifeste sa totale confiance en les envoyant. Comme lui-même a été envoyé par le Père, à leur tour, il les envoie poursuivre sa mission de vie. Pour cela, il leur donne ce Souffle, dont le souffle de la respiration n’est qu’une pâle image. Il leur offre d’avoir part avec lui, au Souffle de l’Esprit dans lequel il s’est relevé d’entre les morts. Désormais animés par ce Souffle de Vie nouvelle, les disciples vont pouvoir partager le premier fruit de la résurrection de Jésus qu’est le pardon des péchés. Les voilà devenus ambassadeur de l’amour, de cet amour totalement gratuit et immérité fait à chacun de nous. Avec eux, l’Esprit Saint nous transforme en ambassadeur d’un Amour qui ne vient pas de nous,
Dans la première lecture, le grand vent, la diversité des langues, l’audace incroyable des disciples, il y a peu prisonniers de leur peur, et l’émerveillement des peuples présents à Jérusalem nous laissent entendre combien la manifestation de l’Esprit Saint peut être soudaine, débordante, et fédératrice. En un instant, quelque chose se passe qui rassemble ces peuples si divers. La Parole des apôtres devient audible par tous. Chacun entend les merveilles de Dieu dans sa langue. Tout ici nous parle de l’excès de l’oeuvre de l’Esprit. Ce que les hommes ne savent pas faire pour se rassembler et communier dans une même approche du mystère de Dieu, l’Esprit Saint le réalise de manière complètement imprévisible… Les apôtres deviennent malgré eux des serviteur de l’unité, cette unité des coeurs que les mots de feu vont embrasés. L’Esprit nous déborde et nous transforme en serviteur de l’unité malgré toutes nos résistances ou propension à établir des limites et des frontières.
A l’opposé presque de cette manifestation tonitruante de l’Esprit, le matin de Pentecôte, dans la seconde lecture, Paul met en lumière un autre trait de l’action de l’Esprit, sa discrétion. A travers les dons, les services et les activités variées mises en œuvre par les uns et les autres dans l’Église, c’est lui qui agit discrètement. C’est lui qui suscite et ordonne cette grande variété pour service du développement du Corps du Christ. Son action discrète est ici très féconde. En effet, laissés à nous mêmes, nous avons tendance à utiliser les dons reçus, nos capacités pour notre seul profit, dans une recherche éperdue de nous réaliser nous-mêmes. Dans sa grande douceur, l’Esprit nous entraîne au contraire à devenir un peu plus nous-mêmes dans le don de nos capacités que nous faisons aux autres, à l’Église. Au service du bien commun, nos singularités trouvent leur vraie fécondité. A la discrétion de l’Esprit qui ordonne les qualités des uns pour le bien des autres, va correspondre pour chacun de nous l’exigence d’une docilité toujours plus grande à son action. Humble docilité qui se met à l’écoute des évènements et des personnes pour chercher à toujours mieux s’accorder. Car comme nous le demandions dans l’oraison du début de cette célébration, nous voici investis dans le service d’une œuvre divine, dont nous nous découvrons les heureux premiers bénéficiaires. Oui, demandons au Seigneur de répandre les dons de son Esprit pour qu’il continue son œuvre divine dans nos coeurs.
Frère Luc
7e dimanche Pâques, année A
17 mai 2026
Actes 1, 12-14 ; 1 Pierre 4,13-16 ; Jean 17,1b-11a
Frères et sœurs,
L’évangile et la 1ère lecture de ce 7ème dimanche de Pâques ont un point commun : ils nous parlent de la prière, prière personnelle et prière communautaire. Dans l’évangile nous voyons Jésus en communion intime avec son Père tout en restant en relation étroite avec ses frères. Dans les Actes des apôtres, la communauté des disciples nous est présentée, après l’Ascension et la séparation de leur Maitre, Jésus, emporté au ciel. Les frères se retrouvent réunis à Jérusalem dans une chambre haute, et tous, d’un même cœur, sont assidus à la prière.
Avec ce récit des Actes, nous sommes au commencement de la vie de l’Eglise. Saint Luc prend soin de préciser la composition du 1er groupe. Il est formé d’une part des mêmes disciples que Jésus a appelés à sa suite. Ils sont 11, et non plus 12 puisque Juda s’en est allé à son tragique destin, et d’autre part, il y a Marie, la mère de Jésus, ses frères et quelques autres femmes. Luc veut ainsi montrer la continuité du projet de Dieu, qui est la révélation de son Amour dans l’incarnation du Christ sur la terre, avant et après les événements de la Passion, de la Résurrection et de l’Ascension.
Quelle diversité dans ce groupe d’hommes et de femmes que rien ne semblait rapprocher ! Cela va d’un zélote, Simon, c’est-à-dire un résistant à l’occupation romaine, un « insoumis » dirions-nous aujourd’hui, à un publicain, Matthieu, plus ou moins collaborateur et profiteur, du genre bon capitaliste financier, et puis de simples travailleurs ouvriers de la pêche en Galilée. Avec eux, ce qui peut étonner, des femmes et des membres de la famille de Jésus. Tous, sont à égalité, même si Pierre est nommé en tête de liste.
La naissance de l’Eglise a ainsi lieu dans et par la prière, une prière unanime, assurée de la présence même invisible du Seigneur qui leur a dit : quand vous serez réunis, ne serait-ce qu’à 2 ou 3, en mon nom, je serai là au milieu de vous. Et comme il le dit aussi en finale de l’évangile de Matthieu : « Allez, je vous envoie annoncer la Bonne Nouvelle à toutes les nations, et sachez que je suis avec vous jusqu’à la fin des temps ».
Frères et sœurs, il est heureux pour nous d’entendre ce texte, en un temps où l’Eglise cherche à se réformer, à se renouveler dans un esprit de synodalité, d’unité et de communion dans la diversité. Cela doit encore commencer et se poursuivre dans la prière.
Avec la page du ch. 17 du IV° évangile, nous sommes dans un tout autre climat. Prière contemplative, intime et personnelle de Jésus avec son Père, prière sacerdotale avant les récits de la Passion et de la Résurrection. Une page solennelle que l’on peut lire et méditer en inclusion avec le Prologue de ce même évangile, et comme un sommet, un accomplissement : « au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu »
Jésus est parvenu au terme de sa vie terrestre. L’Heure est venue de la manifestation de la Gloire de Dieu et du don de la vie éternelle qui consiste en la connaissance de Dieu et des relations en lui des trois personnes de la Trinité : Père, Fils, Esprit Saint. Ce que nous apprend Jésus dans sa prière, c’est que la vie éternelle n’est pas au bout de nos efforts et de nos mérites spirituels ou intellectuels. Elle est don gratuit de Dieu. La logique du don est inscrite très fortement dans ces lignes : « le Père a donné autorité au Fils, le Fils donnera la vie éternelle aux hommes. Le Père a donné les hommes au Fils. Le Père a donné ses paroles au Fils et le Fils a donné ces paroles à ses frères… » Ce verbe « donner » rejoint toute la méditation biblique de l’Alliance. Il y a un fossé entre l’attitude de l’homme qui veut se hausser par ses propres forces jusqu’à l’intimité de Dieu et celui qui se sait tout petit et attend d’être comblé.
La prière de Jésus interroge notre propre manière de prier, de faire notre prière, comme peut le demander un parent à son jeune enfant ou un père spirituel à son dirigé avec des conseils plus ou moins ajustés. Et l’on nous demande souvent à nous moines comment faire pour prier, quelle est la meilleure méthode d’oraison qui puisse plaire à Dieu, sous prétexte que nous en serions des spécialistes ? Il y a là un enjeu de discernement pour nos pratiques individuelles et communautaires, liturgiques. La prière doit-elle se placer sous le registre du faire ou plutôt d’abord sous celui du don et de l’accueil gratuit et de la disponibilité ? Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, en son temps avait corrigé la perspective de la prière au Carmel, en proposant sa petite voie de l’enfance et de l’abandon confiant dans l’Amour de Dieu. Elle demeure un phare pour nous éclairer et nous guider dans nos désirs de prière juste. A la suite d’ailleurs de tous les grands priants qui reprennent les paroles du psalmiste : « Seigneur, je n’ai pas le cœur fier, ni le regard ambitieux. Je ne poursuis ni grands projets, ni merveilles qui me dépassent. Mais je tiens mon âme, égale et silencieuse. Mon âme est en moi comme un enfant, un petit enfant contre sa mère ».
Frères et sœurs, cette fin de Temps Pascal entre les fêtes d’Ascension et de Pentecôte est une occasion favorable pour prendre conscience dans l’action de grâce, que nous sommes inscrits, chacun de nous et tous en communauté, dans la prière du Christ à son Père. Nous sommes des dons que Dieu lui a confiés et dont il se sait responsable : « Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés soient eux aussi avec moi, auprès de toi. Et qu’ils contemplent ta Gloire, la Gloire que tu m’as donnée dès l’origine dans un Amour qui n’aura pas de fin ».
AMEN
Frère Guillaume
6e dimanche de Pâques, année A
10 mai 2026
Ac 8, 5-8.14-17 – Ps 65 – 1 P 3, 15-18 – Jn 14, 15-21
Frères et sœurs,
Alors que jeudi prochain, nous célébrerons l’Ascension, la montée de Jésus auprès du Père, déjà, les lectures de ce dimanche nous orientent vers le mystère du don de l’Esprit, la Pentecôte.
L’événement raconté par la première lecture a dû surprendre voire heurter les chrétiens d’origine juive encore nombreux aux débuts de l’Église. En effet, il s’agit du ministère de Philippe, puis de Pierre et de Jean à Samarie. Or, les Samaritains étaient détestés voir haïs par les Juifs qui les considéraient comme des hérétiques, des idolâtres, des gens pervertis.
Pourtant, il se fait que ce peuple accueille volontiers la prédication de Philippe qui accomplit d’ailleurs beaucoup de signes et de miracles au point que toute la ville est dans une grande joie. Les Apôtres, à Jérusalem, envoient alors, des colonnes de l’Eglise, Pierre et Jean, pour prier afin que ces Samaritains reçoivent l’Esprit Saint qui n’est pas encore descendu sur eux. Ils leur imposent les mains et ils reçoivent l’Esprit Saint. Remarquons, au passage que ces gens, pourtant baptisés au nom du Seigneur Jésus, n’ont pas encore reçu l’Esprit Saint. Plus loin dans le même Livre des Actes des Apôtres, lorsque Pierre parlera au centurion Corneille et à ses proches, des païens donc, l’Esprit Saint, à la grande surprise de Pierre et de ses compagnons qui sont juifs, descendra de façon assez fulgurante sur les auditeurs. Et il sera décidé de les baptiser alors que l’Esprit est déjà descendu sur eux. Les Actes des apôtres nous montrent ainsi un Esprit Saint très libre dans ses interventions. Après le baptême et par imposition des mains, pour les Samaritains, de façon tout à fait inattendue et sans action humaine, avant le baptême, pour le centurion Corneille et les siens.
Ainsi, et ce n’est pas la seule fois dans la Bible, Dieu montre sa prédilection pour les rejetés, les mal vus des bien-pensants de l’époque. Pouvaient-ils mériter la faveur de Dieu ? Une leçon sans doute à retenir pour nous.
L’évangile de Jean, lui, nous cite des paroles du Christ prononcées à la veille de sa mort. Une sorte de testament avec toute l’importance de ce que ce genre de parole peut avoir. Là aussi, le Christ annonce qu’il va prier le Père de donner à ses disciples un autre Défenseur, l’Esprit Saint. Durant sa vie publique, le Christ a défendu, conseillé ses disciples. Alors qu’il s’approche de la fin de son ministère terrestre, le Christ annonce la venue de l’Esprit qui accomplira cette fonction de défense et de conseil assurées par le Christ. Et c’est l’occasion pour le Christ de redire une dernière fois ce lien particulier qui l’unit au Père et qui est le même lien qui l’unit à ses disciples et ses disciples à lui-même. Mystère infini de la communion entre le Père, le Fils et nous-mêmes dans l’Esprit.
Quant à la seconde lecture, elle nous montre la situation des disciples bien après la Pentecôte, situation de persécution qui est devenue la leur et qui peut les ébranler. Que faire dans ces circonstances ? Ce texte peut nous éclairer dans notre propre vie actuelle, dans notre société qui demande à ce que nous rendions compte de notre foi ou qui exige de ne la garder que dans notre intimité et de ne surtout pas en témoigner, que faire ?
Les chrétiens dont il est question dans cette seconde lecture ne vivent pas nécessairement dans une situation de persécution cruelle, mais quand même, ils vivent dans un climat d’opposition, de suspicion ou d’incompréhension. Il y a des adversaires qui critiquent les disciples du Christ. Il est intéressant de voir que la lettre ne recommande pas une opposition violente ou un repli sur soi isolant de la communauté humaine, mais bien une attitude de dialogue, rendre raison de l’espérance. Mais un dialogue mené avec douceur et respect, il n’est pas question de croisade. Il nous est facile de deviner que cette attitude bienveillante et ferme dans la foi, même dans les critiques injustifiées, est inspirée par l’Esprit Saint. Mais elle n’est pas facile à mettre en œuvre.
Il s’agit d’avoir une conscience droite, une bonne conduite, faire le bien et non le mal, même si cela conduit à la souffrance. Et nous est alors rappelé le thème fondamental de ce temps pascal et de tous les dimanches, pourrait-on dire : le Christ, le juste, a souffert pour les injustes afin de nous introduire devant Dieu.
Mais en même temps, ce passage se termine en rappelant que le Christ, mort dans la chair, a été vivifié dans l’Esprit. Nous est ainsi rappelé le rôle de l’Esprit dans le mystère pascal.
Ainsi donc, de l’Esprit Saint descendant même sur les Samaritains à l’Esprit Saint promis par le Christ comme Défenseur et que nous retrouvons pour soutenir les chrétiens engagés dans le débat avec leurs contemporains, les lectures de ce dimanche nous préparent à célébrer le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte. Esprit Saint qui a vivifié le Christ mis à mort dans la chair, Esprit qui nous soutient dans le combat de la foi, Esprit qui descend même sur ceux qui pourraient paraître n’en être pas dignes. Esprit qui, nous l’avons vu, pouvait intervenir avant ou après le baptême, en toute liberté par rapport aux rites.
Nous voyons que, comme le Christ, l’Esprit peut surprendre. Dieu peut nous surprendre, nous déplacer dans nos évidences ou nos certitudes.
Ainsi, dès ce dimanche, nous est présentée l’action de l’Esprit-Saint et ses imprévus.
Même s’il peut paraître parfois hors de notre histoire humaine, notre Dieu, par son Esprit Saint, est bien plus présent que nous ne le pensons parfois. À nous d’ouvrir les yeux pour discerner son action selon ce que dit saint Paul dans l’épître aux Galates en parlant des fruits de l’Esprit: amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, douceur, maîtrise de soi.
Savoir se laisser déplacer dans nos certitudes, savoir rendre compte, avec patience et douceur de notre foi, espérer dans l’aide de l’Esprit quoi qu’il arrive. Voilà déjà un bel enseignement et une belle ligne de conduite qui nous sont adressés pour nous préparer à la fête de la Pentecôte.
Accueillons cela dans la joie et la confiance pour grandir dans l’espérance, en nous sachant accompagnés avec amour dans notre vie.
AMEN
Frère Jean-Louis
4e dimanche de Pâques, année A
26 avril 2026
Actes 2, 14a + 36-41 ; ps 22 ; 1 Pierre 2,20b-25 ; Jean 10, 1-10
Frères et sœurs,
il y a une petite phrase qui me fascine dans cet évangile, quand Jésus dit : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, la vie en abondance. » Jésus parle ici au nom de Dieu, au nom d’un Dieu qui a souvent appelé l’homme à vivre, à choisir la vie et non pas la mort, que ce soit par la voix de Moïse ou du prophète Ezékiel ; mais trop souvent les hommes ont préféré écouter la voix des faux prophètes, de ceux que Jésus appelle des voleurs et des bandits. Il y va même fort, quand il dit que tous ceux qui sont venus avant lui sont des voleurs et des bandits : cela peut nous choquer, mais il faut remettre cette parole dans son contexte, car elle vise les pharisiens, ces juifs pieux, irréprochables, mais qui, au ch 10 de st Jean, viennent de jeter dehors l’aveugle-né, parce que Jésus l’a guéri un jour de sabbat.
C’est dans ce contexte que Jésus parle du berger : qui est ce berger qui appelle chacune de ses brebis par son nom, qui a une telle relation de confiance avec elles ? Dans la grande tradition d’Israël, ce berger, c’est Dieu lui-même comme nous l’avons chanté dans le psaume 22 : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. »
Le psalmiste, c’est le peuple d’Israël, mais avec Jésus c’est chacun de nous qui est concerné dans sa relation à Dieu, et le Berger, c’est Jésus lui-même comme il le dira un peu plus loin – il est le bon berger, qui donne sa vie pour ses brebis : il est à la fois l’Agneau et le Berger. Alors c’est une tout autre image de Dieu qui nous est présentée ici, dans une relation de proximité que les pharisiens récusent et que Jésus vient nous révéler.
Les pharisiens ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre et Jésus reprend la parole avec une autre parabole. Il a cette trouvaille magnifique, une image forte, celle de la porte. Il semble dire aux pharisiens : Vous avez raison de dire que Dieu est le Saint, l’Inaccessible, aussi pour le rencontrer, Dieu a ouvert une porte, et cette porte, c’est moi. « Je suis la porte des brebis ; si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. » Cela veut dire qu’en passant par lui, nous pouvons aller au Père. Il est le « passeur », celui qui nous met dans une relation vivante, aimante avec Dieu. Il est la porte, et cette porte est toujours ouverte.
Parfois elle est étroite, c’est vrai : car il nous faut passer par où lui-même est passé ; st Pierre le disait très bien dans la 2° lecture : le Christ nous a laissé un exemple afin que nous suivions ses traces, mais cette porte donne accès à la vie, et je dirai aussi à une vraie liberté. Il faut nous en souvenir en ce dimanche des vocations.
Si on entre par le Christ dans la Bergerie, ce n’est pas pour se laisser enfermer ; voyez cette petite phrase : « Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, il trouvera pâturage. »
« Il pourra aller et venir » : le Christ nous donne la vraie liberté : c’est là la grosse différence entre l’Eglise et les sectes ; une secte est toujours séduisante et chaleureuse au départ, mais une fois entré, on ne peut plus en sortir. Dans l’Eglise, il ne faut pas qu’il en soit ainsi. C’est vrai que ce n’est pas toujours facile de suivre les règles de l’Eglise, ou bien on peut être déçu, arrêté par l’étroitesse de certains prêtres ; le pape François disait : « Je n’aime pas les prêtres rigides » ; alors pour dépasser ces limites humaines de toute institution, il nous faut revenir à la parole du Christ :
« Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, il trouvera pâturage. » Voilà la vraie liberté des enfants de Dieu.
La bergerie, c’est bien plus que l’Eglise visible : Jean Tauler, ce grand mystique rhénan du 14° siècle, ira même jusqu’à dire que la bergerie, c’est le cœur de Dieu où le Christ nous fait entrer, et le portier, c’est l’Esprit Saint : et là tout homme est appelé à entrer, même ceux des autres religions.
Je crois que st Jean-Paul 2 a été poussé par l’Esprit Saint lorsqu’il a invité les représentants des grandes religions à venir à Assise prier pour la paix. Il ne s’agissait pas d’une prière commune, mais d’être là ensemble réunis dans la prière.
Comment concilier tout cela, car nous chrétiens, nous croyons que le Christ est l’unique porte pour entrer dans la vie. Mais l’Esprit Saint nous montre aussi qu’il y a plusieurs chemins pour aller à Dieu, et dans l’Apocalypse, il y a même 12 portes pour entrer dans la Cité sainte.
En écoutant cet évangile, comprenons l’importance de cet appel du Christ à vivre, à savoir reconnaître sa voix qui n’est pas celle des marchands de petit bonheur, des voleurs et des bandits comme il les appelle. Il s’agit pour nous de suivre Jésus, de vivre comme il a vécu, d’aimer comme il a aimé et par là de faire entendre sa voix et de montrer cette porte à ceux qui ne la connaissent pas encore, de leur donner envie de vivre. « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, la vie en abondance. » Les nombreux baptisés de Pâques nous montrent que cette parole du Christ s’accomplit encore aujourd’hui.
Frère Basile
2e dimanche Pâques, année A
Dimanche de la miséricorde
12 avril 2026
Actes 2,42-47 ; 1 Pierre 1,3-9 ; Jean 20,19-31
Frères et sœurs,
La page d’évangile que nous venons d’entendre se présente à nous en 2 parties, correspondant à 2 apparitions de Jésus ressuscité à ses apôtres, à 8 jours d’intervalle. Le plus souvent dans la prédication on retient la seconde partie, centrée sur la figure de Thomas, qualifié d’incrédule et avec qui on s’identifie volontiers, mais Thomas est en fait un modèle de foi par sa confession au Christ : « Mon Seigneur et mon Dieu », à l’égal des confessions de foi de la femme samaritaine, de l’aveugle-né et de Marthe la sœur de Lazare que nous avions entendues dans les liturgies de Carême. Sans parler des confessions de foi de Pierre à Césarée, du centurion romain au pied de la croix et de tant d’autres personnes rencontrées par Jésus sur son chemin terrestre.
Et puis c’est à Thomas que nous devons d’accueillir une dernière béatitude de Jésus : « heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Une béatitude qui complète toutes les autres annoncées au fil de son cheminement depuis le grand discours sur la Montagne.
Oui, rendons grâces à Dieu pour ce magnifique témoignage de foi de Thomas qui a pu chasser ses doutes et son incrédulité, mais revenons à la 1ère partie de notre texte, si vous le voulez bien. Elle apporte aussi un enseignement important pour nous encore aujourd’hui.
« C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce 1er jour de la semaine, alors que les portes du lieu où les disciples se trouvaient étaient verrouillées, par crainte des juifs, Jésus vint : il était là au milieu d’eux et il leur dit : la paix soit avec vous, »
1er jour de la semaine. Pour les juifs, une semaine s’achève avec le Sabbat. Nous sommes donc au lendemain, au soir d’un jour ordinaire, de reprise du travail et des heures de prière au Temple. Mais les apôtres n’avaient pas encore regagné la Galilée pour leurs activités de pêche entr’autres. Ils étaient restés à Jérusalem dans la crainte des juifs, après tous les événements de la semaine passée, traumatisants avec la perte de leur maître Jésus, trahi, arrêté, condamné et mort en croix, enseveli depuis 3 jours. Certes, ils avaient entendu que des femmes s’étaient rendues au tombeau, de bon matin, et qu’elles l’avaient trouvé vide. Jésus serait-il vivant ? Non, cela était impossible. Et pourtant, le voilà là, présent, bien reconnaissable dans son corps blessé, dans le timbre de sa voix. Sous un nouvel aspect, oui, mais c’est bien lui et il vient chasser leur frayeur en disant : la paix soit avec vous.
Ils avaient déjà connu une situation semblable quand, dans leur barque de pêche, une nuit en proie à une violente tempête, ils s’étaient vu périr. Jésus alors était venu, marchant sur les eaux, ce n’était pas un fantôme et il leur avait dit : confiance, n’ayez pas peur, c’est moi. Mais une fois la tempête apaisée, ils conservaient de la crainte et n’avaient pas osé l’interroger.
Aujourd’hui, ils sont remplis de joie : la peur a disparu, et Jésus insiste une seconde fois : la paix soit avec vous. Ils ressentent cette paix et cette joie non pas comme si rien ne s’était passé, mais malgré ce qui est arrivé. Parce que la Paix du Ressuscité est très au-dessus de tout ce qui peut arriver, par-delà les plus grands drames de l’existence que l’on peut connaître. Cette parole du Christ ressuscité nous rejoint nous aussi au cœur de nos vies. Elles ont été redites fortement par le pape Léon XIV au soir de son élection, du haut du balcon du palais apostolique du Vatican. Et il ajoutait : que ce soit une paix désarmée et désarmante, sans ignorer la réalité et l’intensité des conflits, des angoisses et des drames qui traversent notre monde actuel.
Ce don de la paix, Jésus l’accompagne d’un envoi en mission et aussi d’un geste. Il souffle sur les apôtres en disant : « recevez l’Esprit Saint, avec le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés ». Certains commentateurs ont pu voir dans ce souffle de Jésus, une allusion au souffle créateur inaugurant la vie des espèces culminant avec la création d’Adam et Eve. N’oublions pas que nous sommes au soir du 1er jour de la semaine. La résurrection de Jésus marque l’avènement d’une nouvelle création, dans le souffle de l’Esprit Saint. Et l’on reste frappé par le lien entre le don de l’Esprit Saint et la mission de réconciliation. Pour l’auteur du IV° évangile, il n’y a pas d’autre mission, aussi bien pour Jésus que pour ses disciples, que celle de la réconciliation des hommes avec Dieu. Tout le reste en découle.
C’est là un enseignement ou plutôt un commandement qui nous est ordonné. « Allez annoncer que les péchés sont pardonnés. Soyez les ambassadeurs de réconciliation universelle, dira St Paul, Le Père a besoin de vous pour cela. Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Et ainsi vous annoncerez que Dieu est Amour et Pardon. Heureux serez-vous si vous vous faites artisans de paix et ambassadeurs de réconciliation. Le seul péché à la racine de tous les autres, c’est de ne pas croire à l’amour de Dieu, c’est le péché contre l’Esprit Saint, impardonnable.
Frères et sœurs, c’est avec justesse et bonheur que l’Eglise a souhaité faire de ce 2ème dimanche de Pâques, le dimanche de la Divine Miséricorde de Dieu. Il nous faut chanter avec le psalmiste : en Dieu, Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent. Le Seigneur pardonne toutes nos offenses, Il est Tendresse et Pitié, lent à la colère. Il nous donne sa vie, au Nom de Jésus, Christ, Fils de Dieu, 1er ressuscité d’entre les morts. Alleluia
Frère Guillaume
Vigile Pascale
4 avril 2026
Rm 6, 3-11 ; Mt 28,1-10
Frères et sœurs
Dans l’abondance des paroles entendues, dans le foisonnement des signes et des images que nous offre cette liturgie, que retenir ? Je retiendrai l’image de « l’arc de lumière » que nous avons chanté après la 4° lecture tirée du livre d’Isaïe. « Il brille sur le monde l’arc de lumière : Dieu a fait la paix par le sang de la croix. Il se lève le jour de l’Alliance nouvelle »
Oui, avec le Christ Ressuscité, se dessine comme un grand arc de lumière sur notre histoire humaine. Après l’arc-en-ciel du temps de Noé, il brille pour éclairer, et pour faire signe du don de la paix, que nous offre Dieu en son Fils par le sang de la croix. En lui, l’alliance entre Dieu et l’humanité est scellée, irrévocable. Oui, avec le mystère du Christ Ressuscité, s’éclaire de façon définitive la grande bénédiction que Dieu a offerte à l’humanité, dès les premiers instants de la création. Depuis qu’il a dit « que la lumière soit » jusqu’à la lumière de la résurrection en passant par celle de la nuée qui conduisit le peuple hébreu à travers la mer, la grande bénédiction divine se répand sur monde. Dieu nous bénit dans le Christ, le Verbe fait Chair et ressuscité. Lui qui était au commencement, la Parole créatrice qui a fait toute chose très bonne, Il est à la fin en recréant de manière plus merveilleuse encore par sa résurrection l’humanité blessée par le péché. Ce soir, au milieu de nous, le cierge pascal fait signe du Christ Ressuscité, Lui l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin. Au milieu de nous, il nous rappelle que les ténèbres n’ont pas le dernier mot. De même que nous l’avons suivi dans l’obscurité, en entrant dans cette église, de même la Lumière du Christ vivant guide de manière discrète et sûre à la fois, nos pas dans ce monde souvent en proie à l’inquiétude. Face aux bruits de canons, face aux destructions absurdes de vies innocentes qui se perpétuent sous nos yeux, la lumière du Christ Ressuscité fortifie notre espérance. Le mal et le péché apparemment si présents, apparaissent encore plus clairement absurdes face à la lumière du Christ Ressuscité. Sa victoire sur la mort est celle de l’Amour d’un homme aux mains désarmées. Sa force est celle du pardon toujours offert qui devient puissance de réconciliation entre tous les êtres humains.
Au milieu de nous, le cierge pascal est signe qu’en aucun cas, Dieu ne veut renoncer à sa bénédiction sur l’humanité. Lorsque dans quelques instants, nous viendrons y allumer notre cierge, nous exprimerons notre confiance en la lumière du Christ Ressuscité. Et en prenant appui sur elle, en nous laissant éclairer et fortifier par elle, nous redirons notre engagement de baptisé. Nous exprimerons notre foi libératrice, et avec elle notre volonté de nous engager par des actes et des paroles au service du Christ, Lumière des hommes et au service de nos frères et sœurs. Oui, le Christ Lumière du monde désire que sa Lumière se diffuse à travers nos modestes existences, pour faire reculer l’ombre et les ténèbres… Chaque geste de bonté, un sourire, une attention, un effacement pour que les autres existent, un service rendu ou accepté humblement, autant d’attitudes par lesquels nous laissons la lumière du Christ nous traverser et, à travers nous, rejoindre tant de femmes et d’hommes qui l’attendent. Dans cette lumière, se fortifiera en nous et en ceux que nous rencontrons, l’espérance dont notre monde a tant besoin. Ces gestes tangibles d’amour et de lumière apparaîtront comme les prémices de la Vie éternelle, celle qui ne finit pas, mais qui est déjà l’œuvre.
En rendant grâce dans quelques instants, pour la mort et la résurrection du Christ qui déploie comme un grand arc de lumière sur notre monde, et en recevant le don incommensurable de sa Vie offerte dans son corps et son Sang, nous accueillerons les prémices de cette Vie éternelle. Frères et sœurs, prenons au sérieux les dons de notre Dieu, ils portent en eux-mêmes une puissance de lumière et d’amour que le Seigneur désire répandre par chacun de nous pour notre monde.
Frère Luc
Vendredi Saint
3 avril 2026
Is 52, 13 - 53, 12; He 4, 14-16; 5, 7-9; Jn 18, 1 - 19, 42
« Qui cherchez-vous ? » Ces premiers mots de Jésus qui ouvrent le récit de la Passion selon St Jean, sont quasiment identiques aux premiers mots de Jésus dans le même évangile. Ce seront encore les premiers mots que Jésus Ressuscité prononcera, en s’adressant à Marie Madeleine.
« Qui cherchez-vous ? » Un bandit ? Puisqu’ils arrivent avec des armes ? Plutôt un blasphémateur dont ils ont instruit le procès durant tout l’évangile. C’est clair pour les responsables du peuple, Jésus a osé se dire Fils de Dieu. Ils ne cherchent plus : il mérite la mort.
« Qui cherchez-vous ? » Cette question qui traverse tout l’évangile de Jean, traverse aussi toute la vie et l’histoire de l’Église, pour nous rejoindre aujourd’hui encore. Qui cherchons-nous en désirant mieux connaître Jésus et mieux parler de Lui ? Il est bon en ce jour de laisser résonner cette question pour éviter des réponses trop faciles qui pourraient défigurer le visage de Jésus, voire le tuer dans le coeur de ceux qui l’attendent et ne le connaissent pas…
Laissons la question guider notre regard vers chaque être humain, et plus particulièrement vers les plus souffrants, puisqu’en assumant notre souffrance humaine, Jésus s’est identifié à chacun d’eux. Quand nous le prierons dans quelques instants aux intentions du monde, que cette question « qui cherchez-vous » fasse grandir notre confiance et notre assurance car le Christ à qui nous confions chaque personne, a su se faire proche de chacun pour lui redonner sa dignité. Laissons encore cette question « qui cherchez-vous » nous habiter, lorsque nous viendrons vénérer la croix. A travers ce geste qui dérange toujours un peu notre entendement, nous pourrons oser accueillir le Christ en son mystère d’abaissement qui seul nous sauve. Au rythme de la liturgie qui se déploie en ces jours saints, et qui accompagne nos vies, au fur et à mesure que nous faisons nôtre cette question pour demeurer des chercheurs, le visage du Christ se dévoile.
Frère Luc
Jeudi Saint
2 avril 2026
Ex 12, 1-8.11-14 ; 1 Co 11,23-26 ; Jn 13, 1-15
« Ce jour-là sera pour vous un mémorial, d’âge en âge vous le fêterez »…
Frères et sœurs, la célébration que nous vivons ce soir, plonge ses racines dans ce mémorial que le Seigneur recommandait à Moïse, de perpétuer en le célébrant chaque année. Mémorial de la Pâque du peuple hébreu sorti d’Égypte par l’action puissante de Dieu en sa faveur. Mémorial que Jésus et ses disciples célèbrent fidèlement comme tout juif pratiquant de leur époque. Mémorial cependant sur lequel Jésus va greffer un nouveau mémorial, celui de son propre sacrifice nous ouvrant un nouveau passage à travers la mort. Comme déjà le repas pascal en Egypte, Jésus anticipe par le geste symbolique du pain rompu et de la coupe partagée, l’oeuvre de salut accomplie sur la croix qui va suivre quelques heures plus tard. De ce dernier repas, la tradition johannique a retenu un second geste symbolique, celui du lavement des pieds qui éclaire encore la plénitude de sens de la mort de Jésus à venir. S’il est l’Agneau qui s’offre en nourriture et dont le sang nous sauve de la mort, il est aussi le Serviteur qui s’abaisse jusqu’à la mort de la Croix pour nous laver, nous purifier de tout péché. Désormais, ces deux gestes de Jésus, l’offrande du pain et du vin et celui du lavement des pieds, sont au coeur du mémorial de la Pâque chrétienne que nous célébrons ce soir.
Mais de quoi parle-t-on lorsqu’on dit « mémorial » ? De faire mémoire ? Oui, mais il n’agit pas seulement de se souvenir. Nous nous souvenons, mais pour accueillir aujourd’hui encore la même action libératrice du Seigneur qui sauve. Le Seigneur éternel nous offre de revivre aujourd’hui ce qu’il a fait hier une fois pour toute. En célébrant la mémoire de ce qu’il a fait, nous recevons la force d’un don toujours actuel, le Corps et le Sang du Christ Vivant, Ressuscité et Ressuscitant. Le don du Christ fait hier, une fois pour toute, se propage et se répand dans le temps, d’aujourd’hui en aujourd’hui. Et ce soir, la prière eucharistique le fait ressortir tout particulièrement, lorsque le prêtre introduit le récit de la consécration par ces mots : « La veille où il devait souffrir pour notre salut et celui de tous les hommes, c’est-à-dire aujourd’hui…. « C’est-à-dire aujourd’hui »… Ces quelques mots nous font toucher du doigt la profondeur du mémorial eucharistique. En chaque eucharistie, nous est donné dans un aujourd’hui toujours unique, le don éternel que notre Dieu a fait une fois pour toute de sa vie en Jésus-Christ. En chaque eucharistie, la libération du péché et de la mort se réalise pour notre monde, et devient comme un levier puissant de salut. Nous le confesserons dans l’oraison sur les offrandes : « Chaque fois qu’est célébré ce sacrifice en mémorial, c’est l’œuvre de notre rédemption qui s’accomplit ». Dieu donne abondamment son salut, et dans le même temps, Il transforme ceux qui le célèbrent.
En effet, lorsque nous faisons mémoire de la mort et de la résurrection du Christ, nous sommes entraînés à nous laisser transformer, à nous laisser rassembler « afin que du levant au couchant du soleil, une offrande pure soit présentée au nom du Seigneur », comme le prions dans la prière eucharistique 3. Présenter et devenir ensemble une offrande pure pour la gloire de notre Dieu, tel est le fruit et aussi l’appel incessant que toute eucharistie porte en elle. C’est « le sacrifice nouveau » qui requiert de nous un élan filial et confiant, docile à son Esprit pour nous offrir à Dieu tel que nous sommes. Et dans le même temps, ce « sacrifice nouveau » nous envoie sans cesse vers nos frères pour nous mettre à leurs pieds afin de les servir. A l’exemple du Maître, il nous faut sans cesse descendre de notre piédestal imaginaire, pour rejoindre chacun de nos frères dans la simplicité et la vérité qui nous unit.
Frères et sœurs, que la célébration de la Ste Cène, mémorial de la passion et de la résurrection du Seigneur, vienne vivifier notre désir d’accueillir ce don de Vie incommensurable, et de nous laisser réunir et transformer dans le Christ à son image.
Frère Luc