Textes spirituels

Règle de saint Benoît

Commentaires sur
la Règle

Homélies

Méditations

Références bibliographiques



Formations, stages


COMMENTAIRES
SUR LA REGLE DE SAINT BENOIT

Chapitre 55, Versets 16 à 22
DE LA GARDE-ROBE ET DE LA CHAUSSURE DES FRERES.

16. Cependant ces lits seront fréquemment inspectés par l'abbé, à cause des objets appropriés qui pourraient s'y trouver.

17. Et si l'on trouve chez quelqu'un un objet qu'il n'a pas reçu de l'abbé, il subira une sanction très grave.

18. Et pour retrancher radicalement ce vice de la propriété, l'abbé donnera tout ce qui est nécessaire,

19. c'est-à-dire coule, tunique, chaussons, chaussures, ceinturon, couteau, stylet, aiguille, mouchoir, tablette, pour ôter tout prétexte de nécessité.

20. Cependant l'abbé aura toujours égard à cette phrase des Actes des Apôtres : « On donnait à chacun selon ses besoins. »

21. Ainsi donc l'abbé, lui aussi, aura égard aux infirmités des nécessiteux, non à la mauvaise volonté des envieux.

22. Dans tous ses jugements, cependant, il songera à la rétribution de Dieu.

Commentaire de Père Abbé Luc

Comme déjà, au chapitre 33, Benoit insiste ici lourdement sur la nécessité de couper à la racine le vice de la propriété personnelle. Veut-il ainsi ôter au moine l'illusion d'exister par lui-même à travers des objets qu'il se serait approprié .. ? Lui éviter d'être possédé lui-même par ce qu'il croit posséder? Hier, je disais qu'en vie monastique un lien fort et inversé existe entre « avoir et être». Aujourd'hui, on peut relever un autre lien important, celui entre « avoir et recevoir». Le moine n'a rien qu'il n'ait reçu. Il n'a rien qu'il n'ait en usage aujourd'hui et qu'il pourra remettre demain quand il n'en aura plus besoin. Cette pédagogie concrète est des plus réalistes. Elle nous ancre dans notre réalité la plus humaine qui soit: qu'avons-nous que nous n'ayons reçu, à commencer par la vie, le souffle, une éducation, une culture, une langue, une foi ... etc ... Tout recevoir en vie monastique veut nous apprendre à demeurer dans la conscience de notre dépendance foncière vis-à-vis de Dieu, et une dépendance heureuse. Car il ne s'agit pas de la dépendance d'un esclave vis-à-vis de son maitre, mais de la dépendance d'un fils vis-à-vis de son père. En Jésus, nous découvrons que là est notre plus profonde liberté. Spontanément, nous pensons ou nous rêvons que notre liberté serait de ne dépendre de personne. Mais avec Jésus, nous apprenons à vivre dans toute sa profondeur la relation qui nous unit à notre Père des Cieux, notre Créateur, Lui en qui se trouve notre origine et notre fin. Notre Père des cieux ne veut pas nous attacher à lui comme des esclaves, mais nous faire découvrir le bonheur plénier qu'il y a de jouir de sa présence. Seuls les fils sont libres, dit Jésus dans l'évangile. La relation vivante, l'alliance vraie avec notre Père des Cieux scellée par Jésus nous rend toujours plus libre, parce que toujours plus capable d'aimer, de nous ouvrir, de nous élargir à la mesure de l'Amour infini de Dieu. A l'inverse, ce qui nous enchaine, c'est l'illusion de devoir nous débrouiller tout seul, de devoir tout maitriser et de nous construire par nous-mêmes. Ce qui ressemble à de l'autonomie, ne fait que nous lier un peu plus à la seule image rêvée de nous-mêmes. Dieu rêve bien mieux pour nous. La pédagogie monastique où nous recevons tout nous introduit peu à peu à la vie des fils libres. Je découvre alors qu'il y a une grande joie à recevoir, à me recevoir plutôt qu'à m'accrocher à vouloir être, faire ou avoir par moi-même. Mon être profond de fils peut s'épanouir peu à peu, avec Jésus qui s'est fait pauvre pour nous faire riche. Avec Lui, nous apprenons à nous recevoir du Père, à tout recevoir en cette vie déjà, et à l'heure de notre mort, la Vie éternelle. - 3 Août 2017